{"id":175,"date":"2008-09-28T19:57:36","date_gmt":"2008-09-28T18:57:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/28\/collomp-marie-auguste-1871-1956\/"},"modified":"2021-09-09T17:18:37","modified_gmt":"2021-09-09T16:18:37","slug":"collomp-marie-auguste-1871-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/28\/collomp-marie-auguste-1871-1956\/","title":{"rendered":"Collomp, Marie-Auguste (1871-1956)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin. <\/strong><\/p>\n<p>Instituteur de la classe 1891, Marie-Auguste Collomp est rappel\u00e9 dans le cadre de la r\u00e9serve de l&rsquo;arm\u00e9e territoriale \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 43 ans en ao\u00fbt 1914. D&rsquo;abord mobilis\u00e9 \u00e0\u00a0 Aix en Provence au d\u00e9p\u00f4t du 145<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territorial o\u00f9 il passe la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1914, successivement affect\u00e9 \u00e0 Grans puis \u00e0 P\u00e9lissanne (Provence), il part retrouver son r\u00e9giment en Argonne entre avril et septembre 1915, puis en Champagne, de septembre \u00e0 novembre de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Mari\u00e9, p\u00e8re de deux enfants lorsque la guerre \u00e9clate, Marie Auguste Collomp enseigne depuis plusieurs ann\u00e9es dans le village de Montagnac dans les Alpes de Hautes-Provence, faisant office, comme c&rsquo;\u00e9tait souvent le cas pour l&rsquo;instituteur, de secr\u00e9taire de mairie. Marqu\u00e9 par sa formation d&rsquo;enseignant, il cultive dans ses lettres comme au front, le go\u00fbt de la curiosit\u00e9, de la description des hommes et des lieux qu&rsquo;il rencontre, celui aussi de mener convenablement avec le grade de caporal, son escouade de \u00ab\u00a0p\u00e9p\u00e8res\u00a0\u00bb dans toutes les t\u00e2ches qu&rsquo;elle ne manque pas d&rsquo;effectuer au front ou dans son arri\u00e8re imm\u00e9diat.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage.<\/strong><\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de guerre de Marie-Auguste Collomp a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans les cahiers de Haute-Provence, n\u00b0 3 \u00e0 Forcalquier en 2004 sous le titre : <em>Un instituteur proven\u00e7al dans la Grande Guerre\u00a0: Marie-Auguste Collomp. Lettres \u00e0 L\u00e9ontine, 1914-1915<\/em>. On peut d&#8217;embl\u00e9e souligner le s\u00e9rieux avec laquelle a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e la publication du t\u00e9moignage, multiforme, de ce territorial proven\u00e7al dont l&rsquo;\u00e9criture n&rsquo;\u00e9tait pas vou\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;origine, \u00e0 trouver un large public au-del\u00e0 du cercle familial. Seules les 180 lettres auraient pu \u00eatre publi\u00e9es, mais le choix a \u00e9t\u00e9 fait d&rsquo;y joindre notamment quelques photographies issues du m\u00eame fonds (portraits, quelques clich\u00e9s du front et des instituteurs au d\u00e9p\u00f4t, cartes postales) et son carnet tenu de mai 1915 \u00e0 avril 1916 (p. 232 &#8211; 244). Ce dernier, plac\u00e9 en fin de volume, mais souvent judicieusement cit\u00e9 \u00e0 la suite des lettres correspondant \u00e0 la m\u00eame date, donne aux lecteurs une juste id\u00e9e de ce que l&rsquo;on appelle le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;autocensure, la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du combattant de minimiser dans le courrier du jour, le danger des situations r\u00e9ellement v\u00e9cues.<\/p>\n<p>3. Analyse.<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble des \u00e9l\u00e9ments du t\u00e9moignage de Marie-Auguste Collomp couvre la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1914 et l&rsquo;ann\u00e9e 1915 et permettent de suivre l&rsquo;alternance des affectations, des p\u00e9riodes d&rsquo;attente et de travaux, puis de fortes activit\u00e9s de combat\u00a0: d\u00e9p\u00f4t, d\u00e9part, int\u00e9gration, premi\u00e8res lignes, grand repos, pr\u00e9paratif de l&rsquo;offensive de Champagne (septembre 1915). Autant les lettres sont empreintes d&rsquo;une volont\u00e9 de raconter, autant les pages de son carnet d\u00e9voilent un t\u00e9moignage ass\u00e9ch\u00e9 et tr\u00e8s \u00ab\u00a0factuel\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e9nements, essentiellement militaires. Les deux se compl\u00e8tent heureusement.<\/p>\n<p>Le premier int\u00e9r\u00eat de ce t\u00e9moignage vient du fait qu&rsquo;il \u00e9mane d&rsquo;un instituteur, habitu\u00e9 aux travaux d&rsquo;\u00e9criture, et qui aime \u00e0 \u00ab\u00a0tourner\u00a0\u00bb ses lettres, ce qui rend leur lecture tr\u00e8s agr\u00e9able, et tr\u00e8s instructive.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me int\u00e9r\u00eat vient de la chronologie\u00a0: les premiers lettres sont exp\u00e9di\u00e9es du d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;Aix et nous renseignent sur cette vie d&rsquo;avant le front, parmi ses territoriaux proven\u00e7aux qui se connaissent bien et voient encore la guerre de loin, m\u00eame si elle occupe une grande partie de leurs conversations. Un second lot de lettres correspond \u00e0 celles adress\u00e9es \u00e0 sa femme depuis l&rsquo;Argonne, entre avril et ao\u00fbt 1915. Il ne cache pas les \u00e9pisodes guerriers, l&rsquo;ennui, la vie de terrassier, et tente en parall\u00e8le et dans la mesure du possible, de donner des d\u00e9tails sur sa situation, ses sentiments, son entourage. Mais l&rsquo;autocensure est lisible sans chaque lettre\u00a0 d&rsquo;autant que les pages de son carnet personnel mis en parall\u00e8le, r\u00e9v\u00e8lent les non-dits\u00a0: la pluie, le froid, les alertes, les bombardements qui tuent r\u00e9guli\u00e8rement, les bless\u00e9s en continu. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs que dans des lettres \u00e9crites plus tard, au repos, qu&rsquo;il d\u00e9voile \u00e0 son \u00e9pouse les dangers qu&rsquo;il a pu traverser.<\/p>\n<p>Tout au longde sa correspondance, Marie Collomp ne manque pas de donner des nouvelles des Montagnacais, et des hommes des villages d&rsquo;alentours, \u00e0 la mani\u00e8re de ce que l&rsquo;on peut lire dans les cahiers du caporal audois Louis Barthas et de ses Peyriacois. La solidarit\u00e9 entre ses hommes issus du m\u00eame terroir se lie \u00e0 travers le partage des colis, les commissions que les uns et les autres font pour le groupe lorsqu&rsquo;ils partent en permission, les lettres renvoy\u00e9es \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 (p. 161). Cette \u00ab\u00a0petite patrie\u00a0\u00bb des connaissances, outre qu&rsquo;elle construit l&rsquo;identit\u00e9 du combattant et r\u00e9conforte son moral alors qu&rsquo;il se trouve loin de ses bases, permet \u00e9galement de fonder un lien solide avec les siens rest\u00e9s au \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb, par le biais de connaissances communes, et ainsi sans doute se rapprocher malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9loignement qui s\u00e9pare (\u00ab\u00a0je ne sais pas trop quoi te dire. Cependant je vais causer un moment avec toi\u00a0\u00bb, p. 163).<\/p>\n<p>Curieux de tout et de tous ceux qu&rsquo;il rencontre, des paysages dans lequel il \u00e9volue, M. A. Collomp en profite pour glisser quelques analyses personnelles. Evoquant les fermes de la Marne\u00a0: \u00ab\u00a0Tandis que chez nous on souhaite la fin de la guerre, ici on veut la victoire \u00e0 tout prix\u00a0\u00bb (p. 175). Car la fin de la guerre est rapidement attendue, mais toutes les anticipations s&rsquo;av\u00e8rent illusoires, malgr\u00e9 la ferme croyance (plus li\u00e9e \u00e0 de l&rsquo;auto persuasion qu&rsquo;\u00e0 un esprit critique \u00e9mouss\u00e9) en quelques rumeurs anciennes ou nouvelles qui disent l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Allemagne ou la valeur de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise et de sa prochaine victoire.<\/p>\n<p>Enfin, plusieurs \u00e9l\u00e9ments dans son t\u00e9moignage int\u00e9resse l&rsquo;historien soucieux en particulier\u00a0 d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;histoire de la Grande Guerre \u00e0 partir des comportements et des pratiques \u00a0sociales: cette insistance \u00e0 vouloir comprendre pourquoi les territoriaux restent mobilis\u00e9s dans des r\u00e9giments d&rsquo;active apr\u00e8s plusieurs mois et la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire aux autorit\u00e9s, civils et militaires comme aux associations de m\u00e9tiers (les instituteurs) (p. 177), de mener une campagne collective qui, juste et appuy\u00e9e sur le droit, partirait de l&rsquo;arri\u00e8re (p. 201)\u00a0; ce moral qui flanche \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;hiver 1915-1916 alors que le sens de la guerre \u00e9chappe de plus en plus aux hommes confront\u00e9s aux corv\u00e9es et autres revues, et \u00e0 la mort des camarades (celle en particulier du premier cercle)\u00a0; ce glissement enfin, d&rsquo;une guerre d&rsquo;abord per\u00e7ue comme extra &#8211; ordinaire, qui devient par la force des choses, une \u00e9cole de d\u00e9brouille et de routine o\u00f9 les t\u00e2ches se succ\u00e8dent, \u00e9vitant finalement l&rsquo;ennui total qui r\u00e9sumera les journ\u00e9es de mobilisation de Marie-Auguste \u00e0 Troyes, loin du front, \u00e0 partir de novembre 1915.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin. Instituteur de la classe 1891, Marie-Auguste Collomp est rappel\u00e9 dans le cadre de la r\u00e9serve de l&rsquo;arm\u00e9e territoriale \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 43 ans en ao\u00fbt 1914. D&rsquo;abord mobilis\u00e9 \u00e0\u00a0 Aix en Provence au d\u00e9p\u00f4t du 145e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territorial o\u00f9 il passe la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1914, successivement affect\u00e9 \u00e0 Grans puis &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/09\/28\/collomp-marie-auguste-1871-1956\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Collomp, Marie-Auguste (1871-1956)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[163,103,10,6],"tags":[355,707],"class_list":["post-175","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-145e-rit","category-103","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-autocensure","tag-ennui"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=175"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3782,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions\/3782"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}