{"id":1506,"date":"2016-01-17T21:12:32","date_gmt":"2016-01-17T20:12:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1506"},"modified":"2021-09-23T16:57:50","modified_gmt":"2021-09-23T15:57:50","slug":"herbert-alan-patrick-1890-1971","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/01\/17\/herbert-alan-patrick-1890-1971\/","title":{"rendered":"Herbert, Alan Patrick (1890-1971)"},"content":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 le 24 septembre 1890, d\u2019un p\u00e8re irlandais catholique et d\u2019une m\u00e8re anglaise protestante, Alan Herbert grandit \u00e0 Leatherhead et perd sa m\u00e8re quand il a huit ans. Admiratif de l\u2019\u0153uvre de Robert Nichols, il s\u2019essaie \u00e0 l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique et publie ses premiers vers en 1910 dans la revue <em>Punch<\/em>. La m\u00eame ann\u00e9e, il entre \u00e0 Oxford pour y poursuivre des \u00e9tudes de lettres classiques puis de droit.<\/p>\n<p>Le 5 septembre 1914, Alan Herbert s\u2019engage dans la Royal Naval Volunteer Reserve en qualit\u00e9 de marin de seconde classe. Un mois plus tard, il apprend que son fr\u00e8re cadet, Owen, est port\u00e9 disparu au cours de la retraite de Mons. Il \u00e9pouse Gwen Quilter en janvier 1915 et suit la formation pour devenir officier. Le 10 mars, il est promu sous-lieutenant et part deux mois plus tard pour les Dardanelles. Apr\u00e8s avoir pris part \u00e0 la 3e bataille de Krithia, particuli\u00e8rement meurtri\u00e8re, Herbert est hospitalis\u00e9 pour ent\u00e9rite puis affect\u00e9 aux services secrets de la marine \u00e0 Whitehall. Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1916, il est jug\u00e9 apte \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer le front et rejoint son bataillon \u00e0 Abbeville. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au secteur de Souchez, en juillet, le bataillon retrouve la Somme et subit des pertes s\u00e9v\u00e8res au cours de la bataille de l&rsquo;Ancre. Herbert est un des deux seuls officiers \u00e0 s&rsquo;en sortir indemne. Le po\u00e8me qu&rsquo;il \u00e9crit pour rendre compte de ces combats laisse poindre une col\u00e8re \u00e0 peine contenue. De retour au front, \u00e0 Pozi\u00e8res, en f\u00e9vrier 1917, Herbert obtient le grade d&rsquo;adjudant. Bless\u00e9 par un \u00e9clat d&rsquo;obus \u00e0 Gravelle, en avril, il est rapatri\u00e9 en Grande-Bretagne. Sa blessure \u00e0 la fesse gauche est de celles qu\u2019esp\u00e8rent tous les combattants : suffisamment s\u00e9rieuse pour justifier un traitement long mais sans s\u00e9quelle permanente. Au cours de sa convalescence, il commence la r\u00e9daction de <em>The Secret Battle<\/em> et continue \u00e0 publier r\u00e9guli\u00e8rement des po\u00e8mes dans <em>Punch<\/em>. Le recueil \u00e9dit\u00e9 en 1918, <em>The Bomber Gypsy<\/em>, est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son \u00e9pouse et \u00e0 toutes les \u00e9pouses qui ont attendu dans l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 le retour de leur mari. Un des th\u00e8mes r\u00e9currents du recueil est la force du lien qui unit ceux qui ont combattu c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Herbert \u00e9voque \u00e0 ce sujet la camaraderie qui se rit de la peur.<\/p>\n<p>Tout au long de son parcours de combattant, Herbert a \u00e9crit des po\u00e8mes, dont certains ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans <em>Punch<\/em>, ce qui lui a valu une certaine renomm\u00e9e aupr\u00e8s des hommes dont il avait la charge. Il acquiert aussi une r\u00e9putation de farceur et se permet r\u00e9guli\u00e8rement des entorses \u00e0 la discipline. Il faut dire que la Royal Naval Division a un statut particulier qui favorise les comportements non-conformistes. Cr\u00e9\u00e9e le 3 septembre 1914, cette division est compos\u00e9e d\u2019hommes au fort temp\u00e9rament, dont Rupert Brooke et John Asquith, le fils du Premier ministre. En juillet 1916, l\u2019unit\u00e9 est incorpor\u00e9e \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de terre. Quand le g\u00e9n\u00e9ral Shute essaie d\u2019imposer \u00e0 la division la discipline qui pr\u00e9vaut dans l\u2019arm\u00e9e de terre, souhaitant notamment interdire le port de la barbe, les officiers de la division, dont Herbert, ne s\u2019en laissent pas conter et s\u2019y opposent. Dans ses po\u00e8mes, Herbert s\u2019amuse des \u00e9pisodes de ce genre, mais il sait aussi \u00eatre amer et \u00e9voquer avec sensibilit\u00e9 des cons\u00e9quences des combats.<\/p>\n<p>En octobre 1918, il embarque pour l\u2019\u00c9gypte. Les deux derniers mois de la guerre seront particuli\u00e8rement mouvement\u00e9s pour son unit\u00e9. Un des navires du convoi est coul\u00e9 par les sous-marins allemands. Les temp\u00eates font rage en cette saison au large des c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes. A cela s&rsquo;ajoute l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole qui s\u00e9vit au sein de l\u2019\u00e9quipage. Malgr\u00e9 ces al\u00e9as, il d\u00e9barque sain et sauf \u00e0 Port Sa\u00efd pour apprendre quelques jours plus tard que l\u2019armistice a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9.<\/p>\n<p>La production litt\u00e9raire de Herbert a \u00e9t\u00e9 abondante et diversifi\u00e9e, avec toujours un talent aiguis\u00e9 pour la satire. Apr\u00e8s la publication de <em>The Secret Battle<\/em>, en 1919, il publie <em>The House by the river<\/em>, roman qui met en sc\u00e8ne un po\u00e8te des tranch\u00e9es ayant commis un meurtre. Il a \u00e9galement exerc\u00e9 le m\u00e9tier d\u2019avocat et a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du Parti Ind\u00e9pendant. Comme la plupart des combattants, il continuera r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 faire des cauchemars de la guerre. Dans <em>The War Dream<\/em>, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je voudrais tant ne pas r\u00eaver de la France \/ Oblig\u00e9 de passer mes nuits dans un \u00e9tat de terreur mortelle.\u00a0\u00bb Il s\u2019\u00e9teint le 11 novembre 1971.<\/p>\n<p>2) Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1919, <em>The Secret Battle<\/em> est un des premiers t\u00e9moignages de combattants publi\u00e9s sous forme de roman. Le choix de la fiction s&rsquo;explique en partie par le sujet trait\u00e9 : l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un officier pour un simple moment de faiblesse. La condamnation du syst\u00e8me disciplinaire de l&rsquo;arm\u00e9e britannique et l&rsquo;analyse des effets psychologiques de la guerre sur les combattants sont des sujets rarement \u00e9voqu\u00e9s au lendemain de l&rsquo;armistice. Si le roman ne conna\u00eet pas le succ\u00e8s commercial, il est n\u00e9anmoins encens\u00e9 par de nombreux critiques et retiendra notamment l&rsquo;attention de Lloyd George, qui en conseille la lecture \u00e0 Winston Churchill, lequel \u00e9crira une pr\u00e9face pour l&rsquo;\u00e9dition de 1928. Le futur Premier ministre britannique \u00e9voque un cri arrach\u00e9 aux troupes combattantes&#8230; qui doit \u00eatre lu par la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration afin que personne ne se baigne d&rsquo;illusions sur ce qu&rsquo;est la guerre.<\/p>\n<p>3) Analyse<\/p>\n<p>Les faits relat\u00e9s dans <em>The Secret Battle<\/em> sont directement inspir\u00e9s de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Alan Herbert sur les fronts occidentaux et orientaux. Des Dardanelles, en 1915, \u00e0 la bataille de la Somme en 1916, le roman suit l\u2019itin\u00e9raire personnel de l\u2019auteur et propose une description r\u00e9aliste de la guerre du point de vue d\u2019un sous-lieutenant. Le r\u00e9cit de la campagne de Gallipoli est particuli\u00e8rement document\u00e9. Oscillant entre gravit\u00e9 et humour, le roman poss\u00e8de un style typiquement britannique, qui refl\u00e8te une vision ironique et d\u00e9sabus\u00e9e de la guerre.<br \/>\nJeune officier s&rsquo;\u00e9tant engag\u00e9 d\u00e8s 1914, le personnage d&rsquo;Harry Penrose r\u00eave d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme et se coule sans difficult\u00e9 dans le moule militaire, mais petit \u00e0 petit le doute prend le dessus. Ayant remarqu\u00e9 certaines faiblesses chez le jeune officier, son colonel l&rsquo;assigne \u00e0 des corv\u00e9es r\u00e9p\u00e9titives et dangereuses pour le mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Bless\u00e9 \u00e0 Arras, Penrose est envoy\u00e9 en Angleterre, o\u00f9 on lui propose un poste dans les services secrets mais il pr\u00e9f\u00e8re repartir en France. D\u00e8s son retour sur le front, \u00e0 Beaucourt, le colonel lui donne l&rsquo;ordre de rejoindre la tranch\u00e9e de tir \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un d\u00e9tachement. Le bombardement nourri oblige les hommes \u00e0 prendre r\u00e9guli\u00e8rement abri dans les foss\u00e9s. Penrose d\u00e9cide de se replier le temps que la canonnade cesse. Il est imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9. Une cour martiale le condamne au peloton d&rsquo;ex\u00e9cution pour l\u00e2chet\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;ennemi. La sentence sera ex\u00e9cut\u00e9e une semaine plus tard.<br \/>\nLe personnage de Harry Penrose repose essentiellement sur les \u00e9tats de service de l&rsquo;auteur mais toute la partie consacr\u00e9e au proc\u00e8s se nourrit de l&rsquo;exp\u00e9rience du sous-lieutenant Edwyn Dyett, l\u2019un des trois seuls officiers \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s pendant la guerre, sur un total de 343 ex\u00e9cutions. La mort d\u2019Edwyn Dyett, le 5 janvier 1917 a fortement marqu\u00e9 Herbert, m\u00eame si les deux hommes appartenaient \u00e0 des bataillons diff\u00e9rents. <em>The Secret Battle<\/em> est en partie une r\u00e9action de col\u00e8re au traitement injuste subi par Dyett. Des d\u00e9tracteurs du roman ont avanc\u00e9 que Herbert aurait refus\u00e9 de t\u00e9moigner au proc\u00e8s puis aurait \u00e9crit ce roman pour exorciser sa culpabilit\u00e9, mais cette th\u00e9orie n\u2019a jamais pu \u00eatre valid\u00e9e.<\/p>\n<p><em>The Secret Battle<\/em> a ouvert la voie \u00e0 une nouvelle forme de litt\u00e9rature de guerre, o\u00f9 les protagonistes sont plus des victimes que des h\u00e9ros. Pris dans les rouages de la machine militaire, l&rsquo;individu ne dispose plus que d&rsquo;une marge de manoeuvre tr\u00e8s r\u00e9duite. En fait, il doit se contenter d&rsquo;endurer et de souffrir.<\/p>\n<p>Le style d&rsquo;Alan Patrick Herbert est pour beaucoup dans l&rsquo;impact du livre. Sa description ironique, voire acerbe, du proc\u00e8s de Penrose, en rend parfaitement compte :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le conseil, compos\u00e9 d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral de division et de quatre autres officiers, me fit une impression plut\u00f4t favorable. Le g\u00e9n\u00e9ral, qui remplissait les fonctions de Pr\u00e9sident, \u00e9tait un homme trapu, d&rsquo;aspect bienveillant, le visage agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;une belle moustache et d&rsquo;un regard d\u2019acier bleu. Les rang\u00e9es de d\u00e9corations qu&rsquo;il arborait \u00e9taient si nombreuses qu&rsquo;en les regardant du coin sombre o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais plac\u00e9 elles me firent penser aux compagnies d&rsquo;un r\u00e9giment de scarab\u00e9es paradant en colonnes serr\u00e9es. Tous ces hommes \u00e9taient impeccablement lustr\u00e9s : ce mot est le bon, car ils faisaient r\u00e9ellement penser \u00e0 des chevaux bien nourris; leur peau \u00e9tincelante, le cuir de leurs ceinturons et de leurs bottes, leurs \u00e9perons cliquetants, et l&rsquo;ensemble de leur harnais, tout cela avait belle allure et scintillait \u00e0 la lueur du feu de chemin\u00e9e. Ces cr\u00e9atures lustr\u00e9es qui se dirigeaient lourdement vers leur table en faisant cliqueter leur ferraille me firent penser au jour o\u00f9 je m&rsquo;\u00e9tais rendu aux \u00e9curies royales de Madrid. Ils s&rsquo;assirent et piaff\u00e8rent de leurs sabots vernis, pestant int\u00e9rieurement d&rsquo;avoir fait un si long chemin pour \u00ab\u00a0un de ces satan\u00e9s conseils de guerre.\u00a0\u00bb Mais tous les visages disaient aussi : \u00ab\u00a0Dieu merci, j&rsquo;ai au moins eu mon avoine aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait des hommes justes, selon leurs crit\u00e8res. Ils accompliraient la chose avec conscience et je ne pouvais esp\u00e9rer meilleure cour. Mais en tant que juges ils s&rsquo;en tenaient \u00e0 cette fatale h\u00e9r\u00e9sie militaire selon laquelle les formes et les proc\u00e9dures de la Loi des Arm\u00e9es constituent le meilleur m\u00e9canisme possible pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de leur faute; ils avaient toujours pens\u00e9 ainsi. Et leur vanit\u00e9 poussait l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie jusqu&rsquo;\u00e0 se proclamer les meilleurs agents possibles dans le d\u00e9voilement de la v\u00e9rit\u00e9, car ils \u00e9taient des hommes honn\u00eates, francs et directs, n&rsquo;ayant besoin d&rsquo;aucune aide. N&rsquo;importe lequel d&rsquo;entre eux vous aurait dit : \u00ab\u00a0Mais, mon bon Monsieur, rien n&rsquo;est plus impartial pour le prisonnier qu&rsquo;un conseil de guerre\u00a0\u00bb, et si vous consultez les registres ou assistez au proc\u00e8s d&rsquo;un soldat pour un simple \u00ab\u00a0d\u00e9lit\u00a0\u00bb, vous en conviendrez. Mais si le cas est complexe, avec des t\u00e9moignages douteux, des interf\u00e9rences et des animosit\u00e9s cach\u00e9es, alors l\u00e0, les hommes \u00ab\u00a0honn\u00eates et directs\u00a0\u00bb semblent quelque peu perdus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Francis Grembert, janvier 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin N\u00e9 le 24 septembre 1890, d\u2019un p\u00e8re irlandais catholique et d\u2019une m\u00e8re anglaise protestante, Alan Herbert grandit \u00e0 Leatherhead et perd sa m\u00e8re quand il a huit ans. 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