{"id":219,"date":"2009-03-09T13:17:34","date_gmt":"2009-03-09T12:17:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/benard-henri-1858-1916\/"},"modified":"2021-09-09T17:26:20","modified_gmt":"2021-09-09T16:26:20","slug":"benard-henri-1858-1916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/03\/09\/benard-henri-1858-1916\/","title":{"rendered":"B\u00e9nard, Henri (1858-1916)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 le 23 f\u00e9vrier 1958, Henri B\u00e9nard \u00e9tait officier d&rsquo;active, commandant, et retrait\u00e9 en juin 1912. Pass\u00e9 par l&rsquo;Ecole de Saint-Maixent en 1881-1882, il \u00e9tait capitaine vers 1902-1903. Le 3 ao\u00fbt 1914, il reprend volontairement du service, \u00e0 56 ans. C&rsquo;est alors un homme mari\u00e9, p\u00e8re d&rsquo;une fille. Sa femme, Ernestine, est issue d&rsquo;un milieu alsacien ais\u00e9 : son p\u00e8re dirigeait \u00e0 Strasbourg une entreprise de transports internationaux ; vers 1910, il a mont\u00e9 une succursale \u00e0 Paris et laisse la direction de l&rsquo;usine de Strasbourg \u00e0 ses deux fils. Henri part de Caen avec le 236e R\u00e9giment d&rsquo;Infanterie, vers le 7 ou le 8 septembre. Il est bless\u00e9 \u00e0 la cuisse le 30 mai 1915. Apr\u00e8s un long s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital puis au d\u00e9p\u00f4t, il rejoint le 366e R.I. en d\u00e9cembre 1915, sur le front, en Lorraine. Il meurt \u00e0 Verdun le 28 f\u00e9vrier 1916.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Les lettres d&rsquo;Henri B\u00e9nard s&rsquo;\u00e9talent d&rsquo;ao\u00fbt 1914 \u00e0 f\u00e9vrier 1916 ; elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites pour diff\u00e9rents destinataires, le plus souvent sa femme. Henri B\u00e9nard \u00e9crivait beaucoup, parfois plusieurs fois par jour. Le 4 ao\u00fbt 1914, il pr\u00e9vient sa femme : \u00ab&nbsp;conserve mes lettres. Plus tard, si j&rsquo;ai l&rsquo;occasion de faire quelque chose d&rsquo;int\u00e9ressant, je serai heureux de relire ces pages.&nbsp;\u00bb Tu\u00e9 en 1916, il n&rsquo;en aura pas l&rsquo;occasion mais, conserv\u00e9es par sa femme puis sa fille dans un coffret avec ses initiales, accompagn\u00e9 de divers objets et de photos, ses lettres ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es par sa petite-fille, Fran\u00e7oise Lautier sous le titre <em>De la mort, de la boue, du sang. Lettres de guerre d&rsquo;un fantassin de 14-18 <\/em>(Paris, Jacques Grancher, 1999, 250p.). Les lettres sont publi\u00e9es avec, \u00e0 la fin de chaque chapitre (correspondant \u00e0 un mois de guerre), une s\u00e9rie de pr\u00e9cisions \u00e9clairantes sur le parcours du t\u00e9moin, les personnages dont il est question dans les lettres, les lieux, etc. On trouve \u00e9galement quelques photographies dans un livret central.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Les lettres \u00e9crites par Henri B\u00e9nard entre 1914 et 1916 sont d&rsquo;une grande richesse qu&rsquo;il serait illusoire de r\u00e9sumer ici. Nous nous bornerons donc \u00e0 souligner trois aspects qui marquent autant la richesse de ce t\u00e9moignage que la n\u00e9cessit\u00e9 de le lier au parcours personnel et professionnel du t\u00e9moin avant-guerre.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par son exp\u00e9rience d&rsquo;officier d&rsquo;active : Henri B\u00e9nard aborde le combat p\u00e9tri du discours dominant sur la guerre \u00e0 venir : \u00ab&nbsp;le moral de tous les soldats est tel que leur \u00e9lan sera irr\u00e9sistible \u00bb (p. 15). D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;am\u00e8re d\u00e9sillusion lorsque le front s&rsquo;enlise \u00e0 l&rsquo;ouest : \u00ab&nbsp;Cette guerre est horriblement triste et monotone. C&rsquo;est bien allemand. Pas de vie, pas d&rsquo;enthousiasme. Des duels d&rsquo;artillerie continuels dans lesquels nous restons spectateurs terr\u00e9s sous les rafales, voil\u00e0 tout ce que nous voyons. Des pertes sans combat, quand un obus tombe sur nous, de la puanteur de cadavres de chevaux, des cris de bless\u00e9s qui, toute la nuit, appellent au secours, de la mort, de la boue, du sang. Voil\u00e0 nos visions de chaque heure. Ce n&rsquo;est pas ce que j&rsquo;avais r\u00eav\u00e9.&nbsp;\u00bb (p. 30) La guerre est une \u00ab&nbsp;guerre d&rsquo;usure&nbsp;\u00bb o\u00f9 \u00ab&nbsp;le succ\u00e8s appartiendra au plus tenace&nbsp;\u00bb (pp. 36-37) et le commandant B\u00e9nard ne se fait pas d&rsquo;illusion sur la dur\u00e9e de la guerre : elle sera longue affirme-t-il le 28 octobre, puis le 25 novembre 1914. Les responsables d\u00e9sign\u00e9s de cette situation de blocage sont les Allemands, pour lesquels Henri B\u00e9nard n&rsquo;a pas de mots assez durs : \u00ab&nbsp;le Kaiser est malade et l&rsquo;Allemagne aussi. Il faudra les tuer tous, si on le peut, pour que cette vermine ne puisse se renouveler. Nous en avons tu\u00e9 un certain nombre ces jours derniers. C&rsquo;\u00e9tait de la garde bavaroise. On ne s&rsquo;amuse plus \u00e0 faire de prisonniers.&nbsp;\u00bb (p. 118) Soulignons le contexte particuli\u00e8rement angoissant de la guerre de mines qui s\u00e9vit alors dans son secteur et menace les hommes d&rsquo;\u00eatre ensevelis vivants.<\/p>\n<p>Second point : l&rsquo;attachement aux provinces perdues, intense dans le t\u00e9moignage de B\u00e9nard, s&rsquo;explique par les origines alsaciennes de sa femme. Apprenant l&rsquo;avanc\u00e9e des troupes fran\u00e7aises \u00e0 l&rsquo;Est, en ao\u00fbt 1914, Henri B\u00e9nard exulte : \u00ab&nbsp;le r\u00eave de ma vie s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9. Mais je voudrais \u00eatre plus jeune et ne pas avoir tant attendu la d\u00e9livrance.&nbsp;\u00bb (p. 17)<\/p>\n<p>Au fil des lettres, il appara\u00eet \u00e9galement que la guerre n&rsquo;\u00e9pargne pas les officiers (p. 72) bien qu&rsquo;ils jouissent de conditions mat\u00e9rielles meilleures (p. 46). Le commandant B\u00e9nard livre ainsi de belles pages sur la duret\u00e9 des conditions de vie au front : la boue, la peur, le froid (voir par exemple p. 58). Sa qualit\u00e9 d&rsquo;officier conf\u00e8re d&rsquo;ailleurs \u00e0 son t\u00e9moignage un int\u00e9r\u00eat majeur. Il met un peu plus en lumi\u00e8re la responsabilit\u00e9 et le r\u00f4le du chef, charg\u00e9 de maintenir la discipline jusque dans l&rsquo;attaque (p. 42). Il n&rsquo;h\u00e9site pas, ainsi, \u00e0 les menacer de mort avant l&rsquo;assaut, en cas de d\u00e9faillance. Son r\u00f4le, explique-t-il plus loin, est celui d&rsquo;une courroie de transmission entre l&rsquo;infanterie, dans les premi\u00e8res lignes, et l&rsquo;artillerie, un peu en retrait.<\/p>\n<p>08\/03\/2009<\/p>\n<p>Marty C\u00e9dric.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 23 f\u00e9vrier 1958, Henri B\u00e9nard \u00e9tait officier d&rsquo;active, commandant, et retrait\u00e9 en juin 1912. Pass\u00e9 par l&rsquo;Ecole de Saint-Maixent en 1881-1882, il \u00e9tait capitaine vers 1902-1903. Le 3 ao\u00fbt 1914, il reprend volontairement du service, \u00e0 56 ans. C&rsquo;est alors un homme mari\u00e9, p\u00e8re d&rsquo;une fille. 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