{"id":1486,"date":"2015-10-19T19:35:17","date_gmt":"2015-10-19T18:35:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1486"},"modified":"2021-09-23T16:56:45","modified_gmt":"2021-09-23T15:56:45","slug":"gurney-ivor-1890-1937","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/10\/19\/gurney-ivor-1890-1937\/","title":{"rendered":"Gurney, Ivor (1890-1937)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 le 28 ao\u00fbt 1890 \u00e0 Gloucester, Ivor Gurney est fils de tailleur. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, ses talents musicaux lui valent d\u2019int\u00e9grer le ch\u0153ur de la cath\u00e9drale de Gloucester. Peu apr\u00e8s, il prend des cours d\u2019orgue aupr\u00e8s de l\u2019organiste de la paroisse.<br \/>\nEn 1911, il quitte Gloucester pour suivre les cours du Royal College of music de Londres. Ses professeurs louent ses dons musicaux mais le jugent r\u00e9fractaire \u00e0 tout enseignement. Pour compl\u00e9ter ses maigres revenus, Gurney devient organiste \u00e0 High Wycombe, dans le Buckinghamshire, o\u00f9 il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec la famille Chapman. Mr et Mrs Chapman, qu\u2019il surnomme \u00ab Le comte et la comtesse \u00bb, deviennent un peu ses seconds parents. Sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, alli\u00e9e \u00e0 un caract\u00e8re jovial et exub\u00e9rant, attire la sympathie.<br \/>\nAu d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1914, Ivor Gurney revient pour quelques semaines \u00e0 Gloucester, en proie au doute et \u00e0 la haine de soi. D\u00e8s cette \u00e9poque, son instabilit\u00e9 engendre r\u00e9guli\u00e8rement des crises de neurasth\u00e9nie. Son \u00e9tranget\u00e9 ne facilite pas ses rapports avec ses semblables mais elle le d\u00e9marque aussi et attire l\u2019attention de protecteurs. Il se lit ainsi d\u2019amiti\u00e9 avec Marion Scott, violoniste et musicologue, qui l\u2019aidera tout au long de sa vie \u00e0 publier ses po\u00e8mes et fera jouer ses \u0153uvres musicales.<br \/>\nQuand la guerre \u00e9clate, il se porte volontaire, par patriotisme, mais aussi dans l\u2019espoir que la discipline militaire puisse le stabiliser. Mais il n\u2019est pas accept\u00e9 en raison d&rsquo;une vue trop faible. En f\u00e9vrier 1915, quand les crit\u00e8res sont abaiss\u00e9s, il peut rejoindre le r\u00e9giment du Gloucestershire. Le 25 mai 1916, les Glosters d\u00e9barquent au Havre. Gurney est simple soldat et le restera jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre. De mai \u00e0 octobre, son bataillon occupe un secteur pr\u00e8s de Laventie. Durant cette p\u00e9riode, il envoie r\u00e9guli\u00e8rement des partitions \u00e0 Marion Scott. Ivor Gurney est capable de composer sans avoir acc\u00e8s \u00e0 aucun instrument de musique. Il \u00e9crit aussi des po\u00e8mes, que l\u2019\u00e9diteur Sidgwick &amp; Jackson acceptera de publier quelques mois plus tard sous le titre <em>Severn and Somme<\/em>. A la fin du mois d&rsquo;octobre, son unit\u00e9 est envoy\u00e9e dans la Somme. En f\u00e9vrier 1917, elle occupe le secteur d&rsquo;Ablaincourt. En mai, Gurney est bless\u00e9 au bras. Apr\u00e8s deux mois pass\u00e9s dans un h\u00f4pital \u00e0 Rouen, il rejoint le secteur d&rsquo;Arras. Envoy\u00e9 sur le front d&rsquo;Ypres en ao\u00fbt, Gurney est impressionn\u00e9 par l\u2019intensit\u00e9 des tirs d&rsquo;artillerie. En septembre, \u00e0 Saint-Julian, devant le saillant de Passchendaele, il se r\u00e9fugie avec des camarades dans un abri abandonn\u00e9, o\u00f9 il est gaz\u00e9, du moins le pr\u00e9tend-il. S\u2019il a effectivement respir\u00e9 du gaz \u00e0 cet endroit, l\u2019intoxication n\u2019est toutefois pas prononc\u00e9e. Il est cependant \u00e9vacu\u00e9 au pays et \u00e9chappe au service actif pour le reste de la guerre.<br \/>\nA l\u2019h\u00f4pital de Bangour, pr\u00e8s d\u2019\u00c9dimbourg, Ivor Gurney tombe amoureux de son infirmi\u00e8re, Annie Drummond, mais celle-ci le rejette. Il sombre alors dans un de ces acc\u00e8s de d\u00e9sespoir qui lui sont malheureusement coutumiers, et ce malgr\u00e9 les bonnes critiques que re\u00e7oit Severn and Somme. La premi\u00e8re \u00e9dition du recueil est \u00e9puis\u00e9e en tr\u00e8s peu de temps. Apr\u00e8s une nouvelle hospitalisation en f\u00e9vrier 1918 pour probl\u00e8mes d\u2019estomac, il reprend l\u2019entra\u00eenement \u00e0 la caserne de Brancepeth Castle. Mais la neurasth\u00e9nie l\u2019assaille \u00e0 nouveau. Il se sent coupable de rester au pays pendant que ses camarades se battent en France. Le 28 mars, il \u00e9crit \u00e0 Marion Scott pour lui dire qu\u2019il est entr\u00e9 en contact avec l\u2019\u00e2me de Beethoven. Sa sant\u00e9 mentale se d\u00e9t\u00e9riore et il est admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire de Warrington en juin. En octobre, il est d\u00e9clar\u00e9 inapte au service pour commotion.<br \/>\nAu lendemain de l&rsquo;Armistice, Ivor Gurney r\u00e9int\u00e8gre le Royal College of Music. Apr\u00e8s la publication de son deuxi\u00e8me recueil de po\u00e8mes, <em>War Embers<\/em>, en 1919, il conna\u00eet trois ann\u00e9es de production musicale et po\u00e9tique intense. Mais en 1922 il sombre d\u00e9finitivement dans la folie. Intern\u00e9 dans un premier temps \u00e0 l\u2019asile de Gloucester, il est ensuite transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Dartford, dans le Kent. Il continue \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 \u00eatre publi\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 Marion Scott, qui lui rend r\u00e9guli\u00e8rement visite et le trouve \u00ab si clairvoyant dans sa folie que \u00e7a vous fend le c\u0153ur. \u00bb Si ses chansons n\u2019ont plus la m\u00eame qualit\u00e9 qu\u2019auparavant, il n\u2019en est pas de m\u00eame pour ses po\u00e8mes, qui gagnent en force. Son esprit habite d\u00e9sormais le pass\u00e9. Les po\u00e8mes qu\u2019il \u00e9crit pendant ces ann\u00e9es d\u2019internement poss\u00e8dent une imm\u00e9diatet\u00e9 qui laisse \u00e0 penser que la guerre ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9e pour lui. Il meurt de la tuberculose en 1937.<br \/>\nCe destin tragique, alli\u00e9 \u00e0 une po\u00e9sie qui ne se souciait pas de perfection formelle, lui a valu d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un po\u00e8te plut\u00f4t n\u00e9gligeable. Or, on trouve dans ses po\u00e8mes de guerre un ton et un art po\u00e9tique tout \u00e0 fait originaux. Leur pr\u00e9cision quasi documentaire et l&#8217;emploi de l&rsquo;argot militaire ont parfois d\u00e9concert\u00e9, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il ne recourait pas \u00e0 l&rsquo;ironie dont usaient de nombreux po\u00e8tes-combattants. Longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme mineure, l&rsquo;oeuvre po\u00e9tique d\u2019Ivor Gurney est aujourd&rsquo;hui r\u00e9\u00e9valu\u00e9e. Il a \u00e9galement \u00e9crit plus de 200 chansons et compos\u00e9 de nombreuses pi\u00e8ces instrumentales.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de guerre d&rsquo;Ivor Gurney est principalement compos\u00e9 de po\u00e8mes et de lettres. Plusieurs \u00e9ditions r\u00e9centes les proposent dans leur int\u00e9gralit\u00e9. C&rsquo;est Edmund Blunden qui attire pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;attention du public sur ce po\u00e8te oubli\u00e9 en publiant en 1953  une s\u00e9lection de ses po\u00e8mes.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>a) Po\u00e9sie<br \/>\nSon po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0First time\u00a0\u00bb in relate sa rencontre avec un r\u00e9giment gallois et son plaisir \u00e0 \u00e9couter ces soldats aux accents chantants. Le pouvoir du chant, de l\u2019accent, de la musique propre \u00e0 toute langue, capable d\u2019oblit\u00e9rer le bruit des canons, est un th\u00e8me r\u00e9current dans ses po\u00e8mes, tout comme son attachement \u00e0 sa terre natale : le Gloucestershire.<br \/>\n\u00ab\u00a0Laventie\u00a0\u00bb d\u00e9crit l\u2019atmosph\u00e8re des tranch\u00e9es et le quotidien du soldat dans une langue simple, o\u00f9 le proc\u00e9d\u00e9 d\u2019accumulation procure une sensation de proximit\u00e9 avec un monde o\u00f9 les r\u00e9alit\u00e9s et les perceptions diverses cohabitent dans une sorte de chaos g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Sa po\u00e9sie est celle du particulier, du corps plut\u00f4t que de l\u2019esprit. Une po\u00e9sie impressionniste, sans col\u00e8re, sans mythe, avec toujours la surprise du d\u00e9tail que l\u2019on n\u2019attendait pas.<br \/>\nSes po\u00e8mes permettent aussi de suivre son parcours et d&rsquo;observer son \u00e9volution. \u00ab\u00a0Ballade aux trois spectres\u00a0\u00bb, \u00e9crit dans la Somme, laisse libre cours au sarcasme. Mais la camaraderie l\u2019aide \u00e0 tenir le coup. Comme tous les soldats, il est tr\u00e8s affect\u00e9 par la mort de ses camarades de tranch\u00e9e. \u00ab\u00a0To his love\u00a0\u00bb, exprime cette douleur sans pathos.<br \/>\nEn mars 1917, \u00e0 Caulaincourt, il \u00e9crit \u00ab\u00a0Severn Meadows\u00a0\u00bb, qu\u2019il met ensuite en musique.  Au pays, Marion Scott s\u2019occupe de sa publication. Pendant les p\u00e9riodes de repos, Ivor Gurney continue vaille que vaille \u00e0 composer de la musique et \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes, notamment une s\u00e9rie de rondeaux consacr\u00e9s au quotidien du soldat.<\/p>\n<p>b) Lettres<br \/>\nLes lettres qu&rsquo;Ivor Gurney a envoy\u00e9es de France r\u00e9v\u00e8lent une personnalit\u00e9 qui s&rsquo;accommode difficilement de la discipline militaire mais dont le souci d&rsquo;observation et l&rsquo;originalit\u00e9 du regard aboutissent \u00e0 une perception in\u00e9dite de la guerre. L&rsquo;extrait qui suit est de ce point de vue caract\u00e9ristique :<\/p>\n<p>&#8230; Mais oh, nettoyer ! Je suppose que je vis le m\u00eame enfer que mes camarades ; et bien que je consacre autant de temps qu&rsquo;eux \u00e0 astiquer et \u00e0 polir, les r\u00e9sultats &#8211; je dois l&rsquo;avouer humblement &#8211; ne sont jamais \u00e0 la hauteur de mes attentes. Aujourd&rsquo;hui, le colonel est venu nous inspecter. J&rsquo;attendais sa venue en tremblant car je savais que la crasse et la rouille accumul\u00e9es pendant mes six semaines d&rsquo;h\u00f4pital et ma convalescence n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9es, loin s&rsquo;en faut. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 debout, \u00e0 attendre, un mouton parmi les ch\u00e8vres (ou, non, plut\u00f4t l&rsquo;inverse), que la foudre s&rsquo;abatte sur moi. Arriva alors Celui-A-Qui-On-Doit-Ob\u00e9ir. Il me regarda, h\u00e9sita, me regarda \u00e0 nouveau, h\u00e9sita une nouvelle fois, puis fut appel\u00e9 par le sergent-major, lequel lui dit (alors qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient \u00e9loign\u00e9s de quelques m\u00e8tres) : \u00ab\u00a0Un bon soldat, mon colonel, qui ne pose pas de probl\u00e8me, mais c&rsquo;est un musicien et il semble avoir quelques difficult\u00e9s \u00e0 rester propre.\u00a0\u00bb Quand le sergent-major revint pour nous inspecter de dos, il gloussa et dit : \u00ab\u00a0Ah, Gurney, j&rsquo;ai bien peur qu&rsquo;on ne fera jamais un soldat de vous.\u00a0\u00bb<br \/>\nJe suis bien aise qu&rsquo;ils aient enfin adopt\u00e9 ce point de vue ; cela leur a pris du temps ! Ce sergent-major est un type bath et m\u00e9rite que je lui compose un triolet&#8230;<br \/>\nFrancis Grembert, octobre 2015<\/p>\n<p>Sources :<br \/>\nIvor Gurney : <em>Collected poems of Ivor Gurney<\/em>, Oxford, 1982<br \/>\n<em>War letters<\/em>, Hogarth Press, 1984<br \/>\n<em>Stars in a Dark Night, The Letters of Ivor Gurney to the Chapman family<\/em>, Anthony Boden, Alan Sutton, 1986<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 28 ao\u00fbt 1890 \u00e0 Gloucester, Ivor Gurney est fils de tailleur. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, ses talents musicaux lui valent d\u2019int\u00e9grer le ch\u0153ur de la cath\u00e9drale de Gloucester. Peu apr\u00e8s, il prend des cours d\u2019orgue aupr\u00e8s de l\u2019organiste de la paroisse. 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