{"id":190,"date":"2009-01-10T10:03:32","date_gmt":"2009-01-10T09:03:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/10\/porchon-robert-1894-%e2%80%93-1915\/"},"modified":"2021-09-09T17:21:50","modified_gmt":"2021-09-09T16:21:50","slug":"porchon-robert-1894-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/01\/10\/porchon-robert-1894-1915\/","title":{"rendered":"Porchon, Robert (1894-1915)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin.<\/strong><br \/>\nRobert Porchon, originaire du Loiret, est n\u00e9 le 23 janvier 1894 dans une famille bourgeoise. Int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole des officiers de Saint-Cyr en 1913, il est rapidement affect\u00e9 comme sous-lieutenant d\u2019active au 106e RI o\u00f9 il se trouve en compagnie d\u2019un ancien \u00e9l\u00e8ve du m\u00eame lyc\u00e9e que lui du nom de Maurice Genevoix. Participant aux combats dans la Meuse autour de Verdun \u00e0 partir de la fin ao\u00fbt 1914, il s\u2019enterre rapidement avec son unit\u00e9 dans les tranch\u00e9es face aux Allemands. Il d\u00e9c\u00e8de le 19 (ou 20) f\u00e9vrier 1915 \u00e0 la suite d\u2019une blessure par \u00e9clat d\u2019obus re\u00e7ue aux violents \u00ab combats des Eparges \u00bb. Combats qui dur\u00e8rent durant pr\u00e8s de deux mois pour la conqu\u00eate d\u2019une cr\u00eate au Sud-Est de Verdun dominant la plaine de la Wo\u00ebvre. Le corps de Robert Porchon repose dans le cimeti\u00e8re militaire du Trottoir, au pied de la cr\u00eate o\u00f9 il est tomb\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nPour Michel Bernard, Robert Porchon appara\u00eet comme \u00abl\u2019un des morts les mieux connus de la Grande Guerre \u00bb (Pr\u00e9face de <em>Carnet de route du sous-lieutenant Robert Porchon<\/em>, p. 9). En effet, Maurice Genevoix, que Jean Norton Cru place au rang de grand t\u00e9moin, a su dans les cinq livres de ce qui forme l\u2019\u0153uvre Ceux de 14, \u00e9lever un monument du souvenir \u00e0 ses camarades de mis\u00e8re, dont le principal, \u00ab le fr\u00e8re de sang \u00bb comme il le rappelle dans une lettre \u00e0 Mme Porchon, fut son ami Robert. Le carnet et les lettres publi\u00e9es viennent heureusement \u00e9clairer et compl\u00e9ter le t\u00e9moignage litt\u00e9raire de Genevoix. C\u2019est encore une fois le deuil qui frappa par deux fois la belle-m\u00e8re de Robert Porchon (le plus \u00e2g\u00e9, Marcel, mourut la m\u00eame ann\u00e9e, le 6 avril en Argonne), qui poussa celle-ci \u00e0 rassembler les t\u00e9moignages de la guerre et de la mort de son jeune fils : tout d\u2019abord en recopiant ses \u00e9crits, puis en collectant les r\u00e9cits et t\u00e9moignages des camarades ou sup\u00e9rieurs de son fils et les circonstances de sa mort. Comme beaucoup de soldats, Robert a tenu un carnet de guerre mais sur une courte p\u00e9riode du 25 ao\u00fbt au 3 octobre 1914 et a \u00e9crit \u00e0 sa famille (avant la guerre et jusqu\u2019en f\u00e9vrier 1915), la correspondance prenant rapidement le pas sur tout autre forme d\u2019\u00e9criture.<br \/>\nCette volont\u00e9 de conservation de la m\u00e9moire du d\u00e9funt, que l\u2019on retrouve dans le cas du combattant Henri Despeyri\u00e8res par exemple, permet de pouvoir aujourd\u2019hui lire l\u2019exp\u00e9rience de guerre du sous-lieutenant Porchon, qui, de personnage de litt\u00e9rature, s\u2019incarne d\u00e9sormais \u00e0 travers ses propres \u00e9crits publi\u00e9s.<br \/>\nIl faut souligner ici la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9dition de cet ensemble documentaire (lettres et carnets de Robert Porchon, lettres de camarades r\u00e9unies par sa belle- m\u00e8re apr\u00e8s sa mort), Une partie \u00ab Mise en perspective historique \u00bb replace heureusement le parcours du jeune Porchon et celui de son r\u00e9giment (106e RI) en \u00e9voquant les diff\u00e9rents combats auxquels il a pu prendre part. Les cartes propos\u00e9es sont d\u2019une grande clart\u00e9 et d\u2019une grande utilit\u00e9, notamment pour comprendre les \u00ab combats des Eparges \u00bb.<br \/>\nPORCHON Robert (sous-lieutenant), <em>Carnet de route suivi de lettres de Maurice Genevoix et autres documents<\/em>, Paris, La Table Ronde, 2008, 207 p.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><br \/>\nUne lecture attentive de ses lettres, parfois mises en relation avec les pages de son carnets plus personnel et plus \u00ab r\u00e9aliste \u00bb, r\u00e9v\u00e8le une importante autocensure (\u00ab les boches sont de mauvais tireurs \u00bb, lettre du 7 novembre), sans que la description des corps meurtris ne soit \u00e9pargn\u00e9e au destinataire (quand il s\u2019agit des Allemands). Car il veut faire montre d\u2019un d\u00e9tachement certain face \u00e0 son quotidien de fantassins, entre combats et p\u00e9riode de vraie tranquillit\u00e9, afin de rassurer sa principale correspondante : sa m\u00e8re. Il n\u2019en reste pas moins que la fra\u00eecheur de l\u2019\u00e9criture de Porchon rend son t\u00e9moignage attachant et travers\u00e9 par une grande sinc\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nRobert Porchon t\u00e9moigne dans ses lettres comme dans son journal de deux identit\u00e9s fondamentales : il est un soldat, et un officier saint-cyrien de l\u2019active, soucieux du service. Il affirme plusieurs fois son appartenance \u00e0 ce corps qui construit un \u00ab nous \u00bb solide, oppos\u00e9 aux r\u00e9servistes. L\u2019officier Porchon d\u00e9veloppe un discours propre \u00e0 son action dans la guerre, diff\u00e9rent de celui d\u2019un caporal ou d\u2019un sergent comme Val\u00e9ry Capot, qui fustige les multiples revues que l\u2019on inflige aux hommes. Pour le lieutenant Porchon : \u00ab Si l\u2019on n\u2019y veillait pas, tout ne tarderait pas \u00e0 \u00eatre inutilisable \u00bb (lettre du 23 janvier 1915, p. 136). Mais il reste pour lui des points aveugles, il ne conna\u00eet par exemple que bien plus tard de la bataille de la Marne et de son r\u00e9sultat.<br \/>\nIl ne manque pas de s\u2019\u00e9lever contre les officiers \u00ab pommad\u00e9s \u00bb qui reculent devant la boue et offre des mod\u00e8les peu scrupuleux et disciplin\u00e9s (p. 69). Il peut d\u00e9velopper \u00e9galement un regard assez dur sur \u00ab ses hommes \u00bb, mais se plaint du traitement qui leur est fait lorsqu\u2019ils sont en r\u00e9serve et corv\u00e9ables \u00e0 merci. Il trouve des astuces tout de m\u00eame pour faire travailler, tout en  soignant son air \u00ab d\u00e9tach\u00e9 \u00bb. Il prend \u00e0 c\u0153ur son r\u00f4le \u00ab social \u00bb, d\u2019\u00e9coute et de conseiller qu\u2019il incarne pour des hommes parfois  plus \u00e2g\u00e9s que lui. Les soldats qu\u2019il commande reconnaissaient dans ce jeune officier un cadre efficace (les lettres en fin de volume, apr\u00e8s la mort de Porchon, sont \u00e0 ce sujet tout \u00e0 fait \u00e9clairantes).<br \/>\nIl n\u2019en reste pas moins officier, et \u00e0 ce titre, log\u00e9 dans de meilleures conditions que ces hommes, que ce soit en premi\u00e8re ligne, en r\u00e9serve ou au repos. Il partage le quotidien avec les officiers de la compagnie ou du r\u00e9giment, et notamment avec Maurice Genevoix, comme lui \u00e0 la 7e, qui devient plus qu\u2019un camarade, l\u2019ami qui permet de tenir sans trop se poser de questions : \u00ab si j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 seul \u00e0 la compagnie, j\u2019aurais certainement piqu\u00e9 de la neurasth\u00e9nie \u00bb, (Lettre du 18 d\u00e9cembre 1914, p. 116). Son t\u00e9moignage apporte un \u00e9clairage int\u00e9ressant sur les questions pos\u00e9es par le rapport \u00e2ge\/statut militaire dans leur comportement et leurs attitudes face aux autres. Jeunes officiers, vieux r\u00e9servistes, jeunes recrues\u2026 l\u2019ensemble des soldats doit aussi composer avec ces diff\u00e9rences.<br \/>\nIl ne cache pas les sentiments ressentis face aux combats : il dit avoir eu peur, notamment lors de la premi\u00e8re \u00e9preuve du feu, mentionne la transformation\/att\u00e9nuation de cette peur avec la multiplication des combats auxquels il a pu prendre part. Du quotidien le plus banal, aux r\u00e9flexions justes et fines sur la figure de l\u2019ennemi, \u00e0 qui il faut faire la guerre, mais qui n\u2019est jamais une source de haine, Robert Porchon trace bien du d\u00e9but de la guerre un tableau \u00ab au ras du sol \u00bb. Un passage int\u00e9ressant, extrait d\u2019une lettre du 10 octobre \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e9voque, avec un int\u00e9r\u00eat r\u00e9trospectif \u00e9vident, l\u2019installation des hommes dans les tranch\u00e9es : \u00ab Des deux c\u00f4t\u00e9s, Fran\u00e7ais et Allemands, on se retranche \u00e0 qui mieux- mieux. Tranch\u00e9es, r\u00e9seaux, abattis, etc. \u2013 si bien que les positions deviennent imprenables, si bien que l\u2019action se borne \u00e0 des canonnades qui vous force \u00e0 rester terr\u00e9s au fond des tranch\u00e9es (\u2026) \u00bb (p. 99). Le Saint-Cyrien Porchon n\u2019a sans doute pas imagin\u00e9 de devoir combattre et mourir dans de telles conditions subies par des millions d\u2019hommes pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin. Robert Porchon, originaire du Loiret, est n\u00e9 le 23 janvier 1894 dans une famille bourgeoise. 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