{"id":187,"date":"2009-01-06T11:13:45","date_gmt":"2009-01-06T10:13:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/cocordan-lucien-1893-1962\/"},"modified":"2021-09-09T17:20:51","modified_gmt":"2021-09-09T16:20:51","slug":"cocordan-lucien-1893-1962","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/cocordan-lucien-1893-1962\/","title":{"rendered":"Cocordan, Lucien (1893-1962)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 6 octobre 1893 \u00e0 Paris. Famille de religion protestante. Le p\u00e8re, Georges, \u00e9tait conducteur de bus hippomobile&nbsp;; la m\u00e8re, Louise Cottart, \u00e9tait passementi\u00e8re. Les parents seront plus tard \u00e9piciers \u00e0 Fontainebleau. Avant la guerre, Lucien \u00e9tait apprenti chapelier. En mars 1913, il s&rsquo;engage pour trois ans au 22<sup>e<\/sup> Dragons de Reims, ayant vraisemblablement l&rsquo;intention de faire une carri\u00e8re militaire (l&rsquo;exp\u00e9rience de 14-18 va l&rsquo;en dissuader). Il obtient le grade de brigadier. Il fait toute la guerre de 1914-1918 dans la cavalerie, combattant alternativement \u00e0 cheval et \u00e0 pied. Il se marie le 16 septembre 1919 \u00e0 Viroflay, Seine-et-Oise, avec une infirmi\u00e8re qui l&rsquo;a soign\u00e9 en mars 1917 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Orl\u00e9ans. Deux enfants&nbsp;: Pierre, n\u00e9 en 1920&nbsp;; Monique, n\u00e9e en 1925. Il devient repr\u00e9sentant de commerce en chapellerie et chemiserie \u00e0 Paris, puis \u00e0 Charleville. Il se r\u00e9fugie en 1940 \u00e0 Toulouse. Il meurt le 22 mai 1962 \u00e0 Chaum, Haute-Garonne.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>La famille (qui a fourni les renseignements ci-dessus) a conserv\u00e9 six petits carnets ou agendas correspondant aux p\u00e9riodes suivantes&nbsp;: (1) du 25 juillet au 10 novembre 1914&nbsp;; (2) de novembre 1914 au 10 ao\u00fbt 1915&nbsp;(+ quelques pages d\u00e9tach\u00e9es pour ao\u00fbt-octobre de la m\u00eame ann\u00e9e) ; (3) d&rsquo;octobre 1915 \u00e0 d\u00e9cembre 1916&nbsp;; (4) 1917&nbsp;; (5) 1918&nbsp;; (6) 1919. Un cahier format \u00e9colier reprend le texte \u00ab&nbsp;au propre&nbsp;\u00bb du d\u00e9but de la guerre jusqu&rsquo;au 31 janvier 1917.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, Lucien Cocordan exprime des sentiments d&rsquo;amour pour la patrie pour laquelle le devoir est d&rsquo;accepter de mourir. Il faut \u00ab&nbsp;fiche une bonne vol\u00e9e aux Boches&nbsp;; tous on a h\u00e2te de marcher au feu pour en finir avec cette race et apr\u00e8s l&rsquo;on sera tranquille&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9part vers le nord. Entr\u00e9e en Belgique le 6 ao\u00fbt. \u00ab&nbsp;Vall\u00e9e de la Semois. Sur tout le parcours, ce n&rsquo;est que des drapeaux repr\u00e9sentant les nations alli\u00e9es. On nous chante <em>La Marseillaise<\/em>. Ovations monstres sur tout le parcours. L&rsquo;on nous donne des tartines, tabac, boisson, \u0153ufs, m\u00e9dailles de saintet\u00e9, souvenirs en masse. Accueil touchant et inoubliable. L&rsquo;on nous appelle leurs fr\u00e8res. Quels braves gens&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Les dragons font des reconnaissances, toujours en alerte (\u00ab&nbsp;nous dormons bride au bras&nbsp;\u00bb). Ils affrontent des tirailleurs allemands. Repli vers Paris, puis poursuite d\u00e9but septembre. P\u00e9riode confuse au cours de laquelle des Fran\u00e7ais tirent sur des Fran\u00e7ais, des Allemands sur des Allemands. Divers bobards pr\u00e9sent\u00e9s comme des faits&nbsp;: arrestation d&rsquo;espions allemands \u00ab&nbsp;la plupart d\u00e9guis\u00e9s en pr\u00eatres&nbsp;\u00bb&nbsp;; infirmi\u00e8res allemandes sur lesquelles on trouve \u00ab&nbsp;revolvers et poignards cach\u00e9s dans leurs corsages&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le 25 septembre \u00e0 Bouchavesnes, \u00ab&nbsp;l&rsquo;escadron fait une charge stupide contre fantassins et mitrailleuses ennemis, qui crachent une v\u00e9ritable pluie de mitraille sur nous. Rebroussons sous une pluie de balles.&nbsp;\u00bb Le 11 octobre en Artois, c&rsquo;est un combat \u00e0 pied toute la journ\u00e9e. Vers la Belgique&nbsp;(17 octobre) : \u00ab&nbsp;Nous passons par Vieux-Berquin. Plus une seule maison est debout. Les habitants sont revenus, pleurent dans les rues. Pays compl\u00e8tement d\u00e9truit, partout des cadavres de bestiaux, des maisons qui ach\u00e8vent de se consumer. Quel spectacle inoubliable&nbsp;! Quelles visions de barbarie, quels sauvages et quelle nation infecte que cette race porcine que l&rsquo;on nomme la nation allemande&nbsp;! Bailleul est \u00e9galement ravag\u00e9. Nous passons la fronti\u00e8re \u00e0 11&nbsp;h 30. Loker, premier village belge.&nbsp;\u00bb Le 20 octobre, durs combats entre Staden et Langemark&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle sc\u00e8ne qu&rsquo;un champ de bataille, on entend le r\u00e2le des bless\u00e9s. De voir ceux qui tombent \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s en poussant un r\u00e2le, l&rsquo;on songe \u00e0 quand notre tour, et lorsque l&rsquo;on sort de cette fournaise l&rsquo;on se demande comment l&rsquo;on est sans blessure lorsque tant d&rsquo;autres sont tomb\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Suivent une p\u00e9riode de repos et un bref s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Abbeville. Sa demande pour passer dans l&rsquo;aviation est refus\u00e9e. Apr\u00e8s une permission en ao\u00fbt 1915 (\u00ab&nbsp;Joie indescriptible \u00e0 se sentir sur le macadam apr\u00e8s 13 mois pass\u00e9s dans des patelins plus ou moins vaseux&nbsp;\u00bb), le voici en Champagne \u00e0 la veille de l&rsquo;offensive de septembre. \u00ab&nbsp;27 septembre. Arrivons le matin dans les bois de Suippes, bivouaquons en plein feuillage. Croyons \u00eatre tranquille pour quelque temps mais d\u00e9part \u00e0 11 heures. Le colonel nous rassemble et nous fait un discours concernant&nbsp;: offensive, heure venue, etc. Arrivons \u00e0 2 h de l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 Suippes en pleine bataille. Cela, para\u00eet-il, marche tr\u00e8s bien. Poussons plus loin et nous nous installons sans desseller pr\u00e8s de Souain. La pluie tombe, nous sommes tremp\u00e9s. 28, 29, 30, 1<sup>er<\/sup> octobre. Que dire pendant ces jours sinon que nous avions tous fait le sacrifice de notre existence. A toute minute pendant ces jours nous nous attendions \u00e0 charger, et charger dans quelles conditions&nbsp;? sur quoi&nbsp;? une ligne de mitrailleuses ou un fortin. Nous sommes rest\u00e9s pendant tous ces jours, les 22<sup>e<\/sup> et 16<sup>e<\/sup>, brigade d&rsquo;avant-garde. Gare \u00e0 la r\u00e9putation que nous avons, et nous pouvions dire que nous \u00e9tions sacrifi\u00e9s. Nous nous sommes trouv\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 300 \u00e0 400 m\u00e8tres de la ligne. Si l&rsquo;escadron n&rsquo;a eu comme perte qu&rsquo;un cheval, cela tient du miracle. Jamais je n&rsquo;ai vu les marmites tomber si pr\u00e8s en terrain d\u00e9couvert. Une est tomb\u00e9e \u00e0 3 pas, nous enterrant compl\u00e8tement, moi et un cycliste. Nous \u00e9tions couverts de terre. Nous avons souffert non seulement de la fatigue, mais principalement de la faim. Cette offensive n&rsquo;a pas r\u00e9ussi comme nous le voulions. Des compagnies enti\u00e8res restaient sur le terrain. Nos escadrons \u00e0 pied partis \u00e0 l&rsquo;attaque, sur 220 sont revenus \u00e0 40, et tout cela pourquoi&nbsp;? C&rsquo;est du terrain pay\u00e9 bien cher.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>P\u00e9riode calme d&rsquo;octobre 1915 \u00e0 janvier 1916. Le 6 octobre, pr\u00e8s de Cuperly, il note qu&rsquo;il a 22 ans. Le 1<sup>er<\/sup> janvier&nbsp;: pas un coup de canon. Les choses se g\u00e2tent en f\u00e9vrier. D\u00e8s le 22 f\u00e9vrier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une offensive extraordinaire se fait du c\u00f4t\u00e9 boche sur Verdun.&nbsp;\u00bb Cela a pour cons\u00e9quence un retard pour les permissions. Il ne peut partir qu&rsquo;en mai&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cafard monstre \u00e0 la fin. 20 mai. Le cafard me tient bien et ne me quitte pas. Vite la fin. J&rsquo;en ai assez.&nbsp;\u00bb La fin approcherait-elle&nbsp;? \u00ab&nbsp;28 juin. Les Russes, en offensive depuis 8 jours, marchent merveilleusement. Offensive sur tous les fronts. Anglais dans le Nord,&nbsp; Fran\u00e7ais \u00e0 Verdun, Italiens et Russes \u00e0 leur front respectif, attaquent avec avantage. Nous croyons tr\u00e8s fermement \u00e0 une fin avant l&rsquo;hiver. Quelques pronostics nous annoncent la fin pour ao\u00fbt ou septembre. Chic alors&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ao\u00fbt en Lorraine, \u00e0 Lun\u00e9ville&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous nous installons dans un quartier de cavalerie. Quel cafard se revoir l\u00e0-dedans apr\u00e8s 2 ans de guerre. L&rsquo;ancienne vie de quartier reprend, les corv\u00e9es, l&rsquo;appel, etc. Tout le monde est d\u00e9go\u00fbt\u00e9.&nbsp;\u00bb Et en secteur calme&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;est un vrai secteur de rentier. Pas un coup de fusil ni de canon. Nous couchons dehors, pas d&rsquo;abris. Nous installons des couchettes sous une ancienne tuilerie presque \u00e9croul\u00e9e. Nous restons 5 jours ici et 5 en r\u00e9serve.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Janvier 1917&nbsp;: \u00ab&nbsp;En pleine cha\u00eene des Vosges, r\u00e9gion merveilleuse, mais quel froid&nbsp;! et la neige ne cesse de tomber.&nbsp;Tr\u00e8s bien re\u00e7us par les habitants.&nbsp;\u00bb Mais, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, \u00e0 Traubach&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;heure est rest\u00e9e l&rsquo;heure allemande. Ici l&rsquo;on parle un javanais incompr\u00e9hensible et qui n&rsquo;est pas l&rsquo;allemand mais un patois alsacien. L&rsquo;on rencontre dans les maisons beaucoup de photos de soldats allemands.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>En permission en f\u00e9vrier 1917. Visite m\u00e9dicale pour mal \u00e0 la gorge. Il est envoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Orl\u00e9ans&nbsp;: \u00ab&nbsp;17 f\u00e9vrier. Tr\u00e8s bien soign\u00e9. Georges vient me voir tous les jours. Infirmi\u00e8res charmantes. 6 mars. Je crois m&rsquo;apercevoir que l&rsquo;affection que je portais \u00e0 ma petite infirmi\u00e8re, qui apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ma marraine est maintenant ma grande amie, se change en amour. Elle m&rsquo;en rend mon amour largement du reste.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Avril 1917. Pr\u00e9paratifs de l&rsquo;offensive&nbsp;: \u00ab&nbsp;13 avril. D\u00e9part \u00e0 7 h 30. Apr\u00e8s une \u00e9tape de 45 km, faite plut\u00f4t lentement, nous arrivons \u00e0 4 h 30 dans un bois pr\u00e8s de F\u00e8re-en-Tardenois. L&rsquo;on pense rester ici deux ou trois jours. La r\u00e9gion ici est remplie de troupes. Infanterie, cavalerie, etc. passent et repassent. Sur la ligne de chemin de fer de Fismes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, les trains de troupes et de ravitaillement ne cessent pas de d\u00e9filer. [&#8230;] 15 avril, dimanche. Rien de nouveau. Nous partons le soir pour aller plus pr\u00e8s du front. Passons une nuit inoubliable. Treize heures pour faire 12 km, c&rsquo;est insens\u00e9. Nous avons mis \u00e0 un moment trois heures pour faire 400 m. C&rsquo;est pire qu&rsquo;\u00e0 Souain, et quel temps&nbsp;! De l&rsquo;eau, du vent et un froid glacial. 16 avril. Arrivons \u00e0 7 h du matin \u00e0 4 km des lignes. Un bombardement effroyable tape de Soissons \u00e0 Reims. Quel carnage \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le progr\u00e8s et la civilisation nous gouvernent. C&rsquo;est incroyable quand l&rsquo;on pense \u00e0 cette boucherie qui dure depuis plus de 2 ans \u00bd. [&#8230;] 18 avril. De la pluie, toujours de la pluie. Quel temps pour les malheureux fantassins&nbsp;! 19 avril. Nous ne les percerons jamais dans de pareilles conditions. Pourquoi alors sacrifier tant de vies humaines si pr\u00e9cieuses&nbsp;? Quelle insouciance&nbsp;! 20 avril. Quel changement dans mes id\u00e9es politiques, et dans quel \u00e9tat d&rsquo;esprit je me trouve&nbsp;! J&rsquo;en suis \u00e9tonn\u00e9 moi-m\u00eame, et pourtant je n&rsquo;ai plus le cafard. 21 avril. Nous allons voir un camp de prisonniers tout pr\u00e8s. Tous ont assez de la guerre et reconnaissent notre avantage et aussi que l&rsquo;Allemagne ne peut plus tenir question alimentaire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Le pourcentage de permissionnaires est augment\u00e9. Lucien pourra partir le 9 juin. En attendant, il a des nouvelles de Paris et il est confront\u00e9 aux mutineries de l&rsquo;infanterie&nbsp;: \u00ab&nbsp;28 mai. A Paris, c&rsquo;est un chambard du diable, ce n&rsquo;est que gr\u00e9vistes, principalement chez les femmes, couturi\u00e8res, usines \u00e0 munitions, alimentation, tout en gr\u00e8ve. O\u00f9 cela nous m\u00e8nera-t-il&nbsp;? 30 mai. A 4 h du matin, alerte. Il faut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 partir dans une demi-heure. Quel chambard&nbsp;! Rien n&rsquo;est pr\u00eat et il manque un tas de choses. Nous partons \u00e0 6 h moins \u00bc direction Attichy. A Breuil je reviens avec les chevaux de mains du r\u00e9giment. Au retour, j&rsquo;apprends que c&rsquo;est deux r\u00e9giments d&rsquo;infanterie, qui venaient de passer 60 jours en ligne aux derni\u00e8res attaques, et apr\u00e8s 6 jours de repos remontaient en ligne. Ils ont refus\u00e9 de marcher et marchent sur Compi\u00e8gne. Nous devons les arr\u00eater. Voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes apr\u00e8s presque 3 ans de guerre. S&rsquo;ils r\u00e9sistent, nous devons tirer dessus, sur nos fr\u00e8res. Quelle honte&nbsp;! Pour ma part, je suis heureux de me d\u00e9filer d&rsquo;un tel travail. Ils reviennent \u00e0 14 heures, sans avoir rien vu. 31 mai. D\u00e9tails sur la journ\u00e9e d&rsquo;hier. La r\u00e9volte a commenc\u00e9 ainsi&nbsp;: un capitaine donnant un ordre \u00e0 un caporal de monter aux tranch\u00e9es avec son escouade, ayant refus\u00e9, le capitaine l&rsquo;a tu\u00e9 d&rsquo;un coup de revolver. Aussit\u00f4t les quelques hommes l&rsquo;ont perc\u00e9 de coups de ba\u00efonnette et ont march\u00e9 sur l&rsquo;arri\u00e8re, entra\u00eenant beaucoup d&rsquo;officiers qui eux aussi en ont assez. Autre chose \u00e0 remarquer&nbsp;: les officiers de chez nous, pendant l&rsquo;instant o\u00f9 nous attendions les deux r\u00e9giments, ont baiss\u00e9 pavillon et parlaient aux hommes avec une politesse \u00e0 laquelle nous ne sommes pas habitu\u00e9s. Les mitrailleuses tenues par les officiers eux-m\u00eames nous tenaient en m\u00eame temps sous leurs feux en m\u00eame temps que le terrain devant nous. A ce sujet, aucun commentaire&#8230; Aujourd&rsquo;hui, 2 h, pr\u00e9sentation des grad\u00e9s au colonel. 1<sup>er<\/sup> juin. A Paris, les gr\u00e8ves continuent&nbsp;! Ce matin, alerte, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un exercice car \u00e0 l&rsquo;alerte d&rsquo;avant-hier beaucoup n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00eats. 2 juin. Nous partons \u00e0 6 h 30 pour changer de cantonnement. Rassemblement \u00e0 Breuil. D\u00e9part 7 h 30, allons \u00e0 Bl\u00e9rancourt, m\u00eame travail que mercredi dernier, et quel travail&nbsp;! C&rsquo;est honteux et il r\u00e8gne un \u00e9tat d&rsquo;esprit d\u00e9plorable et si les fantassins arrivent, beaucoup se mettront avec eux car nous leur donnons raison. Ils demandent un repos d&rsquo;un mois et le tour de permission tous les 4 mois, ce qui est leur droit. Nous rentrons \u00e0 Camelin pour cantonner. Le 360<sup>e<\/sup> y est. Cris \u00e0 notre arriv\u00e9e. Des imb\u00e9ciles leur ont racont\u00e9 que nous avions tir\u00e9 sur un bataillon de chasseurs \u00e0 pied. Altercation comique entre le colonel Retheny [?] et un fantassin. Finalement nous fraternisons avec tous et l&rsquo;erreur est reconnue par eux-m\u00eames.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>La permission&nbsp;: \u00ab&nbsp;9 juin. Je me couche \u00e0 9 h, \u00e0 peine endormi l&rsquo;on vient me pr\u00e9venir que je pars en permission ce soir. 10 juin. Arrivons au lieu de d\u00e9part \u00e0 Vic-sur-Aisne \u00e0 5 h 30. D\u00e9part \u00e0 9 h. Arriv\u00e9e \u00e0 Creil \u00e0 12 h 30 o\u00f9 j&rsquo;attends le train pour Montereau qui part \u00e0 4 h 45. Vraiment je commence \u00e0 en avoir assez de ces changements de train et aussi des attentes de plusieurs heures dans les gares. Si ce n&rsquo;\u00e9tait ma permission&nbsp;! J&rsquo;ai grande h\u00e2te \u00e0 revoir tous ceux qui me sont chers et aussi ma ch\u00e8re petite fianc\u00e9e. Que de bons jours heureux nous allons passer&nbsp;! 11 juin. Arriv\u00e9e \u00e0 Montereau \u00e0 12 h 15, je vais chez Georges sans faire timbrer ma perm. [&#8230;] 12 juin. Je repars \u00e0 Montereau faire timbrer ma permission qui ne compte qu&rsquo;\u00e0 partir de demain. 22 juin. Je pars par le train civil avec le billet militaire pris par Georges [&#8230;] Retour \u00e0 Camelin [&#8230;] temps affreux, cafard monstre, je deviens depuis quelque temps compl\u00e8tement anarchiste&nbsp;: une fin et le retour chez soi&nbsp;! 30 juin. La rel\u00e8ve se fait ce soir. Nous rempla\u00e7ons le 11<sup>e<\/sup> cuir, l&rsquo;on parle d&rsquo;une division de cavalerie allant cantonner aux environs de Paris en cas de troubles dans la capitale. Ce serait notre tour, cela ne me d\u00e9plairait pas car je pourrais aller \u00e0 Paris et voir tous ceux qui me sont chers, mais malgr\u00e9 [tout] ce r\u00f4le de gendarme me r\u00e9pugne&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>A partir de juillet, l&rsquo;ann\u00e9e 1917 compte plusieurs permissions, maladies, stages et s\u00e9jours \u00e0 Paris ou dans la r\u00e9gion parisienne. Les notes de 1918 et 1919 sont tr\u00e8s laconiques. Le 11 octobre 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une autre grande offensive se pr\u00e9pare. Mais nous esp\u00e9rons qu&rsquo;elle ne se fera pas. L&rsquo;armistice viendra peut-\u00eatre avant. Que de vies \u00e9pargn\u00e9es alors&nbsp;! Attendons et esp\u00e9rons.&nbsp;\u00bb Le 28 d\u00e9cembre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle ironie&nbsp;: on demande des rengag\u00e9s (et dire qu&rsquo;ils en trouveront&nbsp;!) pour partir pour Salonique, mais je crois que c&rsquo;est plut\u00f4t pour la Russie.&nbsp;\u00bb Le 24 juin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous apprenons que les Boches ont sign\u00e9 le trait\u00e9 de Paix hier soir. A bient\u00f4t la d\u00e9mobilisation. A partir du 7 juillet, marqu\u00e9 55, commence le compte \u00e0 rebours, et le 22 ao\u00fbt est marqu\u00e9 0. Lucien part vers Paris. Il est d\u00e9mobilis\u00e9 \u00e0 Vincennes le 25 ao\u00fbt&nbsp;: \u00ab&nbsp;Me voici enfin redevenu civil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, janvier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 6 octobre 1893 \u00e0 Paris. Famille de religion protestante. Le p\u00e8re, Georges, \u00e9tait conducteur de bus hippomobile&nbsp;; la m\u00e8re, Louise Cottart, \u00e9tait passementi\u00e8re. Les parents seront plus tard \u00e9piciers \u00e0 Fontainebleau. Avant la guerre, Lucien \u00e9tait apprenti chapelier. En mars 1913, il s&rsquo;engage pour trois ans au 22e Dragons de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/cocordan-lucien-1893-1962\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Cocordan, Lucien (1893-1962)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[868,167,867,3,166,104],"tags":[295,344,432,805,265,288,310,567,353,394,305],"class_list":["post-187","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-11e-cuirassiers","category-22e-dragons","category-360e-ri","category-carnet","category-combattant-cavalerie","category-non-publie","tag-attaque","tag-boucherie","tag-cafard","tag-espionnite","tag-evolution-des-sentiments","tag-faim","tag-morts","tag-mutineries","tag-patriotisme","tag-permission","tag-prisonniers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3793,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187\/revisions\/3793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}