{"id":1800,"date":"2016-04-04T16:35:45","date_gmt":"2016-04-04T15:35:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1800"},"modified":"2016-04-15T19:39:31","modified_gmt":"2016-04-15T18:39:31","slug":"bibinet-cyrille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/04\/bibinet-cyrille\/","title":{"rendered":"Bibinet, Cyrille"},"content":{"rendered":"<p>Dans le cadre des activit\u00e9s de la biblioth\u00e8que patrimoniale du Grand Cahors, ont \u00e9t\u00e9 recueillis des t\u00e9moignages lotois sur la p\u00e9riode de la Grande Guerre, regroup\u00e9s en chapitres th\u00e9matiques : Didier Cambon et Sophie Villes, <em>1914-1918, Les Lotois dans la Grande Guerre<\/em>, tome 1 <em>Les Poilus<\/em>, pr\u00e9face du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 Bach, Les Cahiers historiques du Grand Cahors, 2010, 197 p. La photo de Cyrille Bibinet illustre la couverture du livre.<br \/>\nCe cultivateur de Saint-Martin-Labouval (Lot), mari\u00e9 et p\u00e8re d&rsquo;une fillette de deux ans, est parti au 11e RI de Montauban. Il a successivement rempli huit carnets qu\u2019il venait soigneusement d\u00e9poser chez lui lors des permissions, car il accordait une grande importance \u00e0 la conservation de ces souvenirs. Le texte montre sa curiosit\u00e9 intellectuelle.<br \/>\nLe d\u00e9part est not\u00e9 par une phrase laconique (p. 29) : \u00ab Par ordre de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale du 2 ao\u00fbt 1914, fallut se s\u00e9parer de ma famille, abandonner tous mes travaux agricoles pour endosser l\u2019habit militaire et aller lutter contre un peuple envahisseur jaloux de notre bien-\u00eatre. \u00bb Il est bless\u00e9 le 15 septembre 1914 et apporte un t\u00e9moignage int\u00e9ressant (p. 112-113) sur l\u2019\u00e9pisode : \u00ab J\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 la t\u00eate en bas, les jambes paralys\u00e9es sans pouvoir me remuer. \u00bb Lorsque passe un homme de son escouade, il l\u2019appelle. \u00ab Enl\u00e8ve-moi mon sac, lui dis-je ; ton sac, me dit-il,\u00a0tu n\u2019en a pas, l\u2019obus te l\u2019a emport\u00e9. \u00bb<br \/>\nDe retour sur le front, il appr\u00e9cie la rencontre des \u00ab pays \u00bb pour boire une chopine ou tenir conversation (p. 165) : \u00ab Il me semblait \u00eatre en famille. \u00bb Le comportement vis-\u00e0-vis des prisonniers varie. Ainsi, en juin 1915 (les \u00e9diteurs du livre n\u2019ont pas indiqu\u00e9 le lieu) : \u00ab Toutes les tranch\u00e9es \u00e9taient d\u00e9molies et englouties pleines de Boches. Les zouaves faisaient des prisonniers, mais les tirailleurs [alg\u00e9riens] point. Ils se r\u00e9galaient de jeter des grenades ou des bombes \u00e0 travers les tranch\u00e9es englouties o\u00f9 les Boches criaient \u00ab\u00a0Kamarade\u00a0\u00bb et les tirailleurs r\u00e9pondaient \u00ab\u00a0Pas Kamarade\u00a0\u00bb, boum, une grenade et tous \u00e9taient tu\u00e9s ou bless\u00e9s. \u00bb<br \/>\nAu cours d\u2019une permission, \u00ab profitant de la saison qui fut tr\u00e8s favorable, je fis une bonne partie des semailles en bl\u00e9 \u00bb (octobre 1917, p. 159). Mais on a beau \u00eatre un agriculteur dur \u00e0 la peine, \u00e0 la guerre, c\u2019est autre chose : \u00ab Nov. 1917, secteur de Verdun. Je rejoins le PC de ma nouvelle compagnie d\u2019affectation. Il faisait une nuit si obscure que le guide se perdit en cours de route et, de trous d\u2019obus en trous d\u2019obus, dans la boue, dans l\u2019eau sans pouvoir allumer la moindre lumi\u00e8re, nous \u00e9tions \u00e0 la merci des balles de mitrailleuses et des obus. On passa ainsi trois heures dans des angoisses terribles sans pouvoir s\u2019orienter et le ventre vide. Enfin, un homme de liaison d\u2019un autre r\u00e9giment venant \u00e0 passer nous mit dans la bonne direction et \u00e0 9 h et demie on arrivait au poste du commandant ext\u00e9nu\u00e9s de fatigue et de faim, pleins de boue et mouill\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la ceinture\u2026 Je ne puis vous exprimer dans quel \u00e9tat nous \u00e9tions, les trois qui faisions route ensemble. C\u2019\u00e9tait lamentable, jamais dans la vie civile je n\u2019aurais voulu faire ainsi, m\u2019aurait-on pay\u00e9 avec des billets de mille francs. \u00bb<br \/>\nSes v\u0153ux du 1er janvier 1918 peuvent servir de conclusion (p. 79) : \u00ab Combien y en avait-il pas qu\u2019il y a un an croyaient que cette guerre serait finie. Et pourtant nous y voil\u00e0 encore et plus fort embarrass\u00e9s que jamais. On nous a tenus par des dires, par des discours, par des bourrages de cr\u00e2ne et aucune promesse n\u2019a abouti. Faut esp\u00e9rer quand m\u00eame, comme on a la routine de le dire en France, que l\u2019ann\u00e9e 1918 sera meilleure que les trois pr\u00e9c\u00e9dentes, qu\u2019elle sera fructueuse pour nos armes ou pour notre diplomatie, qu\u2019elle nous am\u00e8nera la paix tant d\u00e9sir\u00e9e par tout le monde et que chacun reprendra sa vie normale de famille sachant supporter les diverses difficult\u00e9s qui viendront encore entraver notre vie. \u00bb<br \/>\nUne \u00e9dition int\u00e9grale des carnets de Cyrille Bibinet serait une initiative int\u00e9ressante.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, avril 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre des activit\u00e9s de la biblioth\u00e8que patrimoniale du Grand Cahors, ont \u00e9t\u00e9 recueillis des t\u00e9moignages lotois sur la p\u00e9riode de la Grande Guerre, regroup\u00e9s en chapitres th\u00e9matiques : Didier Cambon et Sophie Villes, 1914-1918, Les Lotois dans la Grande Guerre, tome 1 Les Poilus, pr\u00e9face du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 Bach, Les Cahiers historiques du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/04\/bibinet-cyrille\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Bibinet, Cyrille<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31,103,3,10],"tags":[289,293,291,292,290],"class_list":["post-1800","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-11e-ri","category-103","category-carnet","category-combattant-infanterie","tag-blessure","tag-bourrage-de-crane","tag-faire-des-prisonniers","tag-la-boue","tag-les-camarades-du-pays"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1800","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1800"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1800\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1800"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1800"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1800"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}