{"id":1675,"date":"2016-03-29T17:22:19","date_gmt":"2016-03-29T16:22:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1675"},"modified":"2026-02-15T09:33:57","modified_gmt":"2026-02-15T08:33:57","slug":"saint-pierre-famille-6-temoins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/29\/saint-pierre-famille-6-temoins\/","title":{"rendered":"Saint-Pierre (famille : 6 t\u00e9moins)"},"content":{"rendered":"<p>Les six fr\u00e8res Saint-Pierre qui ont fait la guerre sont n\u00e9s \u00e0 Nantua (Ain) dans une famille bourgeoise propri\u00e9taire de vignes. Marin (1875-1949), m\u00e9decin dans cette ville, \u00e9pouse en 1908 la fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral ; deux filles du couple deviendront religieuses. Cl\u00e9ment (1877-1936), avou\u00e9 \u00e0 Belley, \u00e9pouse une fille de m\u00e9decin en 1905. Amand (1879-1932), notaire \u00e0 Yenne en Savoie, se marie en mai 1914. Jean (1883-1963) est ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1908 ; incorpor\u00e9 en 1915 et tr\u00e8s marqu\u00e9 par la Grande Guerre, il \u00e9crit jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours sur des cartes postales repr\u00e9sentant le mar\u00e9chal Foch. Joseph (1885-1965) devient m\u00e9decin, et la guerre lui impose de terribles travaux pratiques. La famille compte un dernier fr\u00e8re, Antoine (1895-1972), bachelier en juillet 14, envisageant des \u00e9tudes de m\u00e9decine qu\u2019il ach\u00e8ve apr\u00e8s-guerre pour s\u2019installer \u00e0 Oyonnax. Le t\u00e9moignage familial est : <em>La Grande Guerre entre les lignes, Correspondances, journaux intimes et photographies de la famille Saint-Pierre<\/em> r\u00e9unis et annot\u00e9s par Dominique Saint-Pierre, Tome I : 1er ao\u00fbt 1914 &#8211; 30 septembre 1916, Tome II : 1er octobre 1916 &#8211; 31 d\u00e9cembre 1918, Bourg-en-Bresse, M&amp;G \u00e9ditions, 2006, 794 et 825 p. Le corpus est form\u00e9 de 3 journaux et 2 491 lettres et cartes postales. Le journal d\u2019Amand va du 2 ao\u00fbt 1914 au 18 octobre 1918, tenu au jour le jour et non r\u00e9\u00e9crit. Celui de Joseph se compose de notes quotidiennes du 31 juillet 1914 au 12 avril 1915 et d\u2019un texte r\u00e9\u00e9crit en 1940, alors qu\u2019il est \u00e0 nouveau mobilis\u00e9 \u00e0 Chamb\u00e9ry ; ce dernier couvre la p\u00e9riode du 12 avril 1915 \u00e0 sa d\u00e9mobilisation en 1919 et comporte des dates d\u00e9cal\u00e9es et des confusions de situations corrig\u00e9es par le pr\u00e9sentateur. Antoine a \u00e9crit trois tomes d\u2019une autobiographie intitul\u00e9e \u00ab Journal de ma vie \u00bb, dont seules 22 pages concernent la Grande Guerre. Amand \u00e9crivait chaque jour \u00e0 Marguerite, son \u00e9pouse, une lettre qu\u2019il appelle (6-1-18) \u00ab la lettre de notre promesse \u00bb, lien vital avec la civilisation pour le bonheur et le plaisir qu\u2019elle procure, ainsi qu\u2019\u00e0 la famille dans le Bugey, soit 1 277 lettres. Marin a laiss\u00e9 397 courriers et Jean 673 lettres et cartes postales. Enfin 144 courriers ont \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9s entre les fr\u00e8res. Joseph et Amand sont les deux personnages les plus repr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p><strong>La guerre des fr\u00e8res Saint-Pierre<\/strong><br \/>\nLe parcours militaire de chacun des fr\u00e8res, non expos\u00e9 dans l\u2019ouvrage, est difficile \u00e0 suivre et doit \u00eatre recompos\u00e9 avec les \u00e9l\u00e9ments fournis par les t\u00e9moins eux-m\u00eames. Le 1er ao\u00fbt 1914, Joseph est affect\u00e9 au 2e bataillon du 23e RI \u00e0 Bourg-en-Bresse comme m\u00e9decin aide-major de 1\u00e8re classe. Le jour de l\u2019attaque allemande qui occasionne la prise de la colline de La Fontenelle, dans les Vosges, il se dit \u00ab d\u00e9prim\u00e9 et \u00e0 bout de forces \u00bb et se retrouve le lendemain \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Saint-Di\u00e9, souffrant de fi\u00e8vre. Alors qu\u2019il demande \u00e0 revenir imm\u00e9diatement au front, il apprend qu\u2019il est remplac\u00e9 et envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Au Thillot, il est re\u00e7u par un officier qui lui d\u00e9clare : \u00ab Ah, vous arrivez du front. Eh bien, dites-moi, c\u2019est donc vrai que tous les officiers sont des l\u00e2ches ? \u00bb Cet incident interrompt son journal jusqu\u2019au 15 d\u00e9cembre 1915. Sa \u00ab faiblesse \u00bb sous le feu ne lui permettra jamais de revenir au 23e. Il sera toutefois cit\u00e9 6 fois et recevra la L\u00e9gion d\u2019honneur avec palme le 5 f\u00e9vrier 1919 alors qu\u2019il a termin\u00e9 sa guerre dans le 116e BCA.<br \/>\nAmand, \u00e2g\u00e9 de 36 ans \u00e0 la d\u00e9claration de guerre, est affect\u00e9 au 56e RIT de Belley. Apr\u00e8s avoir un temps tenu le camp retranch\u00e9 de Belfort, son r\u00e9giment, le front stabilis\u00e9, est en ligne dans le Sundgau. En octobre 1914, Amand occupe le poste de secr\u00e9taire du g\u00e9n\u00e9ral commandant le secteur de Bessoncourt et nous renseigne sur ce service d\u2019\u00e9tat-major en relation avec les pouvoirs civils et la population alsacienne. Le 11 octobre 1915, brigadier, il passe au 7e escadron du Train. En janvier 1918, il est sergent, secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat-major de la 133e division et passe \u00e0 la section colombophile. Il se trouve \u00e0 proximit\u00e9 de ses fr\u00e8res Jean et Joseph mais, en f\u00e9vrier 1918, Amand passe mar\u00e9chal des logis au 9e r\u00e9giment d\u2019artillerie \u00e0 pied. Marin est m\u00e9decin aide-major de 1\u00e8re classe \u00e0 l\u2019infirmerie militaire de Bosmont, Territoire de Belfort. Jean termine la guerre au 265e RAC. Antoine est nomm\u00e9 en juillet 1918 sous-lieutenant au 73e RI et se trouve dans le secteur de Montb\u00e9liard.<\/p>\n<p><strong>La composition du t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nLe pr\u00e9sentateur des \u00e9crits des fr\u00e8res Saint-Pierre nous renseigne dans son pr\u00e9ambule sur le travail r\u00e9alis\u00e9 pour la publication des deux volumes, qui ont repr\u00e9sent\u00e9 15 ann\u00e9es d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab travail de b\u00e9n\u00e9dictin : transcrire les textes manuscrits, retrouver leur orthographe, \u00e9monder les lettres des passages trop intimes et inint\u00e9ressants, rep\u00e9rer les lieux de combat et tranch\u00e9es sur les cartes d\u2019\u00e9tat-major et les plans directeurs au 1\/50 000 ; identifier les individus et les \u00e9v\u00e9nements, r\u00e9diger des notes. Les journaux ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s dans leur int\u00e9gralit\u00e9, les lettres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites de moiti\u00e9 environ. Le choix a \u00e9t\u00e9 fait de ne pas se limiter aux faits de guerre et de conserver ce qui a trait \u00e0 la vie familiale et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de cette \u00e9poque, afin que le document garde son caract\u00e8re sociologique. \u00bb Les correspondances et journaux multiples sont particuli\u00e8rement riches d\u2019enseignements (voir les notices Papillon et Verly). Dans le cas des fr\u00e8res Saint-Pierre, il s\u2019agit de transmettre l\u2019exp\u00e9rience de la Grande Guerre en consacrant la coh\u00e9sion familiale. Tous ont conscience de vivre une exp\u00e9rience extraordinaire et de participer \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une guerre aussi complexe et foisonnante.<br \/>\nConnect\u00e9s aux mondes litt\u00e9raire (Julien Ar\u00e8ne, Frantz Adam, les dessinateurs Hansi ou Zislin), eccl\u00e9siastique, militaire ou m\u00e9dical, ils sont des t\u00e9moins pr\u00e9cieux, lettr\u00e9s et sensibles au monde qui les entoure. Amand surtout, introspectif, s\u2019autocensure peu. L\u2019analyse de ses propos dans ses lettres et dans son journal permet une opportune comparaison. \u00c0 Marguerite, son \u00e9pouse, il dit (4-5-17) : \u00ab Ne parle pas de tout cela \u00e0 Nantua, car \u00e0 toi seule je dis tout ce qu\u2019il en est. \u00bb D\u00e8s lors, il ne cache rien de ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me, parsem\u00e9s de secrets militaires qu\u2019il jure de garder mais divulgue finalement \u00e0 sa femme, de sournoiseries d\u2019\u00e9tat-major et de lassitude d\u2019une guerre interminable. Certes, il est refus\u00e9 comme candidat officier, ce qui pourrait expliquer une \u00e9ventuelle frustration, mais il rapporte un sentiment g\u00e9n\u00e9ral si l\u2019on en croit une lettre re\u00e7ue par Amand : \u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 encore une fois cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre du jour, jusqu\u2019\u00e0 ce que je sois d\u00e9cor\u00e9 de la croix \u2013 de bois. \u00bb<br \/>\nJoseph aussi est r\u00e9aliste, donc pessimiste. Le 1er ao\u00fbt 1914, il d\u00e9clare : \u00ab Qu\u2019est-ce que la guerre moderne ? Je connais les r\u00e9cits des guerres anciennes. Je ne doute pas qu\u2019une guerre actuelle soit exactement une boucherie. J\u2019ai la ferme conviction que je n\u2019en reviendrai pas et pour ne pas exag\u00e9rer, j\u2019\u00e9mets l\u2019avis que j\u2019ai au maximum 50 % de chance d\u2019en revenir. \u00bb Passionn\u00e9 de photo, Joseph utilise son appareil tr\u00e8s t\u00f4t (septembre 14). Il est ainsi l\u2019un des premiers \u00e0 photographier la guerre dans les Vosges, aussi ses clich\u00e9s sont connus en dehors du cercle familial ; il vend des images \u00e0 <em>L\u2019Illustration<\/em> et l\u2019on en retrouve dans l\u2019historique r\u00e9gimentaire du 23e. Il use pour cela des techniques particuli\u00e8res telle une photo \u00ab a\u00e9rienne \u00bb prise de la tranch\u00e9e, l\u2019appareil plac\u00e9 au bout d\u2019une perche. Joseph contribue ainsi, avec Frantz Adam et Loys Roux (voir ces noms), au fait que le 23e RI soit surnomm\u00e9 \u00ab le r\u00e9giment des photographes \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une encyclop\u00e9die de la guerre<\/strong><br \/>\nL\u2019ouvrage nous plonge dans la guerre avec une multiplicit\u00e9 d\u2019impressions ressenties et d\u00e9crites. Des impressions sonores : sifflement d\u2019une balle perdue ; son diff\u00e9rent d\u2019\u00e9clatement des obus selon le sol ; bruit infernal qui endort puis r\u00e9veille ; \u00e9clats imitant des cris d\u2019animaux ; \u00ab souffle immens\u00e9ment puissant d\u2019un monstre endormi \u00bb quand il s\u2019agit d\u2019un bombardement lent et r\u00e9gulier ; rafales comme des \u00ab lanc\u00e9es de mal de dent \u00bb ; \u00e9cho lointain de la bataille de Verdun \u00e0 60 km de distance et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 Montb\u00e9liard. Dans l\u2019air qui \u00ab mugit \u00bb, les raids d\u2019avions produisent une impression \u00e9prouvante, qu\u2019Amand d\u00e9crit \u00e0 Marguerite : \u00ab Je t\u2019assure qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019agr\u00e9able \u00e0 se trouver l\u00e0-dessous : les avions volant tr\u00e8s bas, leurs moteurs font entendre un ronflement mena\u00e7ant d\u2019un lancinant sans nom ; vous sentez les appareils qui vous survolent en vous cherchant, les bombes \u00e9clatent \u00e9pouvantablement, les obus explosent autour des avions, les mitrailleuses cr\u00e9pitent, les d\u00e9bris retombent de partout. \u00bb Dans cette guerre, le tonnerre naturel \u00ab perd ses droits et devient tout simplement ridicule \u00bb.<br \/>\nDes impressions olfactives comme l\u2019odeur du front des Vosges : \u00ab La puanteur atroce m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019odeur r\u00e9sineuse des sapins hach\u00e9s par les bombardements. \u00bb Des impressions physiques, comme l\u2019accoutumance physiologique aux tranch\u00e9es et aux conditions de vie. Ainsi Joseph : \u00ab Un soir, ne sachant o\u00f9 coucher, j\u2019avise un tas de cailloux : lui au moins est relativement sec\u2026 Il me servira de lit. C\u2019est un nouveau genre. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9 du pr\u00e9, du bois, du plancher, du sillon de labour et, ma foi, on n\u2019y est pas trop mal : les cailloux se moulant un peu sous le poids du corps. \u00bb Il revient \u00e0 plusieurs reprises sur cette \u00ab d\u00e9shabitude du lit \u00bb.<br \/>\nC\u2019est surtout la souffrance du soldat qui transpire de ces analyses ; les punitions imb\u00e9ciles sont not\u00e9es ; les affirmations cyniques, ainsi cette phrase d\u2019un officier sup\u00e9rieur en ao\u00fbt 1916 consid\u00e9rant que fournir des v\u00eatements n\u2019est pas n\u00e9cessaire puisque les trois quarts des hommes vont y rester. Cette ambiance d\u2019oppression est permanente. Elle d\u00e9coule du foss\u00e9 qui s\u00e9pare soldats et officiers. Amand se plaint \u00e9galement de l\u2019ambiance morale : \u00ab Par exemple, quelles m\u0153urs, quelle d\u00e9bauche, c\u2019est effrayant, d\u00e9go\u00fbtant, \u00e9c\u0153urant\u2026 Je ne puis rien en \u00e9crire, \u00e7a d\u00e9passe l\u2019imagination. \u00bb La condition ouvri\u00e8re non plus n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9e par Amand, surtout apr\u00e8s les gr\u00e8ves du Rh\u00f4ne de 1917 : \u00ab Qu\u2019on demande \u00e0 ceux du front s\u2019ils consentiraient \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur la place de ceux qui se plaignent et l\u2019on verra le r\u00e9sultat ! \u00bb M\u00eame les Parisiens sont d\u00e9cri\u00e9s (Amand, 4-2-18) : \u00ab Oui, j\u2019ai lu le raid des a\u00e9ros sur Paris et les croix de guerre que cela a fait distribuer dans la capitale. Je regrette qu\u2019il y ait eu des victimes, mais le fait en lui-m\u00eame rappellera un peu aux Parisiens que la guerre existe [\u2026]. C\u2019est malheureux \u00e0 dire, mais on est oblig\u00e9 de constater dans la masse des poilus, avec un sentiment sinc\u00e8re pour les victimes, une sorte de presque satisfaction de ce fait-l\u00e0 ! \u00bb Bref, le foss\u00e9 entre l\u2019avant et l\u2019arri\u00e8re est profond et universel \u00e0 la lecture des fr\u00e8res Saint-Pierre. Et pourtant, les soldats ont conscience de devoir aller jusqu\u2019au bout : \u00ab Le temps ne changera rien au r\u00e9sultat final, l\u2019\u00e9crasement des Boches, tant pis si on paye des imp\u00f4ts \u00bb, d\u00e9clare Marin \u00e0 sa m\u00e8re. L\u2019emploi de nouveaux gaz par les Allemands d\u00e9chaine la volont\u00e9 de vengeance d\u2019Amand, en juillet 17 : \u00ab Il faudrait \u00e9tripailler tous les Boches, m\u00e2les et femelles, petits et grands ! \u00bb<br \/>\nLes fraternisations sont le plus souvent repr\u00e9sent\u00e9es par les \u00e9changes les plus divers (sifflets, boules de neige, insultes au porte-voix, cigarettes), par l\u2019entente tacite ou simplement par des attitudes d\u2019humanit\u00e9 (ainsi le 24 d\u00e9cembre 1914 au col d\u2019Hermanpaire, dans les Vosges, o\u00f9 un t\u00e9nor entonne un Minuit chr\u00e9tien religieusement \u00e9cout\u00e9 par les soldats allemands qui applaudissent.<br \/>\nLe bourrage de cr\u00e2ne n\u2019est pas absent : pieds coup\u00e9s par les Allemands pour \u00e9viter les \u00e9vasions ; bless\u00e9s achev\u00e9s ; Boches d\u00e9peceurs ; mais aussi Allemands tuant leurs officiers pour se rendre ; officiers autrichiens qui, \u00ab pour exciter les hommes, d\u00e9clarent que le pillage et le viol seront autoris\u00e9s \u00bb en Italie conquise. Autres th\u00e8mes r\u00e9currents, les charges violentes contre les soldats du midi, le 15e corps, les gendarmes imb\u00e9ciles, l\u2019espionnite. Et les poncifs comme \u00ab La France aura toujours le dernier sou, l\u2019Angleterre le dernier vaisseau, la Russie le dernier homme \u00bb ou la motivation alimentaire des d\u00e9sertions allemandes.<br \/>\nLe tout est ponctu\u00e9 de belles descriptions : une remise de d\u00e9coration ; les bleus \u00ab nerveux du fusil \u00bb ; une attaque de nuit ; le terrible travail des brancardiers sur le Linge. La boue \u00ab comme de la cr\u00e8me \u00bb, qui empeste le gaz et dans laquelle on peut mourir noy\u00e9 ; la vue panoramique d\u2019une attaque \u00e0 Verdun. Verdun, \u00ab cette fois, c\u2019est la vraie guerre \u00bb et le t\u00e9moignage justifie sa place particuli\u00e8re dans l\u2019exp\u00e9rience combattante avec la vision traumatique d\u2019une mort individuelle dans la mort de masse.<\/p>\n<p><strong>La victoire<\/strong><br \/>\nLes six fr\u00e8res Saint-Pierre, tous survivants, non bless\u00e9s, vivent la victoire avec des sentiments nuanc\u00e9s. Joseph, le 11 novembre \u00e0 11 heures, d\u00e9clare : \u00ab Messieurs, vous \u00eates joyeux, moi non ! Nous devions aller en Allemagne pour confirmer notre victoire. L\u2019affaire n\u2019est pas termin\u00e9e, dans vingt ans il faudra recommencer. \u00bb Antoine est en permission \u00e0 Nantua \u00e0 cette date et revient au front, s\u2019\u00e9tonnant qu\u2019il ne soit plus l\u00e9tal : \u00ab Par un clair de lune splendide, je pouvais marcher \u00e0 d\u00e9couvert sur ce qui avait \u00e9t\u00e9 le champ de bataille. Je ne pouvais croire au total silence qui r\u00e9gnait sur ces lieux d\u00e9vast\u00e9s. \u00bb Amand quant \u00e0 lui \u00ab est tout d\u00e9sorient\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la d\u00e9mobilisation \u00bb et \u00ab tout troubl\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e du retour \u00bb. Apr\u00e8s que Joseph ait \u00e9chapp\u00e9 au minage des caves et des routes lors de la poursuite d\u2019octobre 18, c\u2019est Amand qui manque encore de mourir \u00e0 cause d\u2019un \u00ab fil gros comme un crayon, solidement attach\u00e9 \u00e0 deux arbres et traversant la route juste \u00e0 hauteur de la gorge \u00bb, tendu de nuit le 14 d\u00e9cembre 1918 \u00e0 Heimersdorf, dans le Sundgau. Il revient plus loin sur cette ins\u00e9curit\u00e9 en Alsace. Par contre : \u00ab R\u00e9veill\u00e9 par le sifflement tr\u00e8s proche d\u2019un obus de gros calibre, j\u2019ai dress\u00e9 l\u2019oreille pour \u00e9couter l\u2019\u00e9clatement et juger de la distance de la chute, mais rien. J\u2019avais d\u00fb r\u00eaver et je m\u2019en suis aper\u00e7u de suite, comme tu penses. \u00bb C\u2019\u00e9tait le 30 novembre 1918 ! La guerre restera pour tous un traumatisme au-del\u00e0 du cauchemar.<\/p>\n<p><em>Yann Prouillet, d\u00e9cembre 2012<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les six fr\u00e8res Saint-Pierre qui ont fait la guerre sont n\u00e9s \u00e0 Nantua (Ain) dans une famille bourgeoise propri\u00e9taire de vignes. Marin (1875-1949), m\u00e9decin dans cette ville, \u00e9pouse en 1908 la fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral ; deux filles du couple deviendront religieuses. Cl\u00e9ment (1877-1936), avou\u00e9 \u00e0 Belley, \u00e9pouse une fille de m\u00e9decin en 1905. Amand (1879-1932), &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/29\/saint-pierre-famille-6-temoins\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Saint-Pierre (famille : 6 t\u00e9moins)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":5076,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49,103,85,341,339,343,342,340,13,3,11,10,6,40],"tags":[284,344,293,346,348,345,347,349],"class_list":["post-1675","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-116e-bca","category-103","category-23e-ri","category-265e-rac","category-56e-rit","category-73e-ri","category-7e-escadron-du-train","category-9e-ra-a-pied","category-medecin-service-de-sante","category-carnet","category-combattant-artillerie","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","category-photos","tag-armistice","tag-boucherie","tag-bourrage-de-crane","tag-odeurs","tag-paris","tag-sons","tag-souffrances","tag-treves"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1675"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1675\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5078,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1675\/revisions\/5078"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5076"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}