{"id":1569,"date":"2016-03-21T18:17:08","date_gmt":"2016-03-21T17:17:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1569"},"modified":"2021-09-23T17:00:29","modified_gmt":"2021-09-23T16:00:29","slug":"scherer-marx-maurice-1883-1973","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/21\/scherer-marx-maurice-1883-1973\/","title":{"rendered":"Scherer, Marx (Maurice) (1883-1973)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Deux objets curieux<\/strong><br \/>\nMme Colette Scherer, belle-fille du t\u00e9moin, m\u2019a confi\u00e9 deux livres de reliure identique. Sur la tranche du premier, un titre : <em>Le Feu<\/em>, et deux noms d\u2019auteurs : H. Barbusse, M. Scherer. Sur la tranche du second, un titre : <em>Poste 85<\/em>, et deux noms d\u2019auteurs : A. Boursin, M. Scherer. Le c\u0153ur de ces volumes est constitu\u00e9, pour l\u2019un, par le fameux prix Goncourt dans son \u00e9dition \u00ab J\u2019ai lu \u00bb de 1958 ; pour l\u2019autre, par le livre moins connu d\u2019Alain Boursin, <em>Poste 85, Les secrets de la TSF pendant la guerre<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par Albin Michel en 1937. Par certains c\u00f4t\u00e9s, cela rappelle le livre fabriqu\u00e9 par Jean Coyot (voir ce nom), mais ce dernier ouvrage reli\u00e9 ne comprenait que le t\u00e9moignage personnel du combattant. Lui-m\u00eame poilu de 14-18, Marx Scherer a soulign\u00e9 des passages dans les livres de Barbusse et de Boursin ; il a ajout\u00e9 des annotations dans les marges ; il a enfin r\u00e9dig\u00e9 quelques pages manuscrites qui ont \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9es dans les livres et reli\u00e9es avec eux. Il explique que son coll\u00e8gue Poupardin, comme lui acheteur pour les Nouvelles Galeries apr\u00e8s la guerre, avait connu Barbusse (il est mentionn\u00e9 dans<em> Le Feu<\/em>), et avait attir\u00e9 son attention sur le livre. La division dans laquelle servait Scherer se trouvait imm\u00e9diatement \u00e0 la gauche de celle de Barbusse en Artois en 1915 et notre t\u00e9moin avait rep\u00e9r\u00e9 de nombreuses similitudes de situations \u00e0 souligner. Il dit aussi que ce qu\u2019il a vu ne concorde pas forc\u00e9ment avec le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9crivain, mais cette affirmation n\u2019est \u00e9tay\u00e9e par aucune mention explicite. D\u2019apr\u00e8s lui, les souvenirs que le livre l\u2019a conduit \u00e0 retrouver sont aussi pr\u00e9cis que les souvenirs d\u2019enfance, sauf en ce qui concerne les noms de lieux. Il admet qu\u2019il puisse y avoir des redites, et il y en a. Des situations int\u00e9ressantes sont tr\u00e8s bien d\u00e9crites, mais la chronologie manque. Et si les souvenirs ne s\u2019appuient pas sur des photos, c\u2019est qu\u2019un appareil n\u2019\u00e9tait pas compatible avec la vie d\u2019un fantassin (\u00e0 la place d\u2019un Kodak, il pr\u00e9f\u00e9rait transporter une bo\u00eete de singe suppl\u00e9mentaire). La photo, \u00e9crit-il, \u00ab a plus servi \u00e0 fixer des groupes souriants que des vues strictement militaires \u00bb.<br \/>\nOn peut distinguer trois p\u00e9riodes dans son exp\u00e9rience de guerre et les pr\u00e9senter apr\u00e8s avoir situ\u00e9 le t\u00e9moin \u00e0 la veille du conflit.<\/p>\n<p><strong>Grandes lignes de la biographie du t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nMarx Scherer est n\u00e9 \u00e0 Paris (4e arrondissement) le 18 f\u00e9vrier 1883, fils de Simon, tailleur, et de Sara Morel, couturi\u00e8re. Il a pass\u00e9 une partie de son enfance dans le 2e arrondissement ; son t\u00e9moignage \u00e9voque la rue de la Lune et la rue des Filles-Dieu, devenue rue d\u2019Alexandrie. Sans avoir fait de longues \u00e9tudes, il savait parler l\u2019anglais et l\u2019allemand (avait-il fait des s\u00e9jours dans ces pays ?). En 1914, il exer\u00e7ait la profession de tailleur pour dames. Il \u00e9tait mari\u00e9 depuis f\u00e9vrier 1911 et avait un fils, Jacques, n\u00e9 le 24 f\u00e9vrier 1912. Celui-ci devint professeur \u00e0 la Sorbonne, titulaire de la chaire d\u2019histoire et technique du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, auteur de nombreux ouvrages, sp\u00e9cialiste de Mallarm\u00e9. Un autre fils, Pierre, n\u00e9 le 25 f\u00e9vrier 1918, devint m\u00e9decin. Engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, il fut arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Buchenwald o\u00f9 il mourut le 21 janvier 1945 (\u00ab mort pour la France \u00bb). Marx Scherer est mort \u00e0 Paris le 1er octobre 1973, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 90 ans. Dans certains documents le concernant, il figure sous le pr\u00e9nom de Maurice.<br \/>\nIl n\u2019avait pas effectu\u00e9 de service militaire \u00e0 cause de sa mauvaise vue. Il fut cependant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en f\u00e9vrier 1915 au 21e RIC. Il \u00e9crit que, dans son groupe, se trouvaient cinq cur\u00e9s dont quatre ont demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre vers\u00e9s dans les services sanitaires et sont partis sous les hu\u00e9es. De septembre 1915 \u00e0 mars 1916, il combat en Artois avec le 41e RIC (Souchez, Ablain-Saint-Nazaire, cr\u00eate de Vimy) ; il a particip\u00e9 \u00e0 des attaques ; le froid et l\u2019humidit\u00e9 \u00e9taient terribles, les abris rudimentaires ; beaucoup de soldats ont eu les pieds gel\u00e9s.<br \/>\nLa deuxi\u00e8me phase de guerre a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s particuli\u00e8re : sa connaissance de l\u2019allemand l\u2019a fait d\u00e9signer dans le service sp\u00e9cial d\u2019\u00e9coute des communications t\u00e9l\u00e9phoniques de l\u2019ennemi dans les Vosges. Il appartenait alors au 8e G\u00e9nie (voir les notices Barreyre, Corbeau, Lassale, Lesage, Marquand, Petit).<br \/>\nAyant \u00e9t\u00e9 en 1918 en contact avec les troupes am\u00e9ricaines, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 interpr\u00e8te aupr\u00e8s du 362e r\u00e9giment US de la 91e division (Wild West Division) en septembre. Il a servi aupr\u00e8s du colonel \u00ab Machine Gun \u00bb Parker. Il a rencontr\u00e9 un Anglais qui, juste avant le vote de la conscription dans son pays, s\u2019est engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en choisissant l\u2019artillerie lourde, \u00ab as heavy as possible \u00bb. Le r\u00e9giment a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019attaque de Saint-Mihiel et y a subi de lourdes pertes. Il a remarqu\u00e9 les tanks Renault avan\u00e7ant \u00ab en se dandinant \u00bb.Il s\u2019est ensuite dirig\u00e9 vers Ypres et Audenarde o\u00f9 il a re\u00e7u la nouvelle de l\u2019armistice qui a rendu les boys fous de joie. Avant d\u2019\u00eatre d\u00e9mobilis\u00e9, il a pass\u00e9 quelque temps \u00e0 Coblence. Les renseignements sur cette troisi\u00e8me phase et quelques documents sont reli\u00e9s \u00e0 la fin du livre sur les \u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques.<\/p>\n<p><strong>Notes accompagnant <em>Le Feu <\/em>de Barbusse<\/strong><br \/>\nComme je l\u2019ai dit plus haut, ces notes ne suivent pas la chronologie ; elles \u00e9clairent parfois des aspects ponctuels, parfois des questions plus marquantes :<br \/>\n&#8211; M. Scherer a peu appr\u00e9ci\u00e9 les \u00ab vantardises des soi-disant anciens combattants \u00bb, engag\u00e9s dans la logistique et l\u2019intendance, certes indispensables, mais qui n\u2019ont pas combattu. Sur une page, il a not\u00e9 : \u00ab en fran\u00e7ais : embusqu\u00e9s ; en allemand : Etappenschwein, cochon d\u2019\u00e9tape ; en anglais : Tenderfeet, pieds tendres. \u00bb<br \/>\n&#8211; Il a d\u00e9crit un officier faisant un discours violent, mena\u00e7ant, insultant, devant un groupe de soldats&nbsp;assez nombreux pour que ne soit pas rep\u00e9r\u00e9 celui qui lan\u00e7a : \u00ab Vivement qu\u2019on monte aux tranch\u00e9es pour qu\u2019on lui apprenne \u00e0 vivre. \u00bb<br \/>\n&#8211; On disait : \u00ab Il nous emmerde le vieux con avec sa guerre de 70 \u00bb ; on dira \u00ab la m\u00eame chose de nous \u00bb.<br \/>\n&#8211; Il a \u00e9voqu\u00e9 les premiers masques \u00e0 gaz, les divers types de grenades, les m\u00e9thodes pour faire dilater les bidons et obtenir ainsi une plus forte ration de vin. On ne lui a pas distribu\u00e9 d\u2019alcool avant les attaques.<br \/>\n&#8211; Quand Barbusse parle de \u00ab la bonne blessure \u00bb, Scherer ajoute : \u00ab Des camarades auraient volontiers donn\u00e9 un bras ou une jambe ; moi, j\u2019ai toujours voulu tout ramener ou rien. \u00bb<br \/>\n&#8211; Au printemps, Barbusse \u00e9crit que \u00ab le haut de la tranch\u00e9e s\u2019est orn\u00e9 d\u2019herbe vert tendre \u00bb (p. 209), et Scherer ajoute en marge \u00ab et parfois de coquelicots \u00bb.<br \/>\n&#8211; La derni\u00e8re page ajout\u00e9e au livre de Barbusse est particuli\u00e8re. Scherer \u00e9crit que, lors de la guerre de 70, les monarchistes et les napol\u00e9oniens ont tout fait pour ne pas combattre alors que la France aurait pu gagner ; cela aurait permis d\u2019\u00e9viter 14-18 et m\u00eame 39-45. En dehors de ce passage, les notes ne comprennent pas d\u2019allusions politiques ou religieuses.<\/p>\n<p><strong>Passages int\u00e9ressants sur la ba\u00efonnette<\/strong><br \/>\n\u00c0 deux reprises, sur 3 pages, puis sur 5 pages, Marx Scherer \u00e9voque la ba\u00efonnette. D\u2019abord l\u2019escrime \u00e0 la ba\u00efonnette, exercice ridicule car on n\u2019\u00e9tait plus au temps de la bataille de Fontenoy. Apprendre \u00e0 se servir de la ba\u00efonnette contre la cavalerie \u00e9tait particuli\u00e8rement stupide en 1915. Quant aux \u00ab charges \u00e0 la ba\u00efonnette \u00bb, M. Scherer \u00e9crit : \u00ab C\u2019est la question qui m\u2019a le plus souvent \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. \u00bb Il revient sur le pass\u00e9, Fontenoy, les guerres de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire : la ba\u00efonnette avait un r\u00f4le tant que l\u2019op\u00e9ration de recharger les fusils prenait du temps. \u00ab En 1914, la m\u00e9thode a encore \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e mais les pertes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9normes, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire. En effet, les fusils \u00e9taient \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et surtout les Allemands avaient de nombreuses mitrailleuses. Comme parfois on partait \u00e0 100 m\u00e8tres, les pertes \u00e9taient hors de proportion avec les r\u00e9sultats, quand il y en avait. N\u2019\u00e9tant pas un mobilis\u00e9 du premier jour, je n\u2019ai pas connu cela, mais les camarades \u2013 il en restait encore du d\u00e9but de la campagne \u2013 m\u2019ont largement renseign\u00e9. Toutes les attaques que nous avons faites l\u2019ont \u00e9t\u00e9 par bonds successifs et souvent en rampant. Entre temps, l\u2019artillerie pilonnait la position et, quand nous arrivions sur l\u2019ennemi, il n\u2019y avait plus personne sauf des morts. Si sur la position il y avait des tranch\u00e9es, il fallait souvent les nettoyer \u00e0 la grenade. En tout cas la ba\u00efonnette n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s utile car encombrante. \u00bb Sur la question, on ne peut que renvoyer aux remarques de Jean Norton Cru dans <em>T\u00e9moins<\/em> et \u00e0 la th\u00e8se de doctorat de C\u00e9dric Marty, <em>\u00ab \u00c0 la ba\u00efonnette ! \u00bb Approche des imaginaires \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la guerre 1914-1918<\/em>, Universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, f\u00e9vrier 2014.<\/p>\n<p><strong>Notes sur le livre d\u2019Alain Boursin<\/strong><br \/>\n\u00ab Comme pour <em>Le Feu<\/em>, j\u2019ai commenc\u00e9 par souligner et annoter les endroits et les faits qui concordaient avec ceux que j\u2019avais v\u00e9cus. Par la suite j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 faire un historique personnel. \u00bb Le livre d\u2019Alain Boursin, sur la vie d\u2019un poste d\u2019\u00e9coute, correspond exactement \u00e0 la deuxi\u00e8me p\u00e9riode de la guerre de Marx Scherer de mars 1916 \u00e0 septembre 1918 et au m\u00eame terrain, les Vosges, en particulier au Linge. Notons que l\u2019auteur du livre n\u2019a pu le faire paraitre en 1919 car il aurait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 trop d\u2019aspects encore secrets, et qu\u2019il a d\u00fb attendre 1937. On ne sait pas \u00e0 quelle date M. Scherer l\u2019acheta. Les phrases qui suivent sont de M. Scherer.<br \/>\n\u00ab Le t\u00e9l\u00e9phone de campagne n\u2019avait qu\u2019un seul fil. Le retour se faisait par le sol (retour par la terre o\u00f9 le son se propage par ondes concentriques). Si l\u2019on pouvait planter un piquet de terre dans le voisinage de ces ondes, on pouvait, avec un \u00e9couteur gradu\u00e9 \u00e0 cet effet, entendre ce qui se disait sur la ligne ennemie. Ces postes n\u2019\u00e9taient install\u00e9s uniquement que dans les secteurs tr\u00e8s mouvement\u00e9s et o\u00f9 le no man\u2019s land \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9troit. Les piquets de terre \u00e9taient plant\u00e9s dans les petits postes aupr\u00e8s des sentinelles. On leur conseillait de pisser dessus pour y entretenir de l\u2019humidit\u00e9. Au Linge, notre poste se trouvait en toute premi\u00e8re ligne. \u00c0 une dizaine de m\u00e8tres devant nous, la sentinelle, qui \u00e9tait \u00e0 quelques m\u00e8tres de la sentinelle allemande. En cas de bombardement ou d\u2019attaque, elle avait l\u2019ordre de se replier vers le PC. Souvent la sentinelle oubliait de nous informer de son d\u00e9part et quand j\u2019allais voir au petit poste il n\u2019y avait plus personne. Il nous fallait alors d\u00e9guerpir en vitesse avec nos armes, d\u00e9brancher l\u2019appareil et l\u2019emporter avec le cahier de rapports et filer en vitesse vers le PC en plein bombardement. En cas d\u2019extr\u00eame urgence, nous devions briser l\u2019appareil \u00e0 coups de crosse, et surtout les lampes. On se r\u00e9installait avec la contre-attaque. Tous mes camarades interpr\u00e8tes \u00e9taient tous sans exception des volontaires d\u00e9serteurs ou insoumis de l\u2019arm\u00e9e allemande. En cas de capture, leur position devenait tr\u00e8s critique \u00bb [c\u2019est pourquoi ils avaient une fausse identit\u00e9].<br \/>\nQuand les Allemands ont interdit de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 moins de 300 m\u00e8tres de la premi\u00e8re ligne, les postes d\u2019\u00e9coute ont \u00e9t\u00e9 dot\u00e9s d\u2019amplificateurs. Quand ils ont communiqu\u00e9 en morse, il a fallu apprendre le morse. L\u2019\u00e9lectrification des r\u00e9seaux de fil de fer brouillait l\u2019\u00e9coute. En dehors de messages de r\u00e9glage d\u2019artillerie, le poste de Scherer a capt\u00e9 des listes de victuailles envoy\u00e9es pour No\u00ebl et des phrases peu am\u00e8nes pour les \u00ab Herren Offizieren \u00bb qui, lors de la rel\u00e8ve, se r\u00e9serveraient \u00ab la belle blonde \u00bb.<br \/>\nLes notes de M. Scherer \u00e9voquent aussi la nourriture et la fabrication d\u2019objets \u00e0 partir des fus\u00e9es d\u2019obus dont on faisait commerce.<\/p>\n<p><strong>Descriptions vosgiennes<\/strong><br \/>\n\u00ab Le Lingekopf. La cr\u00eate dominait la vall\u00e9e de Munster. Quand je suis arriv\u00e9, la cr\u00eate \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9bois\u00e9e. De la for\u00eat de sapins, il ne restait que des troncs de quelques m\u00e8tres. L\u2019ann\u00e9e suivante, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9sert de sable. Tout au sommet, une tranch\u00e9e ou ce qui en restait subsistait encore. Mais comme elle nous permettait de voir la vall\u00e9e, elle \u00e9tait continuellement prise et reprise et a fini par se trouver entre les lignes. [\u2026] L\u2019hiver, ils nous arrivait de faire la rel\u00e8ve en traineau, pas pour nous \u00e9viter la fatigue mais pour transporter les accus. [\u2026] Les tranch\u00e9es \u00e9taient infest\u00e9es de rats. \u00bb<br \/>\n\u00ab Tous les secteurs que j\u2019ai occup\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas aussi mouvement\u00e9s que le Linge. Tout est relatif, je les trouvais plut\u00f4t tranquilles. Pourtant, dans l\u2019un d\u2019eux qui avait subi une attaque aux lance-flammes, j\u2019ai vu des abris aux poutres calcin\u00e9es avec une \u00e9paisseur de charbon d\u2019au moins un centim\u00e8tre. Cela a d\u00fb \u00eatre affolant. Toutefois, le Violu fut tout de m\u00eame plus nerveux que les autres secteurs. La cr\u00eate \u00e9tait d\u2019un sol tr\u00e8s sablonneux. Les tranch\u00e9es s\u2019\u00e9croulaient facilement. On les \u00e9tayait tant bien que mal par des portants en bois, mais les sentinelles \u00e9taient souvent accroupies dans un trou d\u2019obus ou un restant de tranch\u00e9e. [\u2026] Dans le bas, \u00e0 notre gauche, le ravin de la Cude o\u00f9 se trouvait l\u2019auberge \u00e0 trois servantes, les 6 Fesses [mentionn\u00e9e aussi par Lucien Laby]. \u00c0 droite en montant, creus\u00e9s dans la paroi de la colline, des abris divers. Dans l\u2019un d\u2019eux, celui du menuisier qui fabriquait des cercueils. Comme il en avait pas mal d\u2019avance, il les mettait dehors, adoss\u00e9s \u00e0 la paroi. \u00bb<\/p>\n<p>Pour terminer cette notice, je choisis cette phrase : \u00ab Au Linge, m\u00eame pendant les bombardements, les oiseaux chantaient. Ils devaient \u00eatre habitu\u00e9s. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, mars 2016<br \/>\nLes deux livres doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9s en archives publiques. D\u00e8s que je connaitrai leur destination, je la mentionnerai ici.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux objets curieux Mme Colette Scherer, belle-fille du t\u00e9moin, m\u2019a confi\u00e9 deux livres de reliure identique. Sur la tranche du premier, un titre : Le Feu, et deux noms d\u2019auteurs : H. Barbusse, M. Scherer. Sur la tranche du second, un titre : Poste 85, et deux noms d\u2019auteurs : A. Boursin, M. Scherer. 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