{"id":1492,"date":"2015-10-30T17:57:41","date_gmt":"2015-10-30T16:57:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1492"},"modified":"2021-09-23T16:57:00","modified_gmt":"2021-09-23T15:57:00","slug":"burrage-alfred-1889-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/10\/30\/burrage-alfred-1889-1956\/","title":{"rendered":"Burrage, Alfred (1889-1956)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Hillingdon, dans le Middlesex, Alfred McLelland Burrage est le fils d&rsquo;Alfred Sherrington Burrage, auteur de romans pour la jeunesse. Son oncle \u00e9crit \u00e9galement des romans d&rsquo;aventure qui connaissent un large succ\u00e8s. Alfred Burrage poursuit la tradition familiale et \u00e9crit sa premi\u00e8re nouvelle \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans, suite \u00e0 la mort de son p\u00e8re. Il devient d\u00e8s lors un \u00e9crivain professionnel prolifique, qui travaille pour de nombreuses revues et s&rsquo;essaie \u00e9galement \u00e0 la litt\u00e9rature pour adultes sous le pseudonyme de Frank Lelland. Ses histoires de fant\u00f4mes tout comme ses romances pour la jeunesse seront publi\u00e9es dans un grand nombre de revues, mais parfois aussi sous forme de livres. Les ann\u00e9es 1890-1914 sont l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des revues de fiction. Le march\u00e9 est florissant et permet \u00e0 un grand nombre d&rsquo;auteurs de vivre de leur plume.<br \/>\nEn d\u00e9cembre 1915, Burrage s&rsquo;inscrit sur les listes du Plan Derby, qui permet aux volontaires d&rsquo;attester de leur disponibilit\u00e9 \u00e0 \u00eatre enr\u00f4l\u00e9s. Peu de temps apr\u00e8s, il rejoint le r\u00e9giment des Artists Rifles. Pendant qu&rsquo;il combat en France, il continue d&rsquo;\u00e9crire des romances du type boy meets girl pour les revues. Il le fait surtout pour aider financi\u00e8rement sa m\u00e8re. C&rsquo;est aussi une fa\u00e7on pour lui de s&rsquo;extraire de la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre : \u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait un grand soulagement d&rsquo;\u00e9crire d\u00e8s que la chose \u00e9tait possible : m&rsquo;asseoir et me perdre dans le monde si paisible d&rsquo;avant 1914 et me persuader que la guerre n&rsquo;existait pas.\u00a0\u00bb Pour \u00e9viter le probl\u00e8me de la censure, il se procure un maximum d&rsquo;enveloppes vertes, dans lesquelles les combattants pouvaient ins\u00e9rer des lettres qui ne seraient pas relues.<br \/>\nFrank Burrage participe \u00e0 la bataille de Passchendaele et \u00e0 la retraite du printemps 1918, avant d&rsquo;\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 en avril. Il n&rsquo;a jamais suivi la formation des sous-officiers, estimant qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas suffisamment l&rsquo;esprit militaire. Il est l&rsquo;un des seuls \u00e9crivains professionnels britanniques \u00e0 avoir combattu en tant que simple soldat.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, Burrage reprend son activit\u00e9 d&rsquo;auteur pour revues. Dans plusieurs de ses histoires, il introduit des sc\u00e8nes relatives \u00e0 son exp\u00e9rience de guerre, mais les \u00e9diteurs ne l&rsquo;incitent pas \u00e0 d\u00e9velopper ce genre de th\u00e8me. Le regain de popularit\u00e9 des histoires standardis\u00e9es de la litt\u00e9rature d&rsquo;\u00e9vasion est symptomatique du peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;a le public du d\u00e9but des ann\u00e9es 20 pour tout ce qui concerne la guerre, et ce malgr\u00e9 le grand nombre de t\u00e9moignages publi\u00e9s. Mais \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie, la vague \u00e9ditoriale qui remet la guerre sur le devant de la sc\u00e8ne pousse l&rsquo;\u00e9diteur Victor Gollancz \u00e0 demander \u00e0 Burrage d&rsquo;\u00e9crire ses m\u00e9moires.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\n<em>War is War <\/em>para\u00eet en 1930 de fa\u00e7on anonyme, sous le pseudonyme \u00ab\u00a0Ex-Private-X\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9diteur craignait que les critiques ne prennent pas le livre au s\u00e9rieux s&rsquo;ils savaient que son auteur gagnait sa vie en publiant deux \u00e0 trois histoires \u00e0 l&rsquo;eau de rose par semaine dans diff\u00e9rentes revues.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nLes critiques ont reproch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;auteur ses attaques violentes contre les officiers et tous ceux qui \u00e9taient absents des premi\u00e8res lignes. Ce n&rsquo;est pas tant le langage cru auquel recourt Burrage qui a d\u00e9plu que le ton caustique dont il use sans parcimonie. Plus d&rsquo;un passage rec\u00e8le un humour noir assez audacieux qui fait fi de la r\u00e9serve habituelle \u00e0 la plupart des m\u00e9moires de guerre.<br \/>\nSit\u00f4t d\u00e9barqu\u00e9 au Havre, la bataillon de Burrage est pass\u00e9 en revue par \u00ab\u00a0un \u00e2ne pompeux qui sentait le whiskey.\u00a0\u00bb Le ton est donn\u00e9. La col\u00e8re sera un des leitmotivs de <em>War is War<\/em>. La suffisance des galonn\u00e9s, les corv\u00e9es inutiles, les propos condescendants des territoriaux, tout cela est syst\u00e9matiquement point\u00e9 du doigt. Burrage se targue de parler au nom du tommy anonyme et de dire une v\u00e9rit\u00e9 que seul celui qui a combattu peut exprimer. A ce titre, ses remarques sur Sir Conan Doyle ne manquent pas de pertinence. Apr\u00e8s avoir fait \u00e9tat de toute son admiration pour l&rsquo;auteur de Sherlock Holmes, il ne peut n\u00e9anmoins que regretter que celui-ci \u00ab\u00a0se m\u00eale de la guerre en se contentant de lire les journaux et d&rsquo;\u00e9tudier les cartes.\u00a0\u00bb<br \/>\nAlfred Burrage ne s&rsquo;\u00e9pargne pas lui-m\u00eame et ne glorifie pas le combattant. La l\u00e2chet\u00e9 et l&rsquo;\u00e9go\u00efsme sont des attitudes pr\u00e9sentes dans les tranch\u00e9es et il ne cherche pas \u00e0 les cacher :<br \/>\n\u00ab\u00a0Je respectais ma mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre l\u00e2che, tout comme je respectais celle des autres, parce que nous \u00e9tions capables d&rsquo;en rire et que nous ne nous attendions pas \u00e0 ce que quiconque puisse s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 des r\u00e9actions somme toute tr\u00e8s personnelles. Mais le vrai l\u00e2che, celui qui ne peut que nous r\u00e9vulser, existait bel et bien : c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9go\u00efste sans vergogne qui consid\u00e9rait que sa peau \u00e9tait trop pr\u00e9cieuse pour \u00eatre trou\u00e9e, et s&rsquo;attendait \u00e0 ce que son voisin de tranch\u00e9e &#8211; qui \u00e9tait dans le m\u00eame bateau que lui &#8211; l&rsquo;approuve sans r\u00e9serve.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Nous sommes devenus d&rsquo;un \u00e9go\u00efsme sans limite. Nous ne pensons qu&rsquo;\u00e0 notre propre ventre et \u00e0 notre propre peau. Nos coeurs se briseraient s&rsquo;il fallait porter le fardeau des autres et laisser nos esprits s&rsquo;attarder sur leurs souffrances ou leur mort. Il n&rsquo;est pas prudent d&rsquo;avoir un ami. A tout moment, il peut se transformer en un d\u00e9bris d&rsquo;homme, les mains cramponn\u00e9es \u00e0 un fusil tordu, et il faut alors en trouver un autre. Quand un homme est tu\u00e9, nous nous pr\u00e9cipitons vers le corps pour voir s&rsquo;il reste de la nourriture dans le barda ou, chose pr\u00e9cieuse entre toutes, un rasoir de s\u00fbret\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/>\nApr\u00e8s avoir occup\u00e9 le secteur du Mont Saint-Eloi et de Roclincourt, pr\u00e8s d&rsquo;Arras, le bataillon de Burrage se bat \u00e0 Passchendaele. Sa description des combats et des hommes qui se noient dans la boue des Flandres est sans concession. Il n&rsquo;obtient une permission qu&rsquo;apr\u00e8s une ann\u00e9e de pr\u00e9sence au front. Au pays, la situation familiale s&rsquo;est d\u00e9grad\u00e9e avec la mort de son oncle \u00e9crivain, ce qui l&rsquo;incite \u00e0 augmenter ses envois de nouvelles pour les revues. Sa m\u00e8re, sa s\u0153ur et sa tante d\u00e9pendent en effet de l&rsquo;argent qu&rsquo;il gagne avec sa plume.<br \/>\nSon regard sur les Fran\u00e7ais et les Belges est sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, ni amical, ni amer, juste lucide : \u00ab\u00a0Les habitants viennent nous inspecter avec ce m\u00eame int\u00e9r\u00eat que montrent les vaches pour les chiens \u00e9gar\u00e9s. Nous occupons les lieux qui s\u00e9parent leurs maisons de l&rsquo;ennemi mais ils ne montrent pas d&rsquo;enthousiasme \u00e0 notre \u00e9gard. Pourquoi le feraient-ils ? Ils se sont habitu\u00e9s \u00e0 nous.\u00a0\u00bb<br \/>\nL&rsquo;humour est omnipr\u00e9sent dans ces m\u00e9moires et temp\u00e8re la noirceur g\u00e9n\u00e9rale du propos. La r\u00e9ponse de Burrage \u00e0 un officier censeur lui interdisant de mentionner que les Allemands avaient d\u00e9truit Monchy-sur-Bois est d&rsquo;\u00e9crire une nouvelle lettre \u00e0 sa m\u00e8re pour lui dire qu&rsquo;il ne pouvait pas mentionner \u00ab\u00a0le village au cas o\u00f9 les Allemands d\u00e9couvriraient qu&rsquo;une bataille y avait eu lieu.\u00a0\u00bb<br \/>\nAux lecteurs qui n&rsquo;appr\u00e9cieraient pas son cynisme, Burrage r\u00e9pond que la guerre est fondamentalement une r\u00e9alit\u00e9 cynique, qui oscille entre la com\u00e9die et la trag\u00e9die. Les \u00e9l\u00e9ments tenant de la farce, comme la mention de cette prostitu\u00e9e du Havre qui rencontre beaucoup de succ\u00e8s parce qu&rsquo;elle porte un uniforme d&rsquo;officier, ne sont pas simplement l\u00e0 pour le plaisir de l&rsquo;anecdote. Burrage veut brosser un tableau r\u00e9aliste incluant tous les aspects de la guerre, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 soulever un certain nombre de questions qui d\u00e9rangent, quitte \u00e0 forcer le trait :<br \/>\n\u00ab\u00a0Je crois que le syst\u00e8me de l&rsquo;arm\u00e9e consistait \u00e0 \u00e9puiser les hommes et \u00e0 les rendre mis\u00e9rables au moment o\u00f9 ils atteignaient la ligne de front, et ceci dans le but de les rendre compl\u00e8tement indiff\u00e9rents \u00e0 leur vie et leur destin. Aucun homme heureux ne veut mourir. En consid\u00e9rant ces choses avec le recul et sans passion, je dois admettre que cette m\u00e9thode \u00e9tait aussi sens\u00e9e qu&rsquo;elle \u00e9tait cruelle.\u00a0\u00bb<br \/>\nLe 7 avril 1918, il est touch\u00e9 par une balle perdue sur les berges de l&rsquo;Ancre et croit avoir \u00e9t\u00e9 gravement atteint. Il ne s&rsquo;agit en fait que d&rsquo;une \u00e9gratignure. Ceci dit, il est presque incapable de marcher. On lui diagnostique un \u00ab\u00a0pied de tranch\u00e9e\u00a0\u00bb, qui lui vaut d&rsquo;\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 en Angleterre apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;hospitalisation \u00e0 Trouville.<br \/>\nFrancis Grembert, octobre 2015<br \/>\nSource :<br \/>\n<em>War is War<\/em>, Pen and Sword, 2010 (premi\u00e8re \u00e9dition : Gollancz, 1930, sous le pseudonyme de Ex-Soldier X)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 Hillingdon, dans le Middlesex, Alfred McLelland Burrage est le fils d&rsquo;Alfred Sherrington Burrage, auteur de romans pour la jeunesse. Son oncle \u00e9crit \u00e9galement des romans d&rsquo;aventure qui connaissent un large succ\u00e8s. 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