{"id":150,"date":"2008-07-31T17:06:20","date_gmt":"2008-07-31T16:06:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/31\/martin-albert-1866-1948\/"},"modified":"2021-09-09T17:13:55","modified_gmt":"2021-09-09T16:13:55","slug":"martin-albert-1866-1948","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/31\/martin-albert-1866-1948\/","title":{"rendered":"Martin, Albert (1866-1948)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Albert Martin, qui avait des grands-parents originaires de Beaurieux (Aisne), \u00e9tait chirurgien \u00e0 Rouen lors de la d\u00e9claration de guerre. A 48 ans, il fut d&rsquo;abord mobilis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Dieu de cette ville, avant de devenir le m\u00e9decin chef de l&rsquo;ambulance 9\/3, d\u00e9tach\u00e9e aupr\u00e8s du 1<sup>er<\/sup> CA. Il eut comme adjoint Georges Duhamel qui, dans ses livres, fit passer les choses vues \u00e0 l&rsquo;ambulance \u00ab au miroir de l&rsquo;art \u00bb. Albert Martin quitta l&rsquo;Avant en avril 1917. Il fut ensuite, en Normandie, un chirurgien actif, cr\u00e9ateur de la clinique Saint-Hilaire \u00e0 Rouen, et un agriculteur moderne, pr\u00e9sident de diverses institutions.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Pendant la guerre, il \u00e9crivait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 sa femme. Cette correspondance constitue la base du livre <em>Un \u00e9nergique et enthousiaste \u2018Homme de c\u0153ur&rsquo; rouennais : Albert Martin (1866-1948). Souvenirs d&rsquo;un chirurgien de la Grande Guerre<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9s par le Docteur Pierre-Albert Martin [son petit-fils], avec une pr\u00e9face de Mme le Professeur Arlette Lafay, et une postface de M. Le Professeur Bernard Tardif, Luneray, Editions Bertout, \u00ab La m\u00e9moire normande \u00bb, 1996, 239 p., illustrations. La correspondance originale y occupe les p. 19 \u00e0 168, suivie d&rsquo;un \u00ab Rapport d&rsquo;Albert Martin sur le fonctionnement intensif de l&rsquo;ambulance 9\/3 sous Verdun \u00bb, p. 201-230. Quelques documents, parmi lesquels des lettres de ou \u00e0 Georges Duhamel, compl\u00e8tent l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; S&rsquo;il y eut des m\u00e9decins culpabilis\u00e9s de ne pas participer aux combats, et d&rsquo;autres \u00ab accroch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re \u00bb, beaucoup, comme Albert Martin [et Prosper Viguier, voir cette notice] \u00e9taient fiers de servir comme m\u00e9decins, malgr\u00e9 le sentiment d&rsquo;impuissance devant les probl\u00e8mes insolubles. Albert Martin savait qu&rsquo;il devait effectuer une \u00ab chirurgie de guerre brutale \u00bb, \u00ab ingrate, d\u00e9cevante et p\u00e9nible \u00bb (p. 92). Au d\u00e9but de la guerre, il en rendait responsable \u00ab l&rsquo;ignoble Kaiser \u00bb, pour qui il se sentait pris d&rsquo;une \u00ab haine f\u00e9roce \u00bb, ainsi que pour \u00ab la majorit\u00e9 de la race allemande qui le suit, qui s&rsquo;imagine \u00eatre d&rsquo;essence sup\u00e9rieure, faite pour dominer et domestiquer le reste du monde \u00bb (p. 53). Quoi qu&rsquo;il en soit, les Allemands seront soign\u00e9s comme les Fran\u00e7ais. L&rsquo;un d&rsquo;eux, Th\u00e9odore, s&rsquo;est fait des amis fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;ambulance, anciens ennemis qu&rsquo;il appelle \u00ab Camarades \u00bb et qui le consid\u00e8rent comme tel (p. 146). Il rend tellement de services que, quoique gu\u00e9ri, le m\u00e9decin chef tient \u00e0 le garder.<\/p>\n<p>&#8211; Les rythmes du travail sont tr\u00e8s irr\u00e9guliers. \u00ab Ou bien c&rsquo;est le d\u00e9s\u0153uvrement ou bien c&rsquo;est le surmenage ! Il n&rsquo;y a pas de milieu ; il est de fait qu&rsquo;il ne peut gu\u00e8re en \u00eatre diff\u00e9remment. C&rsquo;est la m\u00eame chose pour le combattant \u00bb (p. 109). Dans les phases de surmenage : \u00ab Ce qui est terriblement p\u00e9nible c&rsquo;est l&rsquo;esprit de d\u00e9cision qu&rsquo;il faut toujours tenir en \u00e9veil ; sacrifier un membre, souvent deux, quelquefois trois pour sauver une existence, c&rsquo;est une situation qui rend soucieux ceux \u00e0 qui en incombe le devoir \u00bb (p. 167).<\/p>\n<p>&#8211; La phase la plus difficile fut celle de Verdun, du 28 f\u00e9vrier au 8 avril 1916. En trois semaines, l&rsquo;ambulance pratiqua plus de mille op\u00e9rations graves. Le rapport sur Verdun donne des pr\u00e9cisions sur les armes ayant caus\u00e9 les blessures (sur 1045 bless\u00e9s, 1004 par \u00e9clats d&rsquo;obus et 41 par balles), sur les types d&rsquo;op\u00e9rations, la mortalit\u00e9, l&rsquo;importance du travail en \u00e9quipe et de la qualit\u00e9 des installations [comme Prosper Viguier, Albert Martin a un sens pouss\u00e9 de l&rsquo;organisation]. Il montre comment le casque limite les d\u00e9g\u00e2ts, comment il faudrait r\u00e9duire le temps de transfert des bless\u00e9s vers les ambulances. Il critique les modes et la recherche du sensationnel en installant des postes chirurgicaux dans les lignes ou en cherchant la gu\u00e9rison extraordinaire. Il indique aussi le temps n\u00e9cessaire pour creuser les tombes et confectionner les cercueils (p. 225).<\/p>\n<p>&#8211; Diverses remarques :<\/p>\n<p>. Une accalmie sur le front : \u00ab On croirait vraiment que, par une sorte de convention tacite, les artilleurs se taisent. Ils semblent dire : si tu ne tires pas, je ne tirerai pas non plus \u00bb (p. 62).<\/p>\n<p>. Un suspect de mutilation volontaire passant en conseil de guerre (p. 70). On n&rsquo;a pas de certitude ; il ne faut pas risquer de faire condamner un innocent.<\/p>\n<p>. Un bless\u00e9 fran\u00e7ais survivant apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 par surprise, au couteau, par trois Allemands. Lard\u00e9 sur tout le corps, il n&rsquo;est pas mort (p. 74).<\/p>\n<p>. L&rsquo;ordre de mettre \u00e0 l&rsquo;abri \u00e0 l&rsquo;ambulance les p\u00e8res de famille nombreuse (p. 120). Mais il reste beaucoup de cur\u00e9s : 8, le 1<sup>er<\/sup> septembre 1916 ; 11, le 27 novembre. \u00ab Je trouve, \u00e9crit Albert Martin, que onze cur\u00e9s sur trente-huit hommes, c&rsquo;est tout de m\u00eame exag\u00e9r\u00e9 \u00bb (p. 138).<\/p>\n<p>. Sur la fin, le chirurgien se montre sensible \u00e0 l&rsquo;existence du bourrage de cr\u00e2ne, c\u00f4t\u00e9 allemand par <em>La Gazette des Ardennes<\/em> (p. 144), c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais par <em>Le Petit Parisien<\/em>, par exemple (p. 143).<\/p>\n<p>. En janvier 1917, sept \u00e0 huit bless\u00e9s sur dix sont cultivateurs (p. 147).<\/p>\n<p>. Quelques jours plus tard (p. 149), il note que dire qu&rsquo;il faut se battre jusqu&rsquo;au bout pour que la g\u00e9n\u00e9ration suivante ne connaisse pas la guerre, \u00ab c&rsquo;est le raisonnement qu&rsquo;on fait pour se donner du c\u0153ur et pour tenir \u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juillet 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Albert Martin, qui avait des grands-parents originaires de Beaurieux (Aisne), \u00e9tait chirurgien \u00e0 Rouen lors de la d\u00e9claration de guerre. 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