{"id":1824,"date":"2016-04-13T11:21:11","date_gmt":"2016-04-13T10:21:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1824"},"modified":"2016-04-15T19:13:44","modified_gmt":"2016-04-15T18:13:44","slug":"deloule-firmin-1892-1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/13\/deloule-firmin-1892-1979\/","title":{"rendered":"Deloule, Firmin (1892-1979)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 le 31 ao\u00fbt 1892 \u00e0 Roynac (Dr\u00f4me) dans une famille d\u2019agriculteurs. Titulaire du certificat d\u2019\u00e9tudes primaires. Il est au service militaire au 159e RI \u00e0 Brian\u00e7on lorsque la guerre \u00e9clate. Il est d\u00e9mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1919 et il revient \u00e0 Roynac sur l\u2019exploitation familiale.<br \/>\nIl a tenu un journal. Apr\u00e8s la guerre, il a recopi\u00e9 au propre sur un cahier les pages concernant l\u2019ann\u00e9e 1914. Pour la suite (1915-1918), il annonce qu\u2019il a perdu ses notes et ne dispose que de sa m\u00e9moire, et il traduit ses souvenirs en vers \u00ab apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es \u00bb. Toutefois, s&rsquo;ajoutent certains po\u00e8mes qui sont dat\u00e9s et localis\u00e9s : \u00ab La Somme 1916 \u00bb ou \u00ab Au Chemin des Dames ao\u00fbt 1917 \u00bb. Il est vraisemblable qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits au moment et que l\u2019auteur les ait sauvegard\u00e9s, \u00e0 la diff\u00e9rence des notes quotidiennes.<br \/>\nLa plaquette <em>1914-1918 M\u00e9moires de guerre, Firmin Deloule<\/em>, 76 p., a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e par la Commission d\u00e9partementale d\u2019information historique pour la paix de la Dr\u00f4me, imprim\u00e9e par IDS Valence en 2000, et destin\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves du d\u00e9partement et aux professeurs. Le lecteur est averti que la transcription respecte l\u2019orthographe, mais est-on certain qu\u2019on n\u2019a pas rajout\u00e9 des fautes de frappe ? Quelques pages reproduites en fac-simil\u00e9 montrent que l\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur est parfaitement lisible ; tout le t\u00e9moignage aurait vraisemblablement pu \u00eatre donn\u00e9 en fac-simil\u00e9. Des chronologies et des croquis accompagnent le texte.<br \/>\nD\u00e9but ao\u00fbt 1914, le 159e est envoy\u00e9 surveiller la fronti\u00e8re des Alpes jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on apprenne la neutralit\u00e9 de l\u2019Italie. Il faut alors\u00a0partir pour\u00a0combattre les \u00ab barbares \u00bb en Alsace. Firmin Deloule a vu lui aussi le poteau fronti\u00e8re arrach\u00e9 et il signale l\u2019accueil chaleureux d\u2019un vieil Alsacien, ravi de voir revenir l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Le 19 ao\u00fbt, il re\u00e7oit le bapt\u00eame du feu, d\u2019abord sans voir un seul ennemi, puis, envoy\u00e9 en patrouille, il tue d\u2019un coup de fusil son \u00ab premier Allemand \u00bb. Le 22 ao\u00fbt, son bataillon se trouve dans un train tamponn\u00e9 par un autre, accident qui fait 94 morts et plus d\u2019une centaine de bless\u00e9s.<br \/>\nLe 25 ao\u00fbt, le r\u00e9giment arrive dans les Vosges et combat pour le contr\u00f4le du col de la Chipotte. Deloule signale plusieurs assauts \u00e0 la ba\u00efonnette mais un seul corps \u00e0 corps. Il souffre des bombardements, de la pluie, du manque de ravitaillement, compens\u00e9 par la cueillette de pommes et de prunes. \u00c0 deux reprises (p. 25 et 26), il emploie \u00e0 propos des Allemands l\u2019expression \u00ab ces s\u2026.. \u00bb, mais on ignore si elle figure dans le texte original sous cette forme expurg\u00e9e. Le village de Moyenmoutier a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9 par les Allemands, mais leur retraite pr\u00e9cipit\u00e9e les a emp\u00each\u00e9s de se livrer \u00ab \u00e0 d\u2019autres projets inf\u00e2mes \u00bb. Le pays est plein d\u2019espions, \u00ab pass\u00e9s par les armes sans autre forme de proc\u00e8s \u00bb. Du 18 au 28 septembre, ce sont des combats difficiles autour de Senones.<br \/>\n\u00ab Apr\u00e8s trente six heures de chemin de fer nous arrivions \u00e0 Arras (Pas de Calais) le 30 septembre. \u00bb Le 2 octobre, il assiste \u00e0 un combat de cavalerie entre Uhlans et Goumiers. Lui-m\u00eame s\u2019est creus\u00e9 un trou ; deux bless\u00e9s tombent sur lui et leurs corps le prot\u00e8gent des balles. Le creusement des trous se fait avec les outils ad\u00e9quats, mais aussi avec la ba\u00efonnette, la cuill\u00e8re, la fourchette. Le 27 octobre, \u00ab je d\u00e9gringolais encore un Boche \u00bb. Le 16 novembre, arrivent les renforts de la classe 14. Pas de tr\u00eave \u00e0 No\u00ebl, la fusillade est permanente. En janvier, c\u2019est la pluie et la boue (p. 39). Il est \u00e9vacu\u00e9 pour une l\u00e9g\u00e8re blessure et une bronchite.<br \/>\nCommence alors la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9e en vers, mais qui m\u00eale souvenirs \u00e9crits apr\u00e8s coup et po\u00e8mes dat\u00e9s qui rendent sensible l\u2019\u00e9volution des sentiments. Apr\u00e8s une deuxi\u00e8me \u00e9vacuation, le voici \u00e0 nouveau au d\u00e9p\u00f4t du r\u00e9giment, \u00e0 Brian\u00e7on, pr\u00eat \u00e0 repartir. Son po\u00e8me \u00ab Apr\u00e8s un an de guerre \u00bb s\u2019apitoie sur les \u00ab vides \u00bb dans les familles et souhaite la fin de ce \u00ab maudit fl\u00e9au \u00bb, que la paix vienne d\u00e9livrer \u00ab l\u2019Europe, le monde tout entier \u00bb. C\u2019est la premi\u00e8re mention de tels sentiments. Sur la Somme en 1916, il oppose les combattants qui souffrent et ceux qui, \u00ab \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb, continuent \u00e0 danser.<br \/>\nEn 1917 (mai ?), face au fort de la Malmaison, le r\u00e9giment (172e RI) fait six attaques, refuse de faire la septi\u00e8me et part au repos \u00ab le fusil sur l\u2019\u00e9paule avec la crosse en haut \u00bb. C\u2019est dans l\u2019Aisne en 1917 (sans autre pr\u00e9cision, mais, l\u00e0, elle n\u2019est pas indispensable) qu\u2019il \u00e9crit un po\u00e8me sur les poux, \u00ab le fl\u00e9au de cette guerre \u00bb. Plus tard, dans les Vosges (Le Violu), le r\u00e9giment connait un secteur tranquille (\u00ab pas un coup de fusil, pas de bombardement \u00bb) o\u00f9, d\u2019une tranch\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, on \u00e9change des cigarettes contre des boules de pain car \u00ab chez eux cela ne tournait pas rond, ils avaient tous faim \u00bb.<br \/>\nLe po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab Pourquoi ? \u00bb, dat\u00e9 de septembre 1917 (p. 63), s\u2019en prend \u00e0 la R\u00e9publique, \u00e0 Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9, des mots qui n\u2019ont plus de sens quand les hommes politiques, \u00ab vulgaires coquins \u00bb, ne savent que crier \u00ab jusqu\u2019au bout \u00bb. Qu\u2019ils sortent de leur bureau, qu\u2019ils viennent risquer leur peau ! Il est vraisemblable que Firmin Deloule connaissait la Chanson de Craonne. Son po\u00e8me est de la m\u00eame inspiration et certains mots reviennent : \u00ab leur peau \u00bb, \u00ab inf\u00e2mes \u00bb, \u00ab sommes nous condamn\u00e9s \u00bb, Messieurs \u00ab les grands \u00bb. Il se termine par : \u00ab \u00c0 la Chambre que l\u2019on s\u2019occupe vivement \/ D\u2019abolir cette affreuse guerre \/ Assez de crimes ! Assez de sang ! \u00bb D\u2019autres po\u00e8mes de 1917 s\u2019en prennent aux embusqu\u00e9s (p. 64), aux \u00ab ignobles bourreaux qui cachent tous leurs crimes sous les plis du drapeau \u00bb (p. 65).<br \/>\nL\u2019expression \u00ab monter sur le parapet \u00bb est pr\u00e9sente \u00e0 deux reprises. Une premi\u00e8re fois dans les souvenirs lorsqu\u2019il dit que c\u2019\u00e9tait la chose la plus terrible dans la guerre des tranch\u00e9es : \u00ab Vague par vague nous montions, beaucoup \u00e9taient fauch\u00e9s. \u00bb Et une autre fois dans le po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab 11 Novembre 1918 \u00bb (p. 72) lorsque la nouvelle de l\u2019armistice permet enfin de \u00ab sortir sur le parapet \u00bb sans risquer la mort.<br \/>\nLes deux derniers po\u00e8mes, de 1918, illustrent une sorte de contradiction, ou une ambivalence, que Jean Norton Cru avait d\u00e9j\u00e0 bien remarqu\u00e9e dans certains t\u00e9moignages. Un po\u00e8me poursuit la critique des \u00ab gros \u00bb qui \u00ab nous font \u00e0 tous crever la peau \u00bb, et il les menace : \u00ab Dans le tombeau vous les sacrifiez \/ Il en restera bien assez \/ Prenez garde \/ Le destin vous regarde. \u00bb Mais l\u2019autre po\u00e8me, \u00e0 peu pr\u00e8s contemporain, c\u00e9l\u00e8bre de la fa\u00e7on la plus traditionnelle la gloire et l\u2019honneur du 26e r\u00e9giment d\u2019infanterie, unit\u00e9 dans laquelle Firmin Deloule a termin\u00e9 la guerre. \u00ab Dualisme d\u00e9concertant de la pens\u00e9e \u00bb, \u00e9crivait Jean Norton Cru (<em>T\u00e9moins<\/em>, p. 194).<br \/>\nR\u00e9my Cazals, avril 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 le 31 ao\u00fbt 1892 \u00e0 Roynac (Dr\u00f4me) dans une famille d\u2019agriculteurs. Titulaire du certificat d\u2019\u00e9tudes primaires. Il est au service militaire au 159e RI \u00e0 Brian\u00e7on lorsque la guerre \u00e9clate. Il est d\u00e9mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1919 et il revient \u00e0 Roynac sur l\u2019exploitation familiale. Il a tenu un journal. Apr\u00e8s la guerre, il a &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/04\/13\/deloule-firmin-1892-1979\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Deloule, Firmin (1892-1979)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[268,42,102,88,3,10,21],"tags":[265,267,266],"class_list":["post-1824","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-159e-ri","category-172e-ri","category-1991-2000","category-26e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-evolution-des-sentiments","tag-mutinerie","tag-tuer"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1824","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1824"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1824\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1824"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1824"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1824"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}