{"id":182,"date":"2008-11-21T10:38:46","date_gmt":"2008-11-21T09:38:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/11\/21\/levi-robert-1895-1981\/"},"modified":"2021-09-09T17:20:12","modified_gmt":"2021-09-09T16:20:12","slug":"levi-robert-1895-1981","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/11\/21\/levi-robert-1895-1981\/","title":{"rendered":"L\u00e9vi, Robert (1895-1981)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Paris le 7 d\u00e9cembre 1895, fils d&rsquo;Isra\u00ebl L\u00e9vi, Grand rabbin de France de 1919 \u00e0 sa mort, en 1939. Re\u00e7u en 1914 \u00e0 l&rsquo;Ecole polytechnique, il s&rsquo;engage lors des premi\u00e8res semaines de guerre et n&rsquo;y commence sa scolarit\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;armistice, int\u00e8gre le corps des Ponts-et-Chauss\u00e9es en 1920. Dans les r\u00e9seaux du chemin de fer contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;Etat \u00e0 partir de 1924, puis de la SNCF \u00e0 sa cr\u00e9ation, il est exclu du corps des Ponts en d\u00e9cembre 1940 en application du \u00ab&nbsp;statut des juifs&nbsp;\u00bb d&rsquo;octobre 1940, passe en zone non occup\u00e9e puis en Alg\u00e9rie o\u00f9 il a la charge de la direction des Transports apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9. De retour \u00e0 Paris apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, il occupe des fonctions de direction \u00e0 la SNCF jusqu&rsquo;en 1960 et y promeut des proc\u00e9d\u00e9s nouveaux, comme les longs rails soud\u00e9s et l&rsquo;automatisation des triages.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Robert L\u00e9vi a r\u00e9dig\u00e9 son autobiographie au cours des ann\u00e9es 1970. Le manuscrit en a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par Bernard L\u00e9vi apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re. L&rsquo;objectif de sa r\u00e9daction demeure inconnu. Le texte d\u00e9finitif a \u00e9t\u00e9 mis en forme par Odile Hirsch, sa petite-fille. Dans un essai publi\u00e9 ces ann\u00e9es-l\u00e0 (<em>Il n&rsquo;y a d&rsquo;absolu que dans le relatif<\/em>, Paris, Vrin, 1975), Robert L\u00e9vi \u00e9voquait \u00e0 plusieurs reprises des souvenirs de cette guerre.<\/p>\n<p>Les m\u00e9moires de Robert L\u00e9vi ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es, avec celles d&rsquo;un de ses coll\u00e8gues plus \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9e, Fr\u00e9d\u00e9ric Surleau [voir notice Surleau], dans la <em>Revue d&rsquo;histoire des chemins de fer<\/em>, Hors s\u00e9rie n\u00b08, <em>M\u00e9moires d&rsquo;ing\u00e9nieurs, destins ferroviaires. Autobiographies professionnelles de Fr\u00e9d\u00e9ric Surleau (1884-1972) et Robert L\u00e9vi (1895-1981)<\/em>, 2007, 346 p. (p. 219-334 pour le texte de Robert L\u00e9vi), \u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Marie-No\u00eblle Polino. Plusieurs photographies sont publi\u00e9es avec ce texte, notamment celle d&rsquo;une tranch\u00e9e pr\u00e8s du Moulin de Laffaux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1917 (p. 258). Voir \u00e9galement, pour la p\u00e9riode de l&rsquo;Occupation, \u00ab&nbsp;Robert L\u00e9vi, \u00abotage pr\u00e9sum\u00e9\u00bb \u00e0 la SNCF&nbsp;\u00bb, &nbsp;<em>Revue d&rsquo;histoire des chemins de fer<\/em>, Hors s\u00e9rie n\u00b07, <em>Les cheminots dans la guerre et l&rsquo;Occupation. T\u00e9moignages et r\u00e9cit<\/em>, 2002 (2<sup>e<\/sup> \u00e9dition revue et augment\u00e9e, 2004), p. 215-231, par son fils Bernard L\u00e9vi qui a \u00e9galement r\u00e9dig\u00e9 l&rsquo;introduction de l&rsquo;autobiographie (p. 215-217).<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9sentation de cette autobiographie, Marie-No\u00eblle Polino insiste sur la dimension g\u00e9n\u00e9rationnelle qui explique l&rsquo;ampleur de cette partie&nbsp;: \u00ab&nbsp;La place que R. L\u00e9vi a souhait\u00e9 donner \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale est un t\u00e9moignage de son impact sur l&rsquo;ensemble d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb (p. 4). Bernard L\u00e9vi remarque \u00e9galement&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par l&rsquo;importance que mon p\u00e8re attribue dans ces souvenirs \u00e0 son v\u00e9cu de la guerre de 1914-1918&nbsp;\u00bb (p. 215). Ce sont 37 des 115 pages (p. 231-267) de l&rsquo;autobiographie qui sont consacr\u00e9es \u00e0 cette guerre.<\/p>\n<p>Engag\u00e9 volontaire, dans l&rsquo;artillerie comme il sied \u00e0 un (presque) polytechnicien, sous-lieutenant en mars 1915, il fut bless\u00e9 en Champagne puis \u00e0 Verdun (il consacre ainsi dix pages \u00e0 sa premi\u00e8re journ\u00e9e \u00e0 Verdun, p. 246-255) et a combattu au Chemin des Dames. Du fort de Vaux, \u00ab&nbsp;zone la plus dangereuse de Verdun&nbsp;\u00bb (p. 236), au Moulin de Laffaux (sa batterie avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9e \u00e0 la ferme M\u00e8nejean, p. 259), il a connu parmi les lieux les plus durs de ce front. Il n&rsquo;en d\u00e9peint pas moins avec sobri\u00e9t\u00e9 les morts, les bless\u00e9s, les souffrances&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai entendu les hurlements des bless\u00e9s, j&rsquo;ai eu sous les yeux d&rsquo;affreux spectacles de mort, j&rsquo;ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 physiquement&nbsp;\u00bb (p. 267). Il s&rsquo;agit avant tout l\u00e0 de la description, \u00e0 cinquante ans de distance et apr\u00e8s d&rsquo;autres trag\u00e9dies, des proc\u00e9d\u00e9s et p\u00e9rip\u00e9ties de l&rsquo;artillerie par un polytechnicien, m\u00e9ticuleuse mais paraissant presque indemne de sensations.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit que fait Robert L\u00e9vi de la Grande Guerre rel\u00e8ve d&rsquo;abord de la volont\u00e9 de r\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;La guerre de 1914 est d\u00e9j\u00e0 bien loin, mais pas assez pour que je ne sois pas indispos\u00e9 par certaines images d\u00e9natur\u00e9es qu&rsquo;on en fait couramment.&nbsp;\u00bb Il fustige ainsi les \u00ab&nbsp;clich\u00e9s plus ou moins imb\u00e9ciles [qui] prennent la place des r\u00e9alit\u00e9s per\u00e7ues dans toute leur diversit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 231). C&rsquo;est donc \u00ab&nbsp;une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;impressions plus ou moins contradictoires&nbsp;\u00bb qu&rsquo;il entend livrer par ce texte, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de se lancer dans une le\u00e7on d&rsquo;histoire qui, bien s\u00fbr, commence avec l&rsquo;attentat de Sarajevo. Une certaine distance par rapport au militarisme d&rsquo;alors appara\u00eet \u00e0 plusieurs reprises dans son texte, du b\u00e9ret de son enfance qu&rsquo;\u00ab&nbsp;il fallait \u00f4ter [&#8230;] au passage du drapeau, sinon on recevait une calotte&nbsp;\u00bb au d\u00e9fil\u00e9 du 14 Juillet \u00e0 Longchamp \u00ab&nbsp;sans plus d&rsquo;impact sur les masses que [&#8230;] les d\u00e9fil\u00e9s de majorettes aux Etats-Unis&nbsp;\u00bb (p. 231). A propos de sc\u00e8nes ou des officiers ont pris (pour eux-m\u00eames) des risques inconsid\u00e9r\u00e9s, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 demander&nbsp;: \u00ab&nbsp;Faut-il consid\u00e9rer cela comme de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p. 236). Il \u00e9voque en des termes peu am\u00e8nes le g\u00e9n\u00e9ral V., commandant la division&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cet imb\u00e9cile, le casque sur la t\u00eate, assis sur un ch\u00e2lit, les pieds ballants, \u00e0 huit m\u00e8tres sous le sol dans un ancien souterrain allemand&nbsp;\u00bb (p.241) et parle d&rsquo;un capitaine qui \u00ab&nbsp;a repris ses esprits&#8230; et le contr\u00f4le de ses sphincters&nbsp;\u00bb (p. 244).<\/p>\n<p>Cette partie de son autobiographie nous donne bien s\u00fbr des \u00e9l\u00e9ments sur la vision que cet homme avait de la soci\u00e9t\u00e9 de son temps et la mani\u00e8re dont il s&rsquo;y situait. Il connaissait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;Allemagne o\u00f9 il avait pass\u00e9 deux mois \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans, et ne se reconna\u00eet nullement dans la germanophobie de ce temps. D\u00e8s le d\u00e9but de son texte, il parle des boutiques d\u00e9vast\u00e9es (\u00ab&nbsp;sans doute par des concurrents&nbsp;\u00bb) qu&rsquo;il a vues \u00ab&nbsp;nombreuses&nbsp;\u00bb mais ne se souvient pas de cris \u00ab&nbsp;A Berlin&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p.232). Officier relatant ses promenades \u00e0 cheval, Robert L\u00e9vi d\u00e9crit longuement les autres officiers, signale scrupuleusement les anciens de l&rsquo;Ecole polytechnique, construisant ainsi la coh\u00e9rence biographique d&rsquo;un ing\u00e9nieur des chemins de fer tout en se distinguant de la vie des soldats ordinaires. Ayant \u00e0 c\u0153ur de citer des personnages importants (Louis Loucheur, \u00ab&nbsp;avec qui mon cousin Lazare L\u00e9vi collaborait&nbsp;\u00bb), il ne r\u00e9siste pas au plaisir d&rsquo;\u00e9crire qu&rsquo;il a longtemps eu sous ses ordres le futur gendre de Raoul Dautry (p. 236). Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de porter un regard acerbe sur les r\u00e9alit\u00e9s sociales, lorsqu&rsquo;il relate ainsi les obs\u00e8ques d&rsquo;un de ses camarades de la guerre, ing\u00e9nieur des Ponts \u00e9galement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n&rsquo;ai rien vu de plus sinistre. Apr\u00e8s la mise en terre, il y avait l\u00e0 la famille du s\u00e9nateur R\u00e9gnier dont la fille avait \u00e9pous\u00e9 mon camarade et, quinze m\u00e8tres plus loin, seule, une vieille paysanne, la m\u00e8re. On lui faisait payer la promotion sociale de son fils&nbsp;\u00bb (p. 245).<\/p>\n<p>Robert L\u00e9vi n&rsquo;avait pas 19 ans quand la guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e et elle a v\u00e9ritablement marqu\u00e9 pour lui l&rsquo;entr\u00e9e dans une vie d&rsquo;adulte alors plus tardive hors des milieux populaires. L&rsquo;autobiographie souligne la jeunesse de l&rsquo;artilleur se pr\u00e9sentant en 1915 aux autres officiers&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ebahissement g\u00e9n\u00e9ral en voyant un blanc-bec comme moi dont la tenue bleu horizon, nouvelle pour eux, accusait l&rsquo;air enfantin&nbsp;\u00bb (p.234). C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que souligne Bernard L\u00e9vi \u00e0 propos de son p\u00e8re : \u00ab&nbsp;Le poids de ces \u00e9v\u00e9nements est d&rsquo;autant plus impressionnant qu&rsquo;il ne nous \u00e9tait pas apparu du vivant de mon p\u00e8re, qui ne nous avait jamais racont\u00e9 sa vie d&rsquo;adolescent immerg\u00e9 dans cette boucherie&nbsp;\u00bb (p. 215). C&rsquo;est la question du rapport entre l&rsquo;intensit\u00e9 (ou la possibilit\u00e9 m\u00eame) du r\u00e9cit oral et la n\u00e9cessit\u00e9 de son \u00e9criture qu&rsquo;aborde ici, succinctement, un fils de combattant de la Grande Guerre.<\/p>\n<p>Christian Chevandier, novembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 Paris le 7 d\u00e9cembre 1895, fils d&rsquo;Isra\u00ebl L\u00e9vi, Grand rabbin de France de 1919 \u00e0 sa mort, en 1939. Re\u00e7u en 1914 \u00e0 l&rsquo;Ecole polytechnique, il s&rsquo;engage lors des premi\u00e8res semaines de guerre et n&rsquo;y commence sa scolarit\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;armistice, int\u00e8gre le corps des Ponts-et-Chauss\u00e9es en 1920. 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