{"id":216,"date":"2009-03-09T13:03:55","date_gmt":"2009-03-09T12:03:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/degrutere-maria-18-%e2%80%93-19\/"},"modified":"2021-09-09T17:25:53","modified_gmt":"2021-09-09T16:25:53","slug":"degrutere-maria-18-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/degrutere-maria-18-19\/","title":{"rendered":"Degrut\u00e8re, Maria (18.. \u2013 19..)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Maria Degrut\u00e8re habitait La Madeleine, un faubourg de Lille. Elle \u00e9tait institutrice dans une \u00e9cole catholique. Elle ne devait vraisemblablement pas \u00eatre tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 elle \u00e9voque une visite de ses grands-parents. On ignore presque tout de sa vie. Le manque d&rsquo;information biographique sur Maria Degrut\u00e8re dans l&rsquo;ouvrage est regrettable compte tenu de la richesse de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Son t\u00e9moignage est publi\u00e9 sous le titre \u00ab&nbsp;Tableau des \u00e9v\u00e8nements particuliers et journaliers&nbsp;\u00bb, dans <em>Journaux de combattants &amp; civils du Nord<\/em>, (PU du Septentrion, 1998, pp.161-219). Il d\u00e9bute le 24 ao\u00fbt 1914 et s&rsquo;ach\u00e8ve le 19 janvier 1918, au moment de son \u00e9vacuation vers la France.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Maria Degrut\u00e8re offre un regard int\u00e9ressant sur la vie \u00e0 Lille, occup\u00e9e 1465 jours par les Allemands entre 1914 et 1918.<\/p>\n<p>La situation de Lille, proche du front de Flandre &#8211; 15 kilom\u00e8tres &#8211; fait de cette ville une sorte de camp retranch\u00e9 pour les Allemands. Le 16 janvier 1916, Maria Degrut\u00e8re note : \u00ab&nbsp;Nous avons maintenant une vie fort triste. Nous sommes \u00e0 la merci d&rsquo;un bombardement, des explosions, des maladies contagieuses. Nous sommes abrutis par la canonnade qui depuis plusieurs mois se fait de plus en plus violente&nbsp;\u00bb. Les mesures en cas d&rsquo;attaque par les gaz sont diffus\u00e9es : \u00ab&nbsp;Nouvelle affiche concernant les gaz asphyxiants. Au son de la cloche ou de la sir\u00e8ne, il faut entrer dans une maison \u00e0 \u00e9tages, monter au 1er \u00e9tage, boucher les portes et les fen\u00eatres, se mettre un linge mouill\u00e9 sur la figure.&nbsp;\u00bb (14 septembre 1916)<\/p>\n<p>Maria Degrut\u00e8re relaie \u00e9galement dans son t\u00e9moignage d&rsquo;autres affiches, \u00e9manant de l&rsquo;occupant, et qui t\u00e9moignent de la lourdeur des contributions impos\u00e9es \u00e0 la municipalit\u00e9 et, surtout, de la fr\u00e9quence des r\u00e9quisitions chez les Lillois. Il ne se passe pas une semaine sans que de nouveaux objets soient r\u00e9quisitionn\u00e9s : m\u00e9taux, cuirs, v\u00eatement, etc.<\/p>\n<p>S&rsquo;ajoutent \u00e0 cela les r\u00e9quisitions en service pour fabriquer, par exemple, des sacs destin\u00e9s aux tranch\u00e9es allemandes, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;opposition des ouvriers et ouvri\u00e8res. Par la force, les Allemands parviennent les faire c\u00e9der. Mais les r\u00e9sistances persistent au sein de la population lilloise. Le 20 avril 1916 est affich\u00e9 cet arr\u00eat\u00e9 : \u00ab&nbsp;L&rsquo;attitude de l&rsquo;Angleterre rend de plus en plus difficile le ravitaillement de la population. Pour att\u00e9nuer la mis\u00e8re, l&rsquo;autorit\u00e9 allemande a demand\u00e9 r\u00e9cemment des volontaires pour aller travailler en zone rurale. Cette offre n&rsquo;a pas eu le succ\u00e8s attendu. En cons\u00e9quence, des habitants seront \u00e9vacu\u00e9s par ordre et transport\u00e9s \u00e0 la campagne. [&#8230;]&nbsp;\u00bb Ainsi commencent les \u00ab&nbsp;enl\u00e8vements&nbsp;\u00bb de civils (3 femmes pour un homme environ). Maria Degrut\u00e8re en t\u00e9moigne : \u00ab&nbsp;Cet enl\u00e8vement dure toute la semaine \u00e0 Lille. Chaque jour des soldats allemands (20 par maison) ba\u00efonnette au canon arrivent dans un quartier vers 3 heures du matin, font lever tout le monde et emm\u00e8nent des hommes, mais surtout des femmes et des jeunes filles de 20 \u00e0 35 ans pour les conduire on ne sait o\u00f9. Il y a des sc\u00e8nes indescriptibles, des sc\u00e8nes d&rsquo;angoisse et d&rsquo;agonie pour des m\u00e8res \u00e0 qui on arrache ainsi les enfants. Plusieurs personnes s&rsquo;\u00e9vanouissent, d&rsquo;autres deviennent folles, certaines sont malades d&rsquo;essayer de se d\u00e9battre avec les officiers. [&#8230;] C&rsquo;est un spectacle navrant, on nous conduit comme des criminels \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud.&nbsp;\u00bb (23 avril 1916)<\/p>\n<p>On est \u00e9galement frapp\u00e9, \u00e0 la lecture de ce journal, par la place que tient la nourriture &#8211; ou plut\u00f4t le manque &#8211; dans les pr\u00e9occupations de l&rsquo;auteur et, semble-t-il, des Lillois en g\u00e9n\u00e9ral. Le prix des denr\u00e9es ne cesse d&rsquo;augmenter. La population civile est exsangue.<\/p>\n<p>Maria Degrut\u00e8re ne vivra pas la fin de la guerre \u00e0 Lille : elle est \u00e9vacu\u00e9e en 1918 vers la France. Mais elle laisse ce t\u00e9moignage pr\u00e9cieux sur son exp\u00e9rience de civil en r\u00e9gion occup\u00e9e.<\/p>\n<p>08\/03\/2009<\/p>\n<p>Marty C\u00e9dric.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Maria Degrut\u00e8re habitait La Madeleine, un faubourg de Lille. Elle \u00e9tait institutrice dans une \u00e9cole catholique. 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