{"id":172,"date":"2008-09-22T16:10:14","date_gmt":"2008-09-22T15:10:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/22\/delmotte-maurice-1873-1955\/"},"modified":"2021-09-09T17:17:33","modified_gmt":"2021-09-09T16:17:33","slug":"delmotte-maurice-1873-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/22\/delmotte-maurice-1873-1955\/","title":{"rendered":"Delmotte, Maurice (1873-1955)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Maurice C\u00e9lestin Delmotte est n\u00e9 le 24 d\u00e9cembre 1873 \u00e0 Paillencourt (d\u00e9partement du Nord), village situ\u00e9 au nord de Cambrai. Il est le quatri\u00e8me enfant et le premier gar\u00e7on d&rsquo;une famille qui va compter un autre gar\u00e7on et deux autres filles. Milieu de cultivateurs ais\u00e9s, tr\u00e8s catholiques. Il fait ses \u00e9tudes au lyc\u00e9e Notre-Dame de Cambrai et obtient le baccalaur\u00e9at. Mariage en octobre 1908. Ses trois enfants naissent en 1909, 1911 et 1912. Le dernier deviendra pr\u00eatre. Maurice Delmotte ach\u00e8te une brasserie et il ajoute son exploitation \u00e0 celle de la ferme familiale. En 1914, la famille Delmotte est install\u00e9e \u00e0 Fontaine-au-Pire pr\u00e8s de Beauvois-en-Cambr\u00e9sis.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Comme Albert Denisse (voir ce nom), Maurice Delmotte est rest\u00e9 en ao\u00fbt 1914 pour prot\u00e9ger ses biens, et il a envoy\u00e9 sa femme et ses enfants \u00e0 Boulogne. Son journal repr\u00e9sente donc la conversation presque quotidienne avec son \u00e9pouse : \u00ab Heureuse es-tu [de ne pas \u00eatre rest\u00e9e] \u00bb, \u00e9crit-il, ou encore \u00ab Ch\u00e8re Guite \u00bb. Toute la premi\u00e8re partie de ce journal est perdue. La deuxi\u00e8me partie, qui va du 6 septembre 1916 au 29 septembre 1918, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e sur un ancien livre de comptes de la brasserie. Le document a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 dans les d\u00e9combres de la maison Delmotte par un officier n\u00e9o-z\u00e9landais, Lindsay Inglis (1894-1966), en octobre 1918, lors de l&rsquo;avance des Alli\u00e9s, le village ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 par ses habitants. Ce journal se trouve actuellement \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de Nouvelle-Z\u00e9lande dans les Lindsay Inglis Papers, avec une traduction en anglais par le d\u00e9couvreur lui-m\u00eame, et des lettres de l&rsquo;officier \u00e0 sa fianc\u00e9e pendant la guerre. Il a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 par Nathalie Philippe \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une recherche pour l&rsquo;exposition \u00ab All Quiet on the Western Front ? \u00bb en 1998. L&rsquo;enqu\u00eate en France a fait appara\u00eetre un deuxi\u00e8me journal de Maurice Delmotte, \u00e9crit apr\u00e8s la guerre pour compenser la perte du premier. Il est plus court, moins d\u00e9taill\u00e9, mais donne quelques informations sur la p\u00e9riode 1914-1916. Intitul\u00e9 \u00ab Ecoute, Andr\u00e9e \u00bb, il est destin\u00e9 \u00e0 sa fille, comme le premier journal \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 sa femme.<\/p>\n<p>Dans son livre <em>Vie quotidienne en France occup\u00e9e : journaux de Maurice Delmotte 1914-1918<\/em>, Paris, L&rsquo;Harmattan, collection \u00ab M\u00e9moires du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00bb, 2007, 287 p., illustrations, index, Nathalie Philippe donne le texte int\u00e9gral des deux journaux ainsi que quelques documents compl\u00e9mentaires parmi lesquels le r\u00e9cit de la d\u00e9couverte du premier texte par Lindsay Inglis.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Le contenu du journal de Maurice Delmotte est proche de celui d&rsquo;Albert Denisse, mais moins nourri. Un des probl\u00e8mes, expos\u00e9 fr\u00e9quemment, est celui de la s\u00e9paration et du manque de nouvelles. Celles de la famille arrivent difficilement et avec un d\u00e9lai consid\u00e9rable : \u00ab Ce matin 9 juillet [1917], nous avons eu une heureuse surprise : un mot de toi par la Croix Rouge, qui dit qu&rsquo;on pense \u00e0 nous l\u00e0-bas ! Que les petits grandissent. \u00bb M\u00eame difficult\u00e9 pour avoir des nouvelles exactes du d\u00e9roulement de la guerre. Maurice Delmotte conna\u00eet cependant les propositions de paix du Kaiser [16 d\u00e9cembre 1916] et il ne croit pas \u00e0 leur sinc\u00e9rit\u00e9 : \u00ab c&rsquo;est une fa\u00e7on \u00e0 Guillaume de faire voir \u00e0 son peuple qu&rsquo;il fait la guerre malgr\u00e9 lui ! \u00bb Il note aussi les deux r\u00e9volutions russes, le 19 mars et le 14 novembre 1917. L&rsquo;afflux de troupes allemandes en mars 1918 annonce une grande offensive, et l&rsquo;afflux des bless\u00e9s est le signe visible qu&rsquo;il y a eu \u00ab un carnage \u00e9pouvantable \u00bb.<\/p>\n<p>La vie mat\u00e9rielle devient de plus en plus difficile. Les r\u00e9quisitions allemandes concernent tous les produits, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absurde : \u00ab livrer des noix alors qu&rsquo;ils ont abattu les noyers ; coucher douillettement les officiers alors qu&rsquo;ils ont pris les matelas \u00bb. On maigrit (p. 126). On cache ce que l&rsquo;on peut. On b\u00e9n\u00e9ficie de l&rsquo;alimentation envoy\u00e9e par l&rsquo;Am\u00e9rique. Certains sp\u00e9culent. \u00ab Joseph nous cite des cas o\u00f9 la guerre fait des fortunes \u00bb, \u00e9crit Maurice Delmotte le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1918. Lui-m\u00eame estime que la guerre l&rsquo;aura ruin\u00e9 (2 juin 1917). La perspective de la mis\u00e8re revient \u00e0 plusieurs reprises, ce qui affaiblit le moral : \u00e0 la fin de la guerre il aura aussi perdu sa jeunesse (7 ao\u00fbt 1917).<\/p>\n<p>En pays envahi, non loin du front, on doit vivre avec les troupes allemandes. La cour de la brasserie est \u00ab pleine de torses nus dont les propri\u00e9taires s&rsquo;occupent activement \u00e0 rechercher les bestioles qui voyagent dessus \u00bb (19 mai 1918). Les Allemands r\u00e9quisitionnent et ils volent ; l&rsquo;autorit\u00e9 impose des amendes et prend des otages&#8230; Sous le titre \u00ab Bizarrerie des m\u0153urs \u00bb, Maurice Delmotte \u00e9crit (7 mai 1918) : \u00ab Chacun, en bon patriote, daube sur le dos des Prussiens qui nous tuent nos familles, qui nous ruinent, qui s&rsquo;installent chez nous, et saccagent tout. Mais individuellement, on n&rsquo;en veut \u00e0 aucun. \u00bb Et auparavant (26 septembre 1917) : \u00ab En ces temps de guerre, toutes les notions du bien et du mal se modifient. Tuer un homme en temps de paix, c&rsquo;est abominable m\u00eame si on est suffisamment provoqu\u00e9. En temps de guerre, on s&#8217;embusque et on tue l&rsquo;ennemi qui ne vous dit rien. Si cet ennemi est de passage dans votre pays et que vous ne l&rsquo;avez pas tu\u00e9, il loge chez vous, vous offre des cigares, a des \u00e9gards pour votre femme, cajole vos enfants. Vous lui offrez du caf\u00e9, et ce qu&rsquo;il d\u00e9sire, vous lui vendez ou donnez ce qu&rsquo;il a besoin, \u00e0 charge de revanche ; il vous fait des commissions ; on apprend la langue avec lui ; les filles lui tiennent compagnie dans la rue ; elles sont d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es, et toutes aiment \u00e0 recevoir des compliments ou des nouvelles, \u00e0 se faire admirer. On les critique mais avec une diff\u00e9rence de plus ou moins, chacun fait de m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>En vivant au contact des Allemands, on constate qu&rsquo;ils sont mal nourris, et on apprend qu&rsquo;il en est ainsi dans toute l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Autriche. Un m\u00e9decin qui loge chez Delmotte d\u00e9crit les horreurs des blessures re\u00e7ues aux tranch\u00e9es et conclut que \u00ab cela n&rsquo;encourage pas \u00e0 aller au feu pour le bon plaisir des dirigeants qui n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 aller se battre entre eux dans le Sahara \u00bb (5 avril 1917). Maurice Delmotte exprime \u00e0 titre personnel des pens\u00e9es identiques (1<sup>er<\/sup> mai 1917) : \u00ab Y a-t-il vraiment des cas de guerre qui puissent l\u00e9gitimer de pareils carnages et n&rsquo;aurait-on pas raison de refuser tout le monde de marcher ? \u00bb Et \u00ab l&rsquo;autorit\u00e9 allemande \u00bb n&rsquo;est pas seule responsable, il faut critiquer aussi les \u00ab fanfarons fran\u00e7ais \u00bb qui d\u00e9sirent la guerre \u00ab et sont parfois les derniers quand il s&rsquo;agit d&rsquo;y faire un sacrifice sans compensation \u00bb. A partir d&rsquo;ao\u00fbt 1918, il semble que les Allemands reculent. Les choses se pr\u00e9cisent en septembre et il faut envisager l&rsquo;\u00e9vacuation, dans le d\u00e9sarroi, en abandonnant ses biens, en emportant un minimum sur une poussette. La remarque g\u00e9n\u00e9rale de M. Delmotte est alors la m\u00eame que celle d&rsquo;Albert Denisse : \u00ab L&rsquo;heure est pleine d&rsquo;\u00e9motions : je suis content car c&rsquo;est peut-\u00eatre terrible, mais c&rsquo;est la fin sans doute ! \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, septembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Maurice C\u00e9lestin Delmotte est n\u00e9 le 24 d\u00e9cembre 1873 \u00e0 Paillencourt (d\u00e9partement du Nord), village situ\u00e9 au nord de Cambrai. Il est le quatri\u00e8me enfant et le premier gar\u00e7on d&rsquo;une famille qui va compter un autre gar\u00e7on et deux autres filles. Milieu de cultivateurs ais\u00e9s, tr\u00e8s catholiques. 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