{"id":165,"date":"2008-09-03T21:10:03","date_gmt":"2008-09-03T20:10:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/03\/laffargue-andre-1891-2004\/"},"modified":"2016-05-06T18:10:11","modified_gmt":"2016-05-06T17:10:11","slug":"laffargue-andre-1891-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/03\/laffargue-andre-1891-2004\/","title":{"rendered":"Laffargue, Andr\u00e9 (1891-1994)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Laffargue est n\u00e9 en 1891. Il est originaire de Ligardes, un village situ\u00e9 aux limites du Gers et du Lot et Garonne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes au lyc\u00e9e d&rsquo;Agen, il entre \u00e0 St Cyr, et entame une carri\u00e8re militaire de quarante ans. De fait, on se trouve avec Andr\u00e9 Laffargue devant une existence marqu\u00e9e par les grandes guerres europ\u00e9ennes de l&rsquo;\u00e9poque moderne. Comme il l&rsquo;\u00e9crit. Il effectue son ann\u00e9e de service pr\u00e9alable \u00e0 Aix en Provence, au 55e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie. Il quitte St Cyr en d\u00e9cembre 1913, et rejoint en tant que sous-lieutenant le 153e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie de Toul, au sein duquel il vit la mobilisation d&rsquo;ao\u00fbt 1914. Apr\u00e8s une mission initiale de couverture en Lorraine, il prend part aux combats de Morhange \u00e0 la fin du mois d&rsquo;ao\u00fbt. Puis, la \u00ab\u00a0course \u00e0 la mer\u00a0\u00bb l&rsquo;envoie combattre jusque dans les Flandres. En avril 1915, son r\u00e9giment rejoint l&rsquo;Artois. Il est bless\u00e9 gravement \u00e0 la jambe d\u00e9but mai 1915, lors d&rsquo;une offensive. Il quitte d\u00e9finitivement les lignes de combat. Lors de sa convalescence, il r\u00e9dige deux m\u00e9moires sur les conditions de r\u00e9alisation de l&rsquo;attaque dans la guerre moderne (ces deux \u00e9tudes sont publi\u00e9es chez Plon en 1916, sous les titres <em>Etude sur l&rsquo;attaque dans la p\u00e9riode actuelle de la guerre. Impressions d&rsquo;un commandant de compagnie<\/em>, et <em>Conseils aux fantassins pour la bataille<\/em>). Sur la recommandation de Foch, il entre alors au Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral, o\u00f9 il est affect\u00e9 au 3e bureau, celui des op\u00e9rations. Il quitte le GQG d\u00e9but 1917, et rejoint l&rsquo;Etat-major d&rsquo;une division d&rsquo;infanterie. Il vit l&rsquo;annonce de l&rsquo;armisitice du 11 novembre 1918 chez Maurice Barr\u00e8s. Cette amiti\u00e9 r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;un des traits principaux de sa personnalit\u00e9 : Laffargue est profond\u00e9ment conservateur, tr\u00e8s attach\u00e9 notamment \u00e0 la notion de l\u00e9gitimit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0terre des morts\u00a0\u00bb, garante d&rsquo;un certain ordre social, \u00e0 ses yeux disparu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, Laffargue poursuit son avanc\u00e9e dans les les responsabilt\u00e9s et les grades, jusqu&rsquo;au g\u00e9n\u00e9ralat. De 1922 \u00e0 1924, il suit l&rsquo;enseignement de l&rsquo;Ecole Sup\u00e9rieure de Guerre, dans la m\u00eame promotion que Charles de Gaulle. En 1926, il entre au cabinet militaire de Joffre, puis, apr\u00e8s un s\u00e9jour dans l&rsquo;arm\u00e9e du Rhin, il int\u00e8gre l&rsquo;Etat major du g\u00e9n\u00e9ral Weygand. Il s&rsquo;attache notamment \u00e0 la formation de l&rsquo;infanterie, ce dont t\u00e9moigne la publication d&rsquo;un manuel, <em>Les le\u00e7ons du fantassin. Le livre du soldat<\/em>, qui connut&#8230; 214 \u00e9ditions jusqu&rsquo;en 1951! Durant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, il vit la d\u00e9faite dans les Ardennes. Au milieu de la d\u00e9b\u00e2cle, il traverse les lignes pour rentrer dans le Gers. Weygand l&rsquo;appelle \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, et lui confie la direction de l&rsquo;infanterie. Apr\u00e8s avoir assur\u00e9 le commandement \u00ab\u00a0clandestin\u00a0\u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e des Alpes, il int\u00e8gre \u00e0 la fin de la guerre l&rsquo;entourage de de Lattre de Tassigny, qui lui confie diverses missions au sein de la I\u00e8re arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Laffargue accepte de t\u00e9moigner en faveur de P\u00e9tain lors de son proc\u00e8s. Mis en disponibilit\u00e9 peu apr\u00e8s, il est finalement r\u00e9int\u00e9gr\u00e9, avant de terminer sa carri\u00e8re militaire en 1951. Il meurt centenaire, en 1994.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1962, chez Flammarion, sous le titre <em>Fantassin de Gascogne. De mon jardin \u00e0 la Marne et au Danube <\/em>(317 pages). Entre souvenirs et r\u00e9flexions, le t\u00e9moignage d&rsquo;Andr\u00e9 Laffargue ne laisse finalement qu&rsquo;une place assez restreinte \u00e0 son exp\u00e9rience de la Grande Guerre. Le r\u00e9cit de sa participation \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale occupe trois chapitres de l&rsquo;ouvrage : <em>Ma capote bleu fonc\u00e9 \u00e0 Morhange<\/em>, qui couvre les premi\u00e8res semaines de la guerre, avec les op\u00e9rations de couverture en Lorraine et la Bataille des fronti\u00e8res. <em>Ma capote bleu horizon \u00e0 l&rsquo;assaut du 9 mai 1915 <\/em>aborde l&rsquo;offensive en Artois, jusqu&rsquo;\u00e0 sa blessure \u00e0 la jambe. Enfin, l<em>a pelouse de Chantilly<\/em> traite de son passage au Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral. La plus grande partie de l&rsquo;ouvrage traite de l&rsquo;entre-deux-guerres, et de son parcours durant et juste apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Ce que propose l&rsquo;auteur, c&rsquo;est dans un premier temps le compte rendu d&rsquo;un parcours de militaire durant le 20e si\u00e8cle : sa vocation, ses \u00e9tudes (et notamment son passage par St Cyr et l&rsquo;\u00e9cole de guerre), ses relations \u00e0 ses semblables \u00e0 l&rsquo;institution. En ce sens, la premi\u00e8re moiti\u00e9 de l&rsquo;ouvrage est assez int\u00e9ressante, par ce qu&rsquo;elle nous r\u00e9v\u00e8le des \u00e9l\u00e9ments qui composent l&rsquo;imaginaire professionnel d&rsquo;un soldat comme Laffargue. On soulignera sa critique de l&rsquo;enseignement propos\u00e9 \u00e0 St Cyr, jug\u00e9 trop morne et scl\u00e9ros\u00e9, les nombreux passages qui t\u00e9moignent de son admiration pour les chefs (Foch, Joffre, Weygand&#8230;), et ses remarques sur la difficult\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 s&rsquo;adapter aux conditions nouvelles de la guerre moderne. Ce qui invite \u00e0 une lecture attentive de ses deux ouvrages publi\u00e9s en 1916. Par contre, on comprend assez vite que l&rsquo;auteur poursuit un autre but dans son livre : justifier sa d\u00e9fense de P\u00e9tain lors du proc\u00e8s de ce dernier, r\u00e9habiliter l&rsquo; \u00ab\u00a0arm\u00e9e de Vichy\u00a0\u00bb (avec de longs d\u00e9veloppements sur la fiction du \u00ab\u00a0P\u00e9tain bouclier\u00a0\u00bb qui pr\u00e9parait en secret la revanche), appuyer son rejet du gaullisme, de la r\u00e9sistance et du parlementarisme (avec notamment une haine prononc\u00e9e contre Aristide Briand). Il ne faut donc pas se tromper : c&rsquo;est aussi \u00e0 un ouvrage politique que nous avons affaire, \u00e0 travers un expos\u00e9 de valeurs conservatrices (la l\u00e9gitimit\u00e9, l&rsquo;appel au chef&#8230;). Bref, le long plaidoyer d&rsquo;un homme qui semble se refuser \u00e0 abandonner ce en quoi il a toujours cru.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Andr\u00e9 Laffargue est n\u00e9 en 1891. Il est originaire de Ligardes, un village situ\u00e9 aux limites du Gers et du Lot et Garonne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes au lyc\u00e9e d&rsquo;Agen, il entre \u00e0 St Cyr, et entame une carri\u00e8re militaire de quarante ans. 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