{"id":1746,"date":"2016-03-30T20:11:09","date_gmt":"2016-03-30T19:11:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1746"},"modified":"2016-04-16T16:48:15","modified_gmt":"2016-04-16T15:48:15","slug":"goutte-georges-1893-1958","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/30\/goutte-georges-1893-1958\/","title":{"rendered":"Goutte, Georges (1893-1958)"},"content":{"rendered":"<p>Les fr\u00e8res Goutte naissent \u00e0 Rochefort (Charente-Maritime) dans une famille originaire des Vosges. Leur p\u00e8re est militaire dans l\u2019infanterie de marine, ce qui explique la naissance de ses deux fils dans la cit\u00e9 navale : Henri, le 16 juin 1891 ; Georges, le 2 novembre 1893.<br \/>\nComme son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Georges s\u2019engage dans l\u2019arm\u00e9e, affect\u00e9 au 43e RI de Lille ; il est caporal en 1912. Il d\u00e9bute son carnet de guerre le 1er ao\u00fbt 1914. Pass\u00e9 mitrailleur au 122e RI, il est bless\u00e9 plusieurs fois au cours de la campagne. Il cesse brutalement son journal sans explication le 6 mai 1917. On sait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 gaz\u00e9 en ao\u00fbt 1917 au Mort-Homme. Mari\u00e9 en septembre 1918, il se rengage pour partir au Maroc et atteint le grade d\u2019adjudant-chef.<br \/>\nLe t\u00e9moignage des deux fr\u00e8res est publi\u00e9 par Marie-Fran\u00e7oise et Jean-Fran\u00e7ois Michel, sous le titre <em>Georges et Henri de Bassigny, La Grande Guerre des fr\u00e8res Goutte 1914-1917<\/em> (Ch\u00e2tillon-sur-Sa\u00f4ne, 1999, 183 p.) Voir la notice Goutte Henri.<br \/>\nGeorges d\u00e9crit le d\u00e9part de Lille : \u00ab Tout le monde a des fleurs au bout du fusil. En ville, ovations. On nous jette des drapeaux. Tout le monde chante. \u00c0 la gare, la musique joue les hymnes belge, anglais, russe, la Marseillaise et le Petit Quinquin, air populaire lillois. \u00bb Son bapt\u00eame du feu est assez tardif, ce qui alimente les fantasmes d\u2019un bourrage de cr\u00e2ne qui ne le quitte qu\u2019apr\u00e8s sa premi\u00e8re blessure, au bras gauche, au sud de Montmirail (Marne), le 8 septembre 1914. Apr\u00e8s plusieurs mois de convalescence, il revient en ligne \u00e0 Montdidier le 14 f\u00e9vrier 1915 et s\u2019installe dans la guerre de position. C\u2019est ensuite le secteur de Mesnil-l\u00e8s-Hurlus o\u00f9 il est \u00e0 nouveau bless\u00e9 au bras le 3 mai. Comme pour sa premi\u00e8re \u00e9vacuation, il ne dit rien de l\u2019exp\u00e9rience de sa blessure, certainement grave puisqu\u2019il ne reprend son r\u00e9cit que le 25 janvier 1916, en instruction au camp du Causse pr\u00e8s de Castres. Mitrailleur au 122e RI, il arrive \u00e0 Soupir, sous le Chemin des Dames, secteur qu\u2019il occupe jusqu\u2019en juillet. Forte t\u00eate, n\u2019aimant pas les sup\u00e9rieurs critiquables, il reste caporal. Il apprend qu\u2019il est enfin nomm\u00e9 sergent le 1er juillet, parce que son lieutenant a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il a \u00ab mis de l\u2019eau dans son vin \u00bb. D\u00e9part pour l\u2019enfer de Verdun o\u00f9 le r\u00e9giment a de lourdes pertes avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 \u00ab au repos \u00bb dans un secteur non moins difficile, en Argonne, \u00e0 la Fille-Morte o\u00f9 s\u00e9vit la guerre des mines. Sa description d\u2019une explosion, de son effet, des bless\u00e9s fous et du d\u00e9gagement des hommes enterr\u00e9s vivants dans les terres boulevers\u00e9es est courte mais dantesque. Ses notes s\u2019espacent \u00e0 la fin de septembre 1916 et cessent le 6 mai 1917, vraisemblablement par lassitude.<br \/>\nFormant le c\u0153ur de l\u2019ouvrage, le journal de Georges est \u00e9clairant sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019un soldat qui n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience du feu jusqu\u2019au 8 septembre 1914 et qui multiplie les emprunts au bourrage de cr\u00e2ne et les on-dit d\u2019une guerre fantasm\u00e9e : \u00ab Les Allemands ach\u00e8vent les bless\u00e9s, et je me suis bien promis de ne pas leur faire gr\u00e2ce chaque fois que j\u2019en aurai \u00e0 la balle. J\u2019en descendrai le plus possible, et pas de prisonnier ; tous \u00ab\u00a0capout\u00a0\u00bb. Je serai le premier \u00e0 tirer sur les sales t\u00eates carr\u00e9es. \u00bb Confront\u00e9 \u00e0 la violence r\u00e9elle et \u00e0 la blessure, son retour au front change radicalement son discours ; son t\u00e9moignage devient plus grave, plus dense et plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une guerre o\u00f9 le feu tue. Il est aussi plus critique sur le monde qui l\u2019entoure et ses sup\u00e9rieurs. D\u00e8s lors, son r\u00e9cit prend plus d\u2019int\u00e9r\u00eat ; loin du bellicisme des premiers jours, il manifeste de la compassion pour l\u2019ennemi \u00ab vu de pr\u00e8s \u00bb. Il n\u2019en devient pas pour autant pacifiste et conserve de la haine lorsqu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 la mort de ses copains : \u00ab Un de nos caporaux a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 au ventre. Il faudra que j\u2019aille une fois en avant pour en descendre un de ces sales Boches. Je suis bien all\u00e9 jusqu\u2019au 2e r\u00e9seau de fils de fer sans risquer beaucoup, et alors \u00e0 l\u2019aff\u00fbt dans un trou d\u2019obus, j\u2019attendrai le gibier. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il en viendra bien un \u00e0 belle port\u00e9e, et si je le vois\u2026 Pan\u2026 Capout. \u00bb Toutefois, ce dessein reste de l\u2019ordre de l\u2019impr\u00e9cation, ce qui r\u00e9v\u00e8le la difficult\u00e9 de donner la mort individuelle dans cette guerre.<br \/>\nLa lassitude s\u2019installe. Le 1er mai 1915, il dit : \u00ab Si on faisait gr\u00e8ve aujourd\u2019hui ? C\u2019est le jour des manifestations, mais ici c\u2019est difficile. \u00bb C\u2019est apr\u00e8s les officiers qu\u2019il nourrit le plus de ranc\u0153ur. Le m\u00eame jour, devant les pertes de sa section : \u00ab C\u2019est la plus \u00e9prouv\u00e9e, elle est bien r\u00e9duite maintenant cette pauvre 2e section. Nous ne sommes pas encore relev\u00e9s aujourd\u2019hui. Les hommes en ont assez, surtout depuis cette affaire, il faut \u00e0 chaque instant que je leur rel\u00e8ve un peu le moral. L\u2019aspirant sort \u00e0 peine de son trou. Encore un peu et je commanderai la section, car ils se terrent tous. \u00bb En mars 1917, il r\u00e9cidive devant un nouveau reproche injustifi\u00e9 de son lieutenant : \u00ab O Boches, si nous \u00e9tions comme nos officiers, comme vous auriez la vie belle ! \u00bb Ce sont parfois les soldats qui subissent ses foudres, notamment les r\u00e9servistes : \u00ab Et ces poilus du 342e, des vieux, des bancals, des tordus\u2026 Un lieutenant, chef de section, a d\u00fb faire sortir ses hommes \u00e0 coups de pieds au cul au moment d\u2019une alerte. \u00bb La lassitude aidant, il critique avec de plus en plus de virulence sa condition de soldat : \u00ab Quand donc cette existence de bagnards finira-t-elle ? 29 avril [1916] : sommes rentr\u00e9s du travail \u00e0 minuit, le m\u00eame qu\u2019hier, compl\u00e8tement \u00e9reint\u00e9s. Je me suis accroch\u00e9 avec le lieutenant qui m\u2019a fait couper les cheveux ras, comme un gal\u00e9rien. Les for\u00e7ats les ont plus longs, j\u2019en suis s\u00fbr, et on a plus d\u2019\u00e9gards pour eux que pour nous. Nous ne sommes pas des hommes mais des b\u00eates de somme de troupeau. C\u2019en est \u00e0 se r\u00e9volter. C\u2019est ignoble ce que l\u2019on nous fait endurer de vexations, d\u2019avanies. Les officiers sont des brutes qui, le ventre plein, ne se fichent pas mal si nous n\u2019avons rien \u00e0 nous mettre sous la dent. Allez travailler, hommes b\u00eates, pensent-ils, et encore il faut s\u2019estimer bien heureux quand on n\u2019est pas insult\u00e9. \u00bb Il \u00e9voque l\u2019ivresse des soldats partant faire un coup de main qui \u00e9choue. Il parle de contacts, \u00e9change de pain contre eau-de-vie entre bellig\u00e9rants. Au final, le t\u00e9moignage de Georges r\u00e9v\u00e8le un enthousiasme belliqueux qui laisse rapidement place, exp\u00e9rience de la guerre aidant, \u00e0 un rejet de l\u2019arm\u00e9e, de la guerre et de ses conditions de vie.<br \/>\nYann Prouillet<\/p>\n<p>Photo de Georges Goutte dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, p. 233.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fr\u00e8res Goutte naissent \u00e0 Rochefort (Charente-Maritime) dans une famille originaire des Vosges. Leur p\u00e8re est militaire dans l\u2019infanterie de marine, ce qui explique la naissance de ses deux fils dans la cit\u00e9 navale : Henri, le 16 juin 1891 ; Georges, le 2 novembre 1893. 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