{"id":1797,"date":"2016-04-04T11:16:52","date_gmt":"2016-04-04T10:16:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1797"},"modified":"2016-04-15T19:43:54","modified_gmt":"2016-04-15T18:43:54","slug":"marcenac-rene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/04\/marcenac-rene\/","title":{"rendered":"Marcenac, Ren\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Dans le cadre des activit\u00e9s de la biblioth\u00e8que patrimoniale du Grand Cahors, Didier Cambon et Sophie Villes ont recueilli des t\u00e9moignages lotois sur la p\u00e9riode de la Grande Guerre et les ont regroup\u00e9s en chapitres th\u00e9matiques : Didier Cambon et Sophie Villes, <em>1914-1918, Les Lotois dans la Grande Guerre<\/em>, tome 1 <em>Les Poilus<\/em>, pr\u00e9face du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 Bach, Les Cahiers historiques du Grand Cahors, 2010, 197 p. Ren\u00e9 Marcenac, fils de commer\u00e7ants de Cahors, titulaire du baccalaur\u00e9at, est l\u2019un de ces t\u00e9moins. Il a r\u00e9dig\u00e9 des carnets dont de tr\u00e8s larges extraits sont donn\u00e9s dans le livre.<br \/>\nC\u2019est en juin 1915, au 59e RI, qu\u2019il d\u00e9couvre les tranch\u00e9es. Un ancien lui montre les morts rest\u00e9s dans le no man\u2019s land, \u00ab une longue ligne de capotes bleues qui \u00e9taient allong\u00e9es dans la plaine \u00bb. Il a \u00e9crit de belles pages sur une patrouille de nuit en ao\u00fbt, r\u00e9cit qui d\u00e9bute avec la remise d\u2019instructions \u00e0 un camarade pour avertir la famille au cas o\u00f9\u2026 En septembre, lors d\u2019une \u00ab rel\u00e8ve descendante \u00bb, les soldats expriment leur joie : \u00ab On blague, on rigole. \u00bb Marcenac note qu\u2019en annon\u00e7ant une attaque pour le lendemain, l\u2019officier affirme que les d\u00e9fenses allemandes seront d\u00e9truites et qu\u2019il n\u2019y aura plus \u00ab qu\u2019\u00e0 avancer l\u2019arme \u00e0 la bretelle \u00bb. Sans commentaire, les poilus se mettent \u00e0 \u00e9changer leurs adresses pour que les survivants renseignent les familles des tu\u00e9s. Et : \u00ab Quelques soldats, un peloton sans doute vient de franchir le parapet, une seconde, un \u00e9clair, et les voil\u00e0 fauch\u00e9s pour toujours car les mitrailleuses ennemies ont fait leur travail. \u00bb Ensuite : \u00ab Un des devoirs les plus tristes \u00e0 faire est certainement la visite de ceux qui sont morts. Il faut quelquefois, pour retourner les poches des poilus, plonger la main dans le sang. On y trouve de toutes choses, des d\u00e9bris de tabac qu\u2019on jette, les carnets de souvenirs pr\u00e9cieux pour les familles, la photo de la femme ou de la fianc\u00e9e\u2026 On les enveloppe sous le nom et le matricule du soldat. Comment ne pas penser \u00e0 la douleur de la maman qui compte sur le retour de son cher fils. Parfois, h\u00e9las, le soldat a perdu son livret, la cha\u00eene de la plaque s\u2019est bris\u00e9e, pas une lettre, pas une enveloppe ne laisse tomber son nom. Force est d\u2019enterrer le mort sans aucun renseignement. \u00bb Une fois, Marcenac signale un caporal d\u00e9trousseur de cadavres (p. 127).<br \/>\nComme tant d\u2019autres fantassins il a vu des Allemands faits prisonniers et envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re (p. 96), des Fran\u00e7ais tu\u00e9s sous le tir des canons fran\u00e7ais (p. 98) : \u00ab C\u2019est terrible d\u2019\u00eatre tu\u00e9 par les n\u00f4tres. On a beau faire allonger le tir, on a beau envoyer un agent de liaison, notre artillerie fauche toujours. \u00bb Une tr\u00eave (p. 111, texte dat\u00e9 du 16 juin 1915, lieu non mentionn\u00e9) : Des prospectus annon\u00e7ant des victoires russes sont envoy\u00e9s aux Allemands qui finissent par se montrer. \u00ab Pendant un quart d\u2019heure environ nous causons entre Fran\u00e7ais et Allemands, faisant des signes de se rendre. \u00ab\u00a0Jamais\u00a0\u00bb, r\u00e9pond l\u2019officier allemand, un homme \u00e0 monocle. Notre lieutenant qui cause l\u2019allemand leur parle des derni\u00e8res victoires que nous avons eues. En r\u00e9ponse \u00e0 la victoire russe, le Boche nous r\u00e9pond en fran\u00e7ais : \u00ab\u00a0On vous trompe, nous avons pris les forts de Vaux et de Douaumont, vous vous figurez que ce n\u2019est rien \u00e7a ?\u00a0\u00bb Des deux c\u00f4t\u00e9s ennemis tout le monde est sur le parapet. Apr\u00e8s un bon quart d\u2019heure de causerie, tout le monde rentre dans la tranch\u00e9e. Boches et Fran\u00e7ais ne sont plus visibles, c\u2019est fini. \u00bb<br \/>\n\u00c0 Verdun en novembre 1917, il \u00e9crit une de ces nombreuses pages d\u2019anthologie sur le sujet de la boue, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une marche nocturne : \u00ab Le brouillard devient plus intense, on ne voit plus o\u00f9 on pose le pied. Ouf ! Les pieds s\u2019enfoncent dans la boue qui atteint jusqu\u2019au mollet, parfois aux genoux. La terre qui a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par les bombardements continuels, remu\u00e9e en tout sens, forme glaise, et l\u2019eau reste \u00e0 la surface ou, si elle parvient \u00e0 s\u2019infiltrer quelque peu, forme une boue \u00e9paisse, gluante. Plus nous avan\u00e7ons, plus cela devient p\u00e9nible. Un homme tombe \u00e0 l\u2019eau et dispara\u00eet ; \u00e0 grand peine nous le sortons. Plus loin, c\u2019est un homme enlis\u00e9 que les hommes arrachent \u00e0 la boue. Ah ! comme le sac est lourd ! On sent l\u2019eau qui coule le long du corps ayant travers\u00e9 les effets. [\u2026] Mais voil\u00e0 que soudain un murmure passe le long de la colonne : \u00ab\u00a0Nous sommes perdus, perdus !\u00a0\u00bb Ah il n\u2019y a rien qui vous coupe les jambes comme cela : perdus ! [\u2026] Je prends mon couteau et je coupe ma capote \u00e0 hauteur de la vareuse, mes camarades font comme moi, nous voil\u00e0 soulag\u00e9s un peu car la capote tra\u00eenant sur la boue emmenait avec elle un paquet de boue. [\u2026] Petit \u00e0 petit le jour arrive, on se regarde, on est m\u00e9connaissable [\u2026] Eh bien tous les huit nous nous sommes mis \u00e0 rire. Cela nous paraissait si bizarre notre tenue que nous avons ri et puis la tristesse nous a repris. De tous c\u00f4t\u00e9s, aussi loin que notre vue pouvait apercevoir, une mer de boue, des trous d\u2019obus remplis d\u2019eau et rien que des trous d\u2019obus, pas une vie humaine. \u00bb<br \/>\nIl a su voir les relations entre soldats et officiers (p. 173) : \u00ab Dans la vie du poilu il est des choses que celui-ci ne peut oublier. La plus importante, c\u2019est le mal que le grad\u00e9 lui a fait. En premi\u00e8re ligne, l\u2019officier t\u00e2che d\u2019\u00eatre bien avec le soldat mais \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, pour la moindre chose qu\u2019il fasse, le grad\u00e9 fait valoir ses droits en punissant s\u00e9v\u00e8rement l\u2019homme qui a faut\u00e9 pour bien peu bien souvent. Cependant le poilu, bien souvent p\u00e8re de famille obs\u00e9d\u00e9 par le cafard, par la mis\u00e8re que subit sa famille, a des minutes de faiblesse, un moment de laisser aller. Malheur au pauvre poilu s\u2019il commet une faute, aussi l\u00e9g\u00e8re soit-elle. Ah ! triste vie que ce m\u00e9tier militaire. Quand donc serons-nous affranchis de ce joug qui p\u00e8se tant sur nos \u00e9paules de for\u00e7ats, quand, quand ? \u00bb<br \/>\nCe n\u2019est que le 15 septembre 1919 qu\u2019il est d\u00e9mobilis\u00e9 (p. 82) : \u00ab Le cauchemar \u00e9tait fini. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, avril 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre des activit\u00e9s de la biblioth\u00e8que patrimoniale du Grand Cahors, Didier Cambon et Sophie Villes ont recueilli des t\u00e9moignages lotois sur la p\u00e9riode de la Grande Guerre et les ont regroup\u00e9s en chapitres th\u00e9matiques : Didier Cambon et Sophie Villes, 1914-1918, Les Lotois dans la Grande Guerre, tome 1 Les Poilus, pr\u00e9face du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/04\/marcenac-rene\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Marcenac, Ren\u00e9<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[103,294,3,10],"tags":[295,292,296,300,297,299,298],"class_list":["post-1797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103","category-59e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","tag-attaque","tag-la-boue","tag-releve","tag-soldats-et-officiers","tag-succession-des-morts","tag-treve-tacite","tag-victimes-dun-tir-ami"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1797"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1797\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}