{"id":193,"date":"2009-02-10T17:26:03","date_gmt":"2009-02-10T16:26:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/02\/10\/ivan-cassagnau-1890-1966\/"},"modified":"2021-09-09T17:22:01","modified_gmt":"2021-09-09T16:22:01","slug":"ivan-cassagnau-1890-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/02\/10\/ivan-cassagnau-1890-1966\/","title":{"rendered":"Cassagnau, Ivan (1890-1966)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Ivan Cassagnau et son fr\u00e8re jumeau Marcel, sont n\u00e9s \u00e0 Sainte-Radegonde (Gers) le 11 novembre 1890. C\u2019est son grand-p\u00e8re, instituteur, qui \u00e9l\u00e8ve Ivan et lui donne une solide \u00e9ducation classique, sanctifi\u00e9e par le bac, obtenu en 1907. A 19 ans, il s\u2019engage par amour des chevaux dans l\u2019artillerie mais ne pourra y faire carri\u00e8re comme officier. C\u2019est donc au grade d\u2019adjudant-chef que la guerre le trouve. Il venait de se marier en mai 1914 et son \u00e9pouse d\u00e9c\u00e8dera en couches \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1917, lui laissant un fils, Jules. Il est donc chef de la 30e batterie de renforcement du 57e r\u00e9giment d\u2019artillerie de campagne de Mirepoix, dans l\u2019Ari\u00e8ge. Sa campagne l&#8217;emm\u00e8ne en Alsace le 17 ao\u00fbt 1914. Il participe alors \u00e0 la campagne des Vosges, (ao\u00fbt-septembre 1914) puis connait la Meuse (1914 \u00e0 1916) l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient (1917-1918) puis le retour en Champagne (avril 1918). Sa guerre s\u2019ach\u00e8ve en convalescence pour paludisme. Mais elle se poursuivra sur les th\u00e9\u00e2tres ext\u00e9rieurs (Orient, Roumanie, Bulgarie, Palestine, Egypte) jusqu\u2019\u00e0 No\u00ebl 1920. Il continuera sa carri\u00e8re militaire apr\u00e8s s\u2019\u00eatre install\u00e9 dans les Vosges, \u00e0 Raon-l\u2019Etape, o\u00f9 il \u00e9pousera sa seconde femme, Marie Ferry. En 1924, il quitte l\u2019arm\u00e9e et devient employ\u00e9 de banque puis de pap\u00e8terie. Il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Raon-l\u2019Etape le 22 f\u00e9vrier 1966 et est enterr\u00e9 \u00e0 Saint-Jau, hameau du village natal.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Ivan Cassagnau, <em>Ce que chaque jour fait de veuves. Journal d&rsquo;un artilleur. 1914 \u2013 1916<\/em>. Paris, Buchet-Chastel, 2003, 139 pages, non illustr\u00e9, portrait en couverture.<br \/>\nL\u2019auteur a tenu ses carnets d\u00e8s le 20 ao\u00fbt 1914, et repris ses souvenirs entre 1934 et 1942. La publication a \u00e9t\u00e9 mise en forme par sa petite-fille, Florence, auteure elle-m\u00eame et pr\u00e9sent\u00e9e par son petit-fils, Nicolas. Souvenirs hach\u00e9s et sommaires, le journal d\u2019Ivan Cassagnau fournit au lecteur une vision \u00e9pisodique de la Grande Guerre dans une chronologie ponctuelle, dict\u00e9e par les grandes heures, tragiques ou anecdotiques et diversement dilu\u00e9es. L\u2019auteur se souvient des grandes lignes de sa guerre en Alsace et en Lorraine, voyageant ainsi entre journal et souvenirs. Ainsi, il fait le bilan de ses premiers jours de guerre le 20 ao\u00fbt 1914 \u00e0 Heiwiller en Alsace pour reprendre sans transition \u00e0 Anglemont en Lorraine. L\u00e0, par tableaux, il \u00e9voque plut\u00f4t que ne d\u00e9crit la bataille de la Chipotte, ponctuant de quelques dates le mois de septembre 1914, pourtant si intense dans les Vosges. On le retrouve sous Saint-Mihiel o\u00f9 l\u2019ann\u00e9e 15 s\u2019\u00e9coule par bribes, d&rsquo;anecdotes en descriptions. C\u2019est Verdun qui d\u00e9clenche v\u00e9ritablement l\u2019intensit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit en prise directe avec la boucherie. Ivan Cassagnau en fait un r\u00e9cit qui n\u2019est plus ponctu\u00e9 que par deux dates : f\u00e9vrier 1916, d\u00e9but de l\u2019enfer et 9 avril 1916, date de sa blessure. Entre celles-ci, est un long tableau des souffrances universelles, des b\u00eates et des hommes, du paroxysme de la lutte d\u2019artillerie o\u00f9 plus rien ne compte que la r\u00e9sistance, jusqu\u2019\u00e0 la mort de l\u2019ennemi. La pr\u00e9face filiale sur l\u2019inconnu initiatique d\u2019un enfant sur la Grande Guerre est agr\u00e9able et opportune. L\u2019est aussi le titre, tir\u00e9 d\u2019une citation d\u2019Ivan Cassagnau (page 119). Au final, cet ouvrage r\u00e9v\u00e8le un t\u00e9moignage t\u00e9nu et mal dat\u00e9 mais intense et correctement pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3. R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/strong><\/p>\n<p>Ivan Cassagnau est artilleur quand d\u00e9bute la Grande Guerre et c&rsquo;est par un retour sur sa jeune vie qu&rsquo;\u00e0 Heiwiller, en Alsace, alors que sont d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s nombre de jeunes soldats, il d\u00e9bute son carnet de guerre le 20 ao\u00fbt 1914. Ils lui semblent d\u00e9j\u00e0 loin, les premiers jours de la mobilisation de la 30e batterie du 57e r\u00e9giment d&rsquo;artillerie, partie de Toulouse le 9. D\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Belfort le 17, il constate bient\u00f4t les premi\u00e8res traces de la guerre, au moment o\u00f9 il entre en territoire pas tout \u00e0 fait ennemi ; en Alsace reconquise. Comme souvent, le bapt\u00eame du feu est terrible, m\u00e9lange de paga\u00efe, d&rsquo;impuissance, d&rsquo;impr\u00e9paration, d&rsquo;inefficacit\u00e9 et d&rsquo;inutilit\u00e9 ; la batterie n&rsquo;a pas tir\u00e9 un coup de canon. Ce bapt\u00eame est subi ; rien de glorieux dans cette op\u00e9ration d&rsquo;Alsace bien vite avort\u00e9e. Rembarqu\u00e9e \u00e0 Belfort ; la batterie de Cassagnau d\u00e9barque dans les Vosges, \u00e0 Lachapelle-devant-Bruy\u00e8res et prend position \u00e0 Anglemont, au nord-est de Rambervillers ce 24 ao\u00fbt. La bataille des fronti\u00e8res est engag\u00e9e et c&rsquo;est tr\u00e8s vite, le second bapt\u00eame du feu, donn\u00e9 celui-ci. D\u00e8s lors, les heures s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent et le temps manque pour coucher sur le calepin cette terrible bataille de Chipotte qu&rsquo;il couvre d&rsquo;acier. Les Allemands ont d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 leur nom aux artilleurs de 75 ; les \u00ab bouchers noirs \u00bb (page 24). Le 4 septembre, l\u2019ennemi reflue, battu, suivi par l&rsquo;artilleur qui go\u00fbte quelques jours de relatif repos dans une ferme de Laneuveville. Il y remarquera une jeune fille triste qui deviendra apr\u00e8s guerre son \u00e9pouse. Pour l\u2019heure, il est d\u00e9plac\u00e9 au sud de Saint-Mihiel, \u00e0 Varn\u00e9ville o\u00f9 il prend corps avec la guerre de position et la lutte d\u2019artillerie, m\u00e9lange de missions statiques et d\u2019attente ponctu\u00e9e. Le temps s\u2019\u00e9tire ainsi dans une inactivit\u00e9 d\u2019imm\u00e9diat arri\u00e8re front ; un temps de s\u00e9ances de photographies et de mascottes.<\/p>\n<p>F\u00e9vrier 1916 l\u2019affecte dans la for\u00eat de Esnes-en-Argonne, \u00e0 l\u2019ombre du Mort-Homme, o\u00f9 \u00ab la batterie d\u00e9vore litt\u00e9ralement les munitions \u00bb dans cette fr\u00e9n\u00e9sie d\u2019artillerie qui couvre d\u2019une chape d\u2019acier tout le front de la bataille de Verdun. Pi\u00e8ces, hommes et b\u00eates soufrent dans un commun calvaire et Ivan Cassagnau prend plus qu\u2019ailleurs corps avec une guerre mut\u00e9e en boucherie sans \u00e2me. On laisse g\u00e9mir les bless\u00e9s car la batterie doit tirer, m\u00eame r\u00e9duite \u00e0 une seule pi\u00e8ce d\u2019un seul servant ! Sans repos, sans roulement possible, au m\u00e9pris des taux d\u2019usure des pi\u00e8ces, la grande bataille d\u2019artillerie dure jusqu\u2019au mois d\u2019avril quand le front devant Esnes c\u00e8de. Ivan Cassagnau voit les Allemands avancer \u00ab lentement mais irr\u00e9sistiblement \u00bb. La batterie est sacrifi\u00e9e, il faut se faire tuer sur place. Il sort son revolver, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre ch\u00e8rement sa vie quand sa chair est atteinte de plusieurs shrapnels. Il est \u00e9vacu\u00e9 au ch\u00e2teau d\u2019Esnes, achevant ainsi un martyr qu\u2019il ne d\u00e9peindra plus d\u00e9sormais par l\u2019\u00e9criture. Les souvenirs d\u2019Ivan Cassagnau s\u2019ach\u00e8vent sur une blessure \u2013 encore est-il sauv\u00e9 par son livret et son carnet de notes (page 124) &#8211; qui termine son r\u00e9cit sur le front de l\u2019ouest. Quelques pages r\u00e9sumant la Grande Guerre cl\u00f4turent ce \u00ab journal d\u2019un artilleur \u00bb.<\/p>\n<p>Au d\u00e9tour des pages, il \u00e9voque les tirs amis (page 39), l\u2019espionnite, \u00e0 laquelle il ne veut pas c\u00e9der (pages 42 et 59), la mort pr\u00e9monitoire (pages 54 et 122), la folie d\u2019un Marsouin, attach\u00e9 et emmen\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance (page 54), le bruit de l\u2019obus \u00ab comme si le ciel \u00e9tait peupl\u00e9 de chats sauvages \u00bb (pages 62 et 77). Il d\u00e9crit la naissance de l\u2019artisanat de tranch\u00e9e (page 82) et ses accidents (page 95), \u00e9voque la dotation, le 27 juin 1915, des premiers casques Adrian \u00ab dont le port nous cause des migraines \u00bb (page 97), la r\u00e9probation du soldat devant la cr\u00e9ation du censeur postal (page 99), l\u2019horreur de la tranch\u00e9e, botte et pied portemanteaux (page 101) et les soldats attaquants \u00e0 la gn\u00f4le (page118).<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>La mort d\u2019Ivan Cassagnau dans Parlange, Anne, Petite, Moyenmoutier, Edhisto, 2008, 287 pages.<\/p>\n<p>Yann Prouillet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Ivan Cassagnau et son fr\u00e8re jumeau Marcel, sont n\u00e9s \u00e0 Sainte-Radegonde (Gers) le 11 novembre 1890. C\u2019est son grand-p\u00e8re, instituteur, qui \u00e9l\u00e8ve Ivan et lui donne une solide \u00e9ducation classique, sanctifi\u00e9e par le bac, obtenu en 1907. 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