{"id":1560,"date":"2016-03-21T10:59:46","date_gmt":"2016-03-21T09:59:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1560"},"modified":"2021-09-23T17:00:05","modified_gmt":"2021-09-23T16:00:05","slug":"kobner-gertrud-1879","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/21\/kobner-gertrud-1879\/","title":{"rendered":"K\u00f6bner, Gertrud (1879- ?)"},"content":{"rendered":"<p>Gertrud K\u00f6bner, \u00e9pouse John, est n\u00e9e \u00e0 Berlin en 1879. De nationalit\u00e9 allemande, elle r\u00e9sidait en France, \u00e0 Neuilly, depuis 1906, avec son \u00e9poux Eduard John, n\u00e9 lui aussi \u00e0 Berlin, en 1875. D\u2019apr\u00e8s le dossier des Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es le concernant (9_R_88), Eduard John \u00e9tait publiciste, un document le qualifie d\u2019 \u00ab intellectuel boche \u00bb. Le couple avait deux enfants, n\u00e9s en France. Toute la famille John, ainsi que la m\u00e8re de M. John, fut contrainte de quitter son domicile d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en guerre de la France et arriva au camp de Garaison dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es le 11 septembre, apr\u00e8s un long p\u00e9riple et d\u00e9tour par Flers en Normandie. Le camp de Garaison, install\u00e9 dans le coll\u00e8ge religieux Notre-Dame de Garaison devenu disponible en 1903, faisait partie des camps d\u2019internement dans lesquels le gouvernement fran\u00e7ais d\u00e9cida de retenir les civils mobilisables, ressortissants des puissances en guerre contre la France ; Garaison \u00e9tait plus sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019accueil de familles. C\u2019est donc toute la famille John qui y fut intern\u00e9e. Le 2 novembre 1914, Gertrud K\u00f6bner fut toutefois rapatri\u00e9e en Suisse, en compagnie de ses enfants et de sa belle-m\u00e8re, Eduard John, mobilisable, devant rester \u00e0 Garaison, d\u2019o\u00f9 il s\u2019\u00e9vada en ao\u00fbt 1916. Elle semble \u00eatre rest\u00e9e en Suisse, comme l\u2019atteste la correspondance qu\u2019elle adressa \u00e0 son \u00e9poux en ao\u00fbt et septembre 1916 (Eduard John s\u2019\u00e9tant \u00e9vad\u00e9 de Garaison, l\u2019administration fran\u00e7aise a conserv\u00e9 les lettres \u00e0 lui adress\u00e9es apr\u00e8s son \u00e9vasion ; son \u00e9pouse lui \u00e9crit de Lenzburg en Suisse. Cf. dossier 9_R_88 Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es). Gertrud John publia sous son nom de jeune fille, peu de temps apr\u00e8s son rapatriement un r\u00e9cit assez circonstanci\u00e9 (214 pages) : <em>Drei Monate kriegsgefangen. Erlebnisse einer Deutschen in Frankreich <\/em>[Prisonni\u00e8re de guerre pendant trois mois. Une Allemande en France raconte], Berlin, Kronen-Verlag, 1915). Les extraits de ce r\u00e9cit relatifs au passage \u00e0 Garaison viennent d\u2019\u00eatre traduits en fran\u00e7ais : Gertrud K\u00f6bner, <em>Trois mois de captivit\u00e9. Une prisonni\u00e8re de guerre allemande raconte<\/em>, traduit de l\u2019allemand par H\u00e9l\u00e8ne Florea, Hilda Inderwildi, H\u00e9l\u00e8ne Leclerc, Alfred Pr\u00e9dhumeau, in Gertrud K\u00f6bner, Helene Schaarschmidt, <em>R\u00e9cits de captivit\u00e9. Garaison 1914<\/em>, textes \u00e9dit\u00e9s par Hilda Inderwildi et H\u00e9l\u00e8ne Leclerc, Toulouse, Le P\u00e9r\u00e9grinateur, 2016.<br \/>\nSi Gertrud K\u00f6bner appara\u00eet comme sans profession dans la fiche \u00e9tablie par les autorit\u00e9s de Garaison lors de son \u00e9vacuation pour la Suisse, son r\u00e9cit r\u00e9v\u00e8le une observatrice inform\u00e9e et cultiv\u00e9e, famili\u00e8re de la presse et de la vie politique fran\u00e7aise, engag\u00e9e avant-guerre dans les mouvements pacifistes ; elle participa en effet en ao\u00fbt 1913 \u00e0 l\u2019inauguration du Palais de la Paix \u00e0 La Haye et place son r\u00e9cit sous l\u2019\u00e9gide de Bertha von Suttner qu\u2019elle \u00e9voque d\u00e8s la premi\u00e8re page. Dans ce r\u00e9cit, Gertrud K\u00f6bner revendique d\u2019embl\u00e9e sa position de t\u00e9moin subjectif, porteur d\u2019une vision n\u00e9cessairement partielle, voire erron\u00e9e, du fait de son \u00e9loignement du th\u00e9\u00e2tre des \u00e9v\u00e9nements, de son acc\u00e8s restreint aux sources d\u2019information, de sa situation d\u2019Allemande dans le sud-ouest de la France. Ayant conscience d\u2019\u00eatre un t\u00e9moin particulier, elle met en avant l\u2019int\u00e9r\u00eat pour ses compatriotes du point de vue d\u2019une \u00ab Allemande en France \u00bb. Les pages consacr\u00e9es \u00e0 Garaison (p. 179-214) ne repr\u00e9sentent qu\u2019un sixi\u00e8me du texte qui privil\u00e9gie le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements en amont de l\u2019arriv\u00e9e au camp, depuis l\u2019entr\u00e9e en guerre de la France et la tentative vaine pour la famille John de regagner l\u2019Allemagne, le s\u00e9jour \u00e0 Flers en Normandie et le long p\u00e9riple en train de Flers \u00e0 Lannemezan, puis en charrette ou \u00e0 pied jusqu\u2019\u00e0 Garaison. Gertrud K\u00f6bner consacre en r\u00e9alit\u00e9 les plus longs d\u00e9veloppements de son journal \u2013 les soixante premi\u00e8res pages \u2013 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en guerre proprement dite ; encore \u00e0 Paris jusqu\u2019au 7 ao\u00fbt, elle parvient \u00e0 se procurer la presse, dont elle ins\u00e8re de longs extraits.<br \/>\nCe texte n\u2019est en rien un br\u00fblot anti-fran\u00e7ais ; vivant en France depuis de nombreuses ann\u00e9es, Gertrud K\u00f6bner consid\u00e8re ce pays comme sa seconde patrie et le d\u00e9but du conflit repr\u00e9sente pour elle un douloureux d\u00e9chirement : \u00ab Telle une d\u00e9charge \u00e9lectrique, une pens\u00e9e m\u2019assaille : ici, en ce moment, tu te trouves face \u00e0 un tournant de l\u2019histoire ! Ce tournant, j\u2019en fais l\u2019exp\u00e9rience en pays ennemi [terme soulign\u00e9 par l\u2019auteure], un pays dans lequel je vis depuis de nombreuses, tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es et que j\u2019ai appris \u00e0 aimer de tout mon c\u0153ur. Que les sentiments de ce pauvre c\u0153ur tortur\u00e9 soient partag\u00e9s \u2026 qui pourrait en douter ! De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Rhin, mes fr\u00e8res, mes parents, tous ceux qui me sont chers, partent servir le drapeau noir-rouge-or et attaquent avec canons, fusils et ba\u00efonnettes ceux auxquels je suis attach\u00e9e de ce c\u00f4t\u00e9-ci du Rhin et qui appartiennent \u00e0 un pays dans lequel je me sentais heureuse et auquel j\u2019associe un nombre infini de beaux souvenirs. \u00bb (Gertrud K\u00f6bner, <em>Drei Monate kriegsgefangen. Erlebnisse einer Deutschen in Frankreich<\/em>, Berlin, Kronen-Verlag, 1915, p. 6-7). Ce r\u00e9cit se caract\u00e9rise par une propension \u00e0 att\u00e9nuer la port\u00e9e des actes d\u2019hostilit\u00e9 des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Allemands qui se retrouv\u00e8rent dans sa situation par le r\u00e9cit de marques de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dispens\u00e9e par des Fran\u00e7ais, comme l\u2019accueil chaleureux d\u2019une Normande (p. 69) ou l\u2019appel du maire de Flers \u00e0 traiter les Allemands avec humanit\u00e9 (p. 72). La volont\u00e9 persistante de ne pas accabler la France se double toutefois progressivement du sentiment d\u2019\u00eatre une \u00e9trang\u00e8re en France, une \u00ab Franco-Etrang\u00e8re \u00bb (p. 31), o\u00f9 Allemand devient synonyme et quintessence de l\u2019\u00e9tranger, et de l\u2019affirmation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de son identit\u00e9 allemande.<br \/>\nLe r\u00e9cit s\u2019ach\u00e8ve par un message r\u00e9solument pacifiste : \u00ab Et pourtant, voici qu\u2019au moment o\u00f9 le train me reconduit \u00e0 Berlin, ma ville natale, mes pens\u00e9es, nostalgiques s\u2019envolent vers mon second chez-moi, la France, et vers mon mari, rest\u00e9 l\u00e0-bas. Doucement, tout doucement, mon esprit tisse les fils qui relient le pays des Allemands \u00e0 celui des Fran\u00e7ais. C\u2019est alors que s\u2019\u00e9l\u00e8ve sur l\u2019horizon lointain un timide soleil de novembre, pareil \u00e0 une p\u00e2le lueur d\u2019espoir, un espoir tr\u00e8s tr\u00e8s faible mais qui pourrait peut-\u00eatre malgr\u00e9 tout devenir r\u00e9alit\u00e9\u2026 \u00bb (Gertrud K\u00f6bner, <em>Trois mois de captivit\u00e9. Une prisonni\u00e8re de guerre allemande raconte<\/em>, Hilda Inderwildi et H\u00e9l\u00e8ne Leclerc (\u00e9ds), op.cit., p. 51).<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne Leclerc, MCF, Universit\u00e9 de Toulouse Jean Jaur\u00e8s, mars 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gertrud K\u00f6bner, \u00e9pouse John, est n\u00e9e \u00e0 Berlin en 1879. De nationalit\u00e9 allemande, elle r\u00e9sidait en France, \u00e0 Neuilly, depuis 1906, avec son \u00e9poux Eduard John, n\u00e9 lui aussi \u00e0 Berlin, en 1875. D\u2019apr\u00e8s le dossier des Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es le concernant (9_R_88), Eduard John \u00e9tait publiciste, un document le qualifie d\u2019 \u00ab intellectuel &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/21\/kobner-gertrud-1879\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">K\u00f6bner, Gertrud (1879- ?)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[96,3,12],"tags":[392,387],"class_list":["post-1560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1914-1918","category-carnet","category-civil","tag-internement-des-civils-ennemis","tag-pacifisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1560"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1560\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4169,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1560\/revisions\/4169"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}