{"id":1757,"date":"2016-03-31T20:01:30","date_gmt":"2016-03-31T19:01:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1757"},"modified":"2016-04-16T16:40:37","modified_gmt":"2016-04-16T15:40:37","slug":"bairnsfather-bruce-1887-1959","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/03\/31\/bairnsfather-bruce-1887-1959\/","title":{"rendered":"Bairnsfather, Bruce (1887-1959)"},"content":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin<br \/>\nCe c\u00e9l\u00e8bre caricaturiste britannique a cr\u00e9\u00e9 le personnage d\u2019Old Bill, un tommy grincheux avec moustache \u00e0 la gauloise qui conna\u00eetra un immense succ\u00e8s pendant la guerre et reste \u00e0 ce jour une figure embl\u00e9matique du combattant de la Grande Guerre.<br \/>\nBruce Bairnsfather na\u00eet et grandit en Inde, dans une famille de militaires. Comme le veut la tradition, ses parents l\u2019envoient en Grande-Bretagne pour qu\u2019il y poursuive des \u00e9tudes. Destin\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re militaire, il rejoint les rangs de l\u2019arm\u00e9e britannique mais d\u00e9missionne en 1907. Apr\u00e8s avoir suivi des cours \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019art John Hassal, il d\u00e9croche quelques contrats publicitaires pour les th\u00e9s Lipton et les cigarettes Player\u2019s mais ces commandes sont loin d\u2019\u00eatre suffisantes pour vivre.<br \/>\nAu d\u00e9clenchement de la guerre, Bairnsfather s\u2019engage dans le r\u00e9giment des Royal Warwickshire, o\u00f9 il obtient au bout de quelques semaines le grade de lieutenant. Il est envoy\u00e9 en France, o\u00f9 il commande une section de mitrailleurs. Choqu\u00e9 par les conditions de vie dans les tranch\u00e9es, il craint d&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9 en permission, doutant de sa capacit\u00e9 \u00e0 trouver ensuite le courage de revenir au front. Il participe au c\u00e9l\u00e8bre \u00e9pisode de fraternisation de No\u00ebl 1914 et \u00e9vite de justesse la cour martiale.<br \/>\nPendant qu\u2019il est au front, il dessine des sc\u00e8nes de la vie des tranch\u00e9es. En avril 1915, il prend part \u00e0 la 2e bataille d\u2019Ypres, o\u00f9 il est expos\u00e9 au gaz et bless\u00e9 suite \u00e0 une explosion d\u2019obus. A l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral de Londres, les m\u00e9decins diagnostiquent une commotion. Pendant sa convalescence, le <em>Bystander<\/em> lui demande de fournir au journal un dessin par semaine. C\u2019est ainsi qu\u2019il cr\u00e9e Old Bill (et ses camarades Bert &amp; Alf). Ces dessins sont publi\u00e9s sous la forme d\u2019une chronique intitul\u00e9e <em>Fragments From France<\/em>. Old Bill est imm\u00e9diatement appr\u00e9ci\u00e9 des soldats. Mais l&rsquo;\u00e9tat-major trouve les caricatures vulgaires et peu respectueuses des \u00ab\u00a0h\u00e9ros qui se battent dans les tranch\u00e9es\u00a0\u00bb. Si les dessins s&rsquo;inscrivent dans une tradition humoristique populaire, ils refl\u00e8tent n\u00e9anmoins la r\u00e9alit\u00e9 de la vie au front telle que leur auteur l\u2019a v\u00e9cue. On peut l\u00e9gitimement avancer que la publication de ces caricatures est ce qui s\u2019est fait de mieux en mati\u00e8re de contre-propagande. Old Bill illustre l\u2019humour propre aux tommies, lequel les aidait \u00e0 affronter le quotidien de la guerre. Les autorit\u00e9s militaires finissent par juger que l\u2019impact de ces caricatures sur le moral des troupes est tr\u00e8s positif. D\u00e8s lors, le minist\u00e8re de la guerre demande \u00e0 Bairnsfather de produire des dessins \u00e9quivalents pour l&rsquo;ensemble des forces alli\u00e9es.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, Old Bill ne perdra pas de sa popularit\u00e9 et ses aventures seront adapt\u00e9es pour le grand \u00e9cran. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bruce Bairnsfather reprend du service en tant que caricaturiste, mais cette fois pour les Am\u00e9ricains.<br \/>\nBruce Bairnsfather meurt en 1959. Si le succ\u00e8s d\u2019Old Bill lui a permis de mener une brillante carri\u00e8re de caricaturiste, il l\u2019a \u00e9galement enferm\u00e9 dans un registre restreint, ce qu&rsquo;il a parfois regrett\u00e9.<br \/>\n2) Le t\u00e9moignage<br \/>\n<em>Bullets &amp; Billets <\/em>para\u00eet en 1916. Le texte est illustr\u00e9 par des dessins d&rsquo;Old Bill. Par la suite, les caricatures parues dans le <em>Bystander<\/em> para\u00eetront en plusieurs volumes jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la guerre.<\/p>\n<p>3) Analyse<br \/>\nLe r\u00e9cit de l&rsquo;exp\u00e9rience combattante de Bruce Bairnsfather, publi\u00e9 en 1916 sous le titre de <em>Bullets &amp; Billets<\/em>, propose de tr\u00e8s int\u00e9ressantes descriptions de la mission d&rsquo;un officier en 1914 et 1915. Charg\u00e9 de superviser un ensemble de postes de mitrailleurs, il se doit d&rsquo;acqu\u00e9rir une connaissance exacte du terrain, ce qui nous vaut des descriptions pr\u00e9cises du syst\u00e8me de tranch\u00e9es et du paysage dans lequel il s&rsquo;inscrit. La p\u00e9riode concern\u00e9e &#8211; fin 1914 et d\u00e9but 1915 &#8211; correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de ce syst\u00e8me, encore chaotique. Bairnsfather insiste sur ce point et parle d&rsquo;une \u00ab\u00a0\u00e9poque\u00a0\u00bb r\u00e9volue : \u00ab\u00a0Pendant ces jours anciens &#8211; d&rsquo;ao\u00fbt 14 \u00e0 juillet 15 &#8211; tout \u00e9tait si pr\u00e9caire et primitif. Les tranch\u00e9es \u00e9taient encore affaire d&rsquo;amateurisme et la vie militaire mal d\u00e9finie, ce qui \u00e0 mes yeux donnait \u00e0 cette guerre ce dont elle avait tristement besoin : une touche d&rsquo;aventure et de romance.\u00a0\u00bb Au c\u0153ur de ces \u00ab\u00a0temps anciens\u00a0\u00bb, la c\u00e9l\u00e8bre tr\u00eave de No\u00ebl 1914, appara\u00eet effectivement comme une anomalie au vu des No\u00ebls suivants. Son compte rendu d\u00e9taill\u00e9 et objectif remet les pendules \u00e0 l&rsquo;heure et donne les limites exacte de la fraternisation. Dans une maison en ruines du village de Saint-Yvon, pr\u00e8s de Ploegsteert, Bairnsfather commence \u00e0 dessiner de petits instantan\u00e9s de guerre et en envoie un au <em>Bystander<\/em>. Le journal le sollicitera pour qu&rsquo;il en dessine d&rsquo;autres. Les p\u00e9riodes de cantonnement en Flandre fran\u00e7aise, \u00e0 Nieppe, Armenti\u00e8res et Bailleul, constituent un autre aspect int\u00e9ressant du t\u00e9moignage. Rarement un combattant ne s&rsquo;attardera autant sur les rapports entre combattants britanniques et population locale.  La p\u00e9riode de dix jours pass\u00e9e dans une famille d&rsquo;Outtersteene, hameau de Bailleul,  donne ainsi lieu \u00e0 plusieurs pages dans lesquelles il est possible d&rsquo;identifier les habitants cit\u00e9s et m\u00eame de go\u00fbter \u00e0 un mini r\u00e9cit sur la vie de ces villageois en temps de guerre. Apr\u00e8s quelques mois o\u00f9 pr\u00e9domine la \u00ab\u00a0routine des tranch\u00e9es\u00a0\u00bb, qui entra\u00eene des humeurs changeantes, il obtient une permission, au terme de laquelle il d\u00e9couvre, \u00e9tonn\u00e9, un curieux ph\u00e9nom\u00e8ne : \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais impatient de repartir. La chose est \u00e9trange mais n\u00e9anmoins vraie. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, patauger dans les champs lugubres de la guerre \u00e9tait ce qui comptait le plus. Si quelqu&rsquo;un m&rsquo;avait offert un poste tranquille et s\u00e9curis\u00e9 en Angleterre, j&rsquo;aurais refus\u00e9. Je n&rsquo;accorde aucune gloire \u00e0 cette sensation. Je sais que nous l&rsquo;avions tous.\u00a0\u00bb<br \/>\nAu printemps 1915, Bairnsfather participe \u00e0 la deuxi\u00e8me bataille d&rsquo;Ypres, au cours de laquelle il est bless\u00e9 et il est rapatri\u00e9 en Angleterre.<br \/>\n<em>Bullets &amp; Billets <\/em>est d&rsquo;une \u00e9criture agr\u00e9able et soign\u00e9e, preuve que le dessinateur avait \u00e9galement de r\u00e9els talents d&rsquo;\u00e9crivain. Le ton, proche de celui des dessins d&rsquo;Old Bill, poss\u00e8de cette propension caract\u00e9ristique des Britanniques \u00e0 la d\u00e9rision, qui fut un atout pour maintenir le moral des troupes. Ce passage \u00e9voquant avec humour un \u00e9pisode o\u00f9 l&rsquo;auteur est oblig\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler ses pi\u00e8tres talents d&rsquo;\u00e9cuyer est repr\u00e9sentatif  du style de <em>Bullets &amp; Billets<\/em>, qui oscille sans cesse entre le r\u00e9cit conventionnel d&rsquo;un parcours de combattant, des sc\u00e8nes cocasses et des r\u00e9flexions sur la guerre :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je dois confesser que je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 un grand adepte des plaisirs de l\u2019\u00e9quitation. Ce qui est dommageable pour un officier de mitrailleurs, lequel a le rare privil\u00e8ge de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un cheval. J\u2019\u00e9tais autoris\u00e9 \u00e0 quitter les tranch\u00e9es, et \u00e0 les regagner, \u00e0 dos de cheval, tout comme je pouvais faire trotter ou galoper ma monture o\u00f9 bon me semblait pendant les p\u00e9riodes de repos. Mais cet avantage, que m\u2019enviaient mes camarades sans monture, me laissait de marbre. Je ne ferai jamais partie de la Haute \u00c9cole, j\u2019en ai bien peur, m\u00eame si j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019aimer l\u2019\u00e9quitation pendant que j\u2019\u00e9tais en France. Quand le dernier jour de la p\u00e9riode de repos est arriv\u00e9, c\u2019est \u00e0 cheval que j\u2019ai accompagn\u00e9 mes hommes vers les tranch\u00e9es.<br \/>\n\u00ab\u00a0Faire du cheval en Angleterre, ou dans n\u2019importe quel pays civilis\u00e9, est une chose mais c\u2019en est une autre dans les \u00e9tendues d\u00e9sol\u00e9es et truff\u00e9es de trous d\u2019obus des Flandres. Le soir o\u00f9 il nous a fallu regagner les tranch\u00e9es, la pluie et la boue \u00e9taient comme d\u2019habitude au rendez-vous. Mon palefrenier &#8211; maudit soit-il ! &#8211; n\u2019avait pas oubli\u00e9 de seller mon cheval et de me l\u2019amener. L\u2019animal \u00e9tait bien l\u00e0, grand et \u00e9maci\u00e9, devant ma section de grenadiers au garde-\u00e0-vous. De ma plus belle d\u00e9marche \u00e9questre, j&rsquo;ai travers\u00e9 la cour, je suis mont\u00e9 sur le cheval et j&rsquo;ai donn\u00e9 d\u2019une voix \u00e9touff\u00e9e l\u2019ordre de reprendre la route des tranch\u00e9es.<br \/>\n\u00ab\u00a0Dieu merci, je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 dans un r\u00e9giment de cavalerie. Les routes que nous empruntions ne faisaient pas plus de deux m\u00e8tres de large, avec de chaque c\u00f4t\u00e9 un foss\u00e9 \u00e0 pic. A ceci s\u2019ajoute le fait qu\u2019il nous fallait croiser ou \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 par un camion toutes les dix minutes. Ces conditions \u00e9taient celles o\u00f9 je devais faire valoir mes suppos\u00e9s talents de cavalier.<br \/>\n\u00ab\u00a0Mais pendant toute la dur\u00e9e de ma carri\u00e8re \u00e9questre en France, j\u2019ai tenu bon. Ce jour-l\u00e0, je pr\u00e9c\u00e9dais ma section, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Vaisseau du d\u00e9sert, devant les estaminets, les moulins et les maisons en ruines. Je n&rsquo;en menais pas large quand mon cheval, trop souvent, me proposait un demi-tour dans un champ pour \u00e9viter un \u00e9norme camion dont l\u2019unique phare \u00e9clairait aussi fort qu\u2019un millier de bougies. Finalement, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 tout cavalier doit descendre de sa monture pour regagner la terre ferme : au seuil des tranch\u00e9es, une fois de plus.\u00a0\u00bb<br \/>\nFrancis Grembert, mars 2016<br \/>\nJean Norton Cru avait attir\u00e9 notre attention sur \u00ab l\u2019admirable s\u00e9rie de dessins de guerre \u00bb de Bairnsfather dont quelques-uns illustrent le livre de Fernand Laurent, <em>Chez nos alli\u00e9s britanniques<\/em>, Boivin, 1917. Voir <em>T\u00e9moins<\/em>, p. 447-448.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin Ce c\u00e9l\u00e8bre caricaturiste britannique a cr\u00e9\u00e9 le personnage d\u2019Old Bill, un tommy grincheux avec moustache \u00e0 la gauloise qui conna\u00eetra un immense succ\u00e8s pendant la guerre et reste \u00e0 ce jour une figure embl\u00e9matique du combattant de la Grande Guerre. 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