{"id":1483,"date":"2015-10-19T19:23:06","date_gmt":"2015-10-19T18:23:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1483"},"modified":"2021-09-23T16:56:31","modified_gmt":"2021-09-23T15:56:31","slug":"adams-bernard-1890-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/10\/19\/adams-bernard-1890-1917\/","title":{"rendered":"Adams, Bernard (1890-1917)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>John Bernard Pye Adams est n\u00e9 le 15 novembre 1890 \u00e0 Beckenham, dans le Kent. Apr\u00e8s avoir remport\u00e9 de nombreux prix d&rsquo;excellence au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e, il r\u00e9ussit l\u2019examen d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Cambridge en 1908. Une fois son cursus en humanit\u00e9s achev\u00e9, il d\u00e9cide de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Au terme de ses \u00e9tudes, il est nomm\u00e9 conseiller d&rsquo;\u00e9ducation dans un centre d\u2019h\u00e9bergement pour \u00e9tudiants indiens. Ce travail le passionne et lui fait d\u00e9couvrir la culture indienne. En 1914, il a l\u2019intention de partir en Inde dans le cadre d\u2019une mission humanitaire mais la guerre vient contrecarrer ce projet.<\/p>\n<p>Quand le conflit \u00e9clate, Bernard Adams h\u00e9site d\u2019abord \u00e0 s\u2019engager. Comme de nombreux autres jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, il ne ressent aucune attirance pour la vie militaire. L\u2019id\u00e9e de combattre un ennemi contre lequel il n\u2019a aucune animosit\u00e9 particuli\u00e8re ne lui pla\u00eet gu\u00e8re mais il juge n\u00e9anmoins la cause valable. En novembre 1914, il rejoint un r\u00e9giment gallois, le 1er Royal Welsh Fusiliers, et acc\u00e8de au rang de lieutenant. Il part au front en octobre 1915. Apr\u00e8s avoir occup\u00e9 le secteur de Cuinchy et de Givenchy, pr\u00e8s de B\u00e9thune, son bataillon est transf\u00e9r\u00e9 dans la Somme, pr\u00e8s de Morlancourt. Bless\u00e9 au bras en juin, il est \u00e9vacu\u00e9 en Angleterre et ne revient en France qu\u2019en janvier 1917. C\u2019est pendant cette p\u00e9riode de convalescence qu\u2019il r\u00e9dige <em>Nothing of Importance<\/em>. Le 26 f\u00e9vrier 1917, Bernard Adams est bless\u00e9 au cours d\u2019un assaut \u00e0 Puisieux et meurt le lendemain dans un h\u00f4pital de campagne. Son corps est enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re militaire de Couin (Pas-de-Calais).<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p><em>Nothing of Importance <\/em>a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1917, quelques mois apr\u00e8s la mort de Bernard Adams. Il s\u2019agit de la chronique des huit mois de pr\u00e9sence de l&rsquo;auteur au front entre octobre 1915 et juin 1916. Comme il le conc\u00e8de lui-m\u00eame \u00e0 la fin de sa pr\u00e9face, son r\u00e9cit ne relate rien d\u2019exceptionnel dans la mesure o\u00f9 il ne couvre aucune action d&rsquo;envergure. Il l\u2019a entrepris pour essayer d\u2019exprimer ce qu&rsquo;il ne pouvait transmettre de vive voix. Comme pour de nombreux combattants, l&rsquo;objectif n&rsquo;\u00e9tait pas seulement de t\u00e9moigner mais aussi et surtout de cr\u00e9er un lien a posteriori entre une s\u00e9rie de moments d\u00e9sordonn\u00e9s et contradictoires. On ressent \u00e0 la lecture du livre une volont\u00e9 \u00e9vidente d&rsquo;ordonner et d&rsquo;analyser l&rsquo;exp\u00e9rience combattante. L&rsquo;ouvrage est \u00e9dit\u00e9 avec le concours de la soeur de Bernard Adams. Le r\u00e9cit est suivi d&rsquo;un \u00ab\u00a0In Memoriam\u00a0\u00bb typique des publications posthumes, \u00e9loge biographique du combattant mort au combat. Du moins celui-ci, assez court, \u00e9vite-t-il l&#8217;emphase.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne 1915 dans le secteur de Cuinchy et de Givenchy, Bernard Adams conna\u00eet d&rsquo;abord une p\u00e9riode relativement calme. L&rsquo;\u00e9chec de la bataille de Loos a mis temporairement un terme aux actions offensives. B\u00e9thune, devenue ville de garnison britannique, l&rsquo;impressionne particuli\u00e8rement. \u00ab\u00a0Le commerce y est florissant. On trouve de tout ici : des rasoirs m\u00e9caniques, du papier \u00e0 lettre sp\u00e9cial tommies, des uniformes d&rsquo;officiers britanniques en plus de ce dont peuvent avoir besoin les habitants d&rsquo;une grande ville. Nous nous sommes rendus dans un c\u00e9l\u00e8bre tea-shop, o\u00f9 parmi une foule d&rsquo;officiers nous avons pu boire du vrai th\u00e9 anglais, \u00e0 notre grand \u00e9tonnement. Et dire que je croyais ne pas pouvoir changer de brosse \u00e0 dents avant des mois !\u00a0\u00bb  Les cantonnements lui permettent d&rsquo;observer la population fran\u00e7aise, notamment une famille de paysans particuli\u00e8rement accueillante. Pour ces gens, la guerre \u00ab\u00a0fait d\u00e9sormais partie de leur vie au m\u00eame titre que le canal et les peupliers qui le longent. Ils ne tol\u00e8rent pas qu&rsquo;une escouade \u00e0 la manoeuvre pi\u00e9tine le carr\u00e9 de laitues, mais sinon ils ne montrent aucun int\u00e9r\u00eat pour les r\u00e9alit\u00e9s militaires. En fait, ils se contentent d&rsquo;\u00e9prouver une immense fatigue. Apr\u00e8s quelque temps, nous finissions par adopter la m\u00eame attitude.\u00a0\u00bb<br \/>\nAdams d\u00e9crit les villages et les paysages avec un souci de d\u00e9tail que l&rsquo;on retrouvera dans le classique d&rsquo;Edmund Blunden : <em>Undertones of War<\/em>. Des cartes et croquis de tranch\u00e9es illustrent le r\u00e9cit. La plaine humide des environs de Festubert lui donne le cafard et c&rsquo;est avec joie qu&rsquo;il apprend le d\u00e9part de la troupe vers les terres crayeuses et vallonn\u00e9es de la Somme, qui lui \u00e9voquent davantage son Kent natal. Arriv\u00e9 dans le nouveau secteur, le bataillon profite de quelques semaines au repos dans le village de Montague, o\u00f9 les rapports avec les habitants sont tout aussi bons que dans le B\u00e9thunois. Adams \u00e9voque l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 de ces lieux habit\u00e9s par la guerre. Son livre, \u00e9crit pendant une longue p\u00e9riode de convalescence, permet cette \u00ab\u00a0distance proche\u00a0\u00bb que n&rsquo;ont ni les journaux de bord r\u00e9dig\u00e9s au coeur de l&rsquo;action ni les m\u00e9moires r\u00e9trospectifs \u00e9crits des ann\u00e9es apr\u00e8s le conflit. Il en joue, utilisant de larges extraits de ses lettres et de son journal, qu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 commenter pour souligner leur na\u00efvet\u00e9 et ou insister sur les changements de perspective, ce qui nous offre plusieurs points de vue sur une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. La sensation \u00ab\u00a0onirique\u00a0\u00bb sur laquelle il revient \u00e0 plusieurs reprises est une fa\u00e7on de rendre compte de l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience combattante : \u00ab\u00a0Je vivais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dans une sorte d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9, m\u00eame si \u00e0 d&rsquo;autres moments la vie \u00e9tait on ne peut plus r\u00e9elle; et ce n&rsquo;est que maintenant, quelques mois apr\u00e8s, que ces journ\u00e9es se fondent petit \u00e0 petit dans un r\u00eave. Quoi qu&rsquo;il en soit, si le lecteur trouve les pages suivantes monotones, qu&rsquo;il essaie de leur donner la couleur du conte et d&rsquo;imaginer qu&rsquo;une sorte de sort a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 sur ces lieux qui se fait la guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s la p\u00e9riode de repos, la r\u00e9alit\u00e9 sanglante de la guerre reprend ses droits. Si aucune bataille majeure n\u2019a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e par les forces britanniques pendant les huit mois relat\u00e9s par Adams, la guerre quotidienne des tranch\u00e9es, avec ses corv\u00e9es, ses patrouilles, ses coups de main, ses duels d\u2019artillerie et ses explosions de mines n\u2019en est pas moins meurtri\u00e8re. Affect\u00e9 dans le secteur de Bois Fran\u00e7ais, Adams est confront\u00e9 \u00e0 la mort de camarades proches. Comme chez de nombreux combattants, cette \u00e9preuve marque un point de non retour, qu&rsquo;il tente d&rsquo;analyser . \u00ab\u00a0Ces deux morts auraient d\u00fb me rendre diff\u00e9rent. Or, j\u2019\u00e9tais le m\u00eame. Je suis all\u00e9 inspecter les tranch\u00e9es avec Davies, j\u2019ai parl\u00e9 avec les sergents de section et j\u2019ai examin\u00e9 le r\u00e9seau de fils de fer \u00e0 l\u2019aide de mon p\u00e9riscope, et pendant tout ce temps je n\u2019ai pas eu la moindre pens\u00e9e pour Tommy et Robertson. \u00c9tais-je devenu indiff\u00e9rent ? Je ne m\u2019\u00e9tais pas encore rendu compte que les \u00e9motions violentes accompagnent rarement le contact avec la mort, qu\u2019il existe un engourdissement de l\u2019esprit agissant comme un antalgique. J\u2019avais honte de mon indiff\u00e9rence ; mais j\u2019ai vite compris que c\u2019\u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne habituel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Nothing of Importance <\/em>est un choix de titre typiquement britannique, qui inscrit l\u2019auteur dans la lign\u00e9e des \u00e9crivains-combattants refusant de c\u00e9der au sensationnalisme. L&rsquo;ironie y est pr\u00e9dominante. Comme dans cet avertissement au d\u00e9but du chapitre VII o\u00f9 il invite le lecteur \u00e0 passer son chemin s\u2019il est allergique aux notions de topographie. Siegfried Sassoon a lu le livre peu de temps apr\u00e8s sa parution et l\u2019a offert \u00e0 Wilfrid Owen, autre grand nom de la litt\u00e9rature de guerre, preuve que cette chronique a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e pour la pertinence de son propos par ceux qui \u00e9taient aptes \u00e0 la juger. Si elle ne fait pas partie des \u0153uvres phares du genre, elle n\u2019en a pas moins toujours \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e pour la sinc\u00e9rit\u00e9 du regard qu\u2019elle porte sur la r\u00e9alit\u00e9 combattante.<br \/>\nLe parcours d&rsquo;Adams apr\u00e8s sa blessure au bras est relat\u00e9 dans le d\u00e9tail, du poste de secours \u00e0 l&rsquo;hospitalisation \u00e0 Londres en passant par l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;\u00e9vacuation et le bateau-h\u00f4pital. Dans la conclusion, il laisse \u00e9clater sa col\u00e8re contre le bourrage du cr\u00e2ne des journaux et d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Cette guerre est un enfer, nous n&rsquo;y trouvons aucune gloire, nous la d\u00e9testons, nous en d\u00e9testons chaque aspect.\u00a0\u00bb Son livre n&rsquo;est pourtant pas une d\u00e9nonciation. Son objectif \u00e9tait de proposer \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9trange synth\u00e8se qu&rsquo;est cette guerre : de l&rsquo;aventure, de la monotonie, de la bonne humeur et de la trag\u00e9die.\u00a0\u00bb<br \/>\nFrancis Grembert, octobre 2015<\/p>\n<p>Source : Bernard Adams : <em>Nothing of Importance<\/em>, Robert M. McBride &amp; C\u00b0, New York, 1918. R\u00e9\u00e9ditions : Naval Military Press, 2016 ; Forgotten Books, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin John Bernard Pye Adams est n\u00e9 le 15 novembre 1890 \u00e0 Beckenham, dans le Kent. Apr\u00e8s avoir remport\u00e9 de nombreux prix d&rsquo;excellence au coll\u00e8ge et au lyc\u00e9e, il r\u00e9ussit l\u2019examen d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Cambridge en 1908. Une fois son cursus en humanit\u00e9s achev\u00e9, il d\u00e9cide de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. 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