{"id":1503,"date":"2016-01-17T21:00:01","date_gmt":"2016-01-17T20:00:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1503"},"modified":"2021-09-23T16:57:35","modified_gmt":"2021-09-23T15:57:35","slug":"redmond-willie-1861-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/01\/17\/redmond-willie-1861-1917\/","title":{"rendered":"Redmond, Willie (1861-1917)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nD\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 7 juin 1917 dans une salle de soins du couvent Saint-Antoine de Locre (Belgique), Willie Redmond a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans les jardins de l&rsquo;\u00e9tablissement, \u00e0 proximit\u00e9 du cimeti\u00e8re o\u00f9 reposent la plupart des hommes de sa brigade. En 1919, sa veuve, venue se recueillir sur la s\u00e9pulture, se d\u00e9clare particuli\u00e8rement satisfaite de cet emplacement. Elle s\u2019oppose \u00e0 la Commission des S\u00e9pultures de Guerre, qui au d\u00e9but des ann\u00e9es 20 transf\u00e8re les tombes isol\u00e9es dans des cimeti\u00e8res de regroupement. La croix qui se dresse encore aujourd&rsquo;hui au milieu d\u2019un carr\u00e9 d\u2019herbe, \u00e0 quelques m\u00e8tres du cimeti\u00e8re, honore un des nationalistes irlandais les plus \u00e9minents du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<br \/>\nIssu d\u2019une famille catholique irlandaise, William Hoey Kearney Redmond suit les traces de son p\u00e8re et de son oncle, qui avaient tous deux lutt\u00e9 pour la cause irlandaise \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, John, deviendra quant \u00e0 lui le leader du Parti Parlementaire Irlandais.<br \/>\nAyant rejoint les rangs de Charles Parnell au sein de l\u2019Irish National Land League, il est arr\u00eat\u00e9 en 1882 et emprisonn\u00e9 trois mois \u00e0 Dublin pour possession de litt\u00e9rature s\u00e9ditieuse. Sit\u00f4t lib\u00e9r\u00e9, il se rend aux \u00c9tats-Unis et en Australie pour lever des fonds en soutien de la cause nationaliste. Il est ensuite \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 pour le comt\u00e9 de Wexford et si\u00e9gera pendant 34 ans \u00e0 la Chambre des Communes de Londres.<br \/>\nFervent d\u00e9fenseur de l\u2019autonomie irlandaise, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 prononcer des discours radicaux, qui lui valent un nouveau s\u00e9jour en prison en 1902. Visitant r\u00e9guli\u00e8rement les communaut\u00e9s irlandaises outremer, il s\u2019inspire du statut de dominion du Canada et de l\u2019Australie pour forger un concept d\u2019autod\u00e9termination propre \u00e0 l\u2019Irlande.<br \/>\nEn ao\u00fbt 1914, son fr\u00e8re John incite les Volontaires Irlandais \u00e0 rejoindre les rangs de l\u2019arm\u00e9e britannique, consid\u00e9rant d\u2019une part que l\u2019Allemagne est l\u2019ennemie commune de la Grande-Bretagne et de l\u2019Irlande et d\u2019autre part que l&rsquo;implication dans l&rsquo;effort de guerre favorisera ult\u00e9rieurement l\u2019autonomie irlandaise. Willie est un des premiers \u00e0 organiser des campagnes de recrutement. Il d\u00e9cide \u00e9galement de s&rsquo;engager dans l&rsquo;arm\u00e9e, malgr\u00e9 ses 55 ans. Quatre autres d\u00e9put\u00e9s irlandais serviront dans des unit\u00e9s britanniques.<br \/>\nDevenu capitaine au sein du Royal Irish Regiment, il arrive au front au cours de l\u2019hiver 1915-16. Il se distingue d\u2019embl\u00e9e par son esprit combatif et sa proximit\u00e9 avec la troupe, marchant notamment avec ses hommes au lieu de les accompagner \u00e0 cheval, comme le faisaient de nombreux officiers. En juillet 1916, il doit revenir en Irlande pour raisons de sant\u00e9. En mars 1917, il prononce son dernier discours parlementaire.<br \/>\nDe retour au front, Willie Redmond participe \u00e0 la bataille de la cr\u00eate de Messines. Il est l\u2019un des premiers \u00e0 sortir de la tranch\u00e9e. Imm\u00e9diatement bless\u00e9 au poignet, puis peu apr\u00e8s \u00e0 la jambe, il est \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de soins du couvent de Locre, et y meurt quelques heures plus tard. Son d\u00e9c\u00e8s est probablement davantage d\u00fb \u00e0 un \u00e9tat de choc qu\u2019aux blessures en elles-m\u00eames. La nouvelle de sa mort est annonc\u00e9e dans tous les journaux britanniques. Du monde entier, des messages de condol\u00e9ances parviennent \u00e0 sa famille et le gouvernement fran\u00e7ais lui attribue la l\u00e9gion d\u2019honneur \u00e0 titre posthume.<br \/>\nSa tombe isol\u00e9e a entra\u00een\u00e9 de nombreux commentaires. D&rsquo;aucuns ont pr\u00e9tendu qu\u2019il avait lui-m\u00eame choisi cet emplacement pour protester contre l\u2019ex\u00e9cution des rebelles de Dublin par l\u2019arm\u00e9e britannique au printemps 1916. Mais rien n\u2019est moins s\u00fbr. L\u2019isolement de sa tombe n\u2019a peut-\u00eatre aucune signification politique, m\u00eame si, symboliquement, le fait qu\u2019un nationaliste irlandais soit enterr\u00e9 \u00e0 part ne peut que nous interpeller. En d\u00e9cembre 2013, les Premiers Ministres britannique et irlandais, David Cameron et Enda Kenny, se sont rendus ensemble sur les champs de bataille de Flandre et se sont recueillis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur la tombe de Willie Redmond. Le d\u00e9put\u00e9 nationaliste aurait certainement appr\u00e9ci\u00e9 cet hommage, lui qui esp\u00e9rait qu\u2019apr\u00e8s la guerre les soldats du Nord et ceux du Sud ayant combattu c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te puissent faire pencher la balance en faveur d\u2019une autonomie sans violence. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. La guerre d\u2019ind\u00e9pendance irlandaise et la guerre civile qui a suivi imm\u00e9diatement, ont d\u00e9chir\u00e9 le pays de 1918 \u00e0 1922. John Redmond, son fr\u00e8re, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 6 mars 1918. William Archer Redmond, le fils de John, a \u00e9galement combattu en France et en Belgique. Nationaliste comme son p\u00e8re et son oncle, il si\u00e9gera au parlement irlandais dans les ann\u00e9es 20.<\/p>\n<p>La lettre qui suit est adress\u00e9e \u00e0 son ami Sir Arthur Conan Doyle, le cr\u00e9ateur de Sherlock Holmes. Datant du printemps 1917, elle r\u00e9sume l\u2019attitude de Willie Redmond face \u00e0 la question irlandaise et \u00e0 l\u2019engagement des nationalistes dans la guerre.<\/p>\n<p>\u00ab De nombreux Irlandais estiment aujourd\u2019hui que cette guerre doit nous donner l\u2019occasion de b\u00e2tir une nouvelle Irlande. Mais les hommes sont en g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9ticents \u00e0 faire la moiti\u00e9 du chemin pour se rencontrer. Ce serait un splendide m\u00e9morial pour ceux qui ont donn\u00e9 si courageusement leur vie si nous pouvions, au-dessus de leurs tombes, construire un pont entre le Nord et le Sud.<br \/>\nJ\u2019ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ces choses depuis que je suis en France, et comment ne pas y songer quand le Nord et le Sud de l\u2019Irlande occupent les m\u00eames tranch\u00e9es ! Les mots sont impuissants \u00e0 rendre justice aux actions splendides des volontaires irlandais. Ils n\u2019ont jamais flanch\u00e9, ils se comportent toujours avec discipline et savent rester sobres. On peut compter sur eux \u00e0 tout moment. \u00bb<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\n<em>Trench pictures from France<\/em>, publi\u00e9 en 1917, se distingue tout d&rsquo;abord par sa forme. Il ne s&rsquo;agit pas du compte rendu habituel de la vie d&rsquo;un officier sur le front. Compos\u00e9 d&rsquo;articles publi\u00e9s anonymement dans le <em>Daily Chronicle<\/em>, l&rsquo;ouvrage s&rsquo;attache \u00e0 donner au public de l&rsquo;\u00e9poque des informations sur la guerre qui ne se r\u00e9sument pas \u00e0 un r\u00e9cit d&rsquo;actions militaires et de \u00ab\u00a0vie quotidienne\u00a0\u00bb dans la tranch\u00e9e et les cantonnements. \u00c0 la mani\u00e8re d&rsquo;un journaliste soucieux d&rsquo;explorer une s\u00e9rie restreinte de th\u00e8mes, Willie Redmond traite de la place de la religion dans le quotidien des combattants irlandais, du no man&rsquo;s land, de la bataille de Ginchy, de l&rsquo;histoire d&rsquo;un chien \u00e9gar\u00e9 devenu la mascotte d&rsquo;une unit\u00e9, des services m\u00e9dicaux et de l&rsquo;importance de la nature en temps de guerre. Ce dernier th\u00e8me est un de ceux qui sont trait\u00e9s avec le plus de bonheur. La pr\u00e9sence de fleurs le long des tranch\u00e9es ou sur les tombes ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l&rsquo;anecdote. Elle indique la force du lien avec la nature, qui dans le monde d\u00e9shumanis\u00e9 de la guerre donne un peu d&rsquo;espoir aux combattants.<\/p>\n<p>\u00ab En hiver, la tranch\u00e9e est sombre, humide, inhospitali\u00e8re et lugubre. Un v\u00e9ritable sentier de douleur et de martyre o\u00f9 tr\u00e9buchent des pieds fatigu\u00e9s et o\u00f9 aucune lueur ne vient rompre la morosit\u00e9 ambiante. Mais l\u2019\u00e9t\u00e9, la tranch\u00e9e se transforme. Le long du parapet, de chaque c\u00f4t\u00e9, on peut observer de longues plates-bandes de fleurs qui ne connaissent presque pas d\u2019interruption. Ce ne sont pas des parterres plant\u00e9s par des jardiniers, ils sont bien plus beaux que tout ce qui peut na\u00eetre des mains de l\u2019homme. C&rsquo;est la Nature elle-m\u00eame qui leur a donn\u00e9 naissance.<br \/>\nLes coquelicots et les bleuets s\u2019\u00e9talent avec une merveilleuse luxuriance. Des p\u00e2querettes blanches et jaunes, de longues et gracieuses tiges de gramin\u00e9es, avec ici et l\u00e0 quelques pousses de bl\u00e9 ondulant, ayant germ\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;anciens semis datant des \u00e9poques o\u00f9 les champs n&rsquo;\u00e9taient pas labour\u00e9s par les obus. Ces \u00e9pis de bl\u00e9 se m\u00ealent aux coquelicots rouges avec une harmonie que le plus talentueux des fleuristes ne pourrait obtenir.<br \/>\nCette tranch\u00e9e-jardin, comme il me pla\u00eet de l\u2019appeler, s\u2019\u00e9tire au milieu d\u2019une plaine nue, d\u00e9nu\u00e9e de tout relief ; et le vent qui la balaie emm\u00e8ne au loin les semences de fleurs sauvages pour les d\u00e9poser sur le sol retourn\u00e9 qui longe les tranch\u00e9es. Il est difficile d\u2019imaginer contraste plus saisissant que celui offert par la fantastique profusion florale qui s\u2019\u00e9tale au-dessus des profondeurs obscures.<br \/>\n(extrait du premier chapitre, \u00ab\u00a0A Garden Trench\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>Persuad\u00e9 que le sort de l&rsquo;Irlande est li\u00e9 \u00e0 la guerre contre l&rsquo;Allemagne, Redmond se sent investi d&rsquo;une mission. Le sacrifice auquel il a librement consenti ne peut selon lui que servir la cause de l&rsquo;unit\u00e9 irlandaise. L&rsquo;ouvrage est \u00e9crit sous cet angle. Si cela lui donne une certaine originalit\u00e9, sa port\u00e9e n&rsquo;en demeure pas moins limit\u00e9e en raison de la volont\u00e9 &#8211; quasi obsessionnelle &#8211; de l&rsquo;auteur de mettre en avant les vertus irlandaises. Un enterrement o\u00f9 officient un pr\u00eatre catholique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un pasteur protestant devient ainsi le symbole d&rsquo;une cause commune : l&rsquo;unit\u00e9 du futur \u00c9tat ind\u00e9pendant. Pendant l&rsquo;attaque de Ginchy, les troupes irlandaises entonnent des chants patriotiques. La population locale appr\u00e9cie le comportement et la d\u00e9votion des troupes catholiques irlandaises, qui se rassemblent en nombre le dimanche dans les \u00e9glises flamandes ou picardes, obligeant les cur\u00e9s fran\u00e7ais \u00e0 multiplier les offices.<br \/>\nAu-del\u00e0 de cet aspect, le t\u00e9moignage de Willie Redmond est d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat certain. L&rsquo;introduction biographique \u00e9crite par Eleanor Mary Smith-Dampier n&rsquo;\u00e9chappe pas au pan\u00e9gyrique caract\u00e9ristique des publications d&rsquo;\u00e9crits de combattants tomb\u00e9s au front mais a le m\u00e9rite de brosser le portrait d&rsquo;une des grandes figures du nationalisme irlandais du d\u00e9but du si\u00e8cle.<br \/>\nFrancis Grembert, janvier 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin D\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 7 juin 1917 dans une salle de soins du couvent Saint-Antoine de Locre (Belgique), Willie Redmond a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans les jardins de l&rsquo;\u00e9tablissement, \u00e0 proximit\u00e9 du cimeti\u00e8re o\u00f9 reposent la plupart des hommes de sa brigade. 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