{"id":176,"date":"2008-10-04T20:37:05","date_gmt":"2008-10-04T19:37:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/04\/tremblay-thomas-louis-1886-1951\/"},"modified":"2021-09-09T17:18:56","modified_gmt":"2021-09-09T16:18:56","slug":"tremblay-thomas-louis-1886-1951","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/04\/tremblay-thomas-louis-1886-1951\/","title":{"rendered":"Tremblay, Thomas-Louis (1886-1951)"},"content":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Thomas-Louis Tremblay est n\u00e9 le 16 mai 1886 \u00e0 Chicoutimi (Qu\u00e9bec)&nbsp;; p\u00e8re capitaine de navire&nbsp;; pendant ses \u00e9tudes secondaires, Thomas-Louis Tremblay&nbsp; est simple soldat dans la milice de L\u00e9vis. En 1904, choix plut\u00f4t rare de la part des Canadiens fran\u00e7ais, il s&rsquo;inscrit au Coll\u00e8ge militaire royal de Kingston (Ontario), dont la fonction est de fournir \u00e0 la fois des officiers et des ing\u00e9nieurs&nbsp;; apr\u00e8s trois ans d&rsquo;\u00e9tudes, il obtient en 1907 le dipl\u00f4me d&rsquo;ing\u00e9nieur civil. Il devient alors employ\u00e9 par le chemin de fer Transcontinental&nbsp;; en 1913, il est arpenteur-g\u00e9om\u00e8tre aupr\u00e8s de la province de Qu\u00e9bec. Pendant toutes ces ann\u00e9es, il demeure tr\u00e8s actif dans la milice.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 d\u00e9bute la guerre, Tremblay rejoint l&rsquo;active&nbsp;; d&rsquo;abord adjudant de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Colonne de munitions divisionnaire, il rejoint en mars 1915 le 22<sup>e<\/sup> bataillon (canadien fran\u00e7ais) en tant que commandant en second, avec le grade de lieutenant-colonel. Apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;entra\u00eenement, d\u00e9part du Canada pour l&rsquo;Angleterre en mai 1915&nbsp;o\u00f9 se prolonge la pr\u00e9paration&nbsp;; le 15 septembre 1915, d\u00e9part de Folkestone pour Boulogne. Arriv\u00e9e en secteur de tranch\u00e9es le 20 septembre, pr\u00e8s de Kemmel, dans le saillant d&rsquo;Ypres. Secteur de Flandres jusqu&rsquo;\u00e0 la fin ao\u00fbt 1916&nbsp;; puis transfert dans la Somme&nbsp;et pr\u00e9paration d&rsquo;attaque \u00e0 partir du 10 septembre 1916 entre Albert et Bouzincourt&nbsp;; 15 septembre, attaque de Courcelette grand succ\u00e8s des Canadiens fran\u00e7ais (p. 151)&nbsp;; \u00e9vacu\u00e9 pour maladie (h\u00e9morro\u00efdes) et subir une op\u00e9ration, le 22 septembre 1916&nbsp;; apr\u00e8s 4 mois d&rsquo;absence, il retrouve son bataillon le 14 f\u00e9vrier 1917 en secteur&nbsp; \u00e0 Neuville-Saint-Vaast. 1<sup>er<\/sup> juillet 1917, secteur de Li\u00e9vin. 15 ao\u00fbt 1917, attaque de la cote 70 qui domine Lens. 18 octobre, transfert sur Ypres et Randhoeck, secteur qu&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9 le bataillon lors de son arriv\u00e9e en France. 6 novembre 1917, force d&rsquo;appui et de r\u00e9serve durant l&rsquo;attaque de Passchendaele dans un oc\u00e9an de boue&nbsp;; 17 novembre 1917 retour sur Neuville-saint-Vaast&nbsp;; durant l&rsquo;offensive allemande d&rsquo;avril 1918, le bataillon est d\u00e9plac\u00e9 pour boucher des br\u00e8ches dans le dispositif anglais&nbsp;; nouvelle \u00e9vacuation de Tremblay pour raisons m\u00e9dicales du 15 avril au 31 mai et du 3 juin au 25 juillet 1918. Dans le secteur d&rsquo;Amiens, pr\u00e9paration avec l&rsquo;appui de chars (31 juillet-d\u00e9but ao\u00fbt 1918)&nbsp;et participation \u00e0 l&rsquo;offensive g\u00e9n\u00e9rale ; entr\u00e9e dans Cambrai le 9 octobre 1918&nbsp;; etc.<\/p>\n<p>Il devient Brigadier-g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la 5<sup>e<\/sup> Brigade d&rsquo;infanterie du 10 ao\u00fbt 1918 au 9 mai 1919,&nbsp; \u00e0 la veille de l&#8217;embarquement pour le voyage de retour&nbsp;; les hommes du bataillon sont d\u00e9mobilis\u00e9s dix jours plus tard.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre (1922), Tremblay retourne \u00e0 la vie civile et occupe le poste d&rsquo;ing\u00e9nieur en chef et de directeur du Port de Qu\u00e9bec jusqu&rsquo;en 1936. Depuis 1931 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1951, il est colonel honoraire de son r\u00e9giment. Il reprend du service actif pendant la Seconde Guerre mondiale en tant qu&rsquo;inspecteur-g\u00e9n\u00e9ral pour l&rsquo;est du Canada. Il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 64 ans.<\/p>\n<p>2. &nbsp; Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Thomas-Louis Tremblay commence son journal au moment de son affectation au 22<sup>e<\/sup> bataillon, le 11 mars 1915 et le cl\u00f4t \u00e0 la date du 20 d\u00e9cembre 1918 alors que son unit\u00e9 est stationn\u00e9e \u00e0 Bonn, en Allemagne.<\/p>\n<p>Le document original est constitu\u00e9 d&rsquo;une double s\u00e9rie de carnets \u00e9crits en parall\u00e8le, sans doute pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9&nbsp;; pour l&rsquo;essentiel, les deux versions co\u00efncident et, lorsqu&rsquo;elles diff\u00e8rent, l&rsquo;\u00e9ditrice identifie le texte suppl\u00e9mentaire par un ast\u00e9risque.<\/p>\n<p>Conserv\u00e9 aux archives du Mus\u00e9e du Royal 22<sup>e<\/sup> R\u00e9giment, ce journal \u00e9tait rest\u00e9 in\u00e9dit jusqu&rsquo;\u00e0 sa publication par Marcelle Cinq Mars, archiviste au Mus\u00e9e du 22<sup>e<\/sup> Royal R\u00e9giment, sous le titre&nbsp;: Thomas-Louis Tremblay, <em>Journal de guerre (1915-1918)<\/em>, texte \u00e9tabli et annot\u00e9 par Marcelle Cinq Mars, Outremont (Qu\u00e9bec), Ath\u00e9na \u00e9ditions, 2006. L&rsquo;\u00e9ditrice pr\u00e9cise que ce <em>Journal<\/em> n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 pour \u00eatre publi\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;il le fait pour se rem\u00e9morer et non pour expliquer&nbsp;\u00bb (p. 11). Cette caract\u00e9ristique explique pourquoi un certain nombre d&rsquo;annotations sembleront au lecteur un peu laconiques. D&rsquo;autres silences sont en revanche un peu plus surprenants. Fort heureusement, l&rsquo;\u00e9dition de ce t\u00e9moignage d&rsquo;officier canadien est enrichie par le croisement d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments du <em>Journal<\/em> avec des extraits d&rsquo;autres t\u00e9moignages provenant de combattants ayant appartenu \u00e0 la m\u00eame unit\u00e9, ainsi que par une mise en contexte \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;extraits d&rsquo;ouvrages d&rsquo;historiens.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le lecteur fran\u00e7ais s&rsquo;\u00e9tonnera peut-\u00eatre du grand nombre de termes ou d&rsquo;expressions anglais dans le texte&nbsp;; cela t\u00e9moigne de la pr\u00e9dominance de la langue anglaise dans l&rsquo;arm\u00e9e canadienne.<\/p>\n<p>3. &nbsp; Analyse<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e sur le sol fran\u00e7ais en septembre 1915, le <em>Journal<\/em> relate les pr\u00e9paratifs des Canadiens. L&rsquo;arriv\u00e9e de ces \u00ab&nbsp;Britanniques&nbsp;\u00bb parlant et chantant fran\u00e7ais \u00e0 Boulogne suscite l&rsquo;\u00e9tonnement puis l&rsquo;enthousiasme de la population. Ce d\u00e9barquement \u00ab&nbsp;\u00e9patait les gens&nbsp;\u00bb dit sobrement Tremblay&#8230; \u00ab&nbsp;Le 22<sup>e<\/sup> bataillon fait sensation&nbsp;\u00bb \u00e9crit un autre acteur-t\u00e9moin, Joseph Chaballe (p. 61). Les relations avec les <strong>civils<\/strong> sont globalement excellentes.<\/p>\n<p>Au fil des mois les liens nou\u00e9s avec les civils&nbsp;dans les cantonnements sont forts&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le pays o\u00f9 nous sommes est tr\u00e8s familier aux anciens du bataillon&nbsp;; nous renouvelons de vieilles connaissances parmi la population civile. [&#8230;] Ces endroits nous rappellent de vieux souvenirs&nbsp;; il reste un bien petit nombre des anciens. La population civile, surtout des femmes, est anxieuse de savoir o\u00f9 est un tel&#8230; tel autre&#8230; ces pauvres personnes pleurent en apprenant qu&rsquo;au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es, leurs vieux amis se sont fait tuer les uns apr\u00e8s les autres en d\u00e9fendant leur libert\u00e9&nbsp;\u00bb (3 novembre 1917, p. 245).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;honneur des Canadiens francophones&nbsp;: un enjeu sp\u00e9cifique du chef du 22<sup>e<\/sup> bataillon (et au-del\u00e0 du premier ministre canadien, <em>Cf.<\/em> p. 283)&nbsp;; un but de guerre&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;un des premiers soucis de Tremblay, outre la bonne sant\u00e9 de ses hommes, consiste dans la \u00ab&nbsp;bonne tenue&nbsp;\u00bb de son unit\u00e9&nbsp;; faire honneur au Canada francophone ici plac\u00e9 sous le regard des Britanniques et des Canadiens anglophones est un des principaux buts de guerre des volontaires qu\u00e9b\u00e9cois&nbsp;: 20-21 septembre 1915&nbsp;; nomm\u00e9 officiellement Lieutenant-colonel le 26 f\u00e9vrier 1916, Tremblay est fier du comportement de son bataillon&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon bataillon repr\u00e9sente toute une race [N.B. \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb est ici employ\u00e9 au sens de nation], la t\u00e2che est lourde&nbsp;\u00bb (p. 100)<\/p>\n<p>Quelles que soient les situations, tout vaut mieux que de para\u00eetre flancher&nbsp;: \u00e0 la veille de l&rsquo;attaque de Courcelette&nbsp;Tremblay note dans son Journal&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous comprenons tr\u00e8s bien que nous allons \u00e0 la boucherie, la t\u00e2che para\u00eet presque impossible avec si peu de pr\u00e9paration dans un pays que nous ne connaissons pas du tout. Cependant le moral est extraordinaire, et nous sommes d\u00e9termin\u00e9s de prouver que les \u00ab\u00a0Canayens\u00a0\u00bb ne sont pas des \u00ab\u00a0slackers\u00a0\u00bb [paresseux]. [&#8230;] C&rsquo;est notre premi\u00e8re grande attaque, il faut qu&rsquo;elle soit un succ\u00e8s pour l&rsquo;honneur de tous les Canadiens fran\u00e7ais que nous repr\u00e9sentons en France. Je peux facilement voir sur la figure de mes hommes ce qu&rsquo;ils ne peuvent dire&nbsp;: leur enthousiasme, leur d\u00e9termination. Tous mes officiers sont remplis d&rsquo;ardeur, et il y a parmi eux des entra\u00eeneurs [meneurs] d&rsquo;hommes parfaits&nbsp;\u00bb (15 septembre 1916, p. 153)&nbsp;; voir \u00e9galement sur ce th\u00e8me notes du 18 septembre 1916, p. 166&nbsp;; celles du 27 septembre 1916, du 12 octobre 1916, 27 novembre 1917&nbsp;; le 1<sup>er<\/sup> de l&rsquo;an 1918 il \u00e9crit encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;comme l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re et l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, je leur souhaite de passer le nouvel an dans leur famille&nbsp;; les anciens ont un sourire d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9&nbsp;; ils se rappellent mes souhaits des ann\u00e9es pass\u00e9es. Ces vieux soldats sont encore parmi les plus solides, ils sentent que l&rsquo;honneur du bataillon repose surtout sur leurs \u00e9paules. Bah&nbsp;! ils ont tellement sacrifi\u00e9 pour le bataillon, que le sacrifice est devenu une seconde nature chez eux. Leurs compatriotes comprendront-ils jamais la t\u00e2che p\u00e9nible, dangereuse qu&rsquo;ils se sont impos\u00e9e afin que leur race ne soit pas consid\u00e9r\u00e9e par les peuples au niveau ignominieux pr\u00each\u00e9 par Lord Beaverbrook&nbsp;\u00bb (1<sup>er<\/sup> janvier 1918, p. 259)&nbsp;; au moment o\u00f9 se joue la phase ultime de la guerre, Tremblay se plaint du r\u00f4le assign\u00e9 \u00e0 son bataillon&nbsp;: \u00ab&nbsp;Notre bataillon ne fait que suivre l&rsquo;attaque, il est en r\u00e9serve. Alors que nous devions \u00eatre \u00e0 l&rsquo;attaque. [&#8230;] La situation pratique au pays est peut-\u00eatre la cause de ce d\u00e9sappointement&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;\u00bb (5 ao\u00fbt 1918, p. 281) Tremblay fait ici allusion \u00e0 l&rsquo;opposition violente des Qu\u00e9b\u00e9cois envers la loi instituant la conscription en mars 1918 (<em>Cf.<\/em> p. 283)<\/p>\n<p>Autre facteur important dans la conduite des hommes, le <strong>sens de l&rsquo;honneur viril<\/strong> : deux \u00e9claireurs du bataillon ont plac\u00e9 des explosifs sous les barbel\u00e9s allemands&nbsp;: \u00ab&nbsp;deux <em>canayens<\/em> (canadiens) avec du poil aux pattes&nbsp;\u00bb (1<sup>er<\/sup> mars 1916)&nbsp;; l&rsquo;un d&rsquo;eux est ensuite d\u00e9cor\u00e9 par un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais&nbsp;; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 f\u00e9licit\u00e9 par Tremblay, il se serait \u00e9cri\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Colonel y a pu rien \u00e0 faire, y faut que je me fasse casser la gueule&nbsp;\u00bb, une phrase que le colonel consid\u00e8re digne d&rsquo;\u00eatre consign\u00e9e dans son carnet.<\/p>\n<p><strong>Tremblay est un chef respect\u00e9 et admir\u00e9&nbsp;; sa bravoure n&rsquo;est pas mise ne doute par ses hommes&nbsp;; de fait, il est tr\u00e8s attentif \u00e0 leurs conditions de vie et \u00e0 leur moral <\/strong>: Tremblay visite r\u00e9guli\u00e8rement les tranch\u00e9es&nbsp;; il organise les travaux de mise en \u00e9tat de d\u00e9fense des tranch\u00e9es&nbsp;; il alterne visites des tranch\u00e9es et travaux de bureau. Il proteste par exemple contre la mise en mouvement de ses troupes qui, venant d&rsquo;\u00eatre vaccin\u00e9es contre la paratypho\u00efde, sont malades et pour beaucoup en proie \u00e0 la fi\u00e8vre&nbsp;; il fait observer qu&rsquo; \u00ab&nbsp;il n&rsquo;est pas humain de demander aux hommes une marche semblable. Ces d\u00e9marches de ma part n&rsquo;ont pas de succ\u00e8s&#8230;.&nbsp;\u00bb (2 avril 1916)&nbsp;; il fait alors en sorte que des autobus et des ambulances suivent le bataillon durant sa marche&nbsp;; il montre constamment l&rsquo;exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;j&rsquo;ai march\u00e9 moi-m\u00eame en t\u00eate du bataillon suivi de mon cheval&#8230;&nbsp;\u00bb (3 avril 1916)&nbsp;; lors de l&rsquo;attaque de Courcelette, il guide ses hommes jusqu&rsquo;\u00e0 leurs positions de d\u00e9part sous le barrage allemand (15 septembre 1916, p. 152). Visite plusieurs fois par jour ses hommes qui tiennent les tranch\u00e9es sous une avalanche d&rsquo;obus asphyxiant (29 avril 1917, p. 208)<\/p>\n<p>Cependant en tant que chef, d&rsquo;autres pr\u00e9occupations sont pr\u00e9sentes&nbsp;: l&rsquo;esprit de comp\u00e9tition et la course \u00e0 la gloire r\u00e8gne parmi les commandants, <em>Cf.<\/em> notes du 27 mars 1917, p. 199&nbsp;; celles du 1<sup>er<\/sup> juillet 1917, p. 219&nbsp;; les soucis de promotion&nbsp;sont \u00e9galement exprim\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois que la raison pour laquelle Ross me passe par-dessus est qu&rsquo;il y a trois bataillons anglais dans la brigade contre un seul bataillon de Canadiens fran\u00e7ais. La Franc-ma\u00e7onnerie a aussi d\u00fb jouer une grande influence&#8230;&nbsp;\u00bb (23 juillet 1917, p. 225)<\/p>\n<p><strong>Alli\u00e9s&nbsp;: frictions entre Anglais et Canadiens <\/strong>: des rixes fr\u00e9quentes opposent des soldats des deux nations, <em>Cf.<\/em> notes du 24 octobre 1915&nbsp;; idem, 17 juillet 1916.<\/p>\n<p>Au Havre, du 24 janvier au 11 f\u00e9vrier 1917, Tremblay voit arriver le <strong>contingent portugais<\/strong> : \u00ab&nbsp;j&rsquo;ai vu un grand nombre de ces Portugais, et ils ne m&rsquo;inspirent pas confiance&nbsp;: ce sont g\u00e9n\u00e9ralement de tous petits hommes ch\u00e9tifs&nbsp;; sales, hautains&nbsp;; qui se r\u00e9clament beaucoup de leur histoire militaire, et qui sont destin\u00e9s \u00e0 gagner la guerre. Je me demande quelle tenue ils auront sous une avalanche de Bertha Krupp. Pauvres diables ils ne savent pas encore ce que c&rsquo;est que la guerre&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 189)<\/p>\n<p>L&rsquo;absence de remarques et de commentaires concernant les autres secteurs du front, \u00e0 l&rsquo;exception de celui tenu par les Britanniques est notable. Ainsi, alors que la prise de Vimy le 9 avril 1917 est d\u00e9crite et salu\u00e9e comme un grand succ\u00e8s canadien, on ne trouve aucun \u00e9cho de l&rsquo;<strong>offensive Nivelle<\/strong> sur le Chemin des Dames.<\/p>\n<p>La lutte contre <strong>l&rsquo;eau et la boue<\/strong> qui envahissent les tranch\u00e9es et les rend intenables (novembre 1915)&nbsp;; boue jusqu&rsquo;au ventre (12 mars 1917)&nbsp;; d\u00e9but novembre 1917, attaque de Passchendaele dans une mer de boue&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Premier No\u00ebl sur le front<\/strong> : \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s cette messe, les hommes ont leur r\u00e9veillon dans leurs quartiers respectifs, et les officiers au couvent de Locre&nbsp;\u00bb (24 d\u00e9cembre 1915)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Les hommes ont re\u00e7u aujourd&rsquo;hui leurs cadeaux de No\u00ebl, et tous sont heureux comme des princes&nbsp;\u00bb (25 d\u00e9cembre)&nbsp;; <strong>troisi\u00e8me&nbsp;No\u00ebl<\/strong> : \u00ab&nbsp;[&#8230;] Les nouveaux hommes sont bruyants, les anciens plus ou moins moroses&nbsp;; ils commencent \u00e0 croire que cette maudite guerre ne finira jamais. Comme l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re et l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, je leur souhaite de passer le nouvel an dans leur famille&nbsp;; les anciens ont un sourire d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb (1<sup>er<\/sup> janvier 1917)&nbsp;; la lassitude est perceptible et per\u00e7ue chez les volontaires des premiers jours.<\/p>\n<p><strong>Les diff\u00e9rences pouvant exister entre les secteurs&nbsp;sont parfois importantes<\/strong> : \u00ab&nbsp;Le bataillon que nous avons visit\u00e9 (des Ecossais) perd en moyenne 80 hommes par tour de tranch\u00e9e&nbsp;: nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 n&rsquo;en perdre que cinq ou six. L&rsquo;avenir ne s&rsquo;av\u00e8re pas brillant&#8230;&nbsp;\u00bb (19 mars 1916)<\/p>\n<p>Description du <strong>secteur de Saint-Eloi<\/strong> durant la bataille des crat\u00e8res&nbsp;: tranch\u00e9es quasi inexistantes&nbsp;; plus de v\u00e9g\u00e9tation&nbsp;; \u00ab&nbsp;air satur\u00e9 d&rsquo;une odeur qui prend&nbsp; \u00e0 la gorge, en raison de tous ces morts que l&rsquo;on voit partout, et qui sont d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9composition&#8230;&nbsp;\u00bb (10 avril 1916)<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;effet des informations sur le moral<\/strong> des troupes&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] les Russes ont remport\u00e9 une grande victoire en Galicie [&#8230;]. La joie est dans le camp, toutes nos fatigues sont oubli\u00e9es.&nbsp;\u00bb (12 juin 1916)&nbsp;; \u00e0 noter que la bataille de la Somme engag\u00e9e le 1<sup>er<\/sup> juillet n&rsquo;est pas mentionn\u00e9e avant le 25 ao\u00fbt&nbsp;1916 : \u00ab&nbsp;nous nous pr\u00e9parons maintenant \u00e0 notre d\u00e9part prochain pour la Somme o\u00f9 les hommes se font tuer par milliers&nbsp;\u00bb. (p. 143)<\/p>\n<p><strong>Pratique sportive<\/strong> : matchs de base-ball entre officiers de plusieurs bataillons (22 juin 1916).<\/p>\n<p><strong>Gaz<\/strong> : \u00e0 cause des vents fort changeants, Tremblay doit renoncer \u00e0 lancer les gaz accumul\u00e9s dans sa tranch\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] avec regret, car elle promettait bien. Tous les soirs il y a une centaine d&rsquo;Allemands qui travaillent \u00e0 \u00ab&nbsp;Picadilly Farm&nbsp;\u00bb&nbsp;: nous aurions gaz\u00e9 tous ces gens-l\u00e0 et aurions d\u00fb faire un bon nombre de prisonniers&nbsp;\u00bb (14 juillet 1916)&nbsp;; mais le port prolong\u00e9 du masque \u00ab&nbsp;aigrit les hommes&nbsp;\u00bb (p. 208)&#8230;<\/p>\n<p><strong>Combinaisons infanterie-aviation<\/strong> (16 ao\u00fbt 1916) gr\u00e2ce \u00e0 des chandelles allum\u00e9es dans des trous de la tranch\u00e9e (p. 140)<\/p>\n<p><strong>Violence et sur-violence<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs cas de <strong>shell-shock<\/strong> (8-10 juin 1916)&nbsp;; 19 septembre 1916&nbsp;; 1<sup>er<\/sup> mai 1917&nbsp;; 24 septembre 1917&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Combat rapproch\u00e9<\/strong> ; patrouille dans le no man&rsquo;s land&nbsp;: \u00ab&nbsp;La patrouille du Sgt. Pouliot a rencontr\u00e9 une patrouille allemande de la m\u00eame force dans le No Man&rsquo;s Land en face du crat\u00e8re N\u00b01. Sans h\u00e9sitation nos hommes ont attaqu\u00e9 les Allemands \u00e0 coups de grenades et de revolvers, leur prenant deux prisonniers et en blessant une couple d&rsquo;autres qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se sauver&nbsp;\u00bb (4 juillet 1916)&nbsp;; d\u00e9corations et primes pour les hommes de la patrouille (p. 132, note 74)&nbsp;; attaque de Courcelette&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons presque imm\u00e9diatement rencontr\u00e9 des Boches, qui n&rsquo;ont pas souffert longtemps. [un autre t\u00e9moin relate que les Allemands qui se rendent sont syst\u00e9matiquement massacr\u00e9s, <em>Cf.<\/em> note 100, p. 155] Les hommes ont la rage au c\u0153ur et pour cause. N&rsquo;avons-nous pas vu hacher le tiers du bataillon, nos camarades, au cours de la derni\u00e8re demi-heure&#8230;&nbsp;\u00bb (15 septembre 1916, p. 155)&nbsp;; il faut relever le lien \u00e9tabli entre un taux de pertes extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 subi par cette unit\u00e9 durant son approche sous le barrage allemand et la fureur destructrice qui suit imm\u00e9diatement la prise de contact&nbsp;; ce combat est la premi\u00e8re v\u00e9ritable attaque des hommes de Tremblay&nbsp;; la terreur emmagasin\u00e9e durant une approche particuli\u00e8rement meurtri\u00e8re se lib\u00e8re et conduit de nombreux hommes \u00e0 massacrer des hommes d\u00e9sireux de se rendre&nbsp;; cependant, ce moment de paroxysme d\u00e9pass\u00e9, on fait \u00e0 nouveau des prisonniers (<em>Cf.<\/em> p. 156-157, 159 et photographie p. 159)&nbsp;; voir aussi p. 232. \u00c0 noter que lors de la lib\u00e9ration de Valenciennes&nbsp;: \u00ab&nbsp;la population civile est tellement mont\u00e9e contre les Boches qu&rsquo;elle bat les prisonniers au passage&nbsp;\u00bb (5 novembre 1918, p. 303)<\/p>\n<p><strong>Prisonniers<\/strong> allemands bombard\u00e9s par leur artillerie alors qu&rsquo;ils transportent des bless\u00e9s canadiens&nbsp;: \u00ab&nbsp;Afin de prot\u00e9ger nos bless\u00e9s, j&rsquo;ai donn\u00e9 [pr\u00e9cise Tremblay] un pavillon de la Croix-Rouge \u00e0 un sergent-major allemand avec instruction de le porter haut afin qu&rsquo;il soit bien vu. Comme escorte, il y a deux messagers \u00e0 la t\u00eate de la colonne et deux hommes fermant la marche. Ils n&rsquo;\u00e9taient pas plut\u00f4t partis qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us par les Allemands, qui ont raccourci leur barrage d&rsquo;artillerie tuant ou blessant une trentaine de prisonniers et finissant plusieurs de nos bless\u00e9s&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;(bataille de Courcelette, 16 septembre 1916); que penser de cette action&nbsp;? Les tirs sur les bless\u00e9s et les antennes de la Croix Rouge sont souvent avanc\u00e9s pour attester de l&rsquo;hyperviolence de la guerre structur\u00e9e autour d&rsquo;une haine profonde de l&rsquo;ennemi. Dans le cas ici rapport\u00e9, il est peu probable que les artilleurs allemands aient d\u00e9clench\u00e9 ce tir en toute connaissance de cause, c&rsquo;est-\u00e0-dire en sachant qu&rsquo;ils tiraient sur leurs propres hommes. Plus en arri\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de campagne, \u00ab&nbsp;le Sgt. Casgrain est en charge de l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 il y a plus de 200 bless\u00e9s, il dirige tr\u00e8s intelligemment ses subordonn\u00e9s qui sont les deux docteurs allemands et dix brancardiers allemands que nous avons gard\u00e9s avec nous&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;(p. 160)&nbsp;; Tremblay \u00ab&nbsp;fraternise&nbsp;\u00bb avec ces deux m\u00e9decins (17 septembre 1916, p. 163).<\/p>\n<p>Comme beaucoup d&rsquo;autres t\u00e9moins, il arrive \u00e0 Tremblay de plaindre l&rsquo;ennemi&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] je plains presque les Boches qui se font massacrer, comme nous un jour&#8230; Ce trouble n&rsquo;a cependant pas \u00e9t\u00e9 de longue dur\u00e9e et nous avons suivi cette op\u00e9ration avec le plus grand int\u00e9r\u00eat&#8230;&nbsp;\u00bb (28 avril 1917, p. 207).<\/p>\n<p><strong>Autres contacts furtifs&nbsp;avec l&rsquo;ennemi&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Saint-Sylvestre&nbsp;1915 : \u00ab&nbsp;\u00c0 minuit ce soir nous entendons chanter dans les lignes allemandes, et certains instruments de musique. Les Boches f\u00eatent la nouvelle ann\u00e9e, mais du moment qu&rsquo;ils se montrent la t\u00eate pardessus le parapet, nous les saluons par une vol\u00e9e et avec nos mitrailleuses&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> janvier 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;artillerie a \u00e9t\u00e9 assez active, cependant l&rsquo;infanterie n&rsquo;a pas tir\u00e9 un seul coup de feu. Le soldat Brunelle qui fait de l&rsquo;observation pour la brigade a travers\u00e9 le No Man&rsquo;s Land froidement en plein jour. Il a caus\u00e9 pendant quelques instants avec les Boches, il nous est revenu charg\u00e9 de boutons, badges, etc. ce qui identifie l&rsquo;ennemi en face de nous. Son but \u00e9tait de reconna\u00eetre un endroit dans la tranch\u00e9e ennemie que nous soup\u00e7onnons pr\u00e8s du Petit Bois. Il rapporte l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un puits \u00e0&nbsp; cet endroit probablement une mine. Brunelle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s hardi, il l&rsquo;a fait dans un bon but&nbsp;; cependant, il est sous arr\u00eat ce soir. Il lui fallait une autorisation&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Un <strong>propos d\u00e9sabus\u00e9 sur la guerre<\/strong> : \u00ab&nbsp;On me rapporte que la brigade compte \u00e0 peine la valeur d&rsquo;un bataillon. Enfin une \u00e8re de folie r\u00e8gne en Europe&nbsp;: il est impossible de raisonner les causes de tels sacrifices. On se fiche tout simplement de la logique, on ne raisonne pas.&nbsp;\u00bb (26 octobre 1916, p. 178)&nbsp;; d&rsquo;autres notations contredisent ce je m&rsquo;en foutisme.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9volte contre les attaques \u00ab&nbsp;criminelles&nbsp;\u00bb<\/strong> : ce matin, nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins d&rsquo;une sc\u00e8ne terrible, criminelle&#8230; Il y a des centaines de morts, et de bless\u00e9s dans la No Man&rsquo;s Land et jusque dans les fils barbel\u00e9s allemands. Les survivants de ce massacre nous racontent qu&rsquo;ils ont subi un bombardement terrible avant l&rsquo;attaque, et que pendant l&rsquo;attaque, ils ont march\u00e9 sous un feu intense de mitrailleuses. Ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se rendre aux tranch\u00e9es allemandes les ont trouv\u00e9es remplies de Boches pr\u00eats \u00e0 les recevoir au bout de la ba\u00efonnette. Vers les 10 heures du matin, un colonel Bavarois a offert <strong>un armistice<\/strong> de quelques heures qui a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 afin de permettre l&rsquo;\u00e9vacuation des bless\u00e9s. Les Allemands transportent nos bless\u00e9s jusqu&rsquo;au milieu du No Man&rsquo;s Land o\u00f9 nos hommes vont les chercher&#8230;&nbsp;\u00bb (28 f\u00e9vrier 1917, p. 194)<\/p>\n<p><strong>La discipline&nbsp;: a<\/strong>pr\u00e8s Courcelette, et pendant son cong\u00e9 de maladie, Tremblay ne cesse de prendre des nouvelles de son bataillon&nbsp;; il s&rsquo;inqui\u00e8te \u00e0 plusieurs reprises d&rsquo;un rel\u00e2chement de la discipline&nbsp;attribu\u00e9 aux renforts venus combler les pertes caus\u00e9es au bataillon et \u00e0 la pr\u00e9sence de \u00ab&nbsp;femmes l\u00e9g\u00e8res&nbsp;\u00bb (14 novembre 1916, p. 179)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le nouveau bataillon a dans ses cadres un trop grand nombre d&rsquo;hommes plut\u00f4t d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, qui n&rsquo;ont pas l&rsquo;esprit de corps que nous avions d\u00e9velopp\u00e9 chez nos hommes jusqu&rsquo;\u00e0 Courcelette&nbsp;\u00bb&nbsp;; le bataillon est alors \u00e0 Bully-Grenay \u00e0 quelques milles au nord de Lens. Ce secteur est tr\u00e8s tranquille et les pertes sont l\u00e9g\u00e8res. Fosse 10 o\u00f9 le bataillon va cantonner quand il est en r\u00e9serve a trop d&rsquo;attraction et cause toujours beaucoup d&rsquo;ennui&nbsp;\u00bb (20-31 d\u00e9cembre 1916, p. 185)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le 9 janvier [1917] j&rsquo;ai pass\u00e9 mon deuxi\u00e8me examen m\u00e9dical et me suis fait d\u00e9clarer \u00ab\u00a0fit\u00a0\u00bb [apte au service] quoique je ne sois pas compl\u00e8tement gu\u00e9ri, \u00e9tant encore sous traitement. Il y a <strong>beaucoup d&rsquo;absences sans permission au 22<sup>e<\/sup><\/strong> et le g\u00e9n\u00e9ral Turner est anxieux que je retourne en France au plus vite&nbsp;\u00bb (p 187). Une lettre qui valut \u00e0 son auteur 4 mois de travaux forc\u00e9s apporte d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;explication&nbsp;: le soldat exprime le sentiment d&rsquo;abandon ressenti par les hommes quand des chefs comme Tremblay s&rsquo;absentent durablement du bataillon&nbsp;; les nouveaux chefs n&rsquo;ont pas l&rsquo;aura ni la r\u00e9putation de comp\u00e9tence de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs&nbsp;; enfin, la col\u00e8re contre les Anglais est toujours l\u00e0&nbsp;; les Canadiens ont le sentiment d&rsquo;\u00eatre syst\u00e9matiquement sacrifi\u00e9s aux missions les plus meurtri\u00e8res par le commandement britannique (<em>Cf.<\/em> extrait de lettre, p. 192).<\/p>\n<p><strong>Reprise en mains du bataillon<\/strong> : \u00ab&nbsp;inspection minutieuse du bataillon, qui n&rsquo;est pas du tout satisfaisante, suivie d&rsquo;instructions s\u00e9v\u00e8res sur la tenue, la discipline, l&rsquo;\u00e9quipement, les absences sans permissions. L&rsquo;esprit de corps si remarquable au 22<sup>e<\/sup> avant la Somme n&rsquo;existe pas, il faut de toute n\u00e9cessit\u00e9 le ressusciter&nbsp;\u00bb (2 mars 1917)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Exercices toute la journ\u00e9e en vue de raidir la discipline. Inspection&#8230; [&#8230;] R\u00e9union sp\u00e9ciale des officiers [&#8230;] Instructions s\u00e9v\u00e8res rappelant aux officiers le devoir de chacun, attirant leur attention sur l&rsquo;\u00e9tat pitoyable du bataillon, leur indiquant les moyens \u00e0 prendre pour rem\u00e9dier \u00e0 cet \u00e9tat de choses et les avertissant que des mesures s\u00e9v\u00e8res seront prises contre les officiers ne remplissant pas leurs fonctions pleinement&nbsp;\u00bb (3 mars 1917)&nbsp;; deux soldats ex\u00e9cut\u00e9s le 3 juillet 1917 (on peut noter le silence de Tremblay sur ce point)&nbsp;; la reprise en mains continue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Messe \u00e0 11 hrs ce matin sur la lisi\u00e8re du bois de Riaumont. Le sermon est fait par le major Fortier qui, sur ma demande, traite des absences sans permission qui sont encore nombreuses. Apr\u00e8s la messe, je parle au bataillon moi-m\u00eame sur ce sujet indiquant aux hommes la gravit\u00e9 de cette offense, et les peines terribles encourues par ceux qui s&rsquo;absentent sans permission. \u00c0 l&rsquo;avenir tous les absents sans permission seront traduits devant une cour martiale pour la premi\u00e8re offense. Trop de braves gens ont sacrifi\u00e9 leur vie pour l&rsquo;honneur de leur bataillon pour qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui on permette \u00e0 quelques insoumis de le d\u00e9shonorer. Le sermon du p\u00e8re Fortier a cr\u00e9\u00e9 une forte impression sur tous les membres du bataillon. Un grand nombre de femmes de m\u0153urs tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8res sont la cause du mal&nbsp;: la grande majorit\u00e9 du bataillon se comporte tr\u00e8s bien. C&rsquo;est le petit nombre qui nous cause tous ces ennuis&nbsp;\u00bb (15 juillet 1917, p. 222-223). Autres silences sur l&rsquo;ex\u00e9cution de deux soldats le 3 juillet 1917, jug\u00e9s coupables de d\u00e9sertion&nbsp;; et sur celle d&rsquo;un autre (ex\u00e9cut\u00e9 le 15 mars 1918)&nbsp;;<\/p>\n<p>En permission \u00e0 <strong>Paris<\/strong> : \u00ab&nbsp;Nous n&rsquo;avons pas tous le m\u00eame sort. Quel contraste entre la vue d&rsquo;ici et celle du front. M\u00eame en temps de paix, je ne d\u00e9sirerais rien de mieux que de passer ma vie ici au grand Op\u00e9ra ce soir.&nbsp;\u00bb (26 mai 1916)&nbsp;; Tremblay passera plusieurs permissions \u00e0 Paris, ville qu&rsquo;il affectionne particuli\u00e8rement. Tremblay assiste aux fun\u00e9railles de Galli\u00e9ni (1<sup>er<\/sup> juin 1916)&nbsp;; nouvelles notes sur les <strong>Parisiens<\/strong>, le 24 novembre 1916&nbsp;: \u00ab J&rsquo;avoue que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 grandement surpris, et que je n&rsquo;aurais jamais cru que les Fran\u00e7ais aient pu devenir si froids&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 182). Apprenant le succ\u00e8s de Verdun&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le peuple lisait les placards sur les boulevards, et tout naturellement, sans la moindre \u00e9motion visible, t\u00e9moignait froidement de son contentement. \u00ab\u00a0On les aura\u00a0\u00bb, \u00e9tait le dicton populaire&#8230; \u00ab\u00a0Un corps d&rsquo;arm\u00e9e de moins\u00a0\u00bb, disaient d&rsquo;autres&#8230; et ainsi de suite R\u00e9ellement j&rsquo;aime bien les Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb (p. 182)<\/p>\n<p>Tremblay poursuit ce qu&rsquo;il appelle son analyse du moral des Parisiens qu&rsquo;il assimile aux Fran\u00e7ais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Fran\u00e7ais suivent la guerre de tr\u00e8s pr\u00e8s, ce qui est bien naturel car chaque jour des centaines des leurs se font hacher par la mitraille. Ils r\u00e9alisent [comprennent] qu&rsquo;ils leur faut gagner cette guerre ou devenir les esclaves des Allemands. Les Fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8rent la mort, si [&#8230;] la ruine totale de leur pays, \u00e0 l&rsquo;esclavage&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; on se gardera de tirer des conclusions g\u00e9n\u00e9rales de ces affirmations&nbsp;; comme de nombreuses autres du m\u00eame type, cette analyse ne vaut que pour l&rsquo;\u00e9troit milieu fr\u00e9quent\u00e9 par Tremblay durant sa convalescence&nbsp;et nous renseigne assez peu sur le moral et les sentiments des Fran\u00e7ais&nbsp;; dans quelques mois, de nombreux Fran\u00e7ais vont d&rsquo;ailleurs apporter un cinglant d\u00e9menti \u00e0 l&rsquo;affirmation selon laquelle ils \u00ab&nbsp;pr\u00e9f\u00e8rent la mort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Femmes&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Les hommes sont cantonn\u00e9s la majorit\u00e9 dans des granges couchant sur la paille. Les officiers sont dans des maisons couchant dans des lits. Quel luxe&nbsp;!&nbsp;! On sent que tout le monde est heureux et il fait tellement beau&nbsp;; nous sommes dans la pleine campagne, et jouissons de la plus grande tranquillit\u00e9 sans responsabilit\u00e9 etc., etc. Les jeunes femmes et les jeunes filles sont tr\u00e8s recherch\u00e9es. Elles sont presque toutes tr\u00e8s laides, cependant nous sommes aveugl\u00e9s, nous les trouvons tr\u00e8s bien&nbsp;!&nbsp;! Elles nous rappellent de si bon souvenirs&#8230; ne reverra-t-on jamais le pays&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;! C&rsquo;est tr\u00e8s amusant de voir l&#8217;empressement de tous ces hommes \u00e0 vouloir rendre service, se rendre utiles \u00e0 nos cousins de France&nbsp;; attraper un regard, un sourire&#8230; Enfin ils sont comme le chien fid\u00e8le qui regarde son ma\u00eetre pr\u00eat \u00e0 tout faire pour lui procurer son attachement. Ces sentiments sont bien compr\u00e9hensibles&nbsp;; car ces hommes ont v\u00e9cu une vie qui n&rsquo;est pas humaine et le contraste est tellement grand&#8230;&nbsp;\u00bb (2 juin 1917, p. 213)<\/p>\n<p><strong>Maladies v\u00e9n\u00e9riennes<\/strong> (9 ao\u00fbt 1917, p. 227)&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Femmes fantasm\u00e9es<\/strong> : \u00ab&nbsp;[&#8230;] presque toutes nos tranch\u00e9es portent le nom des actrices les plus populaires en Angleterre. J&rsquo;ai visit\u00e9 aujourd&rsquo;hui Piggy-Gaby-Gladdys-Doris-Dorothy-Doris [&#8230;] Les dug-outs sont remplis de photos, de ces fameuses artistes, dans leurs poses les plus populaires&nbsp;; ce sont des reines muettes qui se font faire la cour par les centaines d&rsquo;hommes qui se succ\u00e8dent sans interruption jour et nuit&#8230;&nbsp;\u00bb (21 septembre 1917, p.240)<\/p>\n<p>D\u00e9but novembre 1917, attaque de Passchendaele dans une mer de boue&nbsp;; de nombreuses pertes&nbsp;mais le 22<sup>e<\/sup> bataillon ne prend pas part \u00e0 l&rsquo;attaque; Tremblay visite un h\u00f4pital&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plusieurs officiers [bless\u00e9s] me souhaitent la chance qu&rsquo;ils ont eue \u00ab\u00a0un beau blighty\u00a0\u00bb [\u00e9quivalent de la fine blessure, suffisante pour \u00eatre \u00e9vacu\u00e9, mais \u00e0 la gravit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e]&nbsp;\u00bb (6 novembre 1917, p. 247)<\/p>\n<p><strong>Tir \u00ab&nbsp;ami&nbsp;\u00bb de l&rsquo;artillerie<\/strong> (p. 265)<\/p>\n<p><strong>Angoisse<\/strong> perceptible lorsque se d\u00e9clenche <strong>l&rsquo;offensive allemande<\/strong> : \u00ab&nbsp;l&rsquo;avance allemande est ph\u00e9nom\u00e9nal&nbsp;\u00bb (23 mars)&nbsp;; \u00ab&nbsp;leur offensive a \u00e9t\u00e9 formidable, elle a pratiquement annihil\u00e9 la 5<sup>e<\/sup> Arm\u00e9e anglaise. La situation est grave&nbsp;; nous nous attendons de partir d&rsquo;un moment \u00e0 l&rsquo;autre pour le th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 se joue probablement la partie d\u00e9cisive&nbsp;\u00bb (25 mars 1918)<\/p>\n<p><strong>Propagande<\/strong> : prises de vues sc\u00e9nographi\u00e9es pour les actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques (2 juin 1918, p. 278).<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, octobre 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin Thomas-Louis Tremblay est n\u00e9 le 16 mai 1886 \u00e0 Chicoutimi (Qu\u00e9bec)&nbsp;; p\u00e8re capitaine de navire&nbsp;; pendant ses \u00e9tudes secondaires, Thomas-Louis Tremblay&nbsp; est simple soldat dans la milice de L\u00e9vis. 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