{"id":170,"date":"2008-09-17T21:57:13","date_gmt":"2008-09-17T20:57:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/17\/grappe-etienne-1877-1958\/"},"modified":"2021-09-09T17:16:59","modified_gmt":"2021-09-09T16:16:59","slug":"grappe-etienne-1877-1958","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/17\/grappe-etienne-1877-1958\/","title":{"rendered":"Grappe, Etienne (1877-1958)"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]&amp;gt;     Normal   0   21      --> Grappe Etienne (sous-lieutenant), <em>Carnets de guerre 1914-1919, 52 mois sur le front<\/em>, Paris, l&rsquo;Harmattan, 2002, 207 p.<\/p>\n<p><strong> 1. Le t\u00e9moin.<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;avant-propos du livre.<\/p>\n<p>Ce livre d\u00e9bute par un avant-propos r\u00e9dig\u00e9 par Daniel Wingerter qui est le petit-fils d&rsquo;Etienne Grappe. Il pr\u00e9cise que les textes qui suivent sont la retranscription de deux carnets que son grand-p\u00e8re avait tenu quasiment quotidiennement pendant la Grande Guerre. Le t\u00e9moignage de ce diariste, qui n&rsquo;a pas subi de r\u00e9\u00e9criture a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 in extenso (\u00ab&nbsp;style, expression et l&rsquo;orthographe&nbsp;\u00bb) \u00e0 l&rsquo;exception de la ponctuation qui a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e pour rendre plus facile sa lecture. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un document de premi\u00e8re main.<\/p>\n<p>Deux raisons semble-t-il li\u00e9es pouss\u00e8rent Daniel Wingerter \u00e0 publier les carnets de son grand-p\u00e8re : d&rsquo;une part le d\u00e9c\u00e8s et sa m\u00e8re et d&rsquo;autre part son arriv\u00e9e \u00e0 la retraite (\u00ab&nbsp;mon 60e anniversaire&nbsp;\u00bb.) Vraisemblablement d\u00e9gag\u00e9 de ses obligations professionnelles, il se replongea dans son histoire familiale et voulut rendre hommage \u00e0 ce grand-p\u00e8re maternel qui l&rsquo;avait fortement marqu\u00e9 d&rsquo;autant qu&rsquo;il rempla\u00e7a son p\u00e8re disparu peu apr\u00e8s sa naissance.<\/p>\n<p>La biographie d&rsquo;Etienne Grappe en dehors de la guerre de 1914-1918.<\/p>\n<p>La publication des carnets d&rsquo;Etienne Grappe est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une biographie (p. 9) de l&rsquo;auteur extr\u00eamement utile et bienvenue pour nous renseigner sur ses origines g\u00e9ographiques, socio-professionnelles, ainsi que sur son \u00e2ge. Son p\u00e8re est \u00abl\u00e9giste&nbsp;\u00bb \u00e0 Vizille, puis petit notaire de campagne \u00e0 Oris. Il se retire au Perier (canton du Valbonnais). Il devient conseiller g\u00e9n\u00e9ral, mais la biographie ne donne aucun renseignement sur ses orientations politiques. La biographie nous apprend que son p\u00e8re meurt dans la pauvret\u00e9 et qu&rsquo;il avait 5 enfants. Mais nous ne connaissons pas l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Etienne Grappe \u00e0 la mort de son p\u00e8re. A priori, il devait \u00eatre jeune puisque les 5 enfants \u00e0 cause du d\u00e9c\u00e8s de leur p\u00e8re ne poursuivent pas leur scolarit\u00e9 au-del\u00e0 du Certificat d&rsquo;Etudes. Le biographe (vraisemblablement son petit-fils) pr\u00e9cise cependant que les 5 enfants \u00ab&nbsp;jouissent d&rsquo;un niveau culturel bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui de leur condition sociale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Etienne Grappe : n\u00e9 le 14 avril 1877 \u00e0 Oris-en-Rattier, pr\u00e8s de La Mure, en Is\u00e8re. Apr\u00e8s avoir obtenu \u00e0 12 ans son certificat d&rsquo;Etudes, Etienne Grappe d\u00e9bute dans la vie active en cultivant le petit \u00ab&nbsp;domaine montagneux du Sert de la Croix&nbsp;\u00bb au Perier. Il devient ensuite apprenti boulanger puis s&rsquo;installe \u00e0 Lyon o\u00f9 il travaille comme employ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arsenal de Lyon-Perrache.Il effectue son service militaire entre novembre 1898 et septembre 1901 au 22<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie de Gap.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Grande Guerre, Etienne Grappe retrouve son emploi \u00e0 l&rsquo;arsenal de Perrache. Il d\u00e9c\u00e8de en 1958.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sentation des carnets d&rsquo;Etienne Grappe.<\/p>\n<p>Dans le livre des \u00e9ditions l&rsquo;Harmattan, les carnets sont entrecoup\u00e9s de quelques notes historiques qui relient le parcours d&rsquo;Etienne Grappe \u00e0 des informations de port\u00e9e plus g\u00e9n\u00e9rale sur le contexte militaire : p. 11 : du 3 ao\u00fbt 1914 \u00e0 f\u00e9vrier 1915 ;p. 53 : l&rsquo;ann\u00e9e 1915 ; p. 93 : le secteur de Verdun (f\u00e9vrier \u00e0 septembre 1916) ;p. 121 : offensive de la Somme \u00e0 mai 1917 ;P. 141 : ao\u00fbt 1917 \u00e0 mai 1918 ;p. 171 : juillet \u00e0 novembre 1918.<\/p>\n<p>La fin de l&rsquo;ouvrage comprend deux index tr\u00e8s utiles mais malheureusement sans renvois aux carnets : un index des lieux et un index des noms de personnes (des camarades, des grad\u00e9s et des membres de la famille principalement).<\/p>\n<p>A la fin de l&rsquo;ouvrage, 5 pages des carnets d&rsquo;Etienne Grappe sont reproduites de m\u00eame que 3 photographies sur lesquelles l&rsquo;auteur figure. Sur la page de couverture et sur la page de quatri\u00e8me de couverture on trouve aussi deux photographies d&rsquo;Etienne Grappe<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage.<\/strong><\/p>\n<p>A situation exceptionnelle (la guerre), pratique exceptionnelle (la tenue de carnets). Ainsi en a-t-il \u00e9t\u00e9 pour des milliers d&rsquo;hommes, qui conscients de vivre des moments inhabituels dans leur existence et dans leur si\u00e8cle, voulurent conserver et entretenir pour eux, leurs proches ou pour un plus large public la m\u00e9moire de leur guerre. Les carnets d&rsquo;Etienne Grappe se terminent ainsi&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Si plus tard, mes enfants, vous relisez ces lignes, rappelez-vous ce que les h\u00e9ros de la Grange Guerre ont souffert et ne souhaitez jamais que ces maux se renouvellent.&nbsp;\u00bb<\/em> L&rsquo;auteur donne ainsi \u00e0 ses enfants une justification p\u00e9dagogique \u00e0 ces carnets&nbsp;: faire en sorte qu&rsquo;une telle guerre ne renouvelle pas.<\/p>\n<p>La prise de note d\u00e9bute le 6 ao\u00fbt 1914 et se termine le 3 f\u00e9vrier 1919. Les notes sont prises au jour le jour ou regroup\u00e9es par p\u00e9riode de plusieurs jours (exemple&nbsp;: mardi 12 d\u00e9cembre \u00e0 dimanche 17 d\u00e9cembre 1916). Les 52 mois de la guerre de l&rsquo;auteur sont ainsi int\u00e9gralement couverts y compris ses p\u00e9riodes de permission. Etienne Grappe ne fut jamais \u00e9vacu\u00e9 ni pour maladie ni pour blessure.<\/p>\n<p>Le parcours militaire de l&rsquo;auteur est plut\u00f4t atypique puisqu&rsquo;il servit d&rsquo;abord dans un r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territoriale (R.I.T.), le 105<sup>e<\/sup> R.I.T. jusqu&rsquo;au 1<sup>er<\/sup> juillet 1916, puis dans un r\u00e9giment d&rsquo;active \u00e0 partir du 11 octobre 1916 (le 103<sup>e<\/sup> R.I.), avant de retrouver deux autres R.I.T. (le 104<sup>e<\/sup> R.I.T. le 14 janvier 1918, puis apr\u00e8s la dissolution de ce dernier, le 34<sup>e<\/sup> R.I.T).<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents grades occup\u00e9s. Etienne Grappe est mobilis\u00e9 comme caporal le 6 ao\u00fbt 1914 au 105<sup>e<\/sup> R.I.T. Le 10 d\u00e9cembre 1914, il est nomm\u00e9 sergent. Le 17 juin 1916, il note dans son carnet&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Au sujet d&rsquo;une note parue sur le rapport provenant du G.Q.G.&nbsp;: \u00e0 d\u00e9faut de volontaires, je suis d\u00e9sign\u00e9 d&rsquo;office comme candidat officier pour passer, apr\u00e8s un cours de trois mois, dans un r\u00e9giment d&rsquo;active. Je suis le seul d\u00e9sign\u00e9 de la compagnie. Cela ne m&rsquo;enchante pas, mais je suis mon sort. Je suis d\u00e9sign\u00e9, peut-\u00eatre est-ce mon bonheur.&nbsp;\u00bb<\/em> Il part donc \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re pour le peloton des \u00e9l\u00e8ves officiers. Apr\u00e8s cette p\u00e9riode d&rsquo;instruction, il est nomm\u00e9 sous-lieutenant au 103<sup>e<\/sup> R.I.<\/p>\n<p><strong>La guerre d&rsquo;Etienne Grappe.<\/strong><\/p>\n<p>Au 105<sup>e<\/sup> R.I.T.<\/p>\n<p>Du 18 septembre 1914 jusqu&rsquo;au 22 septembre 1915&nbsp;: en Argonne (bois de la Croix-Gentin, Moiremont, Vienne-le-Ch\u00e2teau, puis entre le 5 juin et le 21 septembre 1915 dans la r\u00e9gion de Villers-en-Argonne, en for\u00eat \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front.<\/p>\n<p>Du 22 septembre 1915 au 12 mai 1916&nbsp;: En Champagne (Courtemont, Massiges, Virginy).<\/p>\n<p>Du 13 mai au 30 juin 1916, dans le secteur de Verdun, ravitaillement de la cote 304 en munitions.<\/p>\n<p>P\u00e9riode d&rsquo;instruction.<\/p>\n<p>Du 1<sup>er<\/sup> juillet au 10 octobre 1916&nbsp;: \u00e0 l&rsquo;instruction dans le peloton des \u00e9l\u00e8ves-officiers qui fonctionne \u00e0 Cousances-aux-Forges et dont le cantonnement est \u00e0 Savonni\u00e8res-en-Perthois<\/p>\n<p>Au 103<sup>e<\/sup> R.I.<\/p>\n<p>Du 11 octobre au 25 octobre 1916&nbsp;: il arrive au 103<sup>e<\/sup> R.I. (le 11 octobre, il apprend sa nomination) qui stationne \u00e0 Contrisson.<\/p>\n<p>Du 26 octobre au 19 novembre 1916&nbsp;: en permission, puis pendant 9 jours, il suit les cours du chef de section.<\/p>\n<p>Du 20 novembre au 15 d\u00e9cembre 1916&nbsp;: secteur de Verdun (ouvrage de Thiaumont, carri\u00e8res d&rsquo;Hautremont).<\/p>\n<p>Du 19 d\u00e9cembre 1916 au 24 juin 1917&nbsp;: en Meurthe-et-Moselle, secteur d&rsquo;Ageviller, puis Saint-Martin.<\/p>\n<p>Du 26 juin au 2 novembre 1917&nbsp;: secteur de Verdun&nbsp;: c\u00f4te du Poivre, Talou et Damloup. Il participe \u00e0 l&rsquo;attaque du 20 ao\u00fbt 1917&nbsp;: reconqu\u00eate du ravin de Villevre, de Champneuville et de Samogneux (il est cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre de la D.I.)<\/p>\n<p>Du 20 novembre 1917 au 13 janvier 1918&nbsp;: en Champagne (Auberive, le Mont Cornillet).<\/p>\n<p>Au 104<sup>e<\/sup> R.I.T.<\/p>\n<p>Il apprend son affectation le 14 janvier 1918.<\/p>\n<p>Du 14 janvier au 10 juillet 1918, secteur de Sept-Sault dans la Marne.<\/p>\n<p>A la suite de l&rsquo;attaque allemande du 15 juillet 1918 en Champagne, il tient la ligne de r\u00e9sistance le 16 juillet, puis du 18 au 23 juillet 1918.<\/p>\n<p>Le 25 juillet 1918, le r\u00e9giment est dissous \u00e0 Mourmelon-le-Petit.<\/p>\n<p>Au 34<sup>e<\/sup> R.I.T.<\/p>\n<p>Le 4 ao\u00fbt 1918, il passe au bataillon de mitrailleuses du 34<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p>Du 5 au 18 ao\u00fbt 1918&nbsp;: p\u00e9riode de repos.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt et septembre 1918&nbsp;: travaux agricoles notamment (moissons \u00e0 la ferme d&rsquo;Alger).<\/p>\n<p>Il suit \u00e9galement des cours concernant l&#8217;emploi de la mitrailleuse&nbsp;Hotchkiss.<\/p>\n<p>En octobre 1918, au mont Cornillet (pour boucher les trous de mine sur la route).<\/p>\n<p>Le 29 octobre 1918, \u00e0 Rethel.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;armistice.<\/p>\n<p>Du 12 novembre au 23 novembre 1918 \u00e0 Charleville (construction d&rsquo;une passerelle).<\/p>\n<p>Du 24 novembre au 11 d\u00e9cembre 1918&nbsp;: \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res.<\/p>\n<p>Du 12 d\u00e9cembre 1918 \u00e0 la fin janvier 1919,&nbsp; il est adjudant de garnison \u00e0 la Place de Sedan.<\/p>\n<p>D\u00e9mobilis\u00e9, il arrive \u00e0 Lyon le 2 f\u00e9vrier 1919<\/p>\n<p>Remarque sur les secteurs occup\u00e9s par Etienne Grappe&nbsp;: ce combattant fit toute sa guerre en Champagne, en Argonne, dans la Meuse et en Lorraine. Il n&rsquo;occupa aucun secteur \u00e0 l&rsquo;ouest ou au nord-ouest de Reims.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse.<\/strong><\/p>\n<p>Les notes prises pratiquement au jour le jour par Etienne Grappe sont essentiellement descriptives. Il mentionne avec pr\u00e9cision ses mouvements, les secteurs qu&rsquo;il occupe, les localit\u00e9s o\u00f9 il cantonne. Ainsi, il est tr\u00e8s facile de recouper son t\u00e9moignage dans le temps et dans l&rsquo;espace avec d&rsquo;autres documents tels que les Journaux des Marches et Op\u00e9rations.<\/p>\n<p>Il d\u00e9crit de fa\u00e7on souvent concise ses activit\u00e9s. Dans ce domaine, le parcours de l&rsquo;auteur est tr\u00e8s int\u00e9ressant puisqu&rsquo;il servit dans un r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territoriale, avant d&rsquo;\u00eatre affect\u00e9 dans un r\u00e9giment d&rsquo;active pour enfin int\u00e9grer successivement deux autres r\u00e9giments d&rsquo;infanterie territoriale. Dans l&rsquo;infanterie territoriale, les activit\u00e9s de l&rsquo;auteur se localisent le plus souvent sur l&rsquo;arri\u00e8re front. Son unit\u00e9 construit des tranch\u00e9es en seconde position, transporte du mat\u00e9riel et des munitions vers les premi\u00e8res lignes, empierre les routes. De juin \u00e0 septembre 1915, l&rsquo;auteur se trouve m\u00eame \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front o\u00f9 il exploite la for\u00eat en Argonne. Les taches ingrates et obscures des unit\u00e9s territoriales sont d\u00e9crites. Mais lorsque le front s&rsquo;anime, ces hommes d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ralement p\u00e8res de famille, peuvent aussi se trouver tr\u00e8s expos\u00e9s. Ainsi en juin 1916, son unit\u00e9 ravitaille la cote 304 sous des bombardements quasiment constants&nbsp;: un camarade est tu\u00e9, d&rsquo;autres sont bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son affectation au 103<sup>e<\/sup> R.I., il d\u00e9couvre la premi\u00e8re ligne le 23 novembre 1916 dans le secteur de Verdun. En d\u00e9cembre 1916, \u00e0 la suite d&rsquo;un bombardement fran\u00e7ais, il d\u00e9crit des sc\u00e8nes d&rsquo;horreur&nbsp;: des corps d\u00e9chiquet\u00e9s, des membres qui sortent des tranch\u00e9es etc.<\/p>\n<p>Des informations laconiques de nature m\u00e9t\u00e9orologique reviennent dans la plupart des prises de note journali\u00e8res&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Mercredi 5 mai 1915. Je vais \u00e0 la route, il fait beau temps, rien d&rsquo;anormal&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Jeudi 6 mai 1915. Je surveille une corv\u00e9e de cantonnement, il fait une forte pluie qui ne dure pas.&nbsp;\u00bb<\/em> etc. Le temps qu&rsquo;il fait prend toute son importance pour des hommes qui vivent d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et qui sont directement confront\u00e9s aux \u00e9l\u00e9ments, mais remarquons aussi que d&rsquo;autres diaristes n&rsquo;y font que tr\u00e8s rarement allusion. La m\u00e9t\u00e9orologie est donc bien un centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l\u2018auteur.<\/p>\n<p>La prise de notes ininterrompue pendant la guerre permet d&rsquo;\u00e9tudier le parcours complet de ce combattant au cours du conflit et jusqu&rsquo;\u00e0 sa d\u00e9mobilisation. Un exemple, parmi d&rsquo;autres, celui du rythme de ses permissions&nbsp;:<\/p>\n<p>1<sup>\u00e8re<\/sup> permission&nbsp;: 12 au 21 octobre 1915<\/p>\n<p>2de permission&nbsp;: 5 au 17 f\u00e9vrier 1916<\/p>\n<p>3<sup>e<\/sup> permission (exceptionnelle)&nbsp;: 24 mars au 3 avril 1916&nbsp;: son fils de 3 ans, tr\u00e8s gravement malade, d\u00e9c\u00e8de le 28 mars)<\/p>\n<p>4<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 1<sup>er<\/sup> au 10 octobre 1916.<\/p>\n<p>5<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 26 octobre au 8 novembre 1916&nbsp;: <em>\u00ab Je pars en permission le 26 au soir, chose que je n&rsquo;attendais pas.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>6<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 25 f\u00e9vrier au 7 mars 1917.<\/p>\n<p>7<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 11 au 24 juin 1917.<\/p>\n<p>8<sup>e<\/sup> permission&nbsp;(exceptionnelle)&nbsp;: 11 au 24 juillet 1917&nbsp;: permission de 3 jours pour la naissance de a fille et il obtient une prolongation.<\/p>\n<p>9<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 7 au 29 octobre 1917.<\/p>\n<p>10<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 30 janvier au 13 f\u00e9vrier 1918<\/p>\n<p>11<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 24 juin au 7 juillet 1918<\/p>\n<p>12<sup>e<\/sup> permission&nbsp;: 10 au 24 octobre 1918.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements plus inhabituels auxquels participe ou assiste Etienne Grappe sont rapport\u00e9s. Ils sont de diff\u00e9rents types&nbsp;(la liste n&rsquo;est pas exhaustive) :<\/p>\n<p>Visites de personnalit\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 du front&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; le 27 novembre 1914, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Raymond Poincar\u00e9, suivi de Viviani, Dubost et Deschanel, entre dans sa <em>\u00ab&nbsp;cahute&nbsp;\u00bb<\/em>. Etienne Grappe \u00e9change quelques mots avec le pr\u00e9sident (p. 20).<\/p>\n<p>&#8211; Le 4 d\u00e9cembre 1914&nbsp;: visite d&rsquo;un groupe de journalistes au bivouac&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Ce sont presque tous des hommes plus ou moins \u00e9clop\u00e9s, bossus, malingres, boiteux. Un grand v\u00eatu de brun a photographi\u00e9 notre cahute, c&rsquo;est un correspondant le l&rsquo;Illustration.&nbsp;\u00bb <\/em>(p. 21).<\/p>\n<p>Conseils de guerre et ex\u00e9cutions&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; 26 avril 1915&nbsp;: 3 ex\u00e9cutions (les condamn\u00e9s appartiennent au 82<sup>e<\/sup>, 113<sup>e<\/sup> et 131<sup>e<\/sup> de ligne). <em>\u00ab&nbsp;C&rsquo;est une bien triste corv\u00e9e. Il y avait un p\u00e8re de trois enfants. Ils sont morts courageusement.&nbsp;\u00bb<\/em> (p. 44-45).<\/p>\n<p>&#8211; 4 mai 1915&nbsp;: ex\u00e9cution d&rsquo;un soldat du 113<sup>e<\/sup> R.I., avec description du c\u00e9r\u00e9monial que l&rsquo;auteur d\u00e9sapprouve en partie (p. 46).<\/p>\n<p>&#8211; 23 octobre 1915&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp; si\u00e8ge du conseil de guerre jusqu&rsquo;\u00e0 midi, j&rsquo;assiste aux d\u00e9bats, rien d&rsquo;int\u00e9ressant&nbsp;: 2 acquittements, 2 \u00e0 5 ans de r\u00e9clusion et une peine de mort.&nbsp;\u00bb <\/em>(p. 76).<\/p>\n<p>So\u00fblerie et chant de l&rsquo;Internationale&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; 18 au 22 janvier 1916&nbsp;: le chanteur intempestif \u00e9cope de 4 jours de consigne et il est chang\u00e9 de peloton.<\/p>\n<p>Description d&rsquo;un village d\u00e9truit dans un <em>\u00ab&nbsp;nota&nbsp;\u00bb<\/em> : il s&rsquo;agit du village d&rsquo;Esnes (\u00e0 proximit\u00e9 de la cote 304).<\/p>\n<p>Description de visions d&rsquo;horreur dans le secteur de Verdun (cadavres, etc.), p. 125, du 7 au 9 d\u00e9cembre 1916.<\/p>\n<p>Dans son carnet de notes, Etienne Grappe a r\u00e9dig\u00e9 deux paragraphes qui portent le titre <em>\u00ab&nbsp;Anecdotes sur Vauquois&nbsp;\u00bb<\/em> et <em>\u00ab&nbsp;Anecdotes&nbsp;\u00bb<\/em>. Dans le premier paragraphe (p. 37, 13 mars 1915), il rapporte des propos qu&rsquo;il a recueillis aupr\u00e8s de combattants venant des premi\u00e8res lignes&nbsp;: <em>\u00ab <\/em>[&#8230;]<em> Les Boches sortent de derri\u00e8re les murs et l\u00e8vent les mains en criant \u00ab&nbsp;kamarades&nbsp;\u00bb. Puis les mitrailleuses tuent les leurs et les n\u00f4tres. On trouve des mitrailleurs boches encha\u00een\u00e9s \u00e0 leurs mitrailleuses.&nbsp;\u00bb<\/em> [&#8230;] Dans le second paragraphe, r\u00e9dig\u00e9 quelques jours plus tard, le 18 mars 1915, il retranscrit des paroles \u00e9chang\u00e9es avec un sous-officier qui lui indique avoir lanc\u00e9&nbsp; 800 grenades, lors d&rsquo;une contre-attaque. La pr\u00e9caution d&rsquo;usage d&rsquo;Etienne Grappe, par l&#8217;emploi du mot <em>\u00ab&nbsp;anecdote&nbsp;\u00bb<\/em> est incontestablement un r\u00e9v\u00e9lateur de la v\u00e9racit\u00e9 des faits d\u00e9crits dans son carnet. N&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 un t\u00e9moin direct des actions qu&rsquo;il d\u00e9crit dans ses \u00ab&nbsp;anecdotes&nbsp;\u00bb, l&rsquo;auteur reste prudent.<\/p>\n<p>Le carnet de notes donne aussi des renseignements sur certaines pratiques des combattants. Ainsi, on constate qu&rsquo;Etienne Grappe se trouve g\u00e9n\u00e9ralement assez rapidement inform\u00e9 des \u00e9volutions de la situation militaire ou diplomatique. Par exemple, il \u00e9crit pour la p\u00e9riode du 16 au 21 mars 1917, alors que les \u00e9v\u00e9nements viennent juste de se produire&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Le secteur est toujours calme. Il en est pas de m\u00eame pour la Somme, o\u00f9 depuis le 17 les boches se retirent en d\u00e9truisant tout sur leur passage. Chez les Russes des \u00e9v\u00e9nements formidables se d\u00e9roulent <\/em>[&#8230;]<em> La bureaucratie est balay\u00e9e par le souffle de libert\u00e9 qui sort du peuple russe. Un parti se forme, comme nous en 93, pour bouter hors du territoire les boches. Ce peuple qui pourrissait d&rsquo;avoir deux si\u00e8cles en retard a fait un bon formidable et passe du r\u00e8gne du bon vouloir \u00e0 un r\u00e9gime d\u00e9mocratique, presque sans effusion de sang.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;auteur, qui est mari\u00e9, ne fait par ailleurs pratiquement jamais allusion \u00e0 sa femme, sauf lors de quelques permissions et lorsqu&rsquo;il perd son fils. Mais au moment o\u00f9 il suit la formation des \u00e9l\u00e8ves officiers, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front, sa femme et sa petite fille le rejoignent discr\u00e8tement&nbsp;et ils ne sont pas les seuls dans ce cas&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;On d\u00e9jeune au caf\u00e9 de la gare avec l&rsquo;adjudant Bard et sa femme.&nbsp;\u00bb<\/em> ( p. 116, 19 ao\u00fbt 1916)&nbsp;; <em>\u00ab&nbsp;Je passe ces jours avec ma famille. Le temps marche vite. Berthe <\/em>[sa fille]<em> est tr\u00e8s contente, mais on est oblig\u00e9s de se cacher pour ne pas contrarier l&rsquo;autorit\u00e9 militaire&nbsp;\u00bb<\/em>. En juillet 1917, il obtient une permission de 3 jours, pour la naissance de sa seconde fille qui fut con\u00e7ue lors de sa 4<sup>e<\/sup> permission&nbsp;(1<sup>er<\/sup> au 10 octobre 1916). L&rsquo;absence de la femme transpara\u00eet \u00e0 une reprise dans le carnet&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je regretterai mon s\u00e9jour \u00e0 Bertrichamp o\u00f9 j&rsquo;ai pass\u00e9 de bonnes soir\u00e9es avec mon ami Guillin. Bonnes soir\u00e9es pass\u00e9es en famille avec Mlle Gabrielle et Mlle Veber. On a dans\u00e9 quelques fois et flirt\u00e9 un peu avec ces gentilles demoiselles. Mlle Veber surtout m&rsquo;est sympathique pour sa douceur et sa gentillesse. Je n&rsquo;oublierai pas ses beaux yeux et sa jolie bouche o\u00f9 j&nbsp;\u2018ai cueilli quelques baisers bien doux et bien tendres&nbsp;\u00bb<\/em>. (p. 130, 7 au 17 f\u00e9vrier 1917).<\/p>\n<p>Si les notes d&rsquo;Etienne Grappe sont essentiellement descriptives, l&rsquo;auteur d\u00e9voile n\u00e9anmoins ses pens\u00e9es, son \u00e9tat d&rsquo;esprit ou ses r\u00e9flexions autour de trois sujets.<\/p>\n<p>Le premier concerne la guerre elle m\u00eame avec son cort\u00e8ge de destructions et de tu\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; p. 108&nbsp;(1<sup>er<\/sup> juin 1916): note sur la destruction d&rsquo;Esnes (encore essentiellement descriptive) mais avec l&rsquo;expression <em>\u00ab&nbsp;l&rsquo;horreur de cette guerre&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 106 (l&rsquo;auteur est \u00e0 4 km de la cote 304, le 21 et 22 mai 1916)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;(Quelle tristesse et quelle folie, vraiment l&rsquo;Europe est en train de se suicider)&nbsp;\u00bb<\/em>. L&rsquo;usage des parenth\u00e8ses dans le texte est encore une fois r\u00e9v\u00e9lateur&nbsp;: l&rsquo;auteur fait, par cette utilisation, une distinction entre ses observations et sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211;&nbsp; p. 125 (7 au 9 d\u00e9cembre 1916)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Que Verdun aura donc co\u00fbt\u00e9 de vies humaines, de g\u00e2chis, d&rsquo;affreux drames.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 176 ( il rencontre des hommes de son ancienne unit\u00e9 le 103<sup>e<\/sup> R.I. le 24 ao\u00fbt 1918 et il apprend la mort de presque tous ses anciens camarades)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Quand donc finiront ces massacres et que va-t-il rester des Fran\u00e7ais&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les deux autres sujets alimentant les r\u00e9flexions de l&rsquo;auteur sont directement en rapport avec sa situation personnelle. Tout d&rsquo;abord, le 21 mars 1916, il apprend que son fils de 3 ans est malade. Le lendemain, il re\u00e7oit une lettre encore plus inqui\u00e9tante et le 24 mars, il obtient du colonel une permission exceptionnelle pour se rendre au chevet de son enfant. Ce dernier meurt le 28 et il apprend la nouvelle \u00e0 sa femme. Etienne Grappe exprime alors sa souffrance et dans son carnet, il s&rsquo;adresse \u00e0 son fils qu&rsquo;il n&rsquo;a pu voir grandir&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je vais repartir sur le front, donne-moi la force de supporter cette cruelle s\u00e9paration, toi que je n&rsquo;ai pu aimer suffisamment, que je n&rsquo;ai pas pu voir tes premiers pas ni tes premiers appels. J&#8217;emporte de toi seulement une m\u00e8che de cheveux que je baiserai de temps \u00e0 autre, dans mon deuil et mon isolement.&nbsp;\u00bb<\/em> [&#8230;].<\/p>\n<p>Ensuite, et de fa\u00e7on r\u00e9currente apr\u00e8s son arriv\u00e9e dans un r\u00e9giment d&rsquo;active, Etienne Grappe d\u00e9crit g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s n\u00e9gativement les officiers de carri\u00e8re. Sa critique est \u00e9videmment aliment\u00e9e au regard de sa situation personnelle&nbsp;: en juin 1916, alors qu&rsquo;\u00e2g\u00e9 de 39 ans et servant dans un r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territoriale, il est d\u00e9sign\u00e9 d&rsquo;office comme candidat d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve officier. Apr\u00e8s sa nouvelle affectation, il c\u00f4toie&nbsp; ou croise des officiers de carri\u00e8re qui font tout pour \u00ab&nbsp;s&#8217;embusquer&nbsp;\u00bb et s&rsquo;\u00e9loigner des zones de combat.<\/p>\n<p>&#8211; p. 106&nbsp;(27 mai 1916), au sujet de son lieutenant qui change de compagnie&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;(on ne le regrette pas, c&rsquo;est un p\u00e9dant) c&rsquo;est l&rsquo;ancien juteux devenu officier, service et r\u00e8glement, mais rien de guerrier.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 145 (24 et 25 ao\u00fbt 1917), \u00e0 propos de son capitaine&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Quelle homme&nbsp;! Fait de surface, aucun sentiment profond. Mauvais esprit de pr\u00e9jug\u00e9 et se figurant d&rsquo;une caste bien plus \u00e9lev\u00e9e que le commun des mortels parce qu&rsquo;il a une particule devant. Rejeton d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une caste qui se rattache encore \u00e0 des vieilleries et qui voudrait encore revenir \u00e0 deux cents ans en arri\u00e8re. Mauvais patriote comme ils sont tous et qui font toutes sortes de d\u00e9marches pour se faire mettre \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, alors que c&rsquo;est leur m\u00e9tier de se battre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 151 (14 au 19 novembre 1917), \u00e0 propos du m\u00eame capitaine&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;De Grossouvre s&rsquo;en va \u00e0 Dijon au 11<sup>e<\/sup> Dragon. Il ne tient plus de joie. Voil\u00e0 le patriotisme de ceux qui devraient donner l&rsquo;exemple&nbsp;! Officiers de m\u00e9tier \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, pendant que les vieux civils combattent<\/em>.[Parmi <em>\u00ab&nbsp;les vieux civils&nbsp;\u00bb<\/em>, l&rsquo;auteur]<em> Il est vrai qu&rsquo;on n&rsquo;y perd pas bien, il est plut\u00f4t l\u00e2che que brave. Les boches lui font peur de pr\u00e8s.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 153 (13 d\u00e9cembre 1917)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je demande \u00e0 partir du 103<sup>e<\/sup> parce que je suis \u00e9coeur\u00e9&nbsp; des injustices qui se passent dans ce r\u00e9giment. On ne met dans les postes de mitrailleurs, ou autres, que de jeunes officiers qui sont prot\u00e9g\u00e9s&nbsp;; au D\u00e9p\u00f4t divisionnaire, ce sont toujours les m\u00eames qui y sont et principalement des officiers de l&rsquo;active qui devraient \u00eatre en ligne. <\/em>[&#8230;] <em>Voil\u00e0 la justice.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; p. 154 (22 au 27 d\u00e9cembre 1917), \u00e0 propos du commandant Tabusse qui <em>\u00ab&nbsp;continue ses excentricit\u00e9s criminelles&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&#8211; p. 177 (28 au 31 ao\u00fbt 1918). <em>\u00ab&nbsp;Je vais me pr\u00e9senter au nouveau commandant du bataillon (Lardet) officier d&rsquo;active. Cela para\u00eet bizarre que cet homme de m\u00e9tier \u00e2g\u00e9 de quarante ans soit vers\u00e9 dans la territoriale.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;injustice que ressent Etienne Grappe r\u00e9side aussi dans le fait que tous ces officiers, selon lui, ont fait jouer leurs relations plus importantes du fait de leur rang social ou de leurs origines socio-culturelles et familiales, tandis que ses propres efforts n&rsquo;ont pas abouti. Ainsi d\u00e8s le 13 juin 1915, il pr\u00e9cise dans ses notes&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;J&rsquo;\u00e9cris des lettres<\/em> [il ne dit pas \u00e0 qui] <em>et fais ma demande pour l&rsquo;arsenal.&nbsp;\u00bb<\/em> [il demande une affectation pour l&rsquo;arsenal de Lyon-Perrache dans lequel il travaillait avant la guerre]. Plus tard, lorsqu&rsquo;il veut quitter le 103<sup>e<\/sup> R.I. pour retourner dans une unit\u00e9 territoriale, il use \u00e0 nouveau de sa plume&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;J&rsquo;\u00e9cris \u00e0 M. Rognon pour lui demander mon passage dans un r\u00e9giment de territoriale.&nbsp;\u00bb<\/em> (13 novembre 1917). Le carnet ne pr\u00e9cise pas qui est Monsieur&nbsp; Rognon, mais il est assez vraisemblable qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;Etienne Rognon qui \u00e9tait conseiller municipal de Lyon et qui deviendra par la suite d\u00e9put\u00e9. Cette fois-ci, il est nettement plus confiant&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je fais aujourd&rsquo;hui une demande pour passer dans la territoriale. Avec l&rsquo;appui de M. Rognon, je pense r\u00e9ussir.&nbsp;\u00bb<\/em> (20 au 26 novembre 1917). Son v\u0153u est exauc\u00e9 le 14 janvier 1918, mais le carnet ne dit pas si l&rsquo;intervention de M. Rognon a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante.<\/p>\n<p>En conclusion, les carnets d&rsquo;Etienne Grappe sont d&rsquo;une grande fiabilit\u00e9 concernant les \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s. Ils nous donnent des informations pr\u00e9cises et continues sur la vie des combattants ainsi que sur certaines de leurs pratiques, qu&rsquo;elles soient individuelles ou collectives. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une bonne source documentaire \u00e9manant d&rsquo;un homme qui connut \u00e0 la fois l&rsquo;arri\u00e8re front (dans les unit\u00e9s territoriales) et les premi\u00e8res lignes (dans un r\u00e9giment d&rsquo;active). L&rsquo;auteur ne laisse pratiquement pas transpara\u00eetre ses opinions politiques. Ce n&rsquo;est manifestement pas quelqu&rsquo;un qui combat pour \u00ab&nbsp;le droit et la civilisation&nbsp;\u00bb. Bien qu&rsquo;il emploie le mot boche, il ne montre aucune haine particuli\u00e8re envers l&rsquo;ennemi qu&rsquo;il \u00e9voque d&rsquo;ailleurs rarement. Un bless\u00e9 allemand a m\u00eame retenu son attention et l&rsquo;a sans doute marqu\u00e9 durablement&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp; Au dessus des carri\u00e8res d&rsquo;Hautremont, il y avait un boche pris sous un \u00e9boulement, les deux jambes entre deux roches. On lui a donn\u00e9 \u00e0 manger pendant 6 jours, et finalement il est mort sans qu&rsquo;on puisse le d\u00e9gager. Il faisait piti\u00e9 et pleurait. Quelle horrible chose&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em> (7 au 9 d\u00e9cembre 1916). Son carnet ne fait pas non plus r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la patrie ainsi qu&rsquo;\u00e0 la religion. Il n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas exclu qu&rsquo;il n&rsquo;appr\u00e9cie pas vraiment la religion catholique, car en d\u00e9crivant \u00e0 deux reprises des pratiques assez d\u00e9routantes d&rsquo;officiers, il emploie le terme de <em>\u00ab&nbsp;j\u00e9suite&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Thierry Hardier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Grappe Etienne (sous-lieutenant), Carnets de guerre 1914-1919, 52 mois sur le front, Paris, l&rsquo;Harmattan, 2002, 207 p. 1. Le t\u00e9moin. L&rsquo;avant-propos du livre. Ce livre d\u00e9bute par un avant-propos r\u00e9dig\u00e9 par Daniel Wingerter qui est le petit-fils d&rsquo;Etienne Grappe. Il pr\u00e9cise que les textes qui suivent sont la retranscription de deux carnets que son grand-p\u00e8re &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/17\/grappe-etienne-1877-1958\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Grappe, Etienne (1877-1958)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[162,886,161,421,174,103,887,818,3,10],"tags":[588,321,425,272,463,377,851,368,367],"class_list":["post-170","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103e-ri","category-104e-rit","category-105e-rit","category-113e-ri","category-131e-ri","category-103","category-34e-rit","category-82e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","tag-cadavres","tag-critique-des-officiers","tag-deuil","tag-embusques","tag-execution","tag-femmes","tag-information","tag-permissions","tag-piston"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=170"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3778,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/170\/revisions\/3778"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=170"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}