{"id":205,"date":"2009-03-01T15:17:01","date_gmt":"2009-03-01T14:17:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/01\/andrieu-rene-charles-1891-%e2%80%93-1963\/"},"modified":"2021-09-09T17:24:23","modified_gmt":"2021-09-09T16:24:23","slug":"andrieu-rene-charles-1891-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/01\/andrieu-rene-charles-1891-1963\/","title":{"rendered":"Andrieu, Ren\u00e9 Charles (1891-1963)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin.<\/strong><\/p>\n<p>Ren\u00e9 Charles Andrieu est issu d&rsquo;une famille de petit propri\u00e9taire terrien du Lot-et-Garonne, cultivant notamment de la vigne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de droit, il r\u00e9silie son sursis et est incorpor\u00e9 au 9<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Agen en 1913. C&rsquo;est en qualit\u00e9 de simple soldat qu&rsquo;il est mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914 dans l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;active. Il est bless\u00e9 une premi\u00e8re fois au bras en janvier 1915 dans la Marne, et \u00e9chappe ainsi au front durant cette terrible ann\u00e9e. Il passe sergent dans une compagnie de mitrailleurs \u00e0 son retour sur la ligne de feu. Il se porte volontaire pour plaider au conseil de guerre de la 10<sup>e<\/sup> arm\u00e9e. 1916 voit Ren\u00e9 Charles Andrieu circuler du Grand Couronn\u00e9 de Nancy, \u00e0 la Marne, puis s&rsquo;installer durablement autour de Verdun de juillet 1916 jusqu&rsquo;au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1917. Au mois de mars, son unit\u00e9 se d\u00e9place en Champagne et participe \u00e0 l&rsquo;offensive Nivelle, en avril, \u00e0 l&rsquo;est du dispositif, en face du Mont sans Nom : il passe alors plusieurs jours au feu. Apr\u00e8s une permission, il prend son cantonnement \u00e0 Pont-sur-Meuse et finit l&rsquo;ann\u00e9e comme sous-lieutenant. Retour sur Verdun et Bar-le-Duc, enfin, avant de combattre au printemps de 1918, apr\u00e8s 70 jours loin des tranch\u00e9es (lettre du 6 avril 1918), d&rsquo;abord sur la Meuse puis sur l&rsquo;Aisne du c\u00f4t\u00e9 de Soissons et Saint-Quentin (octobre 1918). Il est finalement bless\u00e9 une deuxi\u00e8me fois le 5 novembre \u00e0 Guise. Il participe au d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet 1919 \u00e0 Paris avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9mobilis\u00e9 \u00e0 Agen en ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage.<\/strong><\/p>\n<p>Celui-ci se compose d&rsquo;environ 400 lettres \u00e9crites pour la grande majorit\u00e9 d&rsquo;entre elles entre 1914 et 1918. Tour \u00e0 tour adress\u00e9es \u00e0 sa m\u00e8re et \u00e0 sa s\u0153ur, plus rarement \u00e0 son p\u00e8re, elles composent un corpus coh\u00e9rent qui permet de suivre le parcours de ce jeune fantassin. Souvent longues, elles ont eu pour premi\u00e8re fonction de renseigner sa famille sur son \u00e9tat. Comme la majorit\u00e9 des correspondances de guerre, elles permettent de tisser un lien, m\u00eame t\u00e9nu, entre le soldat et sa famille. Le vocabulaire utilis\u00e9 et les th\u00e8mes abord\u00e9s d\u00e9notent une adaptation progressive du jeune soldat au temps de guerre, tout en trahissant derri\u00e8re des pr\u00e9occupations toutes militaires, le souci de rester attach\u00e9 \u00e0 son identit\u00e9 civile (demande de renseignements sur le village, les travaux agricoles). La pr\u00e9sentation du secteur, du confort mat\u00e9riel, des situations v\u00e9cues occupent la majeure partie du courrier envoy\u00e9\u00a0: il s&rsquo;agit bien de rassurer ceux qui recevront les lettres, de mat\u00e9rialiser aussi sa position pour signifier que l&rsquo;on est en vie.<\/p>\n<p>Cette correspondance, \u00e9crite dans un style simple mais direct, compl\u00e8te, est en outre publi\u00e9e accompagn\u00e9e de plusieurs mises en contexte bien venues, surtout lorsqu&rsquo;elles sont accompagn\u00e9es de cartes claires permettant de mieux comprendre le d\u00e9roul\u00e9 d&rsquo;une bataille ou d&rsquo;une offensive.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse.<\/strong><\/p>\n<p>La correspondance de Ren\u00e9 Charles permet de retrouver certains th\u00e8mes bien connus de la litt\u00e9rature du t\u00e9moignage combattant\u00a0: le sentiment du devoir \u00e0 accomplir au d\u00e9but du conflit (\u00ab\u00a0c&rsquo;est pour la France\u00a0!\u00a0\u00bb), qui se transforme peu \u00e0 peu en un sentiment d&rsquo;indiff\u00e9rence, avec la paix comme point de fuite, le quotidien fait d&rsquo;ennui et de p\u00e9riodes de fortes activit\u00e9s guerri\u00e8res, les liens gard\u00e9s avec l&rsquo;arri\u00e8re, les conseils donn\u00e9s aux parents pour continuer \u00e0 faire fonctionner les exploitations, les demandes d&rsquo;argent&#8230; Confront\u00e9 au nomadisme de la vie combattante dans les tranch\u00e9es, entre premi\u00e8res lignes, secondes lignes, repos \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re front et grand repos, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Ren\u00e9 Charles se porte massivement sur la nourriture (recevoir des \u00ab\u00a0colis\u00a0\u00bb) et la r\u00e9ception de \u00ab\u00a0la gazeuse<em> \u00bb<\/em>, nom donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau-de-vie. On d\u00e9couvre ainsi un v\u00e9ritable trafic de produits frais en bocaux et bo\u00eetes de conserve entre le front et Port Sainte Marie. L&rsquo;important pour lui \u00e9tant de pouvoir \u00e9viter autant que possible de tout partager avec la \u00ab\u00a0popote\u00a0\u00bb de ses camarades. Le soldat \u00e9voque aussi beaucoup les secteurs dans lesquels il se retrouve au gr\u00e9 des changements, fr\u00e9quents et o\u00f9 il faut se faire sa place. Les permissions, enfin, apparaissent \u00e0 partir de 1915 comme le grand horizon temporel qui conditionne le moral du soldat. \u00ab\u00a0On parle aussi de supprimer les permissions, ou du moins les restreindre dans une forte proportion, et \u00e7a ne me fait gu\u00e8re plaisir\u00a0\u00bb (25 f\u00e9vrier 1917). Les rumeurs hantent les pages des lettres de Ren\u00e9 Charles, m\u00eame si, loin de chez lui, il tente dans chacune d&rsquo;entre elles de rassurer son entourage. A suivre son t\u00e9moignage, on pourrait croire que Ren\u00e9 Charles traverse la guerre sans r\u00e9elle difficult\u00e9, si ce n&rsquo;est une premi\u00e8re blessure en 1915 qui l&rsquo;\u00e9loigne heureusement du front, et une autre re\u00e7ue le 5 novembre 1918, en toute fin de conflit, lors des combats autour de Guise (Aisne). Le courrier appara\u00eet bien comme un moyen de confirmer qu&rsquo;il est vivant (lettre du 17 juillet 1917), pour rassurer, m\u00eame lorsque lui-m\u00eame se sent en s\u00e9curit\u00e9, \u00ab\u00a0voil\u00e0 pourquoi il me semble inutile de vous tranquilliser chaque jour\u00a0\u00bb (lettre du 21 octobre 1914). D&rsquo;autant que sa m\u00e8re en particulier, souffre de le savoir \u00e0 proximit\u00e9 du danger \u00e0 la faveur des gros titres de la presse comme au printemps 1918 (lettre du 23 mars 1918). Le danger se trouve le plus souvent \u00ab\u00a0\u00e0 droite\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e0 gauche\u00a0\u00bb, alors que le secteur gard\u00e9 par le 9<sup>e<\/sup> R.I. reste \u00ab\u00a0calme\u00a0\u00bb. Il ne raconte donc pas la violence des combats, mais profite des permissions pour en faire le r\u00e9cit, a posteriori.<\/p>\n<p>La place des camarades perd de l&rsquo;importance au fil des missives. Quand certains noms apparaissent, notamment au d\u00e9but de la campagne, ce sont les m\u00eames qui reviennent. Ceux-ci disparaissent peu \u00e0 peu, soit \u00e0 cause de la mort de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, soit parce que la lettre ne reste pas le support du r\u00e9cit de la guerre, mais le fil t\u00e9nu qui relit le front \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. Les propos se recentrent sur soi, notamment quand Ren\u00e9 devient officier. Les autres deviennent \u00ab\u00a0les poilus\u00a0\u00bb indiff\u00e9renci\u00e9s. Le combattant profitant de sa correspondance pour rompre avec son univers de guerre et se recentrant sur les liens familiaux et sur le \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sur le d\u00e9roul\u00e9 de la guerre, la correspondance de Ren\u00e9 Charles couvrant l&rsquo;ensemble du conflit, permet de suivre une grande partie des temps forts v\u00e9cus par son unit\u00e9, de la Marne et l&rsquo;Argonne, \u00e0 Verdun, inscrivant notamment l&rsquo;ann\u00e9e 1918 dans un temps de combats tr\u00e8s violents (impression renforc\u00e9e par les encarts explicatifs de Gilbert Andrieu). Comme le souligne Ren\u00e9 Charles le 8 novembre\u00a0: \u00ab\u00a0Nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi secou\u00e9s que ces derniers temps\u00a0\u00bb. On devine alors dans les mois pr\u00e9c\u00e9dents une forte activit\u00e9 guerri\u00e8re dans des secteurs \u00ab\u00a0agit\u00e9s\u00a0\u00bb. Cette alternance de p\u00e9riodes de fortes tensions et de calme laisse entrevoir des moments de doute mais aussi de remobilisation des troupes. Ainsi, avant avril 1917, les soldats attendent \u00ab\u00a0le grand coup\u00a0\u00bb, expression utilis\u00e9e par Ren\u00e9 Charles comme par <a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/18\/capot-valery-1891-1970\/\">Val\u00e9ry Capot<\/a>, autre soldat du 9<sup>e<\/sup> RI dont les carnets sont accessibles aux Archives d\u00e9partementales de Lot-et-Garonne. R\u00e9investissement et confiance dans la victoire, notamment en raison de la mobilisation de l&rsquo;artillerie, se lisent alors, avant de laisser la place, devant la prise de conscience rapide de l&rsquo;\u00e9chec global de l&rsquo;offensive, \u00e0 une morne r\u00e9signation : la guerre va encore durer longtemps.<\/p>\n<p>Alexandre Lafon, f\u00e9vrier 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin. Ren\u00e9 Charles Andrieu est issu d&rsquo;une famille de petit propri\u00e9taire terrien du Lot-et-Garonne, cultivant notamment de la vigne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de droit, il r\u00e9silie son sursis et est incorpor\u00e9 au 9e RI \u00e0 Agen en 1913. C&rsquo;est en qualit\u00e9 de simple soldat qu&rsquo;il est mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914 dans l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;active. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/01\/andrieu-rene-charles-1891-1963\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Andrieu, Ren\u00e9 Charles (1891-1963)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[103,51,10,6,40],"tags":[355,416,504,716,451],"class_list":["post-205","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103","category-9e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","category-photos","tag-autocensure","tag-camaraderie","tag-le-pays","tag-nourriture","tag-paix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3803,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205\/revisions\/3803"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}