{"id":1683,"date":"2016-03-30T14:17:48","date_gmt":"2016-03-30T13:17:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1683"},"modified":"2016-04-16T19:47:39","modified_gmt":"2016-04-16T18:47:39","slug":"hayes-marie-1874-1958","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/30\/hayes-marie-1874-1958\/","title":{"rendered":"Hayes, Marie (1874-1958)"},"content":{"rendered":"<p>Voici un t\u00e9moignage curieux : Saint-Eleuth\u00e8re (s\u0153ur), <em>L&rsquo;occupation allemande de Noyon, 1914-1917, Les carnets de guerre d&rsquo;une s\u0153ur infirmi\u00e8re<\/em>, Louviers, Ysec, 2003, 144 p. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Jean-Yves Bonnard et \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 historique de Noyon que nous avons pu identifier l\u2019auteur comme Marie Hayes, n\u00e9e \u00e0 Issoudun (Indre) le 5 janvier 1874, entr\u00e9e en 1897 dans la congr\u00e9gation de Saint-Thomas de Villeneuve sous le nom de s\u0153ur Marie-Eleuth\u00e8re, ayant prononc\u00e9 ses v\u0153ux perp\u00e9tuels le 22 septembre 1902, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 Rennes le 24 d\u00e9cembre 1958.<br \/>\nElle est infirmi\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital-hospice de Noyon (Oise) quand se d\u00e9clenche la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le 26 ao\u00fbt 1914, elle consigne dans un journal, repris et compl\u00e9t\u00e9 en 1918, les \u00e9v\u00e9nements qui se produisent dans son entourage imm\u00e9diat et dans la cit\u00e9. Elle y vit l\u2019arriv\u00e9e des troupes fran\u00e7aises et anglaises avant que la ville soit envahie par l\u2019ennemi, le 30. D\u00e8s lors, apr\u00e8s les premi\u00e8res heures d\u2019incertitude et d\u2019angoisse qui accompagnent cette installation d\u2019un ennemi redout\u00e9, r\u00e9put\u00e9 barbare, se met en place sa domination militaire et sa m\u00e9thodique organisation. Tr\u00e8s vite, r\u00e9quisitions, brimades et suspicions p\u00e8sent sur le quotidien des religieuses, quasi chass\u00e9es de leur h\u00f4pital. Les mois s\u2019\u00e9coulant, sous la menace constante de la mort par bombardement, et dans l\u2019espoir d\u2019une d\u00e9livrance par les soldats fran\u00e7ais si proches, la ville sombre dans la mis\u00e8re et les privations, \u00e0 peine minor\u00e9es par l\u2019assistance am\u00e9ricaine. R\u00e9quisitions et suppression des libert\u00e9s rendent le quotidien p\u00e9nible, dont la s\u0153ur se fait la narratrice. Menac\u00e9e d\u2019expulsion, elle se pr\u00e9pare \u00e0 quitter ses malades quand elle contemple pleine d\u2019espoir les travaux singuliers de l\u2019ennemi. Celui-ci, fait confirm\u00e9 par le pillage \u00e0 grande \u00e9chelle des derni\u00e8res ressources de la cit\u00e9, s\u2019appr\u00eate \u00e0 abandonner la ville dans un repli strat\u00e9gique synonyme de nouvelles angoisses mais aussi d\u2019espoir. Les 16 et 17 mars 1917, derniers jours d\u2019occupation, s\u2019accompagnent d\u2019incendies et de destructions quasi syst\u00e9matiques. Ces derni\u00e8res heures d\u2019\u00e9preuve se terminent le dimanche 18 avec l\u2019arriv\u00e9e de soldats fran\u00e7ais et britanniques, \u00e9claireurs d\u2019une d\u00e9livrance aux joies indicibles. H\u00e9las, un an plus tard, jour pour jour, de nouvelles transes font reprendre la plume \u00e0 s\u0153ur Eleuth\u00e8re qui, du 18 au 24 mars 1918, raconte son \u00e9vacuation d\u2019une ville sous la menace d\u2019une nouvelle occupation, pr\u00e9lude \u00e0 la seconde bataille de la Marne.<br \/>\nCe sont parfois des regards religieux qui nous font vivre les affres de l\u2019occupation allemande des pays de France envahis. Ce texte reconstitu\u00e9 offre le double int\u00e9r\u00eat de pr\u00e9senter un journal de guerre de civile et de participer \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Oise dans la Grande Guerre. Particuli\u00e8rement riche dans les d\u00e9tails r\u00e9v\u00e9lateurs du martyrologe des populations envahies, il d\u00e9crit la vie quotidienne dans une ville proche du front, sous la menace du bombardement et de l\u2019\u00e9vacuation totale. Il livre des pages riches sur les derniers jours de l\u2019occupation et la politique allemande de la terre br\u00fbl\u00e9e avant le repli. L\u2019ouvrage voit son int\u00e9r\u00eat l\u00e9g\u00e8rement minor\u00e9 par la r\u00e9\u00e9criture d\u2019apr\u00e8s-guerre et son absence de continuit\u00e9.<br \/>\nParmi les d\u00e9tails du r\u00e9cit, on peut noter la vue d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais bless\u00e9 payant une voiture 120 francs pour fuir, le 30 ao\u00fbt 1914 ; l\u2019arriv\u00e9e de soldats allemands demandant d\u2019abord du champagne ; le pillage dans les commerces, les vols de v\u00e9los et de bijoux ; la peur du soldat noir chez des bless\u00e9s allemands apr\u00e8s la bataille de Verberie ; les morts plac\u00e9s dans des sacs ; l\u2019enterrement des valeurs ; la carence d\u2019huile, remplac\u00e9e par de la graisse de cheval ou par les restes des bo\u00eetes de sardines jet\u00e9es par les soldats allemands. La s\u0153ur se pose des questions quand elle constate que \u00ab les Allemands font enlever tous les uniformes des bless\u00e9s en traitement au th\u00e9\u00e2tre, probablement pour les renforts qu\u2019ils attendent \u00bb. Elle \u00e9voque le comportement d\u2019ennemis qui s\u2019\u00e9taient bless\u00e9s mutuellement, devenus amis, et No\u00ebl 1914 quand les bless\u00e9s fran\u00e7ais re\u00e7oivent aussi leur colis contenant cigares, cigarettes, tabac, briquets, pipes, couteaux, chocolat, petits fours, manchettes, mouchoirs, chaussettes et m\u00eame une photo du Kaiser. Elle voit un officier japonais prisonnier (15-2-15), et elle entend les rumeurs de mutineries allemandes (1-3-15). Elle rapporte que \u00ab trois femmes sont faites prisonni\u00e8res pour avoir cach\u00e9 pendant trois mois dans leur cave un d\u00e9serteur allemand. Celui-ci va \u00eatre fusill\u00e9 \u00bb (20-4-15). Elle rapporte le fait que ceux qui ne saluent pas les soldats allemands \u00ab sont conduits place de l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 ils doivent saluer publiquement un mannequin rev\u00eatu de l\u2019uniforme allemand et payer une amende \u00bb. La situation se d\u00e9grade et, le 1er juin 1916, \u00ab pour la premi\u00e8re fois, nous mangeons du chat \u00bb. De fait, la situation des rats s\u2019en trouve \u00ab am\u00e9lior\u00e9e \u00bb ; ainsi, le 14 octobre, elle rapporte : \u00ab Le commandant de place fait afficher que les habitants doivent d\u00e9truire les rats et en apporter les cadavres \u00e0 la Kommandantur o\u00f9 il leur sera remis un sou par t\u00eate. Nous sommes infest\u00e9s de ces rongeurs depuis que les chats, \u00e9tant dans l\u2019impossibilit\u00e9 de les nourrir, furent mang\u00e9s ou noy\u00e9s. De plus tous les chiens ratiers ou autres ayant \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s, la plupart de leurs propri\u00e9taires les ont fait abattre. \u00bb Le suicide d\u2019une femme, les enfants bless\u00e9s par une grenade ramass\u00e9e ou par un d\u00e9tonateur, une civile bless\u00e9e par imprudence t\u00e9moignent du long calvaire des populations envahies. Le manque est total et la moindre petite attention devient un tr\u00e9sor : \u00ab Il sera remis une aiguille \u00e0 chaque personne, cette nouvelle nous fait plaisir, car ce modeste objet nous fait d\u00e9faut depuis longtemps. Nos amis d\u2019Am\u00e9rique pensent \u00e0 tout. \u00bb Le froid de janvier 1917 est particuli\u00e8rement \u00e9prouvant sans charbon, \u00ab les burettes \u00e9tant gel\u00e9es le pr\u00eatre est oblig\u00e9 de mettre dans le calice un morceau de glace pour remplacer l\u2019eau \u00bb. D\u00e8s lors, \u00ab les escaliers, parquets, portes et fen\u00eatres et m\u00eame les meubles des maisons sont convertis en bois de chauffage par les soldats \u00bb. Certes, d\u2019in\u00e9vitables phrases dont la v\u00e9racit\u00e9 semble plus douteuse, voire r\u00e9v\u00e9latrice de la litt\u00e9rature de bourrage de cr\u00e2ne, ponctuent le t\u00e9moignage : les clochers servant de signaux ; l\u2019empilement pyramidal des cadavres allemands ; le bombardement de la gare de Saint-Quentin par un Zeppelin retourn\u00e9 par les Fran\u00e7ais d\u00e9guis\u00e9s en soldats allemands, bruit qu\u2019elle r\u00e9it\u00e8re plus tard pour un avion allemand, pilot\u00e9 par des Fran\u00e7ais.<br \/>\nLa pr\u00e9sentation de Jean-Yves Bonnard rappelle la raret\u00e9 des t\u00e9moignages dans cette ville presque ras\u00e9e \u00e0 la fin de la guerre. L\u2019ouvrage est enrichi de documents iconographiques en cahier central.<br \/>\nYann Prouillet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un t\u00e9moignage curieux : Saint-Eleuth\u00e8re (s\u0153ur), L&rsquo;occupation allemande de Noyon, 1914-1917, Les carnets de guerre d&rsquo;une s\u0153ur infirmi\u00e8re, Louviers, Ysec, 2003, 144 p. 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