{"id":215,"date":"2009-03-09T12:58:26","date_gmt":"2009-03-09T11:58:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/bes-victorin-1895-%e2%80%a6\/"},"modified":"2021-09-09T17:25:39","modified_gmt":"2021-09-09T16:25:39","slug":"bes-victorin-1895","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/bes-victorin-1895\/","title":{"rendered":"B\u00e8s, Victorin (1895-1961)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Castres (Tarn)&nbsp;le 14 mai&nbsp;1895, Victorin B\u00e8s avait 19 ans en 1914. Il habitait rue de Venise \u00e0 Castres. Apr\u00e8s des \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;EPS de Castres, il est devenu surveillant de coll\u00e8ge \u00e0 Mirande (Gers). Il est passionn\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 sa famille et \u00e0 Castres. Son grand-p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9&nbsp; m\u00e9tayer de Crabier, son p\u00e8re, serrurier-m\u00e9canicien dans une usine textile. Il est par ailleurs tr\u00e8s marqu\u00e9 par l&rsquo;anticl\u00e9ricalisme du d\u00e9but du si\u00e8cle et le socialisme jaur\u00e9sien. Son oncle, Henri B\u00e8s, socialiste, avait \u00e9t\u00e9 adjoint au maire radical-socialiste de Castres Louis Vieu, et conseiller d&rsquo;arrondissement de Castres. En septembre 1915, il rejoint le 161e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie sur le front de Champagne. Fortement commotionn\u00e9 le 24 avril 1916 \u00e0 Verdun, il est \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 Bar le Duc, puis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital mixte de Saint Dizier. A partir du 2 ao\u00fbt, il peut achever son repos \u00e0 Castres. Il rejoint le d\u00e9p\u00f4t du 161e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie \u00e0 Guingamp et apprend, le 21&nbsp;d\u00e9cembre qu&rsquo;on peut \u00eatre volontaire pour le front d&rsquo;Orient. Il y reste jusqu&rsquo;au 28 avril 1918. Victorin B\u00e8s demande alors \u00e0 devenir \u00e9l\u00e8ve-aspirant. Il ne reviendra plus au front. Apr\u00e8s la guerre, il fera carri\u00e8re dans l&rsquo;administration des finances.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Du 20 d\u00e9cembre 1914 au 28 avril 1918, Victorin B\u00e8s tient des carnets, \u00e9crits au crayon. Des extraits de ce t\u00e9moignage (7%) ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans la <em>Revue du Tarn<\/em>, avec l&rsquo;accord des enfants de Victorin B\u00e8s, Jean, Pierre et Suzanne, sous le titre \u00ab&nbsp;Quelques extraits des carnets de guerre de Victorin B\u00e8s. Un Castrais \u00ab\u00a0combattant involontaire\u00a0\u00bb \u00bb (n\u00b0 196, hiver 2004, p. 673-690). Ils sont pr\u00e9sent\u00e9s par Jean Faury qui pr\u00e9cise en introduction que \u00ab&nbsp;ces carnets doivent faire l&rsquo;objet d&rsquo;une publication compl\u00e8te&nbsp;\u00bb. On ne peut qu&rsquo;inciter \u00e0 une telle entreprise : ces courts extraits laissent en effet entrevoir l&rsquo;immense richesse et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat certain de ces notes prises au jour le jour par un non professionnel de l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Victorin B\u00e8s est d&rsquo;une richesse telle que l&rsquo;on regrette de n&rsquo;en avoir que 7%.<\/p>\n<p>Ce jeune homme se distingue d&rsquo;abord par ses qualit\u00e9s d&rsquo;analyste. Il propose ainsi, en d\u00e9cembre 1914, une r\u00e9flexion sur l&rsquo;entr\u00e9e en guerre, marqu\u00e9e par ses sympathies pour les id\u00e9es socialistes : \u00ab&nbsp;Depuis le 4 ao\u00fbt nous sommes en guerre contre l&rsquo;Allemagne. [&#8230;] J&rsquo;ai v\u00e9cu la fi\u00e8vre de tous mes compatriotes. J&rsquo;ai entendu hurler \u00ab&nbsp;A Berlin&nbsp;\u00bb [&#8230;] Apr\u00e8s les pleurs des femmes pendant la journ\u00e9e du 4 ao\u00fbt, apr\u00e8s les chants, apr\u00e8s les musiques militaires, le canon a tonn\u00e9 [&#8230;] Chassons de nos esprits tous les doutes. [&#8230;] Il faut que, malgr\u00e9 mes opinions, je sois persuad\u00e9 de la volont\u00e9 de paix de nos repr\u00e9sentants du peuple. Certes, la structure capitaliste des nations, la Paix arm\u00e9e, les conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats des magnats des mines et de l&rsquo;industrie, sont moralement responsables de l&rsquo;\u00e9tat de choses actuel. Mais qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre ? C&rsquo;est l&rsquo;Allemagne. Qui est attaqu\u00e9 ? C&rsquo;est la France.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ses qualit\u00e9s d&rsquo;observateur, ensuite, sont remarquables : il d\u00e9crit avec pr\u00e9cision ses conditions de vie, sans passer sous silence les aspects les plus p\u00e9nibles comme par exemple l&rsquo;odeur des cadavres (p. 678). Les r\u00e9cits de combats sont saisissants : son ton est vivant, haletant, et traduit \u00e0 certains moments l&rsquo;agitation de l&rsquo;auteur. En fait, le carnet fait office d&rsquo;exutoire : \u00e0 son angoisse pendant un bombardement (22 avril : \u00ab&nbsp;c&rsquo;est un besoin [d&rsquo;\u00e9crire], je suis sourd aux explosions&nbsp;\u00bb), \u00e0 son agitation apr\u00e8s l&rsquo;attaque (19 mai 1916), et \u00e0 sa col\u00e8re \u00e0 plusieurs reprises. Dans ces moments-l\u00e0, le r\u00e9cit se fait au pr\u00e9sent, les phrases s&rsquo;encha\u00eenent, se bousculent m\u00eame. A titre d&rsquo;exemple, le 8 octobre 1915, il se lance dans le r\u00e9cit de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu lors d&rsquo;une attaque sur le front de Champagne, quelques jours auparavant. Il tente de mettre des mots sur ce tourbillon d&rsquo;images dans lequel il semble toujours pris : \u00ab&nbsp;Sifflet : En avant ! Pas de tra\u00eenards ! Les corps bleu horizon se dressent, gravissent le parapet, l&rsquo;arme \u00e0 la main. On crie, on hurle [&#8230;] Les balles sifflent \u00e9perdument, s&rsquo;\u00e9crasent \u00e0 nos pieds. Des corps tournoient, tombent en arri\u00e8re. Quoi ? Des obus maintenant&nbsp;? Le capitaine hurle En avant ! La ligne d&rsquo;attaque flotte, s&rsquo;\u00e9claircit. Je continue \u00e0 marcher comme un automate, \u00e0 courir <span style=\"text-decoration: underline;\">plus exactement.<\/span> \u00bb (p. 677) Chaque mot pos\u00e9 semble insuffisant \u00e0 rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 et Victorin B\u00e8s doit inlassablement en proposer d&rsquo;autres (\u00ab&nbsp;plus exactement<em> <\/em>\u00bb) pour essayer tant bien que mal de faire entrer son exp\u00e9rience dans le champ du langage. Ce sentiment de l&rsquo;\u00e9troitesse des mots, impuissants \u00e0 couvrir le r\u00e9el, beaucoup en ont fait l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>La richesse de ce t\u00e9moignage tient enfin dans les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement d\u00e9ploy\u00e9es par l&rsquo;auteur pour \u00e9chapper \u00e0 la violence du front (tentative d&rsquo;automutilation, d\u00e9part volontaire pour le front d&rsquo;Orient per\u00e7u moins dangereux, etc.) et dans la complexit\u00e9 des relations \u00e0 l&rsquo;ennemi (de sa sympathie pour les fraternisations \u00e0 sa col\u00e8re au moment o\u00f9 il apprend la mort d&rsquo;un camarade ou face \u00e0 des ennemis qui refusent de se rendre).<\/p>\n<p>08\/03\/2009<\/p>\n<p>Marty C\u00e9dric.<\/p>\n<p>Compl\u00e9ment : \u00e9dition int\u00e9grale du texte : Victorin B\u00e8s, <em>Journal de route 1914-1918<\/em>, Castres, Soci\u00e9t\u00e9 culturelle du pays castrais, 2010, 208 pages. Dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, photo de Victorin p. 71 et de la couverture de son carnet p. 11.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 Castres (Tarn)&nbsp;le 14 mai&nbsp;1895, Victorin B\u00e8s avait 19 ans en 1914. Il habitait rue de Venise \u00e0 Castres. Apr\u00e8s des \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;EPS de Castres, il est devenu surveillant de coll\u00e8ge \u00e0 Mirande (Gers). Il est passionn\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 sa famille et \u00e0 Castres. 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