{"id":184,"date":"2008-11-26T15:56:38","date_gmt":"2008-11-26T14:56:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/11\/26\/catulle-mendes-jane-1867-1955\/"},"modified":"2021-09-09T17:20:34","modified_gmt":"2021-09-09T16:20:34","slug":"catulle-mendes-jane-1867-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/11\/26\/catulle-mendes-jane-1867-1955\/","title":{"rendered":"Catulle-Mendes, Jane (1867-1955)"},"content":{"rendered":"<p><strong><a title=\"img_4165.JPG\" href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/img_4165.JPG\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/img_4165.thumbnail.JPG\" alt=\"img_4165.JPG\"><\/a> <\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9e en 1867. Nom de jeune fille, Jeanne Mette. Seconde \u00e9pouse de l&rsquo;\u00e9crivain et critique \u00ab&nbsp;fin de si\u00e8cle&nbsp;\u00bb&nbsp; Catulle Mendes (1841-1909) qu&rsquo;elle \u00e9pouse le 8 juillet 1897 et dont elle aura trois enfants. Femme de lettres et po\u00e9tesse appartenant, apr\u00e8s son mariage, \u00e0 la grande bourgeoisie litt\u00e9raire parisienne. Catholique \u00ab&nbsp;r\u00e9serv\u00e9e&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;H\u00e9las&nbsp;! je ne suis chr\u00e9tienne que par tradition familiale, par d\u00e9f\u00e9rence, par instinct d&rsquo;admiration pour la douceur \u00e9vang\u00e9lique. Mais la foi qui recr\u00e9e, je ne l&rsquo;ai pas. Je ne connais que la vie et mon enfant mort.&nbsp;\u00bb, p 65). Publie plusieurs livres et recueils de po\u00e9sies avant et apr\u00e8s la guerre&nbsp;: <em>Chez soi, les petites confidences (1911), La ville merveilleuse (1911), France, ma bien aim\u00e9e (1925), L&rsquo;amant et l&rsquo;amour (1932)<\/em>. Collabore r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 diff\u00e9rents journaux&nbsp;: <em>Le Gaulois, La Vie heureuse, La Fronde, La Presse. <\/em><\/p>\n<p>Intellectuelle qui consid\u00e8re que la guerre men\u00e9e par la France est une guerre juste et d\u00e9fensive. S&rsquo;engage durant la guerre dans l&rsquo;<em>Oeuvre du Vestiaire des Bless\u00e9s<\/em>, une organisation caritative qui se chargeait de l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;habillement des soldats bless\u00e9s dans les h\u00f4pitaux de l&rsquo;arri\u00e8re et de la r\u00e9union des familles dispers\u00e9es (r\u00e9gions envahies et Belgique). Donne durant la guerre des conf\u00e9rences aux Etats-Unis et en Am\u00e9rique du Sud mettant en valeur le r\u00f4le des femmes dans l&rsquo;effort de guerre. &nbsp;Ses trois fils sont partis sur le front. &nbsp;Elle apprend la mort de l&rsquo;un de ses fils, un &nbsp;artilleur, Jean-Primice, jeune engag\u00e9 volontaire tomb\u00e9 le 8 mai 1917 dans le secteur de Mourmelon lors de la bataille&nbsp;des Monts. Ce deuil affecte profond\u00e9ment et durablement cette m\u00e8re qui semble avoir eu une relation tr\u00e8s fusionnelle avec ce fils.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, ses \u00e9crits tombent dans un relatif oubli. Fonde deux prix litt\u00e9raires&nbsp;: le prix Catulle Mendes et le prix Primice Catulle Mendes en 1922. D\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1955.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><em>La Pri\u00e8re sur l&rsquo;Enfant mort, <\/em>Lemerre, 1921, 401 p. Une illustration&nbsp;: un profil de Primice dessin\u00e9 par l&rsquo;auteure que nous reproduisons ici.<\/p>\n<p>Une d\u00e9dicace&nbsp;: \u00ab&nbsp;A mon enfant ador\u00e9 Primice Catulle-Mendes engag\u00e9 volontaire en 1914 tomb\u00e9 pour la France \u00e0 vingt ans le 23 avril 1917.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9daction de ce t\u00e9moignage suit chronologiquement d&rsquo;assez pr\u00e8s la perte de ce fils&nbsp;: \u00ab&nbsp;Commenc\u00e9 \u00e0 St-Jean-de-Luz, le 10 juillet 1918. Termin\u00e9 \u00e0 Paris, le 12 d\u00e9cembre 1920&nbsp;\u00bb (p 401). Il est donc \u00e9crit dans la phase critique du deuil.<\/p>\n<p>Cet ouvrage &#8211; difficilement consultable aujourd&rsquo;hui &#8211; a pu \u00eatre tir\u00e9 \u00e0 compte d&rsquo;auteur, ce qui pourrait expliquer sa tr\u00e8s faible diffusion.<\/p>\n<p>Tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce t\u00e9moignage &#8211; pr\u00e9sent\u00e9 sous forme de journal avec des rep\u00e8res chronologiques pr\u00e9cis &#8211; r\u00e9side dans la description m\u00e9ticuleuse des diff\u00e9rentes phases du deuil d&rsquo;une m\u00e8re fortement affect\u00e9 par la mort \u00e0 la guerre d&rsquo;un fils et qui s&rsquo;investit totalement dans une qu\u00eate qui doit aboutir \u00e0 la mise en s\u00e9curit\u00e9 de ses restes. L&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 des d\u00e9marches et les multiples \u00e9tapes pleines d&rsquo;impr\u00e9vus qui autoriseront le retour de ce corps sont \u00e9galement d\u00e9crites dans le d\u00e9tail. Les diff\u00e9rentes \u00ab&nbsp;communaut\u00e9s de deuil&nbsp;\u00bb et les interventions des multiples interm\u00e9diaires qui autoriseront y sont nettement d\u00e9crites.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage permet \u00e9galement de mieux appr\u00e9hender la vision des r\u00e9alit\u00e9s du front par un membre de la grande bourgeoise intellectuelle au moment de son arriv\u00e9e \u00e0 Mourmelon (vie dans une localit\u00e9 de l&rsquo;imm\u00e9diat arri\u00e8re-front, ressenti face aux mutineries qui affectent le secteur, pp 117-119 et 132-133), sans qu&rsquo;il soit toujours facile de faire le tri entre ce qui tient du strict t\u00e9moignage et ce qui de l&rsquo;ordre de l&rsquo;arrangement proprement litt\u00e9raire (sc\u00e8ne du cimeti\u00e8re de Mourmelon o\u00f9 les croix de bois s&rsquo;accrochent au voile de la m\u00e8re en deuil, p 142-147, ou sc\u00e8ne des soldats redescendant du front avec des roses au bout du fusil et au casque, pp 153-154) . Chez elle, l&rsquo;observation de l&rsquo;imm\u00e9diat arri\u00e8re-front n&rsquo;annihile jamais compl\u00e8tement certains clich\u00e9s sur les r\u00e9alit\u00e9s de cette guerre, propres au monde de l&rsquo;arri\u00e8re. Clich\u00e9s d&rsquo;une civile d\u00e9couvrant la vie de l&rsquo;avant et clich\u00e9s d&rsquo;une intellectuelle qui ne peut lire ce qu&rsquo;elle voit qu&rsquo;au prisme des <em>a priori<\/em> du milieu social dans lequel elle \u00e9volue. Elle constate, par exemple, que l&rsquo;\u00e9glise de Mourmelon n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e par les Allemands car \u00ab&nbsp;elle n&rsquo;a pas de valeur artistique, ce qui \u00f4te aux Allemands le go\u00fbt de la d\u00e9truire.&nbsp;\u00bb (p 155). A plusieurs reprises son t\u00e9moignage glisse sans retenue du c\u00f4t\u00e9 des racontars douteux. Ainsi en est-il de l&rsquo;\u00e9pisode du tunnel du Cornillet qui aurait pris gr\u00e2ce \u00e0 une attaque au gaz et o\u00f9 les soldats fran\u00e7ais \u00ab&nbsp;blaguaient [et] conservaient leur bonne humeur&nbsp;\u00bb en \u00e9vacuant les corps des soldats allemands en d\u00e9composition (pp 233-237).<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p><em>Les pr\u00e9mices&nbsp;: l&rsquo;absence de courrier<\/em><\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie de ce t\u00e9moignage est centr\u00e9 sur la mont\u00e9e de l&rsquo;angoisse li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;absence de nouvelles entre ce fils et sa m\u00e8re qui correspondaient tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait le 8 mai 1917, un mardi. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s dix heures du matin. Depuis seize jours je suis sans nouvelles. Heure par heure, je me les rappelle, ces seize jours d&rsquo;attente. Ces jours d&rsquo;une autre existence, d&rsquo;un autre monde. Ces jours o\u00f9 je ne savais pas encore, o\u00f9 j&rsquo;approchais de savoir, o\u00f9 la lumi\u00e8re diminuait en moi, affreusement, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;horreur brusque par quoi tout est noir.&nbsp;\u00bb (p 11)<\/p>\n<p>Passant par des phases d&rsquo;espoir et d&rsquo;angoisse, l&rsquo;auteure multiplie les lettres qui resteront sans r\u00e9ponses&nbsp;: \u00ab&nbsp;Inqui\u00e8te&nbsp;?&#8230; Mon cerveau n&rsquo;est pas inquiet. Il nie toute inqui\u00e9tude. Il ne sait rien. Mais quelque chose qui monte en moi, que j&rsquo;ignore, qui ne monte pas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;esprit, est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.&nbsp;\u00bb (p 19)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Dimanche&#8230; Deux semaines&#8230; J&rsquo;\u00e9cris, j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 tous ceux de mes amis qui peuvent quelque chose peut-\u00eatre&#8230; Je t\u00e9l\u00e9graphie, je t\u00e9l\u00e9phone&#8230; Oh&nbsp;! sans folie, en des termes mesur\u00e9s, sages. Je ne consens pas encore \u00e0 avouer la torture&#8230; Qu&rsquo;on m&rsquo;explique ce retard, voil\u00e0 tout&#8230; Et j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 mon petit enfant, \u00e0 lui, avec d\u00e9lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;R\u00e9ponds&#8230; R\u00e9ponds&#8230;&nbsp;\u00bb (p 22) Des raisonnements rassurants prennent corps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je reprends connaissance de l&rsquo;endroit o\u00f9 je me trouve, appuy\u00e9e sur le mur, en haut de l&rsquo;escalier, pour la premi\u00e8re fois, j&rsquo;accepte de formuler une supposition&#8230; Prisonnier&nbsp;?&#8230; (&#8230;) Et peut-\u00eatre qu&rsquo;il a pu s&rsquo;\u00e9chapper avant d&rsquo;\u00eatre pris. Il est si clairvoyant, si agile, si robuste.&nbsp;\u00bb (p 23)<\/p>\n<p><em>La nouvelle<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;auteure apprend la nouvelle de la mort de son fils par le biais de deux infirmi\u00e8res qui se rendent \u00e0 son domicile. Un des fils de l&rsquo;une de ces infirmi\u00e8res, Etienne D. ami intime de Primice, a \u00e9crit une lettre \u00e0 sa m\u00e8re lui demandant d&rsquo;aller annoncer la mort de son ami \u00e0 sa m\u00e8re. \u00ab&nbsp;Sur sa demande [celle de Primice], j&rsquo;avais pris l&rsquo;engagement, en cas de malheur, de pr\u00e9venir sa m\u00e8re. Mais, par lettre, c&rsquo;est trop terrible, je ne peux pas, surtout boulevers\u00e9 comme je suis. Je viens donc te [\u00e0 sa m\u00e8re] demander d&rsquo;aller trouver <em>toi-m\u00eame<\/em> la m\u00e8re de Primice et de lui annoncer le malheur qui la frappe.&nbsp;\u00bb (p 28) Suivent les premi\u00e8res indications attendues sur les circonstances de sa mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9figur\u00e9 du tout. Son visage \u00e9tait tr\u00e8s calme. Ses camarades qui \u00e9taient autour de lui croyaient qu&rsquo;il n&rsquo;avait rien&nbsp;\u00bb (p 29) et le lieu o\u00f9 il repose (plan du secteur, les premi\u00e8res attentions des camarades autour de la tombe, la mise en bi\u00e8re, la r\u00e9cup\u00e9ration des effets personnels).<\/p>\n<p><em>Auto culpabilit\u00e9 et premier d\u00e9sir de rapatrier le corps<\/em><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Je l&rsquo;ai ador\u00e9&#8230; Je l&rsquo;ai ador\u00e9&#8230; il \u00e9tait dans mon existence comme un c\u0153ur est dans la poitrine&#8230; Je l&rsquo;ai veill\u00e9 toutes les minutes de sa vie. Je pensais \u00e0 tout&#8230; Je n&rsquo;ai rien fait puisque je n&rsquo;ai pu emp\u00eacher cela.&nbsp;\u00bb (p 34)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Pourtant, presque soudain, dans l&rsquo;ombre, il me vient un apaisement&#8230; il ne monte pas de moi&#8230; Je ne l&rsquo;ai pas d\u00e9sir\u00e9&#8230; Il ne d\u00e9pend pas de moi&#8230; Le long de mon \u00e9paule, un poids l\u00e9ger, impalpable, une <em>pr\u00e9sence<\/em> veut que je n&rsquo;aie pas tant de mal&#8230; (&#8230;) Elle m&rsquo;oblige \u00e0 c\u00e9der. Ce n&rsquo;est pas ma faute, un moment, je souffre moins&#8230; Un moment, et c&rsquo;est tout&#8230; Mais il a exist\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb (p 36)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Quand \u00e0 venir&#8230; il ne faut pas y songer&#8230; J&rsquo;irai. Je sais que j&rsquo;irai. \u00ab&nbsp;C&rsquo;est balay\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s par les obus&#8230;&nbsp;\u00bb Est-ce que je peux laisser mon enfant mort sous les obus&#8230; Est-ce que je peux laisser les obus le d\u00e9terrer&#8230; l&rsquo;ab\u00eemer&#8230; quand la mort lui a \u00e9pargn\u00e9 cela. Elle m&rsquo;a r\u00e9serv\u00e9 ma t\u00e2che.&nbsp;\u00bb (p 37)<\/p>\n<p>L&rsquo;auteure fait jouer l&rsquo;ensemble de ses relations &#8211; litt\u00e9raires et autres (Pierre Loti, un g\u00e9n\u00e9ral russe, le colonel W., chef des ambulances russes) pour obtenir l&rsquo;autorisation d&rsquo;aller r\u00e9cup\u00e9rer le corps (voir sur ce site les d\u00e9marches assez identiques entam\u00e9es par la famille Verne pour obtenir l&rsquo;autorisation d&rsquo;aller se recueillir en mai 1917 sur la tombe de leur fils).<\/p>\n<p>Sa position privil\u00e9gi\u00e9e l&rsquo;autorise \u00e0 faire intervenir toutes ses relations pour aller r\u00e9cup\u00e9rer ce corps. Cette qu\u00eate est relativement br\u00e8ve si on la rapporte au reste de la population des endeuill\u00e9s (Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la promulgation de la loi du 31 juillet 1920 et du d\u00e9cret du 28 septembre que les familles seront autoris\u00e9es \u00e0 rapatrier les corps. Cette question avait d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 vivement d\u00e9battue au sein m\u00eame de la Commission des S\u00e9pultures<em>,<\/em> mise en place par arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 25 novembre 1918&nbsp;. D\u00e9but 1919, un&nbsp;rapport de cette commission avait pr\u00e9conis\u00e9 un \u00ab&nbsp;projet de loi interdisant l&rsquo;exhumation et le transport des corps des militaires fran\u00e7ais alli\u00e9s et ennemis sur le territoire fran\u00e7ais pendant une p\u00e9riode \u00e0 d\u00e9terminer.&nbsp;\u00bb Un projet de loi en date du 4 f\u00e9vrier 1919, d\u00e9pos\u00e9 par le gouvernement, lui avait donn\u00e9 raison. Mais au sein m\u00eame de cette commission, un vif d\u00e9bat avait oppos\u00e9, lors de la s\u00e9ance du 31 mai, deux de ses vice-pr\u00e9sidents&nbsp;: Louis Barthou favorable au rapatriement et Paul Doumer qui entendait que les corps demeurent \u00e0 jamais dans les cimeti\u00e8res du front (AN F<sup>2<\/sup> 2125). M\u00eame apr\u00e8s la guerre cette question faisait d\u00e9bat et les multiples interdictions ne parvinrent jamais \u00e0 mettre fin aux nombreuses exhumations clandestines dont t\u00e9moigne ici le r\u00e9cit de Jane Catulle-Mendes.<\/p>\n<p>Une intervention familiale para\u00eet d\u00e9cisive&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon fr\u00e8re m&rsquo;apporte une carte d&rsquo;\u00e9tat-major de la r\u00e9gion. Nous la comparons au petit plan que l&rsquo;a envoy\u00e9 Etienne D&#8230; C&rsquo;est bien conforme (&#8230;) Je demande&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; Une fois \u00e0 Mourmelon, comment faire&nbsp;?<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est tr\u00e8s difficile. Pourtant, sur place, tu trouveras peut-\u00eatre un moyen.<\/p>\n<p>&#8211; Des familles ont d\u00fb, souvent, parvenir \u00e0 ramener leur enfant&nbsp;?<\/p>\n<p>&#8211; Oui, on fermait les yeux&#8230; Maintenant, c&rsquo;est absolument d\u00e9fendu. Il y a eu des accidents, des hommes bless\u00e9s, tu\u00e9s&#8230; Et aussi des erreurs, des abus graves&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Qui s&rsquo;en chargeait avant que ce f\u00fbt interdit&nbsp;?<\/p>\n<p>&#8211; Des brancardiers en g\u00e9n\u00e9ral. Mais, dans les r\u00e9gions dangereuses, il n&rsquo;y a pas de s\u00e9curit\u00e9&#8230; ils se pressent, ils peuvent se tromper&#8230; Quelquefois, ils ne trouvent pas&#8230; On a rendu, \u00e0 des familles, des cercueils qui ne contenaient que du sable&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je serai l\u00e0.<\/p>\n<p>&#8211; Ca vaut mieux&#8230;<\/p>\n<p>Il ne doute pas. Enfin, quelqu&rsquo;un qui ne doute pas&#8230;&nbsp;\u00bb (p 49)<\/p>\n<p>Elle obtient l&rsquo;appui inattendu d&rsquo;un brancardier permissionnaire qui conna\u00eet le secteur de Mourmelon et qui lui propose son aide. \u00ab&nbsp;Ce m\u00eame jour, une jeune femme d\u00e9vou\u00e9e m&rsquo;annonce qu&rsquo;un de ses intimes amis, le D<sup>r<\/sup> M&#8230; qui commande le train de bless\u00e9s o\u00f9 il est ma\u00eetre absolu, se trouvera \u00e0 Ch\u00e2lons.<\/p>\n<p>&#8211; Il pourra peut-\u00eatre vous aider. Voulez-vous que je lui \u00e9crive de venir vous attendre \u00e0 votre arriv\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n<p>&#8211; Oui&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Elle obtient finalement par cette entremise l&rsquo;appui du capitaine V&#8230; qui dirige les services de l&rsquo;\u00e9tat-civil du champ de bataille dans le secteur (pp 51-52)<\/p>\n<p><em>Les condol\u00e9ances<\/em><\/p>\n<p>S&rsquo;en suit la mention, citations \u00e0 l&rsquo;appui, de nombreux courriers de condol\u00e9ances \u00e9manant du tout-Paris litt\u00e9raire et artistique. Aux condol\u00e9ances patriotiques, l&rsquo;auteure r\u00e9pond : \u00ab&nbsp;Personne plus que moi n&rsquo;a la gratitude, le culte de la patrie. Mais l&rsquo;enfant c&rsquo;est aussi la patrie. C&rsquo;est le tout proche, c&rsquo;est le plus ador\u00e9 visage de la patrie. Si l&rsquo;on m&rsquo;avait dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Choisissez&#8230;&nbsp;\u00bb non, non, je n&rsquo;aurais pas pu faire le choix, je n&rsquo;aurais pas pu condamner mon enfant \u00e0 mort, m\u00eame pour mon pays. Que d&rsquo;autres aient ce sto\u00efcisme&#8230;&nbsp;\u00bb (p 57) S&rsquo;ajoutent aux condol\u00e9ances \u00e9crites, les obligations mondaines, pesantes, envers ceux qui peuvent d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre favoriser la qu\u00eate&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&#8217;empressement du docteur M&#8230; ne se ralentit pas. Il me seconde chaque instant (&#8230;) Je voudrais fermer les yeux, ne rien dire, surtout ne rien dire&#8230; (&#8230;) Pour avoir mon enfant je dois me plier \u00e0 tout&#8230; Allons, un effort qui me soul\u00e8ve de cette fatigue&#8230; Je parle&#8230; Je parle selon le th\u00e8me qu&rsquo;on me propose, litt\u00e9rature, philosophie (&#8230;) Des sujets dont j&rsquo;ai l&rsquo;habitude&#8230; Je me rappelle que j&rsquo;\u00e9tais compl\u00e8tement absente de ces propos et que j&rsquo;entendais ma voix sans l&rsquo;\u00e9couter, comme la voix d&rsquo;une passante qui dit des histoires monotones, dont on ne retient rien&#8230;&nbsp;\u00bb (pp 84-85)<\/p>\n<p><em>Le souvenir du disparu<\/em><\/p>\n<p>Evocation de souvenirs du jeune homme soldat&nbsp;: au moment de la mobilisation, en permission&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais jamais, non plus, elle ne devait me quitter, l&rsquo;image de tout \u00e0 l&rsquo;heure, renvers\u00e9e, si p\u00e2le&#8230; Chass\u00e9e de mes yeux, chass\u00e9e de ma connaissance, elle restait, pr\u00e9sence obs\u00e9dante et pesante, pr\u00e8s de l&rsquo;autre, dans l&rsquo;obscur de mon \u00eatre.&nbsp;Pourquoi, pourquoi, n&rsquo;ai-je pas \u00e9cout\u00e9 ces annonciations du malheur&#8230; Pourquoi les ai-je \u00e9cart\u00e9es de ma conscience&#8230; J&rsquo;aurais d\u00fb, au contraire, les dresser devant moi, comme la v\u00e9rit\u00e9 nue. Je n&rsquo;aurais d\u00fb avoir qu&rsquo;elles pour conseils et pour guides&#8230; Mais qu&rsquo;aurais-je fait&nbsp;? \u00bb (pp 71-72)<\/p>\n<p><em>Visite d&rsquo;Etienne D&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Le 28 mai, l&rsquo;auteure apprend qu&rsquo;elle a obtenu le sauf-conduit pour se rendre \u00e0 Mourmelon. Elle attend un courrier du capitaine V. pour se mettre en route.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> juin, elle re\u00e7oit la visite d&rsquo;Etienne D., l&rsquo;ami intime de Primice qui lui avait fait conna\u00eetre sa mort. Il revient sur les circonstances. La m\u00e8re lui demande ce que sont devenues les affaires personnelles de Primice. Le soldat se charge de les r\u00e9cup\u00e9rer et de les transmettre \u00e0 la m\u00e8re. Dans ces affaires, un carnet de notes t\u00e2ch\u00e9 de sang&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ses derni\u00e8res gouttes de sang vivant&#8230; Je les aurai&#8230;&nbsp;\u00bb (p 75)<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Y aller&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les espoirs qu&rsquo;avaient laiss\u00e9 entrevoir le capitaine V. s&rsquo;amenuisent. \u00ab&nbsp;Rien n&rsquo;\u00e9tait commenc\u00e9. Les derni\u00e8res [lettres] que j&rsquo;ai envoy\u00e9es sont rest\u00e9es sans r\u00e9ponse. Face au d\u00e9couragement des proches, l&rsquo;auteur s&rsquo;obstine&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n&rsquo;\u00e9coute pas. J&rsquo;attends&nbsp;\u00bb (p 76) Elle se rend au minist\u00e8re de la Guerre pour r\u00e9clamer les affaires de Primice qui la renvoie vers \u00ab&nbsp;un service sp\u00e9cial&nbsp;\u00bb, rue Lacretelle. \u00ab&nbsp;J&rsquo;y vais. Toujours ce soleil intol\u00e9rable. Mais j&rsquo;aurai tout \u00e0 l&rsquo;heure, les objets qui \u00e9taient sur lui quand il est mort, qui ont absorb\u00e9 sa derni\u00e8re chaleur&#8230;&nbsp;\u00bb (p 77)<\/p>\n<p>Le sauf-conduit ayant expir\u00e9, sans nouvelles du capitaine V, elle se met en route, quitte \u00e0 aviser sur place. Un ami, le commandant Massard, l&rsquo;avertit qu&rsquo;\u00e0 Ch\u00e2lons la consigne est extr\u00eamement rigoureuse et qu&rsquo;elle devra utiliser un subterfuge&nbsp;: une mission rattach\u00e9e au service de Sant\u00e9.<\/p>\n<p>En partant pour le front, sa d\u00e9termination est intacte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n&rsquo;est pas un espoir, ce n&rsquo;est pas une volont\u00e9, ce n&rsquo;est pas une illusion. C&rsquo;est un feu fixe, sans raison, sans obstacle. Il m&#8217;emplit toute. Il est tout ce qui existe pour moi (&#8230;) R\u00e9capituler toutes les recommandations qu&rsquo;on m&rsquo;a faites&#8230; appeler toute ma pr\u00e9sence d&rsquo;esprit&#8230; Il faut que je passe.&nbsp;\u00bb (pp 81-82)<\/p>\n<p>Elle est accueillie \u00e0 Ch\u00e2lons par le Docteur M. qui propose, si n\u00e9cessaire, de la cacher dans son train de bless\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle ait trouv\u00e9 un moyen d&rsquo;aller vers Mourmelon. Elle apprend que le capitaine V. est dans la ville et cherche \u00e0 le joindre par courrier. Dans l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9ponse, elle parvient \u00e0 faire prolonger son sauf-conduit. Un mot du capitaine V. l&rsquo;avertit que le corps de Primice n&rsquo;a pu \u00eatre exhum\u00e9. Un vague d\u00e9sespoir l&rsquo;envahit sans toutefois alt\u00e9rer sa ferme d\u00e9termination&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais pas un fl\u00e9chissement, pas un doute. J&rsquo;irai jusqu&rsquo;\u00e0 lui et je le reprendrai. Que sa pauvre mort reste expos\u00e9e au sacril\u00e8ge, c&rsquo;est seulement cela qui est impossible. Comme quand il \u00e9tait dans mon sein, il n&rsquo;a que moi. Je ne peux pas plus l&rsquo;abandonner que si je le portais toujours en moi.&nbsp;\u00bb (p 93)<\/p>\n<p>Retournant vers le capitaine qui lui a prolong\u00e9 son sauf-conduit, ce dernier l&rsquo;oriente vers M<sup>elle<\/sup> de Baye (une des futurs responsables de l&rsquo;ossuaire provisoire de Douaumont) qui est \u00e0 l&rsquo;ambulance militaire de Mourmelon. Jane Catulle Mendes s&rsquo;y rend enfin.&nbsp; L&rsquo;infirmi\u00e8re, nouvellement arriv\u00e9e dans le secteur, le conna\u00eet mal et ne peut lui \u00eatre d&rsquo;un grand secours. L&rsquo;auteure parvient alors \u00e0 se loger sur place et \u00e0 y rencontrer le capitaine V. qui a fait ouvrir une fosse dans le cimeti\u00e8re mais n&rsquo;a pu y faire venir le corps. Cet officier va faire venir les amis de Primice aupr\u00e8s de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Entre temps, Etienne D. qui a \u00e9t\u00e9 mis au courant de la pr\u00e9sence de la m\u00e8re de son ami vient la rejoindre et l&rsquo;assure de tout faire pour r\u00e9cup\u00e9rer le corps gr\u00e2ce aux amis communs de la victime. Jane Catulle Mendes se rend chez un menuisier afin qu&rsquo;il lui assemble un cercueil en ch\u00eane. Ce dernier, apr\u00e8s h\u00e9sitation, accepte la commande apr\u00e8s avoir demand\u00e9 qu&rsquo;on lui fournisse les dimensions exactes de la bi\u00e8re dans laquelle repose actuellement le corps.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteure, qui n&rsquo;a toujours pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les effets de son fils, se rend au camp de Ch\u00e2lons, \u00ab&nbsp;une petite ville de baraquements en bois&nbsp;\u00bb, pour y prendre des renseignements. Ces objets viennent d&rsquo;\u00eatre exp\u00e9di\u00e9s vers la mairie d&rsquo;arrondissement de son domicile. Au contact des r\u00e9alit\u00e9s du front depuis quelques jours, l&rsquo;auteure ne peut s&#8217;emp\u00eacher de d\u00e9plorer \u00ab&nbsp;cette bureaucratie n\u00e9cessaire [qui] est loin de nos Morts et de nous.&nbsp;\u00bb (p 137).<\/p>\n<p>Le 13 juin, elle se rend sur les indications du capitaine V. dans le cimeti\u00e8re civil de Mourmelon pour voir la fosse dans laquelle pourra \u00eatre inhum\u00e9 son fils. Puis elle prend en charge les diff\u00e9rentes t\u00e2ches mat\u00e9rielles n\u00e9cessaires \u00e0 cette inhumation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Penser \u00e0 tout&#8230; Dans la terre, le bois a pu gondoler. Il faut augmenter un peu ces mesures pour que l&#8217;embo\u00eetement des deux cercueils se fasse s\u00fbrement.&nbsp;\u00bb (p 148). Une visite chez le menuisier avec les dimensions du cercueil la d\u00e9route&nbsp;: la taille demand\u00e9e ne permettra pas d&rsquo;introduire le cercueil dans la fosse&#8230; Un nouvel adjuvant arrive, il s&rsquo;agit du g\u00e9n\u00e9ral T. qui la conna\u00eet et a eu vent de sa pr\u00e9sence. Il l&rsquo;invite \u00e0 d\u00eener \u00e0 sa table. Dans un premier temps, l&rsquo;endeuill\u00e9e lui cache l&rsquo;objet r\u00e9el de sa pr\u00e9sence et pr\u00e9texte une mission visant \u00e0 photographier et inventorier les tombes russes. Elle rencontre Marcel N., \u00ab&nbsp;ce jeune soldat qui a enlev\u00e9 mon Primice de l&rsquo;endroit o\u00f9 il est tomb\u00e9, et l&rsquo;a port\u00e9 au poste de secours.&nbsp;\u00bb (p 157). On revient sur les circonstance de sa mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Savoir encore&#8230;&nbsp;\u00bb (p 161).<\/p>\n<p>Le 15 juin, retour chez le menuisier qui finalement accepte de faire le cercueil aux dimensions voulues. Puis il faut prendre contact avec le serrurier qui doit l&rsquo;envelopper d&rsquo;une gaine m\u00e9tallique et le plomber. Etienne D. continue les pr\u00e9paratifs en vue de la prochaine exhumation mais un d\u00e9placement impr\u00e9vu de sa batterie annihile les espoirs de la m\u00e8re. Elle se tourne alors vers les G.B.D. du secteur qui acceptent de l&#8217;emmener vers la tombe nuitamment mais les gendarmes stoppent le convoi et lui interdisent d&rsquo;aller plus loin. \u00ab&nbsp;Un seul recours&nbsp;: le g\u00e9n\u00e9ral. Ces brancardiers font partie de sa division. Il faut qu&rsquo;il me donne l&rsquo;ordre. En lui demandant, je sais le danger que je cours. Je le surmonterai. Je surmonterai tout. Il ne pourra pas me refuser. Aucun \u00eatre humain ne pourrait me refuser.&nbsp;\u00bb (p 183). Le g\u00e9n\u00e9ral accepte et entend jouer le jeu malgr\u00e9 les r\u00e9centes interdictions d&rsquo;exhumation. Il donne des ordres au capitaine M. qui doit prendre les dispositions n\u00e9cessaires pour que la visite ait lieu le lendemain.<\/p>\n<p>Le 16 au soir, elle se rend sur la tombe en compagnie du g\u00e9n\u00e9ral T. et du capitaine M. Visite br\u00e8ve (\u00ab&nbsp;Les genoux enfonc\u00e9s dans la terre o\u00f9 tu es&#8230; D\u00e9lire d&rsquo;oubli avec Toi&#8230;&nbsp;\u00bb, p 194)&nbsp; car les tirs d&rsquo;artillerie se rapprochent dangereusement.<\/p>\n<p>Le lendemain, \u00ab&nbsp;une seule pens\u00e9e. Le ramener.&nbsp;\u00bb (p 197). Ce retour ne pourra s&rsquo;accomplir qu&rsquo;ult\u00e9rieurement car la division command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral T. doit partir au repos. \u00ab&nbsp;25 juin. J&rsquo;attendrai ces quelques semaines, puisque j&rsquo;ai ces promesses.&nbsp;\u00bb (p 200)<\/p>\n<p><em>De retour \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re<\/em><\/p>\n<p>Le 26 juin, elle quitte le front et rentre sur Paris puis se rend au Havre. Une d\u00e9p\u00eache la fait revenir sur Paris pour aller r\u00e9cup\u00e9rer les effets de Primice qui sont revenus \u00e0 la mairie de son arrondissement. \u00ab&nbsp;Devant un bureau, un scribe, accot\u00e9 \u00e0 son fauteuil, fume, l&rsquo;air ennuy\u00e9. D&rsquo;une voix molle, il demande, sans me regarder&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que vous voulez&nbsp;?<\/p>\n<p>Cet homme, impudent d&rsquo;attitude, et plein de mauvaise volont\u00e9, il d\u00e9tient ces choses sacr\u00e9es&#8230; Peut-\u00eatre a-t-il pouvoir de m&rsquo;en priver.&nbsp;\u00bb (p 213)<\/p>\n<p>Elle r\u00e9cup\u00e8re finalement les \u00ab&nbsp;reliques&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp; Des chemises, des gilets, des mouchoirs, des serviettes&#8230; Au fond, son portefeuille, son porte-cigarette, sa pipe&#8230; Ses plaques d&rsquo;identit\u00e9, celle qui \u00e9tait \u00e0 son poignet et celle qui \u00e9tait sur sa poitrine&#8230; Sa montre, son petit carnet&#8230; Son petit carnet. Les tranches des feuilles, en haut et sur la moiti\u00e9 du c\u00f4t\u00e9, sont imbib\u00e9es d&rsquo;un rouge un peu sombre. Ses derni\u00e8res gouttes de sang vivant&#8230;&nbsp;Je n&rsquo;ose pas m\u00eame y poser mes l\u00e8vres. Je les regarde, je les respire&#8230; Que mes larmes ne les tachent pas&#8230;\u00bb (pp 214-215). L&rsquo;exploration des \u00ab&nbsp;reliques&nbsp;\u00bb &#8211; lettres, contenu du portefeuille &#8211; ne se fait pas sans scrupules mais aide \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer et comprendre les derniers moments de la vie du soldat.<\/p>\n<p>De retour au Havre, elle re\u00e7oit une lettre du g\u00e9n\u00e9ral T.&nbsp;: \u00ab&nbsp;&#8230; Je suis all\u00e9 visiter la tombe de votre petit Primice. Elle est en bon \u00e9tat. J&rsquo;y ai d\u00e9pos\u00e9 des fleurs de votre part.&nbsp;\u00bb (p 222) Une autre lettre du capitaine V.&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai caus\u00e9 avec l&rsquo;abb\u00e9 V&#8230; Nous sommes bien d&rsquo;accord. Nous ferons le n\u00e9cessaire pour tout arranger quand vous serez l\u00e0. Je vous avertirai du moment exact o\u00f9 vous pourrez demander votre sauf-conduit&#8230;&nbsp;\u00bb (p 222) \u00ab&nbsp;Attendre&#8230; Avec ses affaires&#8230; Chaque soir, avant de m&rsquo;endormir je mets contre moi, ses lettres, son carnet. Je m&rsquo;impr\u00e8gne de lui. Peut-\u00eatre quelque chose du myst\u00e8re de sa vie, passe en moi, survit en moi&#8230;&nbsp;\u00bb (p 223)<\/p>\n<p>Le 27 septembre, une nouvelle lettre du g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous ne sommes pas dans le secteur, mais nous sommes tout contre. Vous pouvez venir.&nbsp;\u00bb (p 228)<\/p>\n<p><em>Y retourner et l&rsquo;exhumer<\/em><\/p>\n<p>La petite fosse qui avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e dans le cimeti\u00e8re civil de Mourmelon n&rsquo;est plus disponible. Finalement, le corps sera r\u00e9inhum\u00e9 dans un cimeti\u00e8re militaire. Cette nouvelle fosse devra \u00eatre \u00e9largie pour accueillir la bi\u00e8re en ch\u00eane qui est pr\u00eate. Il faut reprendre contact avec le serrurier.<\/p>\n<p>Le capitaine V. s&rsquo;assure une derni\u00e8re fois que l&rsquo;endeuill\u00e9e veuille bien se rendre sur place et assister, malgr\u00e9 les risques, aux op\u00e9rations d&rsquo;exhumation. \u00ab&nbsp;J&rsquo;aurai la force.&nbsp;\u00bb, r\u00e9pond-elle (p 233). Finalement, seuls la m\u00e8re, le capitaine et une \u00e9quipe de brancardiers se rendront au cimeti\u00e8re du front. Le capitaine V. entend ainsi couvrir son sup\u00e9rieur dans ce qui est une entorse grave aux r\u00e8glements en vigueur.<\/p>\n<p>Le 7 octobre, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, le groupe se met en route sous la pluie pour le cimeti\u00e8re proche des premi\u00e8res lignes. Les travaux d&rsquo;exhumation se r\u00e9v\u00e8lent p\u00e9nibles et dangereux. L&rsquo;\u00e9tat du cercueil impr\u00e9visible. Pour parer \u00e0 tout, on a emmen\u00e9 des b\u00e2ches. \u00ab&nbsp;Les brancardiers travaillent sans bruit. Leurs gestes sont alertes et pieux. Ils ont enlev\u00e9 le petit entourage de bois, les couronnes. Les pellet\u00e9s s&rsquo;accumulent, soigneusement d\u00e9pos\u00e9es au bord de la petite fosse. Malgr\u00e9 ma volont\u00e9 irr\u00e9ductible de reprendre mon enfant, j&rsquo;avais parfois l&rsquo;\u00e9moi secret de ce qu&rsquo;il peut y avoir de sacril\u00e8ge \u00e0 ouvrir une s\u00e9pulture, m\u00eame avec tout l&rsquo;amour, m\u00eame pour tout le devoir.&nbsp;\u00bb (pp 242-243) Au moment de la remont\u00e9e de la bi\u00e8re, \u00ab&nbsp;&#8230; Et je ne sais plus ce qui se passe&#8230; Vaguement, je sens que le capitaine me d\u00e9pose, avec pr\u00e9caution, par terre&#8230; Quand je reviens \u00e0 moi, Primice est \u00e9tendu sur le chemin central, un peu en travers. Je suis contre lui. Mes mains serrent et caressent son cercueil (&#8230;) Le voir&#8230; Le tenir dans mes bras&#8230; Soulever cette planche qui nous s\u00e9pare&#8230; Je ne peux pas&#8230; Quelque chose me retient&#8230; Quelque chose de myst\u00e9rieux que je ne dois pas enfreindre&#8230; J&rsquo;ob\u00e9is&#8230;&nbsp;\u00bb (p 245)<\/p>\n<p>On rebouche la fosse pour masquer l&rsquo;exhumation. Le cercueil est particuli\u00e8rement lourd car une ouverture a permis qu&rsquo;il se remplisse de sable calcaire. Mais, selon les dires du capitaine V., \u00ab&nbsp;ce sable l&rsquo;a comme embaum\u00e9, il doit \u00eatre admirablement conserv\u00e9. Il n&rsquo;y a aucun sympt\u00f4me de d\u00e9composition. J&rsquo;en suis s\u00fbr. J&rsquo;avais le visage juste au-dessus de l&rsquo;ouverture. Aucune odeur. Votre Primice est intact.&nbsp;\u00bb (p 246) Le corps du d\u00e9funt est donc entr\u00e9 en odeur de saintet\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Rapatri\u00e9, plac\u00e9 dans une deuxi\u00e8me bi\u00e8re confectionn\u00e9e par les soins de sa m\u00e8re, plomb\u00e9, r\u00e9inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re militaire, il semble d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;abri des injures de la guerre. Elle a d\u00e9sormais un lieu pour le pleurer, un lieu o\u00f9 l&rsquo;enfant est d\u00e9finitivement en s\u00e9curit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne pas partir encore&#8230; Il est l\u00e0. Je l&rsquo;ai. Le jour grandit. Le soleil se l\u00e8ve sur sa t\u00eate. On m&#8217;emm\u00e8ne. Plusieurs fois, je me retourne, je contemple la petite tombe toute blanche dans le soleil levant.&nbsp;\u00bb (p 252)<\/p>\n<p><em>Le livre, second tombeau<\/em><\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s tant d&rsquo;efforts et de patience d\u00e9ploy\u00e9s pour en arriver l\u00e0, un vide appara\u00eet&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai sauv\u00e9 ton corps. Je lui ai donn\u00e9 une petite tombe blanche qu&rsquo;abrite mon amour. Qu&rsquo;est-ce que je peux pour ton \u00e2me&nbsp;? Un livre&#8230;&nbsp;Lui donner, \u00e0 elle aussi, une petite tombe, la petite tombe blanche d&rsquo;un livre (&#8230;) Un livre&#8230; Quelques mots pour parler de Toi (&#8230;) J&rsquo;\u00e9crirai un livre pourtant. Je te le promets. Puisque c&rsquo;est tout ce que je peux. \u00bb (pp 253-254) L&rsquo;\u00e9criture litt\u00e9raire de ce \u00ab&nbsp;t\u00e9moignage&nbsp;\u00bb fait donc indissociablement partie du processus de deuil et participe \u00e0 son accomplissement complet. L&rsquo;auteure a recours \u00e0 des effets stylistiques proprement litt\u00e9raires, mis&nbsp; au service de ce t\u00e9moignage&nbsp;: une \u00e9criture elliptique, saccad\u00e9e, parfois volontairement incoh\u00e9rente, capable d&rsquo;exprimer la souffrance et mieux dire le d\u00e9sespoir psychologique.<\/p>\n<p><em>La longue s\u00e9quence traumatique du deuil&nbsp;: le souvenir du disparu<\/em><\/p>\n<p>Le fait d&rsquo;avoir pu enterrer d\u00e9cemment le fils et d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;histoire de ce deuil ne sont pas pour autant cl\u00f4ture de la p\u00e9riode traumatique&nbsp;et d&rsquo;auto-culpabilisation : \u00ab&nbsp;Des r\u00eaves, chaque nuit. Presque toujours m\u00eal\u00e9s \u00e0 la Nuit o\u00f9 je l&rsquo;ai ramen\u00e9.&nbsp;\u00bb (p 263) Dans ces r\u00eaves, la m\u00e8re est pr\u00e9sente au dernier instant, juste avant la mort de son fils qu&rsquo;elle parvient \u00e0 sauver.<\/p>\n<p>Les objets qui appartenaient au fils reprennent vie avec elle, par elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;A mesure que les jours s&rsquo;\u00e9coulent, que les jours l&rsquo;\u00e9cartent d&rsquo;elle, je r\u00e9pands de plus en plus, autour de moi, les petits objets qui lui ont appartenu, pour quelle que chose de lui soit encore m\u00eal\u00e9 \u00e0 la vie. Il aimait dessiner. Je me sers de ces crayons de pastel pour accentuer la ressemblance de quelques uns de ses portraits. Sa montre est, chaque jour, remont\u00e9e. Ses coupe-papier tranchent les livres que je lis. Je ne cachette les lettres qu&rsquo;avec les cachets \u00e0 ses initiales.&nbsp;\u00bb (p 265). Nombres d&rsquo;indices dans le comportement de cette m\u00e8re laissent \u00e0 penser qu&rsquo;elle s&rsquo;identifie fortement au disparu et que cette fa\u00e7on de faire l&rsquo;aide \u00e0 surmonter sa propre douleur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le m\u00ealer \u00e0 la vie. Ne rien oublier de lui. Ma pens\u00e9e, c&rsquo;est toute sa r\u00e9surrection. Quand je mourrai, il mourra une seconde fois.&nbsp;\u00bb (p 276)<\/p>\n<p>Le premier anniversaire de sa mort est v\u00e9cu sur le mode de la culpabilit\u00e9&nbsp;: la demande de sauf-conduit n&rsquo;a pas abouti \u00e0 temps. La publication d&rsquo;un po\u00e8me du jeune Primice publi\u00e9 dans la presse, intitul\u00e9 <em>Les cuirassiers de Reichshoffen, <\/em>est per\u00e7u <em>a posteriori<\/em> par sa m\u00e8re comme une annonce de sa destin\u00e9e tragique.<\/p>\n<p>Le 17 mai 1918, le sauf-conduit arrive enfin. Une visite de la tombe avec le capitaine M. ne la satisfait pas compl\u00e8tement&nbsp;: \u00ab&nbsp;&#8230; Demain, mon Bien-aim\u00e9, je reviendrai seule, longtemps seule&#8230;&nbsp;\u00bb (p 272) La s\u00e9paration entre le lieu de s\u00e9pulture et le lieu de vill\u00e9giature de la m\u00e8re est de plus en plus mal v\u00e9cue&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;est horrible cette s\u00e9paration. Comme je les envie, ces coutumes d&rsquo;Orient qui permettent de garder les morts aim\u00e9s dans le jardin de la maison qu&rsquo;on habite, de m\u00ealer famili\u00e8rement leurs m\u00e2nes myst\u00e9rieuses \u00e0 tous les actes de l&rsquo;existence.&nbsp;\u00bb (p 273)<\/p>\n<p>L&rsquo;offensive du 18 juillet 1918 r\u00e9veille les craintes. On va se battre aux abords de sa tombe. De longs passages \u00e9voquent alors une forme de r\u00e9gression de la m\u00e8re&nbsp;: il n&rsquo;est plus question que de Primice enfant ou de Primice b\u00e9b\u00e9. La vie heureuse de la m\u00e8re et son enfant est sans cesse rem\u00e9mor\u00e9e comme pour mieux faire oublier l&rsquo;instant pr\u00e9sent et l&rsquo;absence. S&rsquo;ensuit une longue \u00e9vocation des \u00e9crits de Primice, de la petite enfance jusqu&rsquo;\u00e0 sa derni\u00e8re lettre, qui permettent d&rsquo;\u00e9tablir une biographie qui se m\u00e9tamorphose en v\u00e9ritable hagiographie.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;apr\u00e8s guerre<\/em><\/p>\n<p>La proclamation de l&rsquo;armistice n&rsquo;est pas mentionn\u00e9e. Par cette omission volontaire l&rsquo;auteure exprime cette attitude partag\u00e9e et largement \u00e9voqu\u00e9e par une multitude d&rsquo;autres t\u00e9moins, lorsque le deuil submerge et parfois d\u00e9passe la victoire. Seule une autre date compte&nbsp;: le 23 avril. C&rsquo;est donc en ce 23 avril 1919, deux ans jour pour jour apr\u00e8s la mort du fils ador\u00e9, qu&rsquo;elle se rend sur la tombe de celui-ci. En route pour le cimeti\u00e8re et croisant deux prisonniers allemands en train de rire, elle intime au sous-officier fran\u00e7ais qui les accompagne de les faire taire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils aient disparu, je reste debout entre eux et mon enfant, pour qu&rsquo;il ne les entende pas.&nbsp;\u00bb (p 382)<\/p>\n<p>Elle semble alors entrer dans une nouvelle dimension du deuil, moins personnelle&nbsp;et plus ouverte aux autres : \u00ab&nbsp;Personne&#8230; Si. Trois silhouettes noires surviennent dans la blancheur crue du soleil et du cataclysme. Ce sont des jeunes filles en deuil, qui marchent lentement, graves, sans paroles, en se tenant le bras. Elles ont l&rsquo;air de chercher&#8230;&nbsp;\u00bb (pp 384-385) Le deuil n&rsquo;affecte donc pas seulement les m\u00e8res mais aussi les \u00e9pouses et les fianc\u00e9es. Un retour vers le Bois noir, ce lieu ambivalent de la premi\u00e8re inhumation et du dernier souffle de vie s&rsquo;av\u00e8re incontournable.<\/p>\n<p>Les f\u00eates de la Victoire ont peu de sens. Elle ne se rend pas \u00e0 la veill\u00e9e fun\u00e8bre de la nuit du 13 au 14 juillet 1919 o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9 sous l&rsquo;Arc de Triomphe un immense c\u00e9notaphe dress\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire des morts de la Grande Guerre. Son deuil n&rsquo;entre pas dans la dimension publique, attendue, il demeure solidement ancr\u00e9 en elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais Toi, tu n&rsquo;es pas vainqueur, tu es un Mort.&nbsp;\u00bb (p 391) Le 10 juillet, jour de la f\u00eate du d\u00e9funt, elle pr\u00e9f\u00e8re aux futures comm\u00e9morations grandioses la pr\u00e9sence d&rsquo;une tombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle f\u00eate pour Toi&nbsp;?&#8230; Tu ne sens pas plus les ailes de la Victoire au fronton de ta tombe que mes larmes sur ton seuil.&nbsp;\u00bb (p 393) Le 23 avril 1920, de retour sur les m\u00eames lieux, le questionnement butte toujours sur les m\u00eames in\u00e9vitables questions : \u00ab&nbsp;Pourquoi es-tu mort&nbsp;? Quelle v\u00e9rit\u00e9 \u00e9gale ta mort, quelle v\u00e9rit\u00e9 est aussi belle que Toi&nbsp;?&nbsp;\u00ab&nbsp;Mort pour la France\u00bb, qu&rsquo;est-ce que cela veut dire&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p 395)<\/p>\n<p>J.F. Jagielski, novembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9e en 1867. Nom de jeune fille, Jeanne Mette. Seconde \u00e9pouse de l&rsquo;\u00e9crivain et critique \u00ab&nbsp;fin de si\u00e8cle&nbsp;\u00bb&nbsp; Catulle Mendes (1841-1909) qu&rsquo;elle \u00e9pouse le 8 juillet 1897 et dont elle aura trois enfants. Femme de lettres et po\u00e9tesse appartenant, apr\u00e8s son mariage, \u00e0 la grande bourgeoisie litt\u00e9raire parisienne. 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