{"id":168,"date":"2008-09-04T13:50:17","date_gmt":"2008-09-04T12:50:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/04\/frot-paul-1897-1964\/"},"modified":"2021-09-09T17:16:24","modified_gmt":"2021-09-09T16:16:24","slug":"frot-paul-1897-1964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/04\/frot-paul-1897-1964\/","title":{"rendered":"Frot, Paul (1897-1964 ?)"},"content":{"rendered":"<p><strong> 1. &nbsp; Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Paul Frot est \u00e9tudiant pr\u00e9parant HEC et a 19 ans lorsqu&rsquo;il est appel\u00e9 avec la classe 17. Il effectue six mois de pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;officiers de Saint-Maixent&nbsp;; ma\u00eetrise la langue allemande, ce qui lui permet d&rsquo;interroger des prisonniers \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>Bapt\u00eame du feu le 15 juin 1917 en Flandres au 165<sup>e<\/sup> R.I.&nbsp;; 9 mois de tranch\u00e9es de Coxyde \u00e0 Nieuport.<\/p>\n<p>29 mars 1918&nbsp;: transf\u00e9r\u00e9 dans le secteur de la Somme (Boves)&nbsp;; il fait partie des troupes envoy\u00e9es stopper l&rsquo;offensive allemande qui para\u00eet alors irr\u00e9sistible&nbsp;; br\u00fbl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;yp\u00e9rite,&nbsp;il rejoint Verdun apr\u00e8s sa convalescence.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt, son r\u00e9giment est sous le commandement du g\u00e9n\u00e9ral Mangin charg\u00e9 de la d\u00e9livrance des territoires envahis&nbsp;; combats dans l&rsquo;Aisne.<\/p>\n<p><strong> 2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage est un journal retrouv\u00e9 par les filles de l&rsquo;auteur en 2004 et publi\u00e9 sous le titre&nbsp;: Paul Frot, <em>Mon journal de guerre 1914\/1918, du 15 juin 1917 au 11 novembre 1918<\/em>, Paris, Connaissances &amp; Savoirs, 2005. Cet ouvrage est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une \u00ab&nbsp;adresse&nbsp;\u00bb en guise de derni\u00e8re lettre des trois filles \u00e0 leur p\u00e8re. Ce journal est un r\u00e9cit compos\u00e9 par Paul Frot \u00e0 partir des notes consign\u00e9es dans son carnet de campagne&nbsp;; on y trouve certains r\u00e9cits construits \u00e0 partir des dires d&rsquo;anciens (voir notamment sur l&rsquo;affaire du 22 avril 1915 et la premi\u00e8re attaque aux gaz sur le front occidental, p. 70)&nbsp;; d&rsquo;apr\u00e8s \u00ab&nbsp;l&rsquo;adresse&nbsp;\u00bb \u00e9crite par ses filles, cette copie aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur une machine de l&rsquo;arm\u00e9e (p. 9) \u00ab&nbsp;avec son ruban bleu&nbsp;\u00bb&nbsp;; on notera qu&rsquo;au moment de cette recopie, mise au propre et mise en r\u00e9cit, l&rsquo;auteur a effectu\u00e9 quelques rajouts \u00ab&nbsp;extraits de mon carnet de campagne&nbsp;\u00bb qu&rsquo;il signale, comme \u00e0 la page 39. \u00c0 partir du 9 octobre (p. 84), les dates deviennent plus fr\u00e9quentes&nbsp;; on peut supposer qu&rsquo;\u00e0 partir de cette date, le journal \u00ab&nbsp;colle&nbsp;\u00bb de plus en plus au carnet d&rsquo;origine, mais de nombreux indices signalent la recomposition du r\u00e9cit jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. Des notices historiques ponctuent le journal&nbsp;; r\u00e9f\u00e9rence est faite d&rsquo;un livre publi\u00e9 au lendemain de la guerre (p. 89)&#8230;<\/p>\n<p>Ce journal a \u00e9t\u00e9 ensuite transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par la main d&rsquo;hommes de la famille ayant \u00e9galement connu la guerre.<\/p>\n<p><strong>3. &nbsp; L&rsquo;analyse<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les Flandres&nbsp;belges<\/strong> : longue description du front dans le secteur de Nieuport-Bains. Une particularit\u00e9, pas de boue&nbsp;; de l&rsquo;eau et du sable. Ce qui n\u00e9cessite d&rsquo;\u00e9tayer en permanence les tranch\u00e9es&nbsp;; le vent est ici un probl\u00e8me majeur, qui p\u00e9n\u00e8tre partout et enraye notamment les armes.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les bombardements, pr\u00e9sence de civils&nbsp;: \u00ab&nbsp;quelques belges encore tol\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;arm\u00e9e anglaise, s\u00e9journent dans le village dans l&rsquo;espoir de sauvegarder leurs biens. Ils passent la plus grande partie de leur vie dans les caves&nbsp;\u00bb (p. 55)<\/p>\n<p><strong>Cadavres<\/strong> : L&rsquo;\u00e9motion caus\u00e9e par les premiers (p. 53)&nbsp;; Travaux d&rsquo;approfondissement des tranch\u00e9es dans un charnier (p. 72)&nbsp;; les marais de Martjevaert (p. 89-90), espaces pestilentiels. \u00ab&nbsp;[&#8230;] le corps d&rsquo;un soldat du 321<sup>e<\/sup> Fusilier Mitrailleur, noy\u00e9 dans la boue et dont le casque et l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du canon du fusil \u00e9mergeaient&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai appris que nos camarades en premi\u00e8re ligne, aux petits postes les plus avanc\u00e9s, avaient sans cesse de l&rsquo;eau jusqu&rsquo;au ventre&#8230;<\/p>\n<p><strong>Un chef&nbsp;: <\/strong>Souci du confort de ses hommes (p. 59)&nbsp;; \u00ab&nbsp;j&rsquo;ai presque honte d&rsquo;avoir la satisfaction de manger, malgr\u00e9 ma pr\u00e9sence en secteur, une cuisine sp\u00e9cialement pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intention des sous-officiers par leur cuistot attitr\u00e9 \u00e9tabli avec la roulante de la compagnie au bord de l&rsquo;Yser&nbsp;\u00bb (p. 59)&nbsp;; montrer l&rsquo;exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai gard\u00e9 tout mon calme. J&rsquo;ai conscience sans vanit\u00e9 que mon attitude a plu aux hommes et que, pour un v\u00e9ritable bapt\u00eame du feu, je n&rsquo;ai pas trop fait mauvaise figure. Je me persuade que c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 cette attitude que j&rsquo;acquerrai \u00e0 leurs yeux une autorit\u00e9 suffisante \u00e0 l&rsquo;avenir pour me faire respecter malgr\u00e9 mon jeune \u00e2ge&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 77)&nbsp;; d&rsquo;autres r\u00e9flexions sur ce th\u00e8me tout au long de l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<p>Regard critique envers son sup\u00e9rieur direct. 2 avril&nbsp;1918, lors de la remont\u00e9e en ligne (secteur d&rsquo;Hailles)&nbsp;: \u00ab&nbsp;un peu d&rsquo;\u00e9nervement chez tout le monde, beaucoup chez notre commandant de compagnie qui se confond en g\u00e9missements et en lamentations avant d&rsquo;\u00e9tourdir ses subalternes par des ordres et des contre-ordres qu&rsquo;accompagnent des termes vexants inutiles&nbsp;\u00bb (p. 148)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Notre lieutenant, commandant de compagnie, qui n&rsquo;ose pas sortir le nez de son trou et qui n&rsquo;a pas manqu\u00e9 d&rsquo;exiger un compte-rendu \u00e9crit de notre installation pour s&rsquo;\u00e9viter un d\u00e9rangement, a rassembl\u00e9 sa liaison pour lui am\u00e9nager un abri&nbsp;\u00bb (p. 149)<\/p>\n<p><strong>Alli\u00e9s: <\/strong>Voisinage britannique&nbsp;au camp de Woesten&nbsp;; les Ecossais&nbsp;et leur flegme \u00e9tonnant sous le bombardement&nbsp;; fraternisation entre alli\u00e9s avec force boisson&#8230; (p. 64-65)<\/p>\n<p><strong>Assauts&nbsp;: <\/strong>Le r\u00f4le du sergent serre-file&nbsp;au moment de l&rsquo;assaut: \u00ab&nbsp;Le sergent Lagache, d&rsquo;un calme et d&rsquo;un sang-froid imperturbables, longe la tranch\u00e9e sous les obus, observant si tout le monde est \u00e0&nbsp; son poste et pour faire sortir si n\u00e9cessaire les froussards de leurs trous&nbsp;; pr\u00e9caution au fond inutile, car chacun fait preuve dans ces circonstances \u00e9mouvantes d&rsquo;une attitude parfaite&nbsp;\u00bb (p. 76)<\/p>\n<p><strong>Offensive allemande&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>A partir du 29 mars 1918, en renfort des troupes britanniques refoul\u00e9s violemment par l&rsquo;offensive allemande (secteur de Bertheaucourt-les-Thennes). Attaques de la cavalerie canadienne (p. 143)&nbsp;; grande tuerie de cavaliers&nbsp;\u00bb (p. 143-144)&nbsp;; pillage consciencieux des caves mais \u00ab&nbsp;[&#8230;] les hommes respectent les int\u00e9rieurs des maisons. Nombreux sont, en effet, au R\u00e9giment ceux qui ont souffert de l&rsquo;invasion et de l&rsquo;occupation allemande. Ils savent bien tordre le cou d&rsquo;une poulette ou \u00e9corcher un lapin, mais une sorte de respect les pousse \u00e0 ne trop rien d\u00e9ranger du mobilier abandonn\u00e9 des maisons o\u00f9 le hasard des cantonnements les a plac\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 146)<\/p>\n<p><strong>Alcool&nbsp;: <\/strong>soutien du moral. 3 avril&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le petit jour para\u00eet. Avec lui, la gnole rempli les quarts, une gnole d\u00e9testable mais r\u00e9confortante apr\u00e8s une nuit terrible, glaciale, sous la pluie qui nous a travers\u00e9s jusqu&rsquo;aux os&nbsp;\u00bb (p 150)<\/p>\n<p>13-14 septembre&nbsp;: la nuit pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;assaut sur Laffaux (Aisne)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Impossible de chercher \u00e0 trouver le sommeil. Je regarde mes hommes. Aucun ne dort. L&rsquo;heure est trop grave. Les uns boivent du caf\u00e9 cors\u00e9 de gnole comme le feraient des chasseurs au marais. Les rations de gnole ont \u00e9t\u00e9 fortes, c&rsquo;est l&rsquo;usage \u00e0 la veille des attaques. Nous laissons aux Boches le proc\u00e9d\u00e9 du dopage \u00e0 l&rsquo;\u00e9ther. Jamais fantassin de France n&rsquo;en a us\u00e9. D&rsquo;autres r\u00eavent \u00e9veill\u00e9s, \u00e9crivent ou parlent \u00e0 voix basse&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 266) Ces mentions tardives des distributions de gnole au sein des troupes combattantes sont confirm\u00e9es par de nombreux autres t\u00e9moins. Ainsi, en d\u00e9pit des inconv\u00e9nients \u00e9vidents de cette alcoolisation, l&rsquo;arm\u00e9e n&rsquo;a pas trouv\u00e9 meilleur moyen pour consolider le moral des troupes d&rsquo;assaut.<\/p>\n<p><strong>Tirs amis <\/strong>: Des batteries fran\u00e7aises et anglaises tirent sur les lignes fran\u00e7aises&nbsp;: \u00ab&nbsp;Malgr\u00e9 toutes les fus\u00e9es lanc\u00e9es pour demander l&rsquo;allongement du tir, celui-ci se poursuit&#8230; toujours trop court&nbsp;! Les hommes quittent leurs emplacements pour chercher un coin plus s\u00fbr, \u00e0 l&rsquo;exemple du commandant de compagnie lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb (p. 153)&nbsp;; \u00e0 d&rsquo;autres moments encore, les fantassins menacent de quitter les lignes&#8230;<\/p>\n<p>12 avril 1918&nbsp;: <strong>d\u00e9fense acharn\u00e9e du ch\u00e2teau de Hangard <\/strong>(p. 162-182)&nbsp;; encore des tirs \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb (p. 169)&nbsp;; l&rsquo;auteur et ses hommes sont prisonniers des Allemands pendant quelques minutes avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9livr\u00e9s par une vive contre-attaque franco-canadienne&nbsp;; 13 avril, gaz\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hyp\u00e9rite pendant son repos \u00e0 Domart et atteint par la grippe espagnole. Evacuation par train sanitaire sur l&rsquo;h\u00f4pital n\u00b016 de Poitiers. Le 30 mai, rejoint son corps devant Verdun.<\/p>\n<p>Fin ao\u00fbt 1918, son r\u00e9giment est mis \u00e0 la disposition du g\u00e9n\u00e9ral Mangin pour la poursuite victorieuse.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9flexion sur le comportement des soldats&nbsp;: <\/strong>\u00ab&nbsp;28 ao\u00fbt [1918]. Cette terrible guerre est un grand exemple de la toute puissance de l&rsquo;habitude. Le Fran\u00e7ais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui combat avec une passivit\u00e9 qui, \u00e0 la r\u00e9flexion, s&rsquo;av\u00e8re stup\u00e9fiante pour quiconque a v\u00e9cu depuis longtemps les souffrances du soldat. Au moment o\u00f9 les p\u00e9rils s&rsquo;aggravent, o\u00f9 les emb\u00fbches, se dressant partout \u00e0 la fois, devraient secouer les \u00e2mes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, les hommes, dont les ma\u00eetres attendent encore un effort gigantesque, se conduisent comme les rouages fid\u00e8les d&rsquo;une force que l&rsquo;on croirait m\u00e9canique. Ils se meuvent avec une pr\u00e9cision et une si grande docilit\u00e9 que l&rsquo;on se demanderait parfois si ce sont l\u00e0 des \u00eatres qui souffrent. Pour comprendre \u00e0 quel degr\u00e9 d&rsquo;automatisme, d&rsquo;assujettissement, sont parvenus les temp\u00e9raments m\u00eame les plus r\u00e9fractaires, il faut voir \u00e9voluer les unit\u00e9s de notre arme, sans cesse alert\u00e9es, d\u00e9plac\u00e9es, oubli\u00e9es, rappel\u00e9es, et aussi sobres devant le danger et la mort que devant la cohue des routes et des bivouacs&nbsp;\u00bb (p. 232-233).<\/p>\n<p>Il est significatif qu&rsquo;un officier reconnaissent aussi ouvertement l&rsquo;assujettissement des hommes de troupe. La force de l&rsquo;habitude, le poids des automatismes, l&rsquo;id\u00e9e de ne pouvoir \u00e9chapper \u00e0 son \u00ab&nbsp;destin&nbsp;\u00bb ou son \u00ab&nbsp;devoir&nbsp;\u00bb, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre d\u00e9pass\u00e9, sinon \u00e9cras\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement (la guerre) ont effectivement contribu\u00e9 dans une certaine mesure \u00e0 nourrir ce que l&rsquo;on appelle la t\u00e9nacit\u00e9 des combattants.<\/p>\n<p><strong>Panique caus\u00e9e par les gaz (p. 252)<\/strong><\/p>\n<p>Combats sur le <strong>Chemin des Dames. Septembre 1918.<\/strong><\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, juillet 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin Paul Frot est \u00e9tudiant pr\u00e9parant HEC et a 19 ans lorsqu&rsquo;il est appel\u00e9 avec la classe 17. 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