{"id":178,"date":"2008-10-12T14:36:39","date_gmt":"2008-10-12T13:36:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/12\/henin-onezime-1863-1944\/"},"modified":"2021-09-09T17:19:28","modified_gmt":"2021-09-09T16:19:28","slug":"henin-onezime-1863-1944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/12\/henin-onezime-1863-1944\/","title":{"rendered":"H\u00e9nin, On\u00e9zime (1863-1944)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1863 \u00e0 Ambleny dans l&rsquo;Aisne, village situ\u00e9 \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;ouest de Soissons dans lequel On\u00e9zime H\u00e9nin r\u00e9sidera jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, en avril 1944.<\/p>\n<p>Cadet d&rsquo;une famille assez ais\u00e9e de six enfants dont le p\u00e8re \u00e9tait ma\u00e7on. Fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole primaire jusqu&rsquo;\u00e0 14 ans puis entre en apprentissage dans l&rsquo;entreprise paternelle. Ce n&rsquo;est pas un intellectuel mais un curieux&nbsp;: il observe et note ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme les \u00e9v\u00e9nements de la vie de son village durant la guerre.<\/p>\n<p>Sculpteur amateur, il consacre son talent \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;autels d&rsquo;\u00e9glise, de calvaires ou de tombes. Culture religieuse fortement teint\u00e9e de superstition. Il pratique r\u00e9guli\u00e8rement et fr\u00e9quente assid\u00fbment l&rsquo;\u00e9glise de son village.<\/p>\n<p>Se marie en 1884 avec St\u00e9phanie H\u00e9cart, \u00e9galement fille de ma\u00e7on. Le couple eut deux enfants dont un seul surv\u00e9cut.&nbsp;Il parvient \u00e0 s&rsquo;enrichir du fruit de son travail et semble tr\u00e8s attach\u00e9 aux valeurs traditionnelles&nbsp;: le travail, la religion et l&rsquo;attachement \u00e0 la vie locale. D\u00e8s avant la guerre, les H\u00e9nin peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une famille ais\u00e9e d&rsquo;Ambleny o\u00f9 ils poss\u00e8dent plusieurs maisons et de nombreuses terres. Bien qu&rsquo;\u00e9tant ma\u00e7on de m\u00e9tier, son horizon culturel demeure avant tout celui d&rsquo;un homme de la terre.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><em>Ambleny, le temps d&rsquo;une guerre. Journal d&rsquo;On\u00e9zime H\u00e9nin (1914-1918), <\/em>Soci\u00e9t\u00e9 arch\u00e9ologique, historique et scientifique de Soissons, 1993, 224 p. (avant-propos et introduction de Robert Attal et Denis Rolland).<\/p>\n<p>Le journal &#8211; du fait du caract\u00e8re redondant des notes au jour le jour &#8211; n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en entier.<\/p>\n<p>Des annexes sont consacr\u00e9es aux combats de mai \u00e0 juillet 1918 dans la r\u00e9gion d&rsquo;Ambleny (pp 211-222)<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage est illustr\u00e9 de cartes, photographies et documents d&rsquo;archives \u00e9voquant le secteur.<\/p>\n<p>Le journal est commenc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre (25 juillet 1914). Son auteur semble \u00eatre rapidement conscient qu&rsquo;il va \u00eatre t\u00e9moin d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements importants. Il s&rsquo;arr\u00eate peu apr\u00e8s la fin du conflit, le 31 d\u00e9cembre 1918. Seuls deux rajouts non publi\u00e9s mentionnent tr\u00e8s bri\u00e8vement des \u00e9v\u00e9nements \u00e9voquant le mois de janvier 1919.<\/p>\n<p>A noter que l&rsquo;auteur ajoutera \u00e0 la fin (non publi\u00e9e) de son journal un r\u00e9pertoire de 613 noms de soldats, tomb\u00e9s pour l&rsquo;essentiel en juin et juillet 1918 et dont les corps ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s sommairement \u00e0 Ambleny ou dans ses environs.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Le t\u00e9moin demeure \u00e0 Ambleny durant toute la dur\u00e9e du conflit, \u00e0 l&rsquo;exception de la p\u00e9riode du 30 mai au 25 ao\u00fbt 1918 durant laquelle les habitants du village sont \u00e9vacu\u00e9s par ordre de l&rsquo;autorit\u00e9 militaire.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un t\u00e9moignage de premi\u00e8re main, \u00e9crit par un homme simple mais bon observateur du quotidien des civils et des militaires r\u00e9sidant ou venus au repos dans ce village de l&rsquo;imm\u00e9diat arri\u00e8re front. Ses notations, souvent r\u00e9p\u00e9titives, ne sont jamais pour autant abandonn\u00e9es ou r\u00e9duites \u00e0 leur plus simple expression. L&rsquo;aspect local de la guerre est toujours privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n<p>O. H\u00e9nin ne s&rsquo;interroge jamais sur les causes de l&rsquo;irruption du conflit ni m\u00eame sur sa port\u00e9e dans le temps. Que cette guerre devienne mondiale et totale semble compl\u00e8tement lui \u00e9chapper. A l&rsquo;instar de l&rsquo;agriculteur confront\u00e9 \u00e0 une catastrophe naturelle in\u00e9vitable, il d\u00e9crit presque au jour le jour les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;un quotidien qui devient au fil des mois empreint d&rsquo;une banalit\u00e9 sinistre mais in\u00e9luctable. La guerre est l\u00e0, il faut donc faire avec&#8230; Il s&rsquo;agit avant tout de faire face, tout en s&rsquo;effor\u00e7ant de poursuivre au mieux ses activit\u00e9s du temps de paix. Deux b\u00e9mols dans cette attitude&nbsp;de r\u00e9signation face \u00e0 la guerre : le sort du fils unique parti sur le front et, avec le temps, l&rsquo;apparition de frictions et de tensions entre civils et militaires (chapardages et ivrognerie des troupes, conflits avec les autorit\u00e9s militaires lorsque des pratiques commerciales se mettent en place entre les civils du cru et les militaires).<\/p>\n<p>Son t\u00e9moignage repose pour l&rsquo;essentiel sur des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il a vus ou qui lui ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s directement par des soldats qu&rsquo;il a crois\u00e9s dans son village natal lors des rel\u00e8ves de r\u00e9giments. Il fait souvent preuve de discernement lorsque les d\u00e9clarations des uns et des autres s&rsquo;apparentent \u00e0 des rumeurs sans fondement.<\/p>\n<p>Ambleny, situ\u00e9 \u00e0 moins de 3 km du front, subit jusqu&rsquo;en mars 1917 des bombardements sporadiques. Ce village se retrouvera en premi\u00e8re ligne au moment des combats de&nbsp; juin et juillet 1918. A cette \u00e9poque le village est compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9. O. H\u00e9nin n&rsquo;y fait un retour d\u00e9finitif qu&rsquo;\u00e0 partir du 25 ao\u00fbt pour y constater l&rsquo;ampleur des destructions.<\/p>\n<p>P 22&nbsp;: 25 juillet 1914, le t\u00e9moin entend parler pour la premi\u00e8re fois par son fils Gaston de l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;une guerre. Il demeure assez incr\u00e9dule et poursuit ses travaux aux champs. Son indiff\u00e9rence choque son fils,&nbsp;permissionnaire : \u00ab&nbsp;(&#8230;) Gaston n&rsquo;\u00e9tait pas content de moi car je ne prenais pas fait et cause de sa situation et qu&rsquo;il se rappellerait longtemps de mon insouciance.\u00bb<\/p>\n<p>On notera ici que la perception de l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de la guerre diff\u00e8re en fonction des g\u00e9n\u00e9rations. Cet aspect \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rationnel&nbsp;\u00bb dans la perception du conflit se poursuivra durant toute la guerre (voir par exemple chez Gabriel Chevalier dans <em>La peur<\/em>).<\/p>\n<p>P 23&nbsp;: 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, \u00ab&nbsp;L&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 5 heures on sonne la grosse cloche \u00e0 Ambleny, c&rsquo;est un triste moment \u00e0 passer, tout le monde quitte le travail pour rentrer \u00e0 la maison, les gens font des provisions \u00e0 l&rsquo;\u00e9picerie (&#8230;)&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 23&nbsp;: 2 ao\u00fbt, d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 du fils Gaston pour le front. Crise de nerfs du p\u00e8re qui n&rsquo;a pu revoir son fils.<\/p>\n<p>La famille re\u00e7oit rapidement une assez importante correspondance de ce fils unique, du moins dans un premier temps.<\/p>\n<p>P 24&nbsp;: 6 ao\u00fbt, premi\u00e8res rumeurs sur les atrocit\u00e9 allemandes en Belgique. Arriv\u00e9e de r\u00e9fugi\u00e9s en provenance de la r\u00e9gion de Verdun.<\/p>\n<p>P 25&nbsp;: 8 ao\u00fbt, rumeurs qualifi\u00e9es de \u00ab&nbsp;fantaisistes&nbsp;\u00bb par l&rsquo;auteur&nbsp;: Fran\u00e7ais \u00e0 Mulhouse, pertes effroyables dans les unit\u00e9s fran\u00e7aises et allemandes. \u00ab&nbsp;(&#8230;) cela me fait fr\u00e9mir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 27&nbsp;: 16 ao\u00fbt, nombreuse assistance \u00e0 la messe&nbsp;o\u00f9 \u00ab&nbsp;on prie pour les soldats&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>P 29&nbsp;: 24 ao\u00fbt, passage de 3 trains de bless\u00e9s \u00e0 Ambleny, \u00ab&nbsp;nous sommes de plus en plus inquiets.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 30&nbsp;: 29 ao\u00fbt, les Allemands sont dans l&rsquo;Aisne. Passage d&rsquo;\u00e9migr\u00e9s venant de Guise. Passage d&rsquo;avions, \u00ab&nbsp;on sent que la guerre approche.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 31&nbsp;: 30 et 31 ao\u00fbt, arriv\u00e9e des Anglais \u00e0 Ambleny. \u00ab&nbsp;(&#8230;) nous cachons ce que nous voulons pr\u00e9server du pillage, ou des flammes.&nbsp;\u00bb D\u00e9part de certains habitants.<\/p>\n<p>P 36&nbsp;: 1<sup>er<\/sup> et 2 septembre, occupation temporaire du village par les Allemands. Achat des troupes allemandes qui paient en marks. Les habitants \u00ab&nbsp;se racontent les orgies que les Allemands ont faites dans les maisons o\u00f9 il n&rsquo;y avait personne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 37&nbsp;: 3 septembre, retour du maire et r\u00e9quisitions allemandes&nbsp;: \u00ab&nbsp;ils ont pris beaucoup de literie, du linge et un peu de tout.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 38&nbsp;: 5 septembre, retour de certains habitants. Le village se repeuple apr\u00e8s une p\u00e9riode de \u00ab&nbsp;calme \u00e9pouvantable&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>P 38&nbsp;: 6 septembre, reflux des Allemands. Une habitante est mal trait\u00e9e par les Allemands qu&rsquo;elle a voulu exclure de chez elle.<\/p>\n<p>P 39&nbsp;: 7 septembre, reflux de troupes du g\u00e9nie allemand m\u00eal\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9s \u00ab&nbsp;qui ont bien souffert et qui ont la terreur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 40&nbsp;: 10 septembre, \u00ab&nbsp;jour terrible&nbsp;\u00bb, reflux massif de troupes allemandes.<\/p>\n<p>P 40&nbsp;: 12 septembre, arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais. Bombardement du village. Pillages importants accomplis par les troupes allemandes en repli.<\/p>\n<p>P 43-44&nbsp;: 20 septembre, \u00ab&nbsp;grande bataille de Fontenoy&nbsp;\u00bb&nbsp;: offensive des troupes fran\u00e7aises pour prendre pied sur le plateau de Nouvron o\u00f9 les Allemands se sont retranch\u00e9s. Espionite&nbsp;: arrestation d&rsquo;un \u00e9lectricien, ex\u00e9cution de deux habitants de Fontenoy, l&rsquo;un d&rsquo;eux h\u00e9bergeaient des Allemands, un autre aurait fourni les plans des carri\u00e8res de Tartiers aux Allemands.<\/p>\n<p>P 60&nbsp;: 8 octobre, \u00e9vocation par un soldat de 1500 cadavres d&rsquo;Allemands \u00e0 enterrer et qui seraient morts lors des combats autour de la ferme de Confr\u00e9court le 20 septembre.<\/p>\n<p>Pp 60-61&nbsp;: 10 octobre, \u00ab&nbsp;C&rsquo;est d&rsquo;abord Monsieur le Cur\u00e9 qui me dit allez-vous-en, ne venez pas par ici, car on va fusiller deux d\u00e9serteurs. En effet aux Marronniers, quatre compagnies d&rsquo;infanterie sont sur les rangs, les gendarmes vont conduire les deux malheureux dans B\u00e9ron o\u00f9 aura lieu l&rsquo;ex\u00e9cution, les fosses sont faites d&rsquo;avance, ils y seront enterr\u00e9s. Je ne suis pas all\u00e9, c&rsquo;est trop triste.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 61&nbsp;: 15 octobre, interdiction faite \u00e0 des civils de se rendre dans leurs champs&nbsp;: espionite.<\/p>\n<p>P 66&nbsp;: 21 octobre, d\u00e9gradation d&rsquo;un militaire pour vol.<\/p>\n<p>P 69&nbsp;: 23 octobre, un habitant de la commune doit passer en conseil de guerre pour vol.<\/p>\n<p>P 77&nbsp;: 13 novembre, \u00ab&nbsp;On nous dit qu&rsquo;hier nous n&rsquo;avons pas eu de succ\u00e8s parce que le 305<sup>e<\/sup> de ligne n&rsquo;a pas voulu marcher, c&rsquo;est la troisi\u00e8me fois qu&rsquo;ils refusent.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 79&nbsp;: 18 novembre, \u00ab&nbsp;Parmi les soldats qui ont refus\u00e9 de marcher \u00e0 la derni\u00e8re attaque de Fontenoy il y en a quinze en prison qui vont passer en Conseil de Guerre. Ils se sont bless\u00e9s \u00e0 la main gauche pour ne pas marcher.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 80&nbsp;: 24 novembre, \u00ab&nbsp;Maintenant les Fran\u00e7ais bombardent simplement les tranch\u00e9es allemandes sans faire d&rsquo;attaque \u00e0 la ba\u00efonnette car cela faisait mourir trop de monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 92&nbsp;: 8 et 9 janvier 1915, \u00ab&nbsp;J&rsquo;\u00e9coute causer les soldats qui parlent d&rsquo;une attaque mais pas un ne voudra marcher. On peut supposer d&rsquo;avance que ce sera un rat\u00e9, enfin attendons et esp\u00e9rons.&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Chez nous \u00e0 Ambleny, les soldats se montent toujours la t\u00eate au sujet de l&rsquo;attaque qui doit avoir lieu. Ils ne veulent plus marcher du tout. Ces soldats n&rsquo;ont pas de patriotisme, ils ne sont pas courageux, sales dans les cantonnements et n&rsquo;aiment que boire du vin et de la gn\u00f4le.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 94&nbsp;: 21 janvier, \u00ab&nbsp;Un nouvel engin de guerre Allemands (sic) jette la terreur dans les tranch\u00e9es, c&rsquo;est la minenwerfer (sic) qui fait des d\u00e9g\u00e2ts effrayants et rend fous les soldats qui ne sont pas touch\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 104&nbsp;: 26 avril, venue de Poincar\u00e9 et de Joffre \u00e0 Ambleny pour assister \u00e0 une attaque sur le plateau de Nouvron.<\/p>\n<p>P 155&nbsp;: 7 d\u00e9cembre 1916, \u00ab&nbsp;A 9 heures du soir un petit ballon vient atterrir aux Fosses. Il est \u00e9clair\u00e9, la batterie contre avions qui est l\u00e0 l&rsquo;arr\u00eate. Il contient une trentaine de kilos de journaux \u00e9crits en fran\u00e7ais, principalement \u00ab&nbsp;la Gazette des Ardennes&nbsp;\u00bb, des vieux journaux invendus. On y trouve le nom de 70 prisonniers soldats fran\u00e7ais et ces journaux reprochent \u00e0 la France d&rsquo;avoir voulu la guerre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 156&nbsp;: 9 d\u00e9cembre, \u00ab&nbsp;Le 72<sup>e<\/sup> RIT s&rsquo;en va, il est remplac\u00e9 par le 25<sup>e<\/sup> territorial. Les habitants d&rsquo;Ambleny regrettent les hommes mais pas les officiers surtout le colonel que l&rsquo;on appelle \u00ab&nbsp;D\u00e9guisant&nbsp;\u00bb. Il avait la haine apr\u00e8s les commer\u00e7ants, il \u00e9tait plus sauvage que les Boches, il n&rsquo;aimait que les femmes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 166&nbsp;: 18 mars 1917, les Allemands ont quitt\u00e9 le plateau de Nouvron. Repli sur la ligne Hindenburg. \u00ab&nbsp;Dans la matin\u00e9e, on nous dit que les Boches sont partis, qu&rsquo;ils ont abandonn\u00e9 Nouvron, Osly, Cuisy. On n&rsquo;en croit rien. L&rsquo;artillerie lourde du Soulier [hameau d&rsquo;Ambleny] s&rsquo;en va, beaucoup d&rsquo;artillerie s&rsquo;en va toute l&rsquo;apr\u00e8s-midi dans la direction de Fontenoy. On sait que nos troupes sont dans Nouvron et Osly. On entend encore quelques coups de canon mais au loin et un peu dans la direction de Soissons. Je vais b\u00eacher derri\u00e8re la Tour car il fait beau, je vois le soleil luire sur la c\u00f4te de Tartiers et de Cuisy, cela \u00e9motionne en pensant qu&rsquo;ils sont redevenus fran\u00e7ais, et l&rsquo;on esp\u00e8re qu&rsquo;Ambleny ne sera plus bombard\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 169&nbsp;: 20 avril, \u00ab&nbsp;Ici \u00e0 Ambleny une compagnie de for\u00e7ats de la Guyane est log\u00e9e dans un baraquement derri\u00e8re la ferme des Fosses, on dit que c&rsquo;est pour travailler.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 169&nbsp;: 1<sup>er<\/sup> mai, \u00ab&nbsp;Beau temps sec, le canon tonne sur Laffaux, il arrive \u00e0 Ambleny beaucoup de malades. Des S\u00e9n\u00e9galais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 169&nbsp;: 2 mai, \u00ab&nbsp;Toujours du beau temps et du canon du c\u00f4t\u00e9 de Laffaux. Les soldats qui \u00e9taient \u00e0 St Bandry et Pernant [villages proches d&rsquo;Ambleny] s&rsquo;en vont, c&rsquo;est un bon d\u00e9barras pour nous car c&rsquo;\u00e9taient de mauvais sujets, insolents et voleurs. Ils ont pris des poules, des lapins, paons et tout ce qu&rsquo;ils trouvaient. Ils tiraient du revolver, des grenades et m\u00eame de la mitrailleuse. C&rsquo;\u00e9tait la panique dans St Bandry.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 170&nbsp;: 25 mai, \u00ab&nbsp;Ici il y a un grand m\u00e9contentement parmi les soldats, le 228<sup>e<\/sup> qui est \u00e0 St Bandry et ceux du Soulier [un hameau d&rsquo;Ambleny] sont oblig\u00e9s de remonter en ligne au bout de 9 jours de repos, pourtant ils \u00e9taient ici pour 20 jours, ils veulent se r\u00e9volutionner, malgr\u00e9 cela ils partent quand m\u00eame \u00e0 7 heures du soir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 187&nbsp;: 30 mai 1918, \u00ab&nbsp;On re\u00e7oit l&rsquo;ordre d&rsquo;\u00e9vacuer le pays. C&rsquo;est piti\u00e9 de voir les gens quitter leur maison avec une brouette ou un autre v\u00e9hicule. Nous, nous partons avec le camion par Maubrun. Que c&rsquo;est dur de dire au revoir \u00e0 tout ce qu&rsquo;on ne peut emmener de nos maisons. Tous les habitants sont partis aujourd&rsquo;hui, nous, nous l\u00e2chons 48 lapins dans la cour et les chats, cela fait piti\u00e9 de les laisser l\u00e0.&nbsp;\u00bbDans la suite du journal, les lieux d&rsquo;\u00e9vacuation o\u00f9 r\u00e9side la famille sont qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;stations&nbsp;\u00bb comparables \u00e0 celles d&rsquo;un chemin de croix&#8230;<\/p>\n<p>P 198&nbsp;: 5 ao\u00fbt, retour \u00e0 Ambleny. Le village a subi de tr\u00e8s importantes destructions. La famille H\u00e9nin s&rsquo;installe dans l&rsquo;une des ses maisons qui n&rsquo;a pas trop souffert. La principale t\u00e2che sera d\u00e9sormais de sauvegarder et remettre en valeur le patrimoine endommag\u00e9.<\/p>\n<p>P 204&nbsp;: 11 novembre, \u00ab&nbsp;Signature de l&rsquo;armistice, le soir les soldats tirent un feu d&rsquo;artifices, en signe de joie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P 207&nbsp;: 31 d\u00e9cembre, \u00ab&nbsp;Dernier jour de mon journal, car je ne vois plus rien d&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 dire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>D&rsquo;autres t\u00e9moignages \u00e9voquant le m\u00eame secteur&nbsp;:<\/p>\n<p>Bertier de Sauvigny Albert, <em>Pages d&rsquo;histoire locale. Notes journali\u00e8res et souvenirs, <\/em>r\u00e9\u00e9dition Soissonnais 14-18, 1994, 523 p.<\/p>\n<p>Clermont Emile, <em>Le passage de l&rsquo;Aisne, <\/em>Grasset, 1921, 128 p.<\/p>\n<p>Et\u00e9v\u00e9 Marcel, <em>Lettres d&rsquo;un combattant (ao\u00fbt 1914-juillet 1916), <\/em>Hachette, 1917, 252 p.<\/p>\n<p>Maurin Emile, <em>Lieutenant Morin. Combattant de la guerre 1914-1918, <\/em>C\u00eatre, 2002, 336 p.<\/p>\n<p>P\u00e9chenard P.L. (Mgr), <em>Le Martyr de Soissons. Ao\u00fbt 1914-juillet 1918, <\/em>Gabriel<em> <\/em>Beauchesnes, 1918, 432 p.<\/p>\n<p>J.F. Jagielski, octobre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 en 1863 \u00e0 Ambleny dans l&rsquo;Aisne, village situ\u00e9 \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;ouest de Soissons dans lequel On\u00e9zime H\u00e9nin r\u00e9sidera jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, en avril 1944. Cadet d&rsquo;une famille assez ais\u00e9e de six enfants dont le p\u00e8re \u00e9tait ma\u00e7on. Fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole primaire jusqu&rsquo;\u00e0 14 ans puis entre en apprentissage &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/10\/12\/henin-onezime-1863-1944\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">H\u00e9nin, On\u00e9zime (1863-1944)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102,877,876,27,875,3,12],"tags":[588,414,463,254,610,879,253,682,878],"class_list":["post-178","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1991-2000","category-228e-ri","category-25e-rit","category-305e-ri","category-72e-rit","category-carnet","category-civil","tag-cadavres","tag-destructions","tag-execution","tag-mobilisation","tag-photos-2","tag-refus-de-marcher","tag-religion","tag-rumeur","tag-vie-au-village-pres-du-front"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3785,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions\/3785"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}