{"id":167,"date":"2008-09-04T13:44:40","date_gmt":"2008-09-04T12:44:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/04\/bouyssou-raymond-octave-1884-1923\/"},"modified":"2021-09-09T17:16:14","modified_gmt":"2021-09-09T16:16:14","slug":"bouyssou-raymond-octave-1884-1923","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/04\/bouyssou-raymond-octave-1884-1923\/","title":{"rendered":"Bouyssou, Raymond Octave (1884-1923)"},"content":{"rendered":"<p>1. \u00a0 Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 le 2 janvier 1884 \u00e0 Toulouse\u00a0; p\u00e8re retrait\u00e9 de la Compagnie du Midi\u00a0; mari\u00e9 depuis 1906\u00a0; un enfant (Gilbert) de 7 ans et demi \u00e0 la d\u00e9claration de la guerre\u00a0; employ\u00e9 de banque \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Toulouse depuis 1899\u00a0; notions d&rsquo;anglais.<\/p>\n<p>Mobilis\u00e9 le 3 ao\u00fbt 1914 au 18<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;artillerie de campagne ; affect\u00e9 aux services auxiliaires \u00e0 Agen ; commis aux \u00e9critures ; quitte Agen le 9 septembre 1915 pour rejoindre son unit\u00e9 sur le front d&rsquo;Artois (Arras) ; affect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon, vit la guerre, pour l&rsquo;essentiel, dans l&rsquo;arri\u00e8re-front. Quitte le front le 4 d\u00e9cembre 1918, malade ; lib\u00e9r\u00e9 en mars 1919 apr\u00e8s convalescence ; il reprend aussit\u00f4t son travail \u00e0 la banque jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort provoqu\u00e9e par une p\u00e9ritonite foudroyante en 1923.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de notes prises au jour le jour\u00a0; elles commencent \u00e0 partir de son s\u00e9jour au front en septembre 1915. Ni le s\u00e9jour \u00e0 Agen, ni les p\u00e9riodes de permission ne sont renseign\u00e9es. Ces notes n&rsquo;\u00e9taient pas destin\u00e9es, selon l&rsquo;auteur lui-m\u00eame, \u00e0 \u00eatre publi\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui suit est la copie fid\u00e8le des carnets de route que, durant la campagne, j&rsquo;ai tenus au jour le jour\u00a0; relatant ce que j&rsquo;ai vu de la Grande guerre, et, exclusivement ce que j&rsquo;ai vu, sans commentaires et sans conclusion. J&rsquo;y ai mis parfois mes espoirs, mes peines, mes humiliations, mes petites joies, tout cela pour mon propre compte, dans le but de fixer des souvenirs personnels et non pour \u00eatre livr\u00e9 \u00e0 la lecture de quiconque\u00a0\u00bb (son introduction dat\u00e9e du 11 mars 1919).<\/p>\n<p>Toutefois, Gilbert, le fils du t\u00e9moin, apr\u00e8s la mort pr\u00e9matur\u00e9e de son p\u00e8re, est devenu le d\u00e9positaire de ces notes\u00a0; et il y a ajout\u00e9 quelques lignes pr\u00e9cisant le destin de son p\u00e8re depuis la sortie de la guerre jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s. Nous ignorons si Gilbert avait en t\u00eate la publication des notes de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Ces notes sont publi\u00e9es sous le titre, <em>Journal de campagne de R. O. Bouyssou<\/em>, <em>1914-1918<\/em>, pr\u00e9face de Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, Paris, Ed. des Trois Orangers, 2008.<\/p>\n<p>3. \u00a0 L&rsquo;analyse<\/p>\n<p>Ces notes ne sont pas celles d&rsquo;un combattant mais celles d&rsquo;un travailleur de guerre faisant <em>sa<\/em> guerre dans l&rsquo;arri\u00e8re-front, cette zone mouvante situ\u00e9e \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres des lignes tenues par les fantassins\u00a0; Bouyssou a pleinement conscience qu&rsquo;il est un \u00ab\u00a0embusqu\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0et rend hommage aux \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb\u00a0; l&rsquo;\u00e9chelon, le monde d\u00e9crit par Bouyssou, d\u00e9tone donc consid\u00e9rablement avec celui, plus connu, des combattants. Y cohabitent cuisiniers, chauffeurs, ravitailleurs, secr\u00e9taires des bureaux et employ\u00e9s des diff\u00e9rents services. La guerre de ce petit monde se caract\u00e9rise tout d&rsquo;abord par la distance vis-\u00e0-vis du danger\u00a0; pour Bouyssou, hors de ses heures de service, lorsque le temps et l&rsquo;artillerie adverse le permettent, la guerre des premi\u00e8res lignes est pour l&rsquo;essentiel un spectacle pyrotechnique fascinant que l&rsquo;on observe d&rsquo;une cr\u00eate, la nuit ou aux jumelles depuis un poste d&rsquo;observation\u00a0; ses camarades, trompent l&rsquo;ennui de leurs soir\u00e9es en s&rsquo;adonnant aux d\u00e9rivatifs procur\u00e9s par l&rsquo;artisanat dit \u00ab\u00a0de tranch\u00e9e\u00a0\u00bb, au joies du football, pratique r\u00e9cente emprunt\u00e9e aux troupes britanniques voisines\u00a0; tout au long des carnets, une note r\u00e9currente rel\u00e8ve les nombreux cas d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9 parmi les hommes de l&rsquo;\u00e9chelon\u00a0; l&rsquo;alcoolisme est end\u00e9mique et cr\u00e9e un certain nombre d&rsquo;incidents. Au total, l&rsquo;\u00e9gr\u00e8nement des activit\u00e9s des hommes de l&rsquo;arri\u00e8re-front permet de mieux comprendre le sentiment souvent \u00e9nonc\u00e9 par les combattants qu&rsquo;il existe un foss\u00e9 grandissant entre les hommes qui tiennent les lignes et les millions d&rsquo;habitants, militaires et civils, qui peuplent les diff\u00e9rents arri\u00e8res. La guerre des uns n&rsquo;est pas la guerre des autres.<\/p>\n<p>Pour autant, les hommes de l&rsquo;arri\u00e8re-front ne sont pas totalement \u00e0 l&rsquo;abri des obus et des balles\u00a0; il y a aussi des morts, hommes et chevaux, dans les services. Et puis, il y a le ravitaillement des batteries de tir\u00a0(Bouyssou en profite pour tirer quelques obus)\u00a0: sous le bombardement, c&rsquo;est tr\u00e8s dangereux. Et puis, il y a les travaux de d\u00e9samor\u00e7age des obus non \u00e9clat\u00e9s effectu\u00e9s par les \u00ab\u00a0bombardiers\u00a0\u00bb qui ne sont pas sans risques. En outre, Bouyssou croise des fantassins dont il note les fluctuations du moral\u00a0; il fr\u00e9quente \u00e9galement des Allemands, prisonniers, occup\u00e9s \u00e0 diverses t\u00e2ches dans l&rsquo;arri\u00e8re-front. Les travailleurs des deux nations conversent. On ne peut donc dire que l&rsquo;arri\u00e8re-front ne conna\u00eet rien de la guerre des hommes de l&rsquo;avant\u00a0; les odeurs des d\u00e9pouilles enveloppent aussi cette zone\u00a0; et puis lorsque le front bouge, Bouyssou emprunte des chemins, des tranch\u00e9es o\u00f9 r\u00e8gnent le chaos habituel de la bataille avec ses d\u00e9bris, humains et mat\u00e9riels, de toutes sortes.<\/p>\n<p>Toutefois, pas de pathos, pas de grandes phrases dans les notes de Bouyssou. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs inutile. L&rsquo;auteur de ces notes ne les \u00e9crit que pour lui, pour plus tard ne pas oublier&#8230; Bouyssou se montre particuli\u00e8rement attentif au traitement r\u00e9serv\u00e9 aux morts\u00a0; en cela il ne se distingue gu\u00e8re de la plupart des combattants. Quelques semaines apr\u00e8s son arriv\u00e9e sur le front, il effectue cette br\u00e8ve mais significative remarque\u00a0: \u00ab\u00a0Le cimeti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 largement fleuri. Les poilus n&rsquo;oublient pas les camarades disparus\u00a0\u00bb (Notes du 1<sup>er<\/sup> novembre 1915). Quelques jours plus tard, une nouvelle incise vient compl\u00e9ter la premi\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s 9 heures, le bombardement a recommenc\u00e9 sur le m\u00eame point, 77, fusant et 105 explosifs, mais les coups tombent dans le cimeti\u00e8re. Ils retuent les morts&#8230;\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Quelques notes remarquables\u00a0:<\/p>\n<p>2 janvier 1916, il rapporte\u00a0un cas de <strong>tr\u00eave tacite<\/strong> entre fantassins.<\/p>\n<p>18 mars 1917\u00a0: des hommes chantent <strong><em>l&rsquo;Internationale<\/em><\/strong> dans un bistrot\u00a0; Bouyssou condamne cela comme \u00ab\u00a0une faute\u00a0\u00bb mais il n&rsquo;est pas certain que cet acte exprime alors une baisse du moral ou une r\u00e9volte\u00a0; \u00e0 la mi-mars, les soldats commencent \u00e0 avoir des informations en provenance de Russie et voient d&rsquo;un bon \u0153il l&rsquo;\u00e9volution politique de l&rsquo;alli\u00e9 russe\u00a0; il en sera autrement lorsque la R\u00e9volution para\u00eetra entra\u00eener le retrait russe de la guerre, puis la signature d&rsquo;une paix s\u00e9par\u00e9e, synonymes d&rsquo;alourdissement de la pression allemande \u00e0 l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<p>Quelques \u00e9chos de <strong>l&rsquo;offensive Nivelle<\/strong> et de la crise du moral de 1917. La pagaille des services cens\u00e9s participer \u00e0 la poursuite apr\u00e8s la perc\u00e9e qui ne vient pas&#8230;\u00a0; mesures prises par le commandement pour reprendre en mains les hommes d\u00e9\u00e7us par les r\u00e9sultats de l&rsquo;offensive Nivelle\u00a0: conf\u00e9rences par des officiers\u00a0; am\u00e9lioration de l&rsquo;ordinaire\u00a0; trains de permissionnaires tr\u00e8s surveill\u00e9s (13 juin)\u00a0; un fantassin vient les appeler \u00e0 mettre la \u00ab\u00a0crosse en l&rsquo;air\u00a0\u00bb (23 juin 1917)\u00a0; un gendarme tu\u00e9 par des fantassins \u00e0 Commercy (11 septembre 1917)&#8230;<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, juillet 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. \u00a0 Le t\u00e9moin N\u00e9 le 2 janvier 1884 \u00e0 Toulouse\u00a0; p\u00e8re retrait\u00e9 de la Compagnie du Midi\u00a0; mari\u00e9 depuis 1906\u00a0; un enfant (Gilbert) de 7 ans et demi \u00e0 la d\u00e9claration de la guerre\u00a0; employ\u00e9 de banque \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Toulouse depuis 1899\u00a0; notions d&rsquo;anglais. 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