{"id":177,"date":"2008-10-06T16:13:14","date_gmt":"2008-10-06T15:13:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/06\/lecompt-andree-1903-1998\/"},"modified":"2021-09-09T17:19:19","modified_gmt":"2021-09-09T16:19:19","slug":"lecompt-andree-1903-1998","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/06\/lecompt-andree-1903-1998\/","title":{"rendered":"Lecompt, Andr\u00e9e (1903-1998)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Andr\u00e9e, Elodie, Irma Lecompt est n\u00e9e \u00e0 Vendegies-sur-Ecaillon (arrondissement de Cambrai, Nord) le 16 f\u00e9vrier 1903. Son p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9decin \u00e0 Vendegies, un notable, conseiller municipal. Sa m\u00e8re \u00e9tait \u00e9galement issue d&rsquo;une famille ais\u00e9e. Andr\u00e9e est la troisi\u00e8me et derni\u00e8re enfant du couple apr\u00e8s Suzanne (n\u00e9e en 1899) et Charles (n\u00e9 en 1901). Il est important de souligner qu&rsquo;elle a 11 ans en 1914 et 16 ans en 1919. Apr\u00e8s la guerre, elle \u00e9pousera en 1928 le docteur Raison, successeur de son p\u00e8re. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 6 novembre 1998.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Sur le conseil de sa m\u00e8re, elle tient un journal personnel \u00e0 partir du 29 novembre 1914. Regrettant de ne pas l&rsquo;avoir commenc\u00e9 plus t\u00f4t, elle va rajouter la page \u00ab 25 ao\u00fbt 1914 \u00bb, r\u00e9cit de l&rsquo;entr\u00e9e des Allemands dans le village. Elle n&rsquo;\u00e9crit pas entre le 25 d\u00e9cembre 1914 et le 18 mars 1915, \u00ab interruption due \u00e0 la paresse de l&rsquo;auteur \u00bb, signale-t-elle avec humour. Par la suite, les notes sont r\u00e9guli\u00e8res, plus longues vers la fin. Le journal 1914-1919 occupe deux cahiers au format \u00e9colier, \u00e9crits \u00e0 l&rsquo;encre. Il va jusqu&rsquo;\u00e0 la signature du trait\u00e9 de Versailles et constitue donc ce qu&rsquo;elle appelle \u00ab mon journal de guerre \u00bb. Elle reprendra la plume de 1920 \u00e0 1929, puis vers la fin de sa vie. Dans les ann\u00e9es 1980, elle \u00e9crit un r\u00e9sum\u00e9 de la p\u00e9riode de guerre contenant quelques compl\u00e9ments.<\/p>\n<p>Fanny Macary a travaill\u00e9 sur le texte d&rsquo;Andr\u00e9e Lecompt et a r\u00e9alis\u00e9 <em>Journal d&rsquo;une jeune fille sous l&rsquo;occupation (1914-1919),<\/em> m\u00e9moire de ma\u00eetrise, universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, 2003, 176 pages, illustrations. Le m\u00e9moire replace le journal dans son contexte (l&rsquo;\u00e9criture de soi, la guerre, la r\u00e9gion, l&rsquo;enfance), en donne une analyse pr\u00e9cise et fournit un pr\u00e9cieux index th\u00e9matique. Un deuxi\u00e8me volume de 159 pages donne la transcription int\u00e9grale du journal. Celui-ci avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 par le petit-fils d&rsquo;Andr\u00e9e pour que soit \u00e9tudi\u00e9e une \u00e9ventuelle publication. Elle appara\u00eet souhaitable, mais n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par la famille.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>La vie sous l&rsquo;occupation a ses th\u00e8mes r\u00e9currents. Ce sont d&rsquo;abord les r\u00e9quisitions, accompagn\u00e9es de fouilles pour d\u00e9couvrir ce que la population a cach\u00e9. Andr\u00e9e est bien plac\u00e9e pour d\u00e9crire, par exemple, la \u00ab journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9motion et de vive inqui\u00e9tude \u00bb du 2 novembre 1917, lorsque la maison, la cour et le jardin sont pass\u00e9s au peigne fin. Les Allemands d\u00e9couvrent des pommes, de la laine, du beurre, des bouteilles de vin, mais \u00ab nos deux plus importantes cachettes de vin et de cuivre leur \u00e9chapp\u00e8rent \u00bb. \u00ab Je reviendrai \u00bb, conclut le brigadier. Il faut aussi loger des ennemis. La maison \u00e9tant confortable, ce sont principalement des officiers. La population est sous surveillance ; il faut un passeport pour se d\u00e9placer ; lorsque l&rsquo;on est pris sans cette pi\u00e8ce, on doit payer l&rsquo;amende ou faire de la prison. Des habitants sont r\u00e9quisitionn\u00e9s pour le travail obligatoire. Les denr\u00e9es se font rares, les prix augmentent. La survie est difficile. L&rsquo;aide am\u00e9ricaine ne suffit pas. Le probl\u00e8me du ravitaillement va subsister apr\u00e8s l&rsquo;armistice.<\/p>\n<p>L&rsquo;information est entre les mains des Allemands. Ils diffusent <em>La Gazette des Ardennes<\/em> qui \u00ab ne nous donne que de mauvaises nouvelles et papa est sombre et d\u00e9courag\u00e9 chaque fois qu&rsquo;il la parcourt \u00bb. On apprend qu&rsquo;une grande bataille se d\u00e9roule \u00e0 Verdun, puis que la Russie a d\u00e9pos\u00e9 les armes. L&rsquo;offensive allemande du printemps 1918 est confirm\u00e9e par le passage des troupes, croyant arriver \u00e0 Paris (mars), puis d\u00e9courag\u00e9es par les \u00e9normes pertes (avril). Le probl\u00e8me de la correspondance est moins aigu que dans les cas d&rsquo;Albert Denisse et de Maurice Delmotte (voir ces noms) puisque toute la famille Lecompt est rest\u00e9e \u00e0 Vendegies. Andr\u00e9e exprime cependant son angoisse car on n&rsquo;a pas de nouvelles de son parrain, soldat dans l&rsquo;infanterie fran\u00e7aise. Pour correspondre indirectement, il faut passer par un interm\u00e9diaire hollandais, par la Suisse ou par les \u00e9vacu\u00e9s vers la France.<\/p>\n<p>Le journal d&rsquo;Andr\u00e9e Lecompt a cependant des couleurs particuli\u00e8res. Elle condamne l&rsquo;occupation \u00e0 plusieurs reprises : \u00ab Quels tracas ils nous causent ces maudits \u00eatres, et quand serons-nous d\u00e9barrass\u00e9s d&rsquo;eux ? \u00bb (13 avril 1915). \u00ab Quand donc serons-nous d\u00e9livr\u00e9s de ces barbares ? Car, bien qu&rsquo;ils s&rsquo;en d\u00e9fendent \u00e9nergiquement, les Allemands en g\u00e9n\u00e9ral sont des Barbares ! \u00bb (2 octobre 1915). \u00ab Quand donc reverrons-nous nos petits soldats et n&rsquo;aurons-nous plus devant les yeux ces capotes grises ? \u00bb (4 mai 1916). Certains locataires se conduisent mal ; ils sont grossiers ou tr\u00e8s froids. Mais la majorit\u00e9 laisse une bonne impression. La musique peut \u00eatre un lien. En mai 1915, un motocycliste est jug\u00e9 \u00ab tr\u00e8s gentil \u00bb. Bient\u00f4t il est appel\u00e9 par son pr\u00e9nom, Alfred, et les services qu&rsquo;il rend sont appr\u00e9ci\u00e9s. Le 8 d\u00e9cembre 1915, Andr\u00e9e note : \u00ab Alfred est un peu inquiet en ce moment car tous les Allemands qui ne se trouvent pas sur le front doivent passer une revue m\u00e9dicale. On choisit les mieux constitu\u00e9s pour les envoyer dans l&rsquo;infanterie. Souhaitons qu&rsquo;il ne soit pas pris ! \u00bb D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, vivant au contact des Allemands, on apprend leurs difficult\u00e9s et celles de leurs familles qui ont faim. Les soldats sont tristes de devoir partir pour le front ; ils souhaitent la fin de la guerre : \u00ab Les soldats viennent du front et sont d\u00e9courag\u00e9s. Ils ne demandent qu&rsquo;une chose, c&rsquo;est que la guerre finisse bien vite \u00e0 n&rsquo;importe quel prix. Ils disent que la vie dans les tranch\u00e9es par ces temps d&rsquo;hiver est terrible \u00bb (16 janvier 1917). D\u00e9but 1918, <em>La Gazette de Cologne<\/em> ne cache pas qu&rsquo;il y a des gr\u00e8ves en Allemagne, et Andr\u00e9e \u00e9crit : \u00ab Le peuple est \u00e0 bout, il ne veut plus continuer la guerre. L&rsquo;\u00e9tat moral des soldats est maintenant frappant. Les officiers eux-m\u00eames ne craignent plus de montrer leur lassitude et ceux-ci sont les premiers qui parlent de la guerre avec tant de d\u00e9couragement, ils d\u00e9testent les hautes t\u00eates qui ont en main la direction des affaires et ils r\u00e9clament la paix \u00e0 tout prix. \u00bb<\/p>\n<p>La jeunesse d&rsquo;Andr\u00e9e aura \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des ann\u00e9es d&rsquo;ennui, d&rsquo;angoisse pour des \u00eatres chers : son parrain soldat qui conna\u00eet la m\u00eame vie que celle que d\u00e9crivent les Allemands ;  pour son p\u00e8re pris en otage en d\u00e9cembre 1917, mais rapidement lib\u00e9r\u00e9 ; pour sa m\u00e8re, prise \u00e0 son tour en otage en janvier 1918, envoy\u00e9e en Allemagne et qui ne reviendra qu&rsquo;en juillet. N&rsquo;oublions pas le fond sonore que constitue la canonnade. D\u00e8s le 18 d\u00e9cembre 1914, elle note : \u00ab Journ\u00e9e calme et monotone. Seul le canon vient nous rappeler que nous sommes en guerre. \u00bb Puis, le 30 juin 1916 : \u00ab Toujours le canon. Le jour, la nuit, on entend sa lugubre musique. \u00bb En septembre 1918, \u00ab la canonnade est furieuse et semble se rapprocher \u00bb : c&rsquo;est le signe que les Alli\u00e9s avancent. Vendegies est alors \u00e9vacu\u00e9 et commence une vie errante avec la \u00ab menace de mort suspendue au-dessus de la t\u00eate \u00bb, qui est le bombardement de plus en plus intense. Il faut alors vivre comme des mendiants ; heureusement, le docteur Lecompt a un bon r\u00e9seau de relations. Les Anglais arrivent ; on peut bient\u00f4t rentrer \u00e0 la maison. Le 16 f\u00e9vrier 1919, Andr\u00e9e \u00e9crit : \u00ab J&rsquo;ai aujourd&rsquo;hui 16 ans. Combien je me r\u00e9jouis de ne pas \u00eatre plus \u00e2g\u00e9e, au moins je pourrai jouir encore longtemps de mes belles ann\u00e9es et rattraper mon bonheur perdu depuis quatre ann\u00e9es si longues. \u00bb En mars elle lit <em>Le Feu<\/em> de Barbusse qui la remplit, dit-elle, \u00ab d&rsquo;horreur et de piti\u00e9 \u00bb. En avril elle d\u00e9crit un groupe de \u00ab prisonniers boches \u00bb \u00e0 l&rsquo;aspect mis\u00e9rable, tristes, affam\u00e9s et ajoute : \u00ab Ce sont nos ennemis, par eux nous avons bien souffert, et malgr\u00e9 cela on a le c\u0153ur empli de piti\u00e9 en pensant \u00e0 leur malheur, eux qui ne peuvent penser \u00e0 revoir leurs familles maintenant et qui m\u00e8nent une vie mis\u00e9rable et sans libert\u00e9. \u00bb Enfin, le 28 juin 1919, la paix est sign\u00e9e et le \u00ab journal de guerre \u00bb d&rsquo;Andr\u00e9e Lecompt se termine.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, octobre 2008<\/p>\n<p>Compl\u00e9ment&nbsp;: D&rsquo;apr\u00e8s <em>La Voix du Nord <\/em>du 17 d\u00e9cembre 2014, un livre, <em>Andr\u00e9e Lecompt, mon journal<\/em>, aurait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par R\u00e9gine Meunier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Andr\u00e9e, Elodie, Irma Lecompt est n\u00e9e \u00e0 Vendegies-sur-Ecaillon (arrondissement de Cambrai, Nord) le 16 f\u00e9vrier 1903. Son p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9decin \u00e0 Vendegies, un notable, conseiller municipal. Sa m\u00e8re \u00e9tait \u00e9galement issue d&rsquo;une famille ais\u00e9e. 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