{"id":189,"date":"2009-01-06T17:49:52","date_gmt":"2009-01-06T16:49:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/kremer-louis-1883-1918\/"},"modified":"2021-09-09T17:21:39","modified_gmt":"2021-09-09T16:21:39","slug":"kremer-louis-1883-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/kremer-louis-1883-1918\/","title":{"rendered":"Kr\u00e9mer, Louis (1883-1918)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. \u00a0 Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Louis Kr\u00e9mer est n\u00e9 en 1883 \u00e0 \u00c9tampes\u00a0; d&rsquo;origine fort modeste, il effectue des \u00e9tudes classiques dans sa ville natale, puis son droit \u00e0 Paris avant d&rsquo;entrer dans une \u00e9tude de notaire\u00a0; toutefois, le jeune homme \u00ab\u00a0se r\u00eavait homme de lettres, \u00e9rudit, critique litt\u00e9raire&#8230;\u00a0\u00bb, fr\u00e9quente les salons artistiques et les mus\u00e9es, lit les po\u00e8tes et s&rsquo;essaie lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture et \u00e0 la po\u00e9sie. \u00ab\u00a0\u00c0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1914, \u00e9crit Laurence Campa, Kr\u00e9mer n&rsquo;avait pas encore atteint sa maturit\u00e9 litt\u00e9raire\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Mobilis\u00e9 apr\u00e8s quelques semaines de d\u00e9p\u00f4t, il rejoint le 231<sup>e<\/sup> RI au nord de Soissons, le 7 d\u00e9cembre 1914. Le 9 d\u00e9cembre, il est aux avant-postes \u00e0 Cuffies ; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par obus, \u00e0 Crouy, en janvier 1915, il se r\u00e9tablit rapidement et int\u00e8gre en f\u00e9vrier 1915 la compagnie Hors rang de son r\u00e9giment o\u00f9 il assure successivement les fonctions de t\u00e9l\u00e9phoniste puis de secr\u00e9taire (lettre du 22 juillet 1915). Cela le place d\u00e8s lors \u00e0 une certaine distance du danger ; cependant, ses nouvelles fonctions ne le mettent pas totalement et d\u00e9finitivement hors de danger (Cf. lettre du 3 juin 1915); de la mi-mai au d\u00e9but d\u00e9cembre 1915, il est dans le secteur de Souchez ; en ao\u00fbt 1915, il y partage la popote avec notamment plusieurs personnalit\u00e9s du monde artistique : Robert Marvini, t\u00e9nor de l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique, Le Feuve, violoniste, l&rsquo;illustrateur Auguste Vall\u00e9e et Henri Barbusse (Lettre du 22 ao\u00fbt 1915)&#8230;<\/p>\n<p>Fin mars 1916, Kr\u00e9mer stationne dans le bois de Beaumarais (Chemin des Dames)\u00a0; apr\u00e8s la dissolution de son r\u00e9giment, Kr\u00e9mer est vers\u00e9 au 276<sup>e<\/sup> RI qui, entre juillet 1916 et mai 1917, alterne entre la cote 304 en Argonne et la r\u00e9gion de Verdun.<\/p>\n<p>En septembre 1917, le 276<sup>e<\/sup> RI est dissous et refondu. Kr\u00e9mer est alors vers\u00e9 dans un corps d&rsquo;instruction divisionnaire \u00e0 Essey-les-Nancy ; il conna\u00eet alors la vie de l&rsquo;arri\u00e8re-front mais ce filon ne dure qu&rsquo;un temps ; en effet, \u00e0 la mi-avril 1918, au plus fort de la grande offensive allemande sur le front ouest, Kr\u00e9mer est remis dans le rang au sein du 12<sup>e<\/sup> RI ; bless\u00e9 \u00e0 nouveau dans le secteur de Montdidier en juin 1918 \u00e0 la bataille du Matz. Il meurt de ses blessures \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de l&rsquo;\u00c9cole de Polytechnique, annexe du Val-de-Gr\u00e2ce, le 18 juillet 1918.<\/p>\n<p><strong>2. \u00a0 Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage du po\u00e8te nous est livr\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la correspondance adress\u00e9e \u00e0 son ami d&rsquo;enfance Henry Charpentier, de six ans son cadet, po\u00e8te lui aussi, mais r\u00e9form\u00e9. Au fil des \u00e9changes \u00e9pistolaires, Charpentier devint ainsi le d\u00e9positaire d&rsquo;un \u00ab\u00a0volumineux dossier\u00a0de guerre\u00a0\u00bb compos\u00e9 de lettres, de cartes, de textes divers, d&rsquo;esquisses, de dessins, etc. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;un Barbusse, d&rsquo;un Dorgel\u00e8s (par ex., Roland Dorgel\u00e8s, <em>Je t&rsquo;\u00e9cris de la tranch\u00e9e. Correspondance de guerre, 1914-1916<\/em>, pr\u00e9face de Micheline Dupray, introduction par Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, Paris, Albin Michel, 2003), Kr\u00e9mer rassemblait ainsi les mat\u00e9riaux cens\u00e9s nourrir sa litt\u00e9rature une fois la paix revenue (Cf. Lettres du 1<sup>er<\/sup> avril 1915, 18 d\u00e9cembre 1915\u00a0; d&rsquo;ailleurs, ses projets d&rsquo;\u00e9criture se pr\u00e9cisent dans la lettre du 21 janvier 1918).<\/p>\n<p>Cette correspondance est aujourd&rsquo;hui publi\u00e9e sous le titre\u00a0: Louis Kr\u00e9mer. <em>Lettres \u00e0 Henry Charpentier (1914-1918). D&rsquo;encre, de fer et de feu<\/em>, pr\u00e9sentation et notes de Laurence Campa, Paris, La Table ronde, 2008. Les indications d&rsquo;ordre biographique sont emprunt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;excellente et savante pr\u00e9sentation de Laurence Campa. L&rsquo;ouvrage, d&rsquo;une facture tr\u00e8s soign\u00e9e est assortie de reproductions de lettres, de cartes, de dessins, de photographies.<\/p>\n<p>Un grand nombre de lettres se caract\u00e9risent par un humour et une ironie mordante non exempts d&rsquo;un certain cynisme (Voir la lettre \u00e0 son ami \u00ab\u00a0embusqu\u00e9\u00a0\u00bb du 12 avril 1915\u00a0; ou encore le <em>post-scriptum<\/em> de celle du 8 juillet 1916).<\/p>\n<p>La correspondance proprement dite est ponctu\u00e9e d&rsquo;un certain nombre \u00ab\u00a0d&rsquo;impressions\u00a0\u00bb d&rsquo;une grande profondeur et surtout d&rsquo;une tr\u00e8s grande force d&rsquo;\u00e9vocation, m\u00e9lange de textes descriptifs du champ de bataille (\u00ab\u00a0Le soir tombe sur la for\u00eat des croix\u00a0\u00bb, 27 mai 1917), et de r\u00e9flexions sur la guerre, sur l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0; le po\u00e8te, comme tant d&rsquo;autres artistes mobilis\u00e9s sait voir et faire voir. Ses \u00ab\u00a0charniers\u00a0\u00bb sont d&rsquo;une pr\u00e9cision chirurgicale sans concession. S&rsquo;il avait v\u00e9cu, nul doute que Barbusse aurait eu avec Kr\u00e9mer un s\u00e9rieux concurrent. Et Jean Norton Cru, un bon t\u00e9moin.<\/p>\n<p><strong>3. \u00a0 Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Encore un t\u00e9moignage d&rsquo;artiste, de bourgeois\u00a0? Oui, et alors\u00a0? Pr\u00e9cis\u00e9ment, nous ne sommes pas de ceux qui rejettent les t\u00e9moignages\u00a0; nous n&rsquo;opposons pas non plus t\u00e9moignages des \u00e9lites et t\u00e9moignages populaires\u00a0; nous pensons au contraire que les historiens ont encore beaucoup \u00e0 apprendre de tous les t\u00e9moins, qu&rsquo;ils soient \u00ab\u00a0d&rsquo;en haut\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb. Peu \u00e0 peu, \u00e0 mesure que les t\u00e9moignages livrent, page apr\u00e8s page, leurs multiples traces, l&rsquo;extraordinaire complexit\u00e9 de la guerre et des hommes qui l&rsquo;ont v\u00e9cue se d\u00e9voile. L&rsquo;enqu\u00eate continue&#8230;<\/p>\n<p><strong>Une mobilisation \u00e0 reculons\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Premi\u00e8re surprise\u00a0: contrairement \u00e0 nombre de ses confr\u00e8res qui abordent l&rsquo;entr\u00e9e en guerre avec une vraie curiosit\u00e9 pour le grand \u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;est la guerre, Kr\u00e9mer accueille sa mobilisation avec une profonde angoisse\u00a0: \u00ab\u00a0Mon cher ami, Tu t&rsquo;es r\u00e9joui pour moi beaucoup trop t\u00f4t. Je ne suis en effet ni \u00e0 Corbeil, ni \u00e0 Melun, mais cantonn\u00e9 \u00e0 Voisenon, petit village des environs de Melun et d\u00e9sign\u00e9 pour partir incessamment sur les lignes du feu. Je vis les derniers jours d&rsquo;un condamn\u00e9 \u00e0 mort&#8230;\u00a0\u00bb (lettre du 29 ao\u00fbt 1914)\u00a0; rappelons que son ami Charpentier est r\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p>On retrouve la m\u00eame teneur dans une lettre du 7 octobre\u00a0: \u00ab\u00a0Je me reprends \u00e0 esp\u00e9rer. Le bataillon est bien parti hier, sur les premi\u00e8res lignes du feu &#8211;\u00a0mais je suis rest\u00e9\u00a0! Il n&rsquo;y a plus \u00e0 Melun que 80 hommes environ &#8211;\u00a0je suis du nombre. \u00c9videmment, je puis encore partir &#8211;\u00a0dans une heure, dans 15 jours, dans 2 mois, qui sait\u00a0? &#8211;\u00a0mais c&rsquo;est une chance de plus et dans la tr\u00e8s bizarre vie que je m\u00e8ne, une chance de plus, un jour de plus, une heure de plus, c&rsquo;est quelque chose\u00a0!\u00a0[&#8230;] \u00c0 Melun, casernes vides. [&#8230;] Puiss\u00e9-je y couler des jours paisibles, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la Paix. \u00bb Cette lettre s&rsquo;ach\u00e8ve sur cette information\u00a0: \u00ab\u00a0Un des r\u00e9servistes du bataillon s&rsquo;est tu\u00e9 lundi, en apprenant le d\u00e9part pour le combat. Il est mort de suite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et le 3 novembre 1914\u00a0: \u00ab\u00a0H\u00e9las, c&rsquo;en est fait\u00a0! Je suis officiellement avis\u00e9 que nous quittons Melun&#8230;\u00a0\u00bb\u00a0; le 19 septembre 1917, Kr\u00e9mer annonce \u00e0 son ami sa prochaine affectation dans un nouveau r\u00e9giment\u00a0: \u00ab\u00a0Le R\u00e9gt o\u00f9 je vais passer est un r\u00e9giment actif et d&rsquo;assaut. C&rsquo;est te dire l&rsquo;avenir qui m&rsquo;attend&#8230;\u00a0\u00bb D\u00e8s lors, il entame, et son ami fait de m\u00eame de son c\u00f4t\u00e9, des d\u00e9marches pour tenter de s&rsquo;extraire de la guerre (Lettre du 26 septembre 1917)\u00a0; \u00ab\u00a0Mon cher ami Candide, Je vois toujours en toi l&rsquo;ind\u00e9crottable optimiste qui annonce, imperturbable, la fin du marasme pour le trimestre suivant. Cependant, cette fois, j&rsquo;en accepte l&rsquo;heureux augure et j&rsquo;incline \u00e9galement \u00e0 penser (contrairement \u00e0 mes pr\u00e9visions d&rsquo;il y a six mois) que cette ann\u00e9e sera la derni\u00e8re. Il me semble discerner un certain nombre d&rsquo;indices. Mais je pense aussi qu&rsquo;il y aura encore beaucoup de casse d&rsquo;ici l\u00e0 au Printemps et en Et\u00e9. Il s&rsquo;agit donc de ne pas \u00eatre compris dans les derni\u00e8res fourn\u00e9es&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 12 janvier 1918)\u00a0; ainsi, apr\u00e8s plus de 4 ans de guerre, Kr\u00e9mer se montre toujours aussi indiff\u00e9rents aux enjeux nationaux, politiques de la guerre.<\/p>\n<p>Une lettre du 15 avril 1918 nous apprend que Kr\u00e9mer a perdu son \u00ab\u00a0filon\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis en ce moment compl\u00e8tement dans le rang [&#8230;]. Je n&rsquo;ai aucune possibilit\u00e9 imm\u00e9diate d&rsquo;\u00e9chapper au sort qui m&rsquo;attend (mon envoi dans une compagnie de l&rsquo;avant)&#8230;.\u00a0\u00bb D&rsquo;ultimes tentatives d&#8217;embusquage sont tent\u00e9es aupr\u00e8s de Barr\u00e8s&#8230; (8 mai 1918)\u00a0; \u00ab\u00a0jamais ma situation ne fut plus critique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle (sauf peut-\u00eatre \u00e0 Crouy)\u00a0\u00bb \u00e9crit-il le 29 mai 1918. Le 2 juin\u00a0: Mauvais pressentiment\u00a0: \u00ab\u00a0Tournant dangereux\u00a0! Je suis arriv\u00e9 \u00e0 une p\u00e9riode \u00e9minemment critique de mon existence&#8230;\u00a0\u00bb Kr\u00e9mer est bless\u00e9 le 13 juin devant Compi\u00e8gne&#8230; et meurt des suites de ses blessures trois jours plus tard.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te \u00e9prouve le plus profond m\u00e9pris pour ses confr\u00e8res patriotards (lettre du 27 avril 1915)\u00a0; trouve les chansons patriotiques de Botrel \u00ab\u00a0ineptes\u00a0\u00bb (Lettre du 13 d\u00e9cembre 1915)<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ennemi\u00a0:<\/strong> \u00ab\u00a0Les sentinelles sont debout, cibles vivantes, \u00e0 la merci du moindre coup de feu et g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 50 ou 100 m\u00e8tres de l&rsquo;ennemi, dans certains endroits m\u00eame \u00e0 dix m\u00e8tres. Les tranch\u00e9es adverses se touchent presque\u00a0: on se voit, on s&rsquo;entend parler et m\u00eame depuis quelques jours <span style=\"text-decoration: underline;\">on se parle, entre Fran\u00e7ais et Allemands<\/span> : c&rsquo;est incroyable, mais c&rsquo;est vrai\u00a0\u00bb (Lettre du 13 d\u00e9cembre 1914).<\/p>\n<p>Kr\u00e9mer n&rsquo;\u00e9prouve aucune haine pour l&rsquo;ennemi\u00a0; il d\u00e9crit la souffrance commune des capotes bleues et des capotes grises.<\/p>\n<p><strong>Critiques de l&rsquo;arri\u00e8re<\/strong> : comme de nombreux poilus, Kr\u00e9mer n&rsquo;a pas de mots assez forts pour d\u00e9noncer l&rsquo;insouciance de Paris et des Parisiens qui paraissent si bien s&rsquo;accommoder de la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] Paris qui dort, chante, se prom\u00e8ne, circule, s&rsquo;amuse, avec la rassurante sensation d&rsquo;une centaine de kilom\u00e8tres et de centaines de milliers de poitrines humaines interpos\u00e9es. Tout cela derri\u00e8re moi, la France enti\u00e8re, si \u00e9go\u00efste, o\u00f9 des humanit\u00e9s intactes continuent \u00e0 vivre, \u00e0 aimer, \u00e0 dormir &#8211;\u00a0et devant moi la fragile ceinture des porteurs d&rsquo;armes, en lutte avec le feu\u00a0! Navrante disproportion&#8230;\u00a0\u00bb (p. 41)<\/p>\n<p>Kr\u00e9mer \u00e9prouve de la ranc\u0153ur vis-\u00e0-vis de ses coll\u00e8gues, mieux <strong>embusqu\u00e9s<\/strong> que lui (Lettre du 8 mai 1915)\u00a0; \u00ab\u00a0[&#8230;] Pergaud n&rsquo;est peut-\u00eatre que prisonnier. J&rsquo;ai lu le r\u00e9cit tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 de sa disparition dans le <em>Bulletin des \u00e9crivains<\/em> que re\u00e7oit Henri Barbusse et qui, avec quelques autres publications analogues, donne les adresses de tous les artistes &#8211;\u00a0en majorit\u00e9 embusqu\u00e9s\u00a0; les exceptions sont infimes\u00a0\u00bb (Lettre du 20 septembre 1915)\u00a0; critique acerbe des \u00ab\u00a0embusqu\u00e9s\u00a0\u00bb des Sections de Transport de Mat\u00e9riels et de Transport de Personnels (20 juillet 1916)\u00a0; voir sur ce sujet le livre de Charles Ridel, <em>Les Embusqu\u00e9s<\/em>, Paris, Armand Colin, 2007.<\/p>\n<p>Comme souvent, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front que se cr\u00e9e un \u00ab\u00a0<strong>journal de tranch\u00e9e<\/strong> \u00bb\u00a0; ainsi na\u00eet <em>Le Tuyau de la Roulante<\/em>, auquel Kr\u00e9mer collabore en tant que secr\u00e9taire de r\u00e9daction (un fac-simil\u00e9 figure page 105 suivi par un certain nombre d&rsquo;articles de Kr\u00e9mer). Voir sur ce th\u00e8me le livre de Marcelle Cinq-Mars, <em>L&rsquo;Echo du front. Journaux de tranch\u00e9es (1915-1919)<\/em>, Outremont (Qu\u00e9bec), Ath\u00e9na Editions, 2008. Le 29 mai 1918, Kr\u00e9mer a encore ces mots acerbes pour un faux t\u00e9moin de la guerre\u00a0des fantassins : \u00ab\u00a0Dans un livre h\u00e9ro\u00efque, Binet-Valmer narre ses campagnes magnifiques d&rsquo;officier auto-mitrailleur, de chevalier de l&rsquo;escorte divisionnaire, etc. Quelle d\u00e9rision\u00a0!\u00a0\u00bb Jean Norton Cru partage son jugement\u00a0: Cf. <em>T\u00e9moins<\/em>, Presses universitaires de Nancy, [1929] 2006, p. 275\u00a0: \u00ab\u00a0Binet-Valmer a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable mousquetaire, il a voulu courir toutes les aventures de la guerre, et il y a r\u00e9ussi, sans vouloir s&rsquo;astreindre cependant \u00e0 l&rsquo;aventure la plus commune, la plus essentielle\u00a0: celle du fantassin. S&rsquo;il faut avouer qu&rsquo;il s&rsquo;exposa plus que Barr\u00e8s, il faut se rendre compte qu&rsquo;il y a loin entre le sort d&rsquo;un porte-fanion divisionnaire et celui d&rsquo;un capitaine ou un soldat de compagnie. Je dirai maintenant, qu&rsquo;en somme, Binet-Valmer s&rsquo;est assez bien tir\u00e9 de sa t\u00e2che d&rsquo;approvisionneur de la presse, que ses r\u00e9cits sont infiniment plus vrais que ceux que l&rsquo;on \u00e9crivait \u00e0 Paris&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>La pression sociale<\/strong> pesant sur les jeunes hommes ne portant pas l&rsquo;uniforme\u00a0appara\u00eet au d\u00e9tour d&rsquo;un extrait d&rsquo;une lettre adress\u00e9e par Charpentier \u00e0 Kremer\u00a0: \u00ab\u00a0Hier, en me rendant chez Me Legay, je passai sur le boulevard de la Madeleine, rasant les murs, et poursuivi par <span style=\"text-decoration: underline;\">les quolibets des vaillants permissionnaires, par le m\u00e9pris des femmes odorantes et par l&rsquo;hostilit\u00e9 des bourgeois h\u00e9ro\u00efques<\/span>&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 19 mars 1916)\u00a0; un certain nombre de femmes suspectent la virilit\u00e9 de ces hommes r\u00e9duits par leur non-participation \u00e0 la \u00ab\u00a0Grande tuerie\u00a0\u00bb. (Cf. Nicoletta F. Gullace, \u00ab\u00a0<em>The Blood of Our Sons\u00a0\u00bb. Men, Women, and the Renegotiation of British Citizenship During The Great War<\/em>, London, Palgrave Macmillan, 2002)<\/p>\n<p><strong>Le premier mort<\/strong> : \u00ab\u00a0Vision sans \u00e9gale\u00a0! Une pauvre charogne boueuse, infecte, souill\u00e9e de terre et d&rsquo;ordures, sans t\u00eate (un tas de chiffons pleins de sang, une boule \u00e0 la place de la t\u00eate, les mains couleur de cire, recroquevill\u00e9es. J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la mise en terre de ce mis\u00e9rable, devant un pr\u00eatre soldat et une centaine d&rsquo;hommes. Les maisons d\u00e9molies, les usines incendi\u00e9es, les arbres fracass\u00e9s, les ponts rompus ne se comptent plus. Et tout cela dans la boue, dans la pluie, dans l&rsquo;ordure, les d\u00e9tritus, la pourriture, les excr\u00e9ments, les vieux linges, les vieux meubles, l&rsquo;infection\u00a0\u00bb (Lettre du 13 d\u00e9cembre 1914)\u00a0; Le pourrissement des cadavres (lettre du 3 juin 1915)\u00a0; celle du 27 mai 1917\u00a0;<\/p>\n<p><strong>C.H.R.<\/strong><\/p>\n<p>Kr\u00e9mer voit son versement dans la Compagnie Hors Rang comme une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0am\u00e9lioration\u00a0\u00bb de son sort\u00a0: \u00ab\u00a0Milieu beaucoup plus intelligent, mieux trait\u00e9, mieux soign\u00e9. Rapports constants avec les officiers, le colonel, les secr\u00e9taires. Plus de corv\u00e9es fastidieuses, ni de gardes, et m\u00eame, pour le moment, plus de tranch\u00e9es. S\u00e9jour dans une ville toujours bombard\u00e9e, o\u00f9 les d\u00e9g\u00e2ts vont croissant. Dans une seule journ\u00e9e, il tombe des centaines d&rsquo;obus qui font un bruit affreux. On y fait \u00e0 peine attention&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 28 f\u00e9vrier 1915)\u00a0; on peut renvoyer ici au journal d&rsquo;Octave Bouyssou (Cf.\u00a0 sa notice dans ce dictionnaire)<\/p>\n<p>Cependant, Kr\u00e9mer retrouve les tranch\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises en juin 1915 (deuxi\u00e8me bataille d&rsquo;Artois). Quand le r\u00e9giment participe \u00e0 la bataille, le m\u00e9tier de <strong>t\u00e9l\u00e9phoniste<\/strong> s&rsquo;av\u00e8re m\u00eame des plus dangereux\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] J&rsquo;ai pass\u00e9 ces 4 jours sous terre, dans un trou aussi petit qu&rsquo;une niche \u00e0 chiens, sous le foss\u00e9 d&rsquo;une grande route transform\u00e9e en volcan. De la poussi\u00e8re, des mouches par grappes, par monceaux, des cadavres\u00a0!\u00a0! du sang. Et il faut souvent sortir, courir r\u00e9parer les fils par les boyaux et les tranch\u00e9es, risquer la mort cent fois. Ni sommeil, ni app\u00e9tit, ni calme. C&rsquo;est l&rsquo;ensevelissement avant le tombeau. Quelle guerre\u00a0! Je viens d&rsquo;\u00eatre cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre du r\u00e9giment et de la brigade (plus rare) pour m&rsquo;\u00eatre spontan\u00e9ment propos\u00e9 il y a 3 semaines, pour porter un pli au colonel et avoir r\u00e9par\u00e9 les lignes sous un pareil bombardement. Cela me donne droit \u00e0 la Croix de la Guerre\u00a0\u00bb (Lettre du 14 juillet 1915). On notera \u00e0 ce propos que l&rsquo;on peut ha\u00efr la guerre, ne pas cesser de craindre d&rsquo;y laisser sa peau et faire, malgr\u00e9 tout, acte de bravoure et d&rsquo;esprit de sacrifice. Complexit\u00e9 de l&rsquo;homme&#8230;<\/p>\n<p>Kr\u00e9mer a pleine conscience des diff\u00e9rences de situation existant entre l&rsquo;avant et l&rsquo;arri\u00e8re-front\u00a0: \u00ab\u00a0[&#8230;] suis actuellement dans une cabane confortable, sous terre, garnie d&rsquo;une liti\u00e8re de paille, d&rsquo;une table, de 2 bancs rustiques, pourvue d&rsquo;une lampe, de livres, de journaux, d&rsquo;encre, de papier &#8211;\u00a0tout le confort moderne\u00a0! C&rsquo;est analogue aux photos publi\u00e9es par <em>Le Matin<\/em> ou autres journaux <em>ejusdem farinae<\/em>, et repr\u00e9sentant des abris soit-disant situ\u00e9s sur le front, en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 5 ou 7 km en arri\u00e8re et r\u00e9serv\u00e9s au commandement, aux officiers d&rsquo;artillerie, \u00e0 l&rsquo;administration, etc. Jamais, je n&rsquo;avais connu un tel luxe. \u00c9videmment, il y a encore des ombres au tableau\u00a0: beaucoup de rats (furieuses batailles, toutes les nuits, entre ces rongeurs qui se livrent, par bandes, des assauts effrayants\u00a0!), beaucoup de parasites, dont je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me d\u00e9barrasser\u00a0; quand il y a de l&rsquo;orage, quelques petits filets d&rsquo;eau sur \u00ab\u00a0mon lit\u00a0\u00bb. Tout cela n&rsquo;est rien en comparaison des souffrances endur\u00e9es dans les tranch\u00e9es&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 30 ao\u00fbt 1915)<\/p>\n<p><strong>Pas d&rsquo;euph\u00e9misation chez ce t\u00e9moin<\/strong> : \u00ab\u00a0Un obus tombe en pleine route sur une des sections de mon r\u00e9giment, 8 hommes sont tu\u00e9s du coup\u00a0; on n&rsquo;a jamais pu retrouver leurs cadavres Rien que des viandes d\u00e9chiquet\u00e9es, carbonis\u00e9es, \u00e9parses, certaines coll\u00e9es au talus de la route, d&rsquo;autres fich\u00e9es sur des poteaux de t\u00e9l\u00e9graphe, \u00e0 200 m de l\u00e0 &#8211;\u00a0les hommes avaient \u00e9t\u00e9, litt\u00e9ralement, volatilis\u00e9s\u00a0\u00bb (Lettre du 22 juin 1915)\u00a0; \u00ab\u00a0[&#8230;] Au-del\u00e0 de cette route [de B\u00e9thune], c&rsquo;est l&rsquo;affreuse horreur de la Mort, la vision de tous les carnages et de toutes les \u00e9pouvantes, ce sont, parmi les r\u00e2les et les hoquets, les bless\u00e9s geignants, aux visages d\u00e9compos\u00e9s, mouill\u00e9s de sueur, aux voix suppliantes, avec leurs loques boueuses ou poussi\u00e9reuses, leurs capotes ouvertes, que l&rsquo;on transporte, tendus sur les brancards ou qui se tra\u00eenent, t\u00e2tonnant par les boyaux, soutenus par les brancardiers ou des camarades. Et ce sont les cadavres raidis, les cadavres aux mains crisp\u00e9es, aux yeux vitreux, aux joues bl\u00eames mang\u00e9es par des barbes sales, couverts de linges sanglants, de torchons infects, empes\u00e9s par un caillis de sang noir\u00e2tre, les cadavres \u00e0 moiti\u00e9 ensevelis, couverts d&rsquo;insectes voraces, assi\u00e9g\u00e9s par un remous de vers et de mouches. [&#8230;] C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9pouvante des bip\u00e8des frissonnants, suant la peur, en proie \u00e0 toutes les r\u00e9voltes des instincts affol\u00e9s, sursautant aux vacarmes et aux chocs, terr\u00e9s au plus profond de leurs abris ou s&rsquo;effor\u00e7ant au courage sous la gr\u00eale des averses&#8230;\u00a0\u00bb (Impressions adress\u00e9es \u00e0 Charpentier le 9 septembre 1915). Jean Norton Cru eut appr\u00e9ci\u00e9 ce t\u00e9moignage sur <strong>la peur<\/strong> qui r\u00e8gne sur le peuple de l&rsquo;avant.<\/p>\n<p><strong>Charnier<\/strong> : \u00ab\u00a0[&#8230;] Il y a dans tous les replis de ce chemin creux une collection de membres putr\u00e9fi\u00e9s, des jambes coup\u00e9es dont les tibias effiloch\u00e9s sortent de bottes intactes, des pieds dans des chaussures, des casques de guetteurs (casques \u00e9normes en blindages d&rsquo;acier) compl\u00e8tement cribl\u00e9s de trous, autant de choses abjectes qui \u00e9voquent l&rsquo;intensit\u00e9 de la bataille pass\u00e9e et la rage, et la puissance formidable des explosifs [&#8230;]. Il y a, \u00e0 dix m\u00e8tres environ de l&rsquo;entr\u00e9e de ma sape, deux cadavres allemands \u00e0 demi enterr\u00e9s, sur lesquels on marche toute la journ\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb (lettre du 6 avril 1917)<\/p>\n<p>Kr\u00e9mer a c\u00f4toy\u00e9<strong> Barbusse<\/strong> : \u00ab\u00a0[&#8230;] Il n&rsquo;a, au demeurant, bien que vice-pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres, rien d&rsquo;un artiste et les seules pellicules qu&rsquo;il porte sur lui sont des pellicules photographiques, car il manie volontiers le Kodak. C&rsquo;est un grand, grand homme maigre, jaune, malade, rid\u00e9 &#8211;\u00a0l&rsquo;air d&rsquo;un long Don Quichotte souffreteux, tr\u00e8s taciturne, tr\u00e8s flegmatique, terne &#8211;\u00a0est-ce volontairement\u00a0? Il remplit les fonctions de brancardier et a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;une citation \u00e0 l&rsquo;ordre de la brigade pour avoir \u00e9t\u00e9 relever des bless\u00e9s au p\u00e9ril de sa vie, car il fait, je crois, tr\u00e8s noblement son devoir\u00a0\u00bb (Lettre du 22 ao\u00fbt 1915)\u00a0; il lit avec une particuli\u00e8re attention les premi\u00e8res pages du <em>Feu<\/em> publi\u00e9es dans <em>l&rsquo;\u0152uvre<\/em> ; voir les lettres du 20 septembre 1915\u00a0; du 4 ao\u00fbt 1916\u00a0: \u00ab\u00a0Henri Barbusse commence dans <em>l&rsquo;\u0152uvre<\/em> la publication de son roman sur le 231<sup>e<\/sup>, <em>Le Feu<\/em>.\u00a0\u00bb\u00a0; du 21 ao\u00fbt 1916\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, le roman de Barbusse est bien plat et d\u00e9plorablement populaire par moments. Cela me confirme dans l&rsquo;opinion que je m&rsquo;\u00e9tais faite de l&rsquo;auteur\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e0 mesure que la guerre dure, l&rsquo;appr\u00e9ciation se fait de plus en plus positive\u00a0: \u00ab\u00a0Au cas o\u00f9 vous auriez \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s de croire \u00e0 quelque exag\u00e9ration de ma part sur les Champs de Bataille de l&rsquo;Artois, en 1915, voici la vision de Barbusse, contemporaine de la mienne&#8230;\u00a0\u00bb (lettre du 16 avril 1917)\u00a0; \u00ab\u00a0Et je me glisse \u00e0 nouveau sous les blocs effondr\u00e9s du b\u00e9ton, dans l&rsquo;ombre sordide de la casemate &#8211;\u00a0et je relis <em>Le Feu<\/em> de Barbusse (je l&rsquo;appr\u00e9cie mieux en volume. L&rsquo;\u00e9pisode du poste de secours, le sergent infirmier, le tir de barrage sont beaux)&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 27 mai 1917)\u00a0; un peu plus tard, Kr\u00e9mer compare <em>Le Feu<\/em> \u00e0 <em>La Guerre, Madame<\/em> de Paul G\u00e9raldy\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle diff\u00e9rence, et quel contraste avec <em>Le Feu<\/em>, dont ce livre est exactement \u00e0 l&rsquo;antipode &#8211;\u00a0et comme il est curieux de comparer, sur un m\u00eame sujet, les visions de deux professionnels de la Litt\u00e9rature, justes sur bien des points, l&rsquo;une dans son optimisme, l&rsquo;autre dans son pessimisme&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 19 octobre 1917)<\/p>\n<p><strong>La censure du courrier<\/strong> : Cf. Lettre du 7 ao\u00fbt 1915\u00a0; Barbusse \u00e9voque lui aussi les nouvelles dispositions dans une lettre \u00e0 sa femme en date du 8 ao\u00fbt 1915 (Cf. Barbusse, Lettres \u00e0 sa femme, Paris, Buchet-Chastel, 2006).<\/p>\n<p><strong>Sexualit\u00e9<\/strong> : \u00ab\u00a0la chastet\u00e9 des combattants\u00a0\u00bb (Lettre du 28 d\u00e9cembre 1915)\u00a0; \u00ab\u00a0[&#8230;] Le h\u00e9ros [lui-m\u00eame] n&rsquo;a pas d\u00e9lac\u00e9 sa cuirasse d&rsquo;airain ni abdiqu\u00e9 sa chastet\u00e9. Mais il y a des jours o\u00f9 il souffre bien cruellement parmi toutes ces femmes&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 2 janvier 1916)\u00a0; \u00ab\u00a0il a fallu la guerre pour que le chaste H\u00e9ros v\u00eent \u00e9chouer dans cet antre, sorti d&rsquo;on ne sait quelle <em>Claudine \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole<\/em>. J&rsquo;ai quitt\u00e9 la jeune Germaine et les juments de la Grande Ferme, apr\u00e8s quelques inoffensifs jeux de mains\u00a0\u00bb (lettre du 10 janvier 1916)\u00a0; les marraines de guerre (Lettres du 29 janvier et 7 f\u00e9vrier 1916.)\u00a0; fantasmes sexuels (lettre du 27 f\u00e9vrier 1916)\u00a0; la prostitution dans les villages de l&rsquo;arri\u00e8re-front (7 juillet, 4 ao\u00fbt 1916)\u00a0; encore page 142\u00a0;<\/p>\n<p>La situation en <strong>Russie <\/strong>n&rsquo;est comment\u00e9e qu&rsquo;en ce qu&rsquo;elle peut h\u00e2ter ou non la fin de la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00e9nements actuels (Russie, Briand, etc.) nous permettent peut-\u00eatre d&rsquo;entrevoir une fin &#8211;\u00a0lointaine il est vrai\u00a0&#8211; mais tout de m\u00eame perceptible\u00a0\u00bb (lettre du 19 mars 1917)\u00a0; \u00ab\u00a0[&#8230;] La R\u00e9volution russe &#8211;\u00a0m\u00e9rite-t-elle bien ce nom\u00a0? N&rsquo;est-ce pas le remplacement d&rsquo;un parti par un autre parti\u00a0? Et la Russie est-elle vraiment capable d&rsquo;avoir une influence sensible sur notre sort\u00a0? J&rsquo;en doute.\u00a0\u00bb (lettre du 24 mars 1917)\u00a0; \u00e0 nouveau, on ne peut que constater une totale indiff\u00e9rence aux enjeux nationaux de la guerre.<\/p>\n<p><strong>Permissions<\/strong> : \u00ab\u00a0il est formellement interdit \u00e0 l&rsquo;homme de troupe permissionnaire, et sous les peines les plus s\u00e9v\u00e8res, de passer par Paris\u00a0\u00bb (Lettre du 13 juin 1917)\u00a0; cela est \u00e0 mettre en relation avec les mesures prises par le Haut commandement pour r\u00e9duire le mouvement des mutineries. Sur cette question se reporter \u00e0 l&rsquo;ouvrage suivant\u00a0: Andr\u00e9 Loez, Nicolas Mariot (dir.), <em>Ob\u00e9ir-D\u00e9sob\u00e9ir, Les Mutineries de 1917 en perspective<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, Coll\u00b0 Recherche, 2008. En revanche, dans la correspondance de Kr\u00e9mer on ne trouve aucun mot concernant les mutineries de 1917 sauf une br\u00e8ve allusion, peut-\u00eatre, dans une lettre du 12 juillet 1917 lorsque sont pass\u00e9s en revue les \u00e9v\u00e9nements susceptibles d&rsquo;amener la paix\u00a0: \u00ab\u00a0Offres de paix par l&rsquo;Allemagne (bien improbables, et puis nous les repousserions pour jouer au plus malin)\u00a0; \u00e9crasement des Empires centraux par les armes&#8230; hum, hum\u00a0!&#8230; Ecrasement des Alli\u00e9s par les armes (tout aussi improbable). D\u00e9fection d&rsquo;un des Alli\u00e9s (par ex. la Russie). Les \u00e9v\u00e9nements actuels sont contraires. Et m\u00eame, cela n&rsquo;imposerait pas du tout la paix. D\u00e9fection de plusieurs alli\u00e9s simultan\u00e9ment (impossible). Ev\u00e9nements int\u00e9rieurs graves en Allemagne (tr\u00e8s possible, mais j&rsquo;y compte peu \u00e9tant donn\u00e9 la mentalit\u00e9 de ce peuple). Idem en France. La situation s&rsquo;\u00e9claircit s\u00e9rieusement sous ce rapport. Eventualit\u00e9 \u00e0 rejeter. Famine et usure g\u00e9n\u00e9rales (ne se produiront pas d&rsquo;une fa\u00e7on imp\u00e9rieuse et critique avant quelques ann\u00e9es)&#8230;\u00a0\u00bb Kr\u00e9mer a \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par ce qu&rsquo;il a vu durant sa permission \u00e0 Quiberon\u00a0: nombreux am\u00e9nagements portuaires et ferroviaires en cours, nombreux transports transatlantiques, et arriv\u00e9e des premiers am\u00e9ricains&#8230; A noter que cette \u00e9num\u00e9ration reste effectu\u00e9e avec un ton tr\u00e8s distanci\u00e9, froidement\u00a0; les mots victoire, d\u00e9faite, sont absents du raisonnement\u00a0et de l&rsquo;expression\u00a0; seul int\u00e9resse la fin de la guerre&#8230; quel que soit la mani\u00e8re d&rsquo;aboutir \u00e0 ce r\u00e9sultat attendu depuis le premier jour.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si rien de nouveau se produit d&rsquo;ici-l\u00e0, je ne prendrai vraisemblablement pas encore ma prochaine permission \u00e0 Paris. Cette ville-bazar, repaire de goualeuses et de marlous, me r\u00e9pugne&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 27 ao\u00fbt 1917)<\/p>\n<p><strong>Gaz <\/strong>: \u00ab\u00a0[&#8230;] Ce sont des produits \u00e0 base de bichlorure de m\u00e9thyle, tr\u00e8s volatiles et qui irritent et br\u00fblent toutes les muqueuses\u00a0: bouche, gorge, nez, int\u00e9rieur des cuisses, surtout les parties g\u00e9nitales (\u00a0!). Des cloques \u00e9normes surgissent sur la peau aux endroits atteints, les v\u00eatements s&rsquo;en impr\u00e8gnent et jouent le r\u00f4le de la tunique de Nessus. Toutes les nuits, vers minuit, le cri fatal retentit\u00a0: \u00ab\u00a0Alerte aux gaz, pr\u00e9parez les masques\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0\u00bb (Lettre du 27 ao\u00fbt 1917)<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau,\u00a06 janvier\u00a02009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. \u00a0 Le t\u00e9moin Louis Kr\u00e9mer est n\u00e9 en 1883 \u00e0 \u00c9tampes\u00a0; d&rsquo;origine fort modeste, il effectue des \u00e9tudes classiques dans sa ville natale, puis son droit \u00e0 Paris avant d&rsquo;entrer dans une \u00e9tude de notaire\u00a0; toutefois, le jeune homme \u00ab\u00a0se r\u00eavait homme de lettres, \u00e9rudit, critique litt\u00e9raire&#8230;\u00a0\u00bb, fr\u00e9quente les salons artistiques et les mus\u00e9es, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/06\/kremer-louis-1883-1918\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Kr\u00e9mer, Louis (1883-1918)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[103,127,128,10,6],"tags":[549,717,866,793,844,312,254,330,348,632,413,518],"class_list":["post-189","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103","category-231e-ri","category-276e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-artistes-et-ecrivains","tag-charnier","tag-critique-de-larriere","tag-embusque","tag-filon","tag-fraternisation","tag-mobilisation","tag-mort","tag-paris","tag-sexe","tag-suicide","tag-telephoniste"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3795,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189\/revisions\/3795"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}