{"id":169,"date":"2008-09-07T12:56:06","date_gmt":"2008-09-07T11:56:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/07\/169\/"},"modified":"2021-09-09T17:16:43","modified_gmt":"2021-09-09T16:16:43","slug":"169","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/07\/169\/","title":{"rendered":"Bec, Jean (1881-1964)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Jean Bec,  petit vigneron \u00e0 Montagnac (H\u00e9rault), est n\u00e9 le 11 octobre 1881 (classe 1901). On sait de lui qu\u2019il \u00e9tait catholique et patriote. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 10 novembre 1964 (on peut noter pour l\u2019anecdote que ses fun\u00e9railles ont eu lieu le lendemain, le 11 novembre).<\/p>\n<p>Affect\u00e9 comme brancardier au 96<sup>e<\/sup> RI, il part \u00e0 la guerre en janvier 1915. Evacu\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 1915 pour probl\u00e8mes intestinaux, puis en permission, il revient au front le 22 juillet 1915, dans une unit\u00e9 combattante du 96<sup>e<\/sup> RI, \u00e0 Valmy. L\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 le 15 ao\u00fbt 1915, il reste dans la r\u00e9gion champenoise jusqu\u2019au d\u00e9but 1916, date \u00e0 laquelle il est d\u00e9plac\u00e9 dans le secteur du Chemin des Dames. Ensuite, il part dans le secteur de Verdun (juillet 1916-avril 1917).<\/p>\n<p>19 septembre 1915 : remise de la croix de guerre \u00e0 sa compagnie (10<sup>e<\/sup>) pour \u00ab sa belle tenue dans les tranch\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>24 novembre 1915 : croix de guerre remise par le g\u00e9n\u00e9ral de Cadoudal<\/p>\n<p>\u00ab Seul grad\u00e9 survivant de sa section, n\u2019ayant que huit hommes valides, a conserv\u00e9 le 6 octobre 1915, sous un violent bombardement, toute la journ\u00e9e et une partie de nuit, le terrain conquis et l\u2019a organis\u00e9 d\u00e9fensivement \u00bb.<\/p>\n<p>27 d\u00e9cembre 1915 : citation au corps d\u2019arm\u00e9e<\/p>\n<p>\u00ab Vieux sous-officier qui, une nouvelle fois, s\u2019est distingu\u00e9 dans la contre-attaque du 8\/12\/15. A, bien que bless\u00e9 \u00e0 la main gauche, donn\u00e9 l\u2019exemple du m\u00e9pris le plus absolu du danger. A contribu\u00e9 \u00e0 la reprise d\u2019une bonne partie de nos tranch\u00e9es envahies par l\u2019ennemi \u00bb.<\/p>\n<p>16-22 janvier 1916 : J. Bec devient sergent, chef de section \u00e0 la 2<sup>e<\/sup> compagnie de mitrailleuses de brigade, suivi d\u2019un stage de formation \u00e0 Mareuil-le-Port.<\/p>\n<p>31 janvier-11 f\u00e9vrier 1916 : permission, retour chez lui, puis retour \u00e0 Braine, pr\u00e8s de Soissons.<\/p>\n<p>23 avril 1916 : \u00ab toute la compagnie passe armes et bagages au 122<sup>e<\/sup> RI \u00bb, cantonnement \u00e0 Pont-Arcy.<\/p>\n<p>30 mai 1916 : en premi\u00e8re ligne \u00e0 Mont Sapin, au-dessus de la route de Soupir \u00e0 Chavonnes.<\/p>\n<p>8 juillet 1916 : d\u00e9part pour la r\u00e9gion de Verdun, en rel\u00e8ve du 107<sup>e<\/sup> RI.<\/p>\n<p>31 juillet 1916 : permission exceptionnelle suite au d\u00e9c\u00e8s de son fils. Retour avec ses homes en for\u00eat d\u2019Argonne.<\/p>\n<p>29 septembre-10 octobre 1916 : permission.<\/p>\n<p>26 d\u00e9cembre : d\u00e9part pour Vauquois.<\/p>\n<p>19-29 janvier 1917 : permission.<\/p>\n<p>Printemps 1917 : lassitude et fatigue, suite d\u2019\u00e9vacuations, permissions de convalescence, permissions agricoles que J. Bec parvient \u00e0 faire perdurer jusqu\u2019\u00e0 la fin des hostilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Notes journali\u00e8res \u00e0 partir de janvier 1915 jusqu\u2019\u00e0 septembre 1918.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 dans <em>Bulletin des Amis de Montagnac<\/em> (34), 50-51, octobre 2000 [not\u00e9e : I] &amp; f\u00e9vrier 2001 [not\u00e9e : II], pp. 3-46 &amp; pp. 11-47.<\/p>\n<p>Noter que la deuxi\u00e8me partie est suivie de deux fac-simil\u00e9s : la couverture du carnet (carreaux 5&#215;5, o\u00f9 le t\u00e9moin a \u00e9crit \u00ab 1914 \u00bb en gros, puis ajout\u00e9 en serrant jusqu\u2019au bord \u00ab 15, 16, 17, 18 \u00bb), la retranscription par l\u2019auteur d\u2019une chanson de la section de mitrailleuses dont il a la charge, o\u00f9 les sous-officiers sont aimablement croqu\u00e9s sur l\u2019air de \u00ab La Paimpolaise \u00bb.<\/p>\n<p>Contact : <a class=\"linkification-ext\" title=\"Linkification: mailto:andrenos@club-internet.fr\" href=\"mailto:andrenos@club-internet.fr\">andrenos@club-internet.fr<\/a> (Association des Amis de Montagnac, 9 rue Savignac, 34530 MONTAGNAC).<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Attachement \u00e0 la vie civile :<\/p>\n<p>La \u00ab petite patrie \u00bb :<\/p>\n<p>Jean Bec est tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 son village de Montagnac. Le train qui l\u2019emm\u00e8ne au front part de Montpellier et passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la localit\u00e9, ce qui lui cause une grande \u00e9motion : \u00ab lorsque je suis en vue de Montagnac, ma pens\u00e9e, mon esprit, mon c\u0153ur se transportent encore une fois aupr\u00e8s des miens. Je revois encore avec plaisir mais avec tristesse, tout le village, le clocher, l\u2019\u00e9glise o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 (\u2026) ma vie de famille qui s\u2019\u00e9coulait dans la plus grande joie (\u2026) que je quitte pour combien ? \u2026 h\u00e9las !&#8230; Dieu seul le sait. Au souvenir de tous ces \u00eatres si chers, je ne peux retenir mes larmes \u00bb. Il se raffermit toutefois peu apr\u00e8s : \u00ab C\u2019est pour la France !! Je fais mienne la devise du r\u00e9giment \u201cEN AVANT QUAND MEME\u201d \u00bb (22 juillet 1915, I, p.6).<\/p>\n<p>Les travaux agricoles :<\/p>\n<p>Comme cela peut \u00eatre remarqu\u00e9 chez de nombreux t\u00e9moins d\u2019origine rurale, Jean Bec est tr\u00e8s sensible aux paysages et travaux agricoles des r\u00e9gions qu\u2019il est amen\u00e9 \u00e0 traverser. Il d\u00e9plore ainsi qu\u2019un exercice de tir se d\u00e9roule dans un champ de bl\u00e9, ce qui a pour effet d\u2019endommager les cultures (26 janvier 1916, I, p. 35), et prend ailleurs le temps de noter les c\u00e9pages de raisins cultiv\u00e9s : autant de r\u00e9sonances d\u2019une vie civile \u00e0 retrouver, assur\u00e9ment.<\/p>\n<p>La famille :<\/p>\n<p>La nostalgie de son terroir est aussi celle de ses proches. Plusieurs fois, Jean Bec pense \u00e0 eux avant une attaque, dans un moment difficile ou d\u2019abattement. Le plus significatif est cet \u00e9v\u00e9nement tragique qu\u2019est la mort de son fils Pierre, nourrisson de seize mois. Il obtient une permission exceptionnelle juste \u00e0 temps pour vivre ses derniers instants : \u00ab Petit Pierre rend le dernier soupir, s\u2019envole vers le Ciel. C\u2019est un ange qui veillera sur son p\u00e8re (\u2026) la mort de mon petit Pierre a sauv\u00e9 s\u00fbrement la vie de son papa car celui qui m\u2019a remplac\u00e9 au commandement de la section a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00bb, (5 &amp; 12 ao\u00fbt 1916, II, p. 15). Ce d\u00e9c\u00e8s, et l\u2019affliction qui l\u2019accompagne, appara\u00eet pour ce t\u00e9moin \u00eatre le moment le plus intense d\u2019irruption de la mort dans un quotidien qui,au front, en est pourtant satur\u00e9. La distinction persistante entre deuil intime et mort de masse est ici clairement d\u00e9celable : la seconde ne galvaude pas la premi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2013 Un catholique patriote. Croyance et pratique religieuses :<\/p>\n<p>Jean Bec est tr\u00e8s croyant, il fait souvent mention des offices organis\u00e9s sur le front. La religion est aussi pour lui un recours dans les mauvais moments qui s\u2019\u00e9ternisent : \u00ab Il faut prendre tout cela en esprit de p\u00e9nitence \u00bb (10 d\u00e9cembre 1914, I, p. 31). \u00ab Beaucoup de morts et de bless\u00e9s mais pas de pertes \u00e0 ma section. C\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de mon St Patron. Quelle f\u00eate ! Je l\u2019invoque tout particuli\u00e8rement et ai confiance en lui \u00bb (19 mars 1917, II, p. 33). Il est \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9ceptif au discours cl\u00e9rical sur le sens de la guerre en cours : \u00ab que ce sang ne soit pas vers\u00e9 inutilement, qu\u2019il r\u00e9g\u00e9n\u00e8re notre ch\u00e8re Patrie, qu\u2019il lave toutes nos fautes et toutes celles de nos gouvernants ! Faites qu\u2019ils reviennent \u00e0 de meilleurs sentiments et que d\u00e9sormais la France m\u00e9rite pour toujours le titre de fille a\u00een\u00e9e de l\u2019Eglise \u00bb (18 ao\u00fbt 1914, I, p. 12). Il note n\u00e9anmoins les fluctuations du nombre de participants aux offices, moindre dans les p\u00e9riodes de repos : \u00ab cette p\u00e9riode d\u2019un mois pass\u00e9e en dehors de tout danger a de nouveau amolli les \u00e2mes. Cependant l\u2019assistance devrait \u00eatre aujourd\u2019hui bien plus nombreuse, car l\u2019horizon est bien incertain \u00bb (22 septembre 1914, I, p. 16).<\/p>\n<p>Antigermanisme :<\/p>\n<p>La r\u00e9solution de ce combattant s\u2019accompagne, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Allemands, d\u2019une agressivit\u00e9 soutenue par les aspirations \u00e0 venger les victimes fran\u00e7aises des \u00ab vilaines brutes de boches \u00bb (25 juillet 1915, I, p. 8). Suite \u00e0 une attaque, une note quelque peu elliptique laisse \u00e0 penser que des Allemands qui voulaient se rendre ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s : \u00ab Ah !&#8230; t\u00eates de boche, c\u2019est bien les premiers que je vois de si pr\u00e8s \u201cKamarades, kamarades, pas capout !!\u201d. ils veulent qu\u2019on leur laisse la vie sauve cependant que les n\u00f4tres ne sont plus ou seront invalides pour le reste de leur vie \u00bb (26 septembre 1914, I, p. 17). Cependant, la proximit\u00e9 de fait induite par les conditions du combat l\u2019am\u00e8ne \u00e0 des r\u00e9flexions plus pond\u00e9r\u00e9es, sur la qualit\u00e9 des tranch\u00e9es et abris notamment : \u00ab on dirait plut\u00f4t un chalet de plaisance, qu\u2019une habitation provisoire de guerre. Je reconnais par l\u00e0 combien les boches sont pratiques \u00bb (7 octobre 1914, I, p. 22)<\/p>\n<p>\u2013 Vie quotidienne au front :<\/p>\n<p>Camaraderie :<\/p>\n<p>Le sergent Bec a retranscrit une chanson cr\u00e9\u00e9e par ses camarades de la 4<sup>e<\/sup> section de la 2<sup>e<\/sup> compagnie de mitrailleuses du 96<sup>e<\/sup> RI, \u00e0 fredonner sur l\u2019air de la Paimpolaise, dont un couplet parle de lui :<\/p>\n<p>\u00ab Voyez c\u2019est la quatri\u00e8me<\/p>\n<p>Sous les ordres du sergent Bec<\/p>\n<p>Qui n\u2019en est pas \u00e0 ses premi\u00e8res<\/p>\n<p>Et qui pour nous est notre chef<\/p>\n<p>Qui ne s\u2019en fait pas, il est un peu l\u00e0<\/p>\n<p>Aussi la section enti\u00e8re<\/p>\n<p>A beaucoup d\u2019estime pour ce grad\u00e9<\/p>\n<p>Que ce soit \u00e0 l\u2019arri\u00e8re<\/p>\n<p>Aussi bien que dans les tranch\u00e9es \u00bb (II, p. 46)<\/p>\n<p>Ce document est un exemple r\u00e9v\u00e9lateur des liens profonds, et r\u00e9ciproques, qui peuvent unir les hommes et leurs officiers de terrain \u2013 respect r\u00e9ciproque beaucoup plus incertain pour ce qui concerne les grad\u00e9s des lignes arri\u00e8res.<\/p>\n<p>\u2013 Attitude critique :<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage pr\u00e9sente une \u00e9volution remarquable de son auteur, patriote catholique, soldat d\u00e9cor\u00e9, qui laisse petit \u00e0 petit transpara\u00eetre un agacement certain, puis un ressentiment explicite envers la hi\u00e9rarchie, la conduite de la guerre, l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des sacrifices au sein du pays.<\/p>\n<p>Bourrage de cr\u00e2nes :<\/p>\n<p>\u00ab Rien ou pas grand-chose \u00e0 se mettre sous la dent. Les journaux nous bourrent le cr\u00e2ne en nous disant que les boches manquent de vivres, je suis port\u00e9 \u00e0 croire que c\u2019est plut\u00f4t nous \u00bb, 3 d\u00e9cembre 1915, I, p. 29.<\/p>\n<p>Exercices au cantonnement :<\/p>\n<p>Ces activit\u00e9s routini\u00e8res, harassantes physiquement et nerveusement pour les soldats, sont en g\u00e9n\u00e9ral mal support\u00e9es. Jean Bec les l\u00e9gitime pourtant au d\u00e9part, donnant certes l\u2019impression de r\u00e9percuter le discours hi\u00e9rarchique (\u00ab c\u2019est la vie de caserne qui reprend. On ne se dirait pas en guerre (d\u2019ailleurs sans exercice la France serait perdue \u00bb, 24 ao\u00fbt 1915, I, p. 13). L\u2019auteur est nettement moins bien dispos\u00e9 quelques mois plus tard (\u00ab Exercice comme en caserne. Ils ne peuvent s\u2019emp\u00eacher de vous en faire faire lorsque vous avez pass\u00e9 deux jours de repos \u00bb, 5 novembre 1915, I, p. 25), avant d\u2019appara\u00eetre tout \u00e0 fait d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce type d\u2019activit\u00e9s (\u00ab on dirait que les officiers sont pay\u00e9s pour vous enlever le peu de bonne volont\u00e9 qui vous reste. Avec ce froid de loup, on nous am\u00e8ne de force \u00e0 l\u2019exercice \u00bb, 5 f\u00e9vrier 1917, II, p. 27).<\/p>\n<p>Ranc\u0153ur contre les officiers, et les gouvernants :<\/p>\n<p>Ici, la c\u00e9sure entre les combattants, ceux qui risquent leur vie sur le champ de batailles, et les officiers d\u2019Etat-major est sans cesse r\u00e9affirm\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, durant son premier hiver de guerre, Bec se plaint des in\u00e9galit\u00e9s de confort entre les cagnas des soldats et celles des officiers (4 d\u00e9cembre 1915, I, p. 29). Les moments d\u2019affrontement sont en g\u00e9n\u00e9ral rendus sans emphase particuli\u00e8re, de fa\u00e7on concise et limit\u00e9e \u00e0 ce que le t\u00e9moin a vu ou sait de source s\u00fbre, cantonn\u00e9e en tout cas \u00e0 son environnement proche. Les jugements port\u00e9s sur le sens de tels engagements n\u2019en prend que plus de relief : \u00ab un coup demain a lieu au 304. Pendant une bonne heure, les rafales de grenades font rage. L\u00e0 encore, il y aura s\u00fbrement de nos camarades d\u2019infortune qui auront pay\u00e9 de leur vie pour le plaisir de quelque l\u00e9gume install\u00e9 \u00e0 20 ou 30 km \u00e0 l\u2019arri\u00e8re \u00e0 t\u00e9l\u00e9phoner. Il faut sans rimes ni raisons redresser 15 ou 20 m de tranch\u00e9es. On fait ainsi zigouiller quelques-uns de plus de la classe ouvri\u00e8re \u00bb, nuit du 27 f\u00e9vrier 1917, II, p. 29-30). Cette assertion est d\u2019autant plus frappante qu\u2019elle doit \u00eatre rapport\u00e9e aux convictions politiques du t\u00e9moin, sans liens aucun avec l\u2019extr\u00eame-gauche du champ politique. On peut penser qu\u2019ici, le harassement croissant de Bec l\u2019aura amen\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une phras\u00e9ologie capt\u00e9e dans les conversations avec d\u2019autres camarades, ou dans une feuille pass\u00e9e de main en main. La port\u00e9e de sa col\u00e8re d\u00e9borde m\u00eame le seul cadre de l\u2019arm\u00e9e pour prendre une dimension sociale et politique abrupte : \u00ab gare apr\u00e8s, lorsque la paix nous aura renvoy\u00e9s, je ne r\u00e9ponds pas trop de ce qui pourra se passer \u00bb, 26 f\u00e9vrier 1917, II, p. 29.<\/p>\n<p>\u2013 Lassitude :<\/p>\n<p>Les semaines qui suivent ces cris s\u00e9ditieux, comme on dit, se singularisent par une chute du moral et de l\u2019implication du sergent Bec. La perte, par \u00ab bonne blessure \u00bb \u2013 deux doigts coup\u00e9s \u2013 de son ami Pinchard de Montagnac est un premier signe de son d\u00e9sinvestissement, quelques mois auparavant (14 septembre 1916, II, p. 18). Deux semaines plus tard, il note \u00ab  en r\u00e9serve, je m\u2019y trouve bien \u00bb (27 septembre 1916, II, p. 19). Pendant l\u2019hiver 1917, une vaccination est le bon filon pour rester \u00e0 l\u2019infirmerie : \u00ab ayant tout fait pour me faire porter malade, je vais \u00e0 la visite et titre 8 jours \u00bb (14 f\u00e9vrier 1916, II, p. 28). Le 21 avril, un pas d\u00e9finitif est franchi vers un \u00e9loignement sans retour du front : \u00ab je reviens de la visite et, avec l\u2019aide de mon lieutenant qui est intime avec le major, me traitant pour une fatigue g\u00e9n\u00e9rale, m\u2019envoie quelques jours \u00e0 l\u2019infirmerie divisionnaire. J\u2019en suis fort heureux ? C\u2019est un commencement de marche vers l\u2019arri\u00e8re. Je t\u00e2cherai de faire un deuxi\u00e8me bond et d\u2019autres s\u2019il le faut, pour aller le plus loin possible \u00bb. L\u2019aspiration \u00e0 partir loin du feu, des fatigues et des angoisses de la guerre surpasse tous les autres aspects de sa vie de combattant : \u00ab je quitte mes amis et camarades avec le ferme espoir de ne plus revenir et leur donne rendez-vous vers l\u2019int\u00e9rieur. J\u2019estime avoir fait mon devoir quand il y en a tant et tant qui n\u2019ont pas encore boug\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb (21 avril 1917, II, p. 38).<\/p>\n<p>Jean Bec n\u2019est alors plus mobilis\u00e9 qu\u2019en principe, celui qui \u00e9tait parti avec une ferme r\u00e9solution patriotique a termin\u00e9 sa guerre. Sa principale occupation, d\u00e9crite de fa\u00e7on plus rel\u00e2ch\u00e9e dans la suite de ses carnets, est d\u00e8s lors de se maintenir \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, en usant de tous les recours que son \u00e2ge et ses \u00e9tats de service lui permettent d\u2019ailleurs de solliciter : hospitalisation, permissions de repos et pour travaux agricoles notamment. Il passe par chez lui, Lyon, ou encore Rodez, o\u00f9 il finit sergent fourrier, charg\u00e9 de jeunes recrues en la compagnie desquelles il voit la guerre se terminer dans la banlieue parisienne. Il n\u2019en part pour rentrer chez lui sue le 20 f\u00e9vrier 1919, o\u00f9, dit-il \u00ab la d\u00e9mobilisation vient me rendre \u00e0 ma femme, mes enfants, mon foyer \u00bb (sept. 1918, II, p. 44).<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bouloc, septembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Jean Bec, petit vigneron \u00e0 Montagnac (H\u00e9rault), est n\u00e9 le 11 octobre 1881 (classe 1901). On sait de lui qu\u2019il \u00e9tait catholique et patriote. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 10 novembre 1964 (on peut noter pour l\u2019anecdote que ses fun\u00e9railles ont eu lieu le lendemain, le 11 novembre). 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