{"id":218,"date":"2009-03-09T13:13:04","date_gmt":"2009-03-09T12:13:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/tucoo-chala-ernest-1893\/"},"modified":"2021-09-09T17:26:10","modified_gmt":"2021-09-09T16:26:10","slug":"tucoo-chala-ernest-1893","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/tucoo-chala-ernest-1893\/","title":{"rendered":"Tucoo-Chala, Ernest (1893- ?)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Pau en 1893, Ernest Tucoo-Chala est fils d&rsquo;un cordonnier et d&rsquo;une marchande des 4 saisons. Apr\u00e8s des \u00e9tudes primaires solides, il obtient le certificat d&rsquo;\u00e9tudes et entre en apprentissage chez un menuisier. Il se sp\u00e9cialise dans la carrosserie automobile et r\u00e9alise un tour de France en tant que compagnon. Embauch\u00e9 \u00e0 Paris chez Binder comme ouvrier tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9, il est tr\u00e8s bien pay\u00e9. En 1912, il fait son service militaire \u00e0 Tarbes, dans un r\u00e9giment d&rsquo;artillerie, o\u00f9 il est initi\u00e9 \u00e0 la technique du 75. Il passe directement du service militaire \u00e0 la guerre, toujours dans l&rsquo;artillerie. En tout, il vivra pr\u00e8s de huit ans sous les drapeaux, sans grosse blessure.<\/p>\n<p>A Paris, il a adh\u00e8re au parti socialiste, partageant l&rsquo;id\u00e9al pacifiste de Jaur\u00e8s. Mais il n&rsquo;y a chez lui aucune trace d&rsquo;antimilitarisme. Apr\u00e8s la guerre, il refuse l&rsquo;offre d&#8217;embrasser la carri\u00e8re militaire. Il redevient menuisier, \u00e0 Bordeaux, mais dans des conditions bien moins bonnes qu&rsquo;\u00e0 Paris avant la guerre. Il s&rsquo;inscrit \u00e0 nouveau \u00e0 la SFIO.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s guerre, Ernest Tucoo-Chala a, semble-t-il, peu parl\u00e9 de la guerre, n&rsquo;\u00e9tait inscrit \u00e0 aucune association d&rsquo;anciens combattants, et ne se rendait pas aux c\u00e9r\u00e9monies du 11 novembre. Il laisse en revanche un tr\u00e8s int\u00e9ressant carnet de notes prises au jour le jour et publi\u00e9 par ses enfants en 1996 sous le titre <em>1914-1919. Carnets de route d&rsquo;un artilleur <\/em>(Biarritz, J. et D.&nbsp; Deucalion, 1996, 116 p.) Il commence \u00e0 la fin du mois de juillet 1914 et ne s&rsquo;ach\u00e8ve qu&rsquo;en ao\u00fbt 1919. Son \u00e9criture est succincte, mais pr\u00e9cise et essentielle. A noter \u00e9galement la grande libert\u00e9 de ton de cet artilleur dans son carnet.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Ce carnet de guerre est tr\u00e8s int\u00e9ressant : ce qui frappe d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 la lecture des carnets de ce combattant d&rsquo;origine populaire, c&rsquo;est la libert\u00e9 de ton. Ainsi lit-on par exemple, le 27 avril 1916 : \u00ab Je suis vann\u00e9 apr\u00e8s ces trois jours de route (200 km) et, par surcro\u00eet, des man\u0153uvres maintenant! Que le diable les emporte avec leurs \u00e2neries de man\u0153uvres&nbsp;\u00bb (p.31).<\/p>\n<p>A mesure que la guerre se prolonge, son carnet devient ainsi le r\u00e9ceptacle de toutes ses col\u00e8res : contre l&rsquo;inanit\u00e9 des offensives, d\u00e9but octobre 1915 : \u00ab&nbsp;Le cafard, le cafard est revenu, on devait tout bouffer, on a d\u00e9pens\u00e9 des milliers d&rsquo;obus et pour quoi ? Pour nous regarder \u00e0 nouveau en chiens de fa\u00efence&nbsp;\u00bb ; contre le pr\u00e9tendu repos derri\u00e8re les lignes, le 8 mai 1916 : \u00ab&nbsp;manoeuvre sur un grand plateau [&#8230;] Vraiment ils se foutent de nous; nous faire casser la gueule, passe encore, c&rsquo;est la guerre! Mais nous emmerder comme ils le font avant, \u00e7a passe les bornes&nbsp;\u00bb ; contre le terme mis par un officier \u00e0 une tr\u00eave tacite (26 juin 1916).<\/p>\n<p>La guerre qui se dessine au fil des pages est celle d&rsquo;un artilleur. Conscient par ailleurs de la diff\u00e9rence de conditions de vie entre fantassins et artilleurs (pp. 43-44), il d\u00e9crit avec justesse les difficult\u00e9s de la vie mat\u00e9rielle et la duret\u00e9 des combats, notamment \u00e0 Verdun, le 28 mai 1916 : \u00ab&nbsp;il y a de quoi perdre la t\u00eate dans ce chaos [&#8230;] c&rsquo;est une v\u00e9ritable fournaise [&#8230;]. Nous tirons sans cesse [&#8230;] les bless\u00e9s qui passent pr\u00e8s de nous nous engueulent, nous leur tirons dessus \u00e0 ce qu&rsquo;il para\u00eet ; alors j&rsquo;aime mieux [r\u00e9gler le tir] 50 m\u00e8tres plus long. Je ne suis plus comme les copains qu&rsquo;un paquet de boue gluante. On ne vit plus, on est en sursis, des morts vivants et l&rsquo;\u00e9nergie ne peut rien contre la fatigue et la soif.&nbsp;\u00bb. Les gaz l&rsquo;ont beaucoup marqu\u00e9. Ces conditions de vie p\u00e9nibles l&rsquo;incitent \u00e0 s&rsquo;y soustraire, par un mariage, synonyme de permission (septembre-octobre 1916) ou encore par un d\u00e9part volontaire pour le front d&rsquo;Orient per\u00e7u comme moins dangereux (octobre-novembre 1917).<\/p>\n<p>Au total, un carnet d&rsquo;une grande richesse par un combattant d&rsquo;origine populaire.<\/p>\n<p>08\/03\/2009<\/p>\n<p>Marty C\u00e9dric.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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