{"id":1665,"date":"2016-03-28T21:28:45","date_gmt":"2016-03-28T20:28:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1665"},"modified":"2020-12-11T18:42:47","modified_gmt":"2020-12-11T17:42:47","slug":"bonfils-louis-1891-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/28\/bonfils-louis-1891-1918\/","title":{"rendered":"Bonfils, Louis (1891-1918)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Montpellier le 12 d\u00e9cembre 1891 d\u2019un p\u00e8re tailleur de pierres et d\u2019une m\u00e8re sans profession. F\u00e9libre, il \u00e9crit en 1911 la pi\u00e8ce <em>Jout un balcoun <\/em>en collaboration avec son ami Pierre Az\u00e9ma, du m\u00eame \u00e2ge. Les deux amis auraient \u00e9galement \u00e9t\u00e9 membres du Sillon. Le t\u00e9moignage disponible est la transcription par Az\u00e9ma des lettres en occitan que lui adressait Bonfils, dit Filhou. Les originaux ont disparu. On sait qu\u2019Az\u00e9ma a effectu\u00e9 des coupures. On ne sait pas s\u2019il a apport\u00e9 des modifications. Bonfils a commenc\u00e9 la guerre comme sergent au 163e RI, au milieu de M\u00e9ridionaux, en Alsace, dans le Nord, puis dans les Vosges. Son \u00e9vacuation pour maladie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Toul en ao\u00fbt 1915, et sa convalescence \u00e0 Montpellier, lui ont permis d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la sanglante offensive de septembre. \u00c0 Nuits-Saint-Georges, il a visit\u00e9 les caves et rencontr\u00e9 des demoiselles \u00e0 marier. En novembre, il est envoy\u00e9 au 319e RI \u00e0 Coeuvres, Port Fontenoy et Nouvion. C\u2019est un r\u00e9giment normand et il doit faire du \u00ab f\u00e9librige sans la langue \u00bb. Il compare le M\u00e9ridional, qui est son propre ma\u00eetre, au type du nord de la Loire employ\u00e9 dans les \u00ab usinasses \u00bb. Il est bless\u00e9 en avril 1917. Promu capitaine en mai 1918, il est tu\u00e9 dans la retraite le 11 juin. Ses lettres sont \u00e9crites dans une tr\u00e8s belle langue occitane ; les paysages, m\u00eame du nord ou de l\u2019est de la France, sont magnifiquement d\u00e9crits (p. 30 du livre, p. 40). Toujours il cherche \u00e0 d\u00e9fendre le Midi et les M\u00e9ridionaux, en particulier contre la l\u00e9gende noire issue du fameux article du s\u00e9nateur Gervais dans Le Matin.<br \/>\n<strong>\u00ab L\u2019officier le plus emmerdant de la division \u00bb<\/strong><br \/>\nLes lettres de Filhou sont publi\u00e9es dans un livre qui porte le titre <em>Me fas cag\u00e0 ! La guerre en occitan, Louis Bonfils dit Filhou<\/em>, \u00c9ditions Ampelos, 2014. Titre un peu excessif puisque l\u2019expression n\u2019apparait qu\u2019une seule fois, p. 70. Les non-M\u00e9ridionaux, sans en comprendre le sens, l\u2019auraient r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en croyant que c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de se dire bonjour. On pense aux mots que les jeunes camarades de Louis Barthas ont appris aux filles du Nord qu\u2019ils courtisaient ou \u00e0 la r\u00e9ponse \u00ab Qu\u00e9 cr\u00e9b\u00e9 ! \u00bb que faisait Gustave Folcher, PG en Allemagne de 1940 \u00e0 1945, au salut \u00ab Heil Hitler ! \u00bb, r\u00e9ponse bient\u00f4t reprise par tous les prisonniers et tous les travailleurs polonais. Titre un peu excessif, donc, mais qu\u2019on peut accepter car Bonfils ne cesse de protester. D\u00e8s le 22 ao\u00fbt 1914 contre les fautes commises par les haut-grad\u00e9s mais que de simples \u00e9l\u00e8ves caporaux auraient \u00e9vit\u00e9es. Le 4 novembre contre le fait d\u2019avoir laiss\u00e9 mourir quantit\u00e9 de bless\u00e9s \u00ab faute de soins ou par la crapulerie de majors incapables ou brutaux \u00bb. Le 5 d\u00e9cembre, contre les gens de l\u2019est, germanis\u00e9s, qui pr\u00e9f\u00e8reraient recevoir des Prussiens que des Fran\u00e7ais du Midi. Le 19 f\u00e9vrier 1915, contre les trop beaux officiers tir\u00e9s \u00e0 quatre \u00e9pingles. Le 7 juillet, il affirme qu\u2019il est bien vu de ses hommes et qu\u2019il emmerde ses sup\u00e9rieurs, incomp\u00e9tents. En f\u00e9vrier 1916, apr\u00e8s avoir command\u00e9 une compagnie, voici que sa place est prise par un autre qui critique les M\u00e9ridionaux ; altercation ; le conseil de guerre lui donne raison. En mars, il avoue qu\u2019il a pass\u00e9 son dernier s\u00e9jour en premi\u00e8re ligne \u00e0 s\u2019engueuler avec tout le monde et il conclut : \u00ab Soui counougut couma l\u2019oufici\u00e9 lou mai emmerdant de touta la divisioun. \u00bb En octobre, suivant un cours pour devenir commandant de compagnie, il remarque qu\u2019on pr\u00e9tend leur apprendre en th\u00e9orie ce qu\u2019ils font en pratique depuis deux ans. Enfin, en mars 1917 et en janvier 1918, apr\u00e8s des permissions \u00e0 Montpellier, il s\u2019en prend aux plaintes abusives des civils, aux embusqu\u00e9s, aux commer\u00e7ants profiteurs.<br \/>\n<strong>Des remarques d\u2019authentique poilu<\/strong><br \/>\n&#8211; 29 ao\u00fbt 1914, Vosges : sous le bombardement, \u00e0 quoi te sert un fusil entre les mains ?<br \/>\n&#8211; 7 f\u00e9vrier 1915 : faute de tirebouchon, utiliser la ba\u00efonnette pour trancher le col d\u2019une bouteille.<br \/>\n&#8211; 3 avril : marre de cette vie, \u00e7a dure trop longtemps.<br \/>\n&#8211; 2 juin : un h\u00e9ros peut \u00eatre tu\u00e9 par un l\u00e2che qui a tir\u00e9 de bien loin un coup de canon (remarque faite aussi par Jean Norton Cru).<br \/>\n&#8211; 7 juin : les journaux que certains appellent aujourd\u2019hui \u00ab journaux de tranch\u00e9es \u00bb sont faits en arri\u00e8re, dans les ambulances ou les \u00e9tats-majors, m\u00eame si leurs auteurs se pr\u00e9tendent des hommes du front. Et pourtant, ce sont eux, les parfum\u00e9s, cir\u00e9s et poudr\u00e9s, qui pourront dire qu\u2019ils ont fait la guerre parce que, nous, nous serons en train de pourrir au fond d\u2019une fosse, six pieds sous terre.<br \/>\n&#8211; m\u00eame jour : rencontre d\u2019une jeune fille qui lui dit, en fran\u00e7ais, que sa patrie c\u2019est son village et pas plus.<br \/>\n<strong>Mais des passages h\u00e9ro\u00efques \u00e9tonnants<\/strong><br \/>\n&#8211; d\u00e9but septembre 1914, au col de La Chipotte, la compagnie a eu un mort et deux bless\u00e9s mais a tu\u00e9 une centaine d\u2019Allemands sans compter les bless\u00e9s qu\u2019ils ont emport\u00e9s.<br \/>\n&#8211; vers la No\u00ebl, une tranch\u00e9e est prise et nettoy\u00e9e \u00e0 la ba\u00efonnette, tout est couvert de sang.<br \/>\n&#8211; 24 avril 1915 : dans une lutte in\u00e9gale, \u00e0 1 contre 5, les hommes de Bonfils s\u00e8ment la mort dans les rangs ennemis ; ils ne sont jamais lass\u00e9s de lutte et de victoire.<br \/>\n&#8211; 27 mai : la race latine est l\u00e0, et la race germanique va pouvoir s\u2019en rendre compte.<br \/>\n&#8211; 7 juillet : les f\u00e9libres savent se faire tuer.<br \/>\n&#8211; 26 d\u00e9cembre : quel orgueil de commander de tels hommes ! Ils se plaignent parce que c\u2019est la mode, mais ils sont aussi contents de monter aux tranch\u00e9es que d\u2019\u00eatre relev\u00e9s.<br \/>\nQui a lu des t\u00e9moignages de fantassins ne peut qu\u2019\u00eatre surpris de tels propos. Sont-ils le fruit de l\u2019exub\u00e9rance ? s\u2019agit-il d\u2019artifices litt\u00e9raires ? Le destinataire des lettres les aurait-il \u00ab embellies \u00bb en les transcrivant ?<br \/>\n<strong>L\u2019introduction de Guy Barral<\/strong><br \/>\nEn g\u00e9n\u00e9ral, dire en 26 pages ce qu\u2019on va trouver ensuite dans le texte du t\u00e9moin, n\u2019est pas de bonne m\u00e9thode ; mieux vaut dire rapidement qui il est, et lui laisser la parole. Ici, il s\u2019agit cependant d\u2019un cas particulier : l\u2019introduction, en fran\u00e7ais, sera utile aux lecteurs non familiers de l\u2019occitan. On peut reprendre deux ou trois points. Je pense que les poilus languedociens ne jugeaient pas inconvenant d\u2019\u00e9crire en occitan, mais personne ne leur avait appris \u00e0 le faire. Les accusations du s\u00e9nateur Gervais contre les troupes de \u00ab l\u2019aimable Provence \u00bb ne sont pas de l\u2019automne 1914 mais du mois d\u2019ao\u00fbt. Ce n\u2019est pas lors de la r\u00e9pression des mutineries de 1917 que la justice militaire a \u00e9t\u00e9 la plus s\u00e9v\u00e8re, mais au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de la guerre. Enfin, une question et un regret. La question : Guy Barral affirme que les lettres de Filhou sont parties par la poste civile : quelle preuve en a-t-on ? Le regret : j\u2019aurais aim\u00e9 voir un portrait de l\u2019auteur.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, mars 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Montpellier le 12 d\u00e9cembre 1891 d\u2019un p\u00e8re tailleur de pierres et d\u2019une m\u00e8re sans profession. 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