{"id":227,"date":"2009-07-18T17:33:32","date_gmt":"2009-07-18T16:33:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=227"},"modified":"2021-09-09T17:28:07","modified_gmt":"2021-09-09T16:28:07","slug":"beck-suzanne-1870-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/07\/18\/beck-suzanne-1870-1966\/","title":{"rendered":"Beck, Suzanne (1870-1966)"},"content":{"rendered":"<p class=\"heading5\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal;\">1. Le t\u00e9moin<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Suzanne Beck est l&rsquo;\u00e9pouse du percepteur de Cr\u00e9cy-sur-Serre, dans l&rsquo;Aisne. Il ne semble pas que la famille Beck y soit install\u00e9e depuis longtemps ; Suzanne se consid\u00e8re comme \u00e9trang\u00e8re au village. Elle fait par ailleurs r\u00e9f\u00e9rence aux colonies indochinoises o\u00f9 elle a v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es. Si elle ne fait jamais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion, elle est cependant attach\u00e9e \u00e0 une certaine morale r\u00e9publicaine et patriotique.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Suzanne Beck a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de son mari et de sa fille a\u00een\u00e9e au moment de l&rsquo;invasion et vit avec ses deux fils, Jean et Raymond, respectivement 17 et 12 ans au d\u00e9but de la guerre. Elle d\u00e9cide de faire partir son fils benjamin, Raymond, en d\u00e9cembre 1916 pour la \u00ab\u00a0France libre\u00a0\u00bb pour lui \u00e9viter les souffrances li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occupation. Elle fait alors le choix de rester \u00e0 Cr\u00e9cy-sur-Serre pour garder les archives de la perception et s&rsquo;occuper de son fils a\u00een\u00e9, le personnage principal de son r\u00e9cit. Le bourg est \u00e9vacu\u00e9 le 10 octobre 1918, Suzanne Beck et son fils trouvent alors refuge \u00e0 15 km au nord-est, \u00e0 Marle o\u00f9 ils subissent une nuit de bombardement particuli\u00e8rement traumatisante.<\/span><\/p>\n<p class=\"heading5\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal;\">2. Le t\u00e9moignage<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Les \u00ab\u00a0Carnets de l&rsquo;invasion, Cr\u00e9cy-sur-Serre 14-18\u00a0\u00bb par Suzanne Beck, 15 carnets manuscrits, sont conserv\u00e9s \u00e0 l\u2019Historial de la Grande Guerre de P\u00e9ronne, inv. 26176-26189. Le premier carnet a \u00e9t\u00e9 perdu, le t\u00e9moignage d\u00e9bute le 22 octobre 1914. Il manque \u00e9galement la p\u00e9riode allant du 17 avril au 6 juin 1917. Suzanne Beck prenait g\u00e9n\u00e9ralement ses notes au crayon. Les carnets ont \u00e9t\u00e9 num\u00e9rot\u00e9s et dat\u00e9s au stylo par sa petite-fille qui a assur\u00e9 la retranscription puis confi\u00e9 les carnets \u00e0 l\u2019Historial. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Suzanne Beck \u00e9crit dans un style direct assez vivant des notes quotidiennes. Elle relaie les informations et les rumeurs qui circulent en ville, raconte ses journ\u00e9es, ses angoisses et ses rencontres. Elle utilise son carnet comme un confident \u00e0 qui elle s&rsquo;adresse directement. La pr\u00e9cision de ce qui est racont\u00e9 varie selon son moral, les notes sont parfois prises de mani\u00e8re elliptique.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Suzanne Beck a relu ses carnets en 1940 et a rajout\u00e9 occasionnellement certaines indications. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Les couvertures ou les derni\u00e8res pages des carnets sont parfois utilis\u00e9es par Suzanne pour noter ses menus ou les cr\u00e9dits qu&rsquo;elle a contract\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"heading5\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal;\">3. Analyse<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Cr\u00e9cy-sur-Serre est un chef-lieu de canton de 1666 habitants en 1911, situ\u00e9 \u00e0 15 km au nord de Laon, dans le d\u00e9partement de l&rsquo;Aisne. Il est occup\u00e9 par les Allemands de fin ao\u00fbt 1914 \u00e0 d\u00e9but octobre 1918. Une kommandantur y est install\u00e9e en avril 1915 apr\u00e8s que le bourg e\u00fbt \u00e9t\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 du commandant de Sains-Richaumont. Le bourg est alors \u00e9loign\u00e9 du front. Avec le retrait des Allemands sur la ligne Hindenburg en f\u00e9vrier-mars 1917, Cr\u00e9cy-sur-Serre devient une ville de garnison beaucoup plus importante et les habitants doivent partager leur logement avec des troupes toujours plus nombreuses. Le bourg est finalement \u00e9vacu\u00e9 le 10 octobre 1918. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Comme la plupart des civils ayant tenu un journal durant l&rsquo;occupation allemande, Suzanne Beck est d&rsquo;abord attentive aux attitudes et aux ordres promulgu\u00e9s par les Allemands : r\u00e9quisitions en tout genre, logements, obligation de travailler, contributions et amendes&#8230; Son t\u00e9moignage donne \u00e9galement \u00e0 voir comment un village r\u00e9agit \u00e0 cette situation d&rsquo;occupation. Elle rend en particulier compte de ses interrogations quant \u00e0 l&rsquo;attitude \u00e0 adopter face aux ordres. Cela l&rsquo;angoisse et l&#8217;emp\u00eache m\u00eame de dormir. Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 d&rsquo;esquiver les ordres concernant le travail et avoir dissimul\u00e9 les biens r\u00e9quisitionn\u00e9s, la famille Beck opte pour une attitude plus prudente, dans l&rsquo;intention de ne pas se faire remarquer. Jean Beck a refus\u00e9 un certain temps de se rendre aux appels pour aller travailler, puis il finit par obtemp\u00e9rer. Les travaux agricoles sont alors pour lui l&rsquo;occasion de rencontres et d&rsquo;amiti\u00e9s avec des jeunes gens de l&rsquo;agglom\u00e9ration lilloise qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s pour le travail en 1916. Jean Beck est ensuite employ\u00e9 dans une colonne de travail \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Cr\u00e9cy-sur-Serre en 1917. Il parvient ensuite \u00e0 travailler pour des Allemands ce qui lui \u00e9vite de repartir en colonne de travail.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Si les ordres allemands continuent d&rsquo;\u00eatre une source d&rsquo;angoisse durant les quatre ans d&rsquo;occupation, les principales pr\u00e9occupations de Suzanne Beck t\u00e9moignent des difficult\u00e9s de la vie en r\u00e9gion occup\u00e9e : trouver de l&rsquo;argent, de quoi manger et de quoi se chauffer. La famille Beck semble subir une sorte de d\u00e9classement social, du moins au d\u00e9but de la guerre. La municipalit\u00e9 refusant d&rsquo;avancer les traitements de fonctionnaires, la famille se retrouve sans sources de revenus et vit \u00e0 cr\u00e9dit en se contentant du strict minimum. Finalement, c&rsquo;est avec le travail demand\u00e9 par l&rsquo;autorit\u00e9 allemande aux habitants que la famille Beck trouvera une nouvelle source de revenus. Le froid est une autre souffrance que doivent subir les Beck en particulier durant le premier hiver, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de quoi s&rsquo;acheter du charbon, et durant les deux derniers hivers particuli\u00e8rement rigoureux. Suzanne Beck raconte que son haleine se transforme en gel sur l&rsquo;oreiller en f\u00e9vrier 1917. Du fait des p\u00e9nuries alimentaires et de la promiscuit\u00e9, les maladies sont fr\u00e9quentes telles la dysenterie dont sont victimes les Beck en 1915. Une autre maladie est qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0mal de guerre\u00a0\u00bb par Suzanne Beck, il s&rsquo;agit d&rsquo;une faiblesse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dont les sympt\u00f4mes sont des troubles de m\u00e9moire et une forme de repli sur soi. Suzanne Beck se plaint continuellement de ce mal \u00e0 partir de 1917.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">A partir de 1916, la famille Beck re\u00e7oit fr\u00e9quemment \u00e0 loger des Allemands, travailleurs civils, soldats ou officiers. Suzanne Beck se montre dans son journal volontiers germanophobe. Elle utilise r\u00e9guli\u00e8rement les termes de \u00ab\u00a0sales boches\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d&rsquo;animaux\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0cochons\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb pour qualifier les Allemands dans leur ensemble. En fait, cette haine est davantage tourn\u00e9e vers l&rsquo;autorit\u00e9 allemande jug\u00e9e comme arbitraire et vers les officiers accus\u00e9s de tous les exc\u00e8s. En revanche, des liens se cr\u00e9ent, des discussions naissent avec les Allemands log\u00e9s. C&rsquo;est particuli\u00e8rement Jean Beck, bien que farouchement patriote, qui recherche la compagnie des Allemands pour exercer son allemand et \u00e9changer avec des jeunes gens ayant le m\u00eame \u00e2ge que lui.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">La vie \u00e0 Cr\u00e9cy-sur-Serre est marqu\u00e9e par l&rsquo;isolement et le manque d&rsquo;informations fiables. Le premier courrier que re\u00e7oit Suzanne Beck provenant de sa fille et de sa m\u00e8re \u00e0 Paris date de juillet 1916. Elles utilisent pour communiquer les cartes postales de la Croix Rouge dans lesquelles la correspondance est limit\u00e9e \u00e0 20 mots. Suzanne Beck craint qu&rsquo;avec le temps le lien se distende avec sa fille. Du fait de cet isolement, les informations sont essentiellement d&rsquo;origine allemande et inspirent la m\u00e9fiance. Cela fait na\u00eetre des rumeurs tr\u00e8s nombreuses sur l&rsquo;\u00e9volution du front. Mais la guerre appara\u00eet aussi dans le quotidien par le son du canon qui fait d&rsquo;abord na\u00eetre l&rsquo;espoir jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la population s&rsquo;habitue \u00e0 un son auquel on ne donne plus beaucoup de signification. L&rsquo;imminence d&rsquo;une offensive est toutefois visible \u00e0 Cr\u00e9cy-sur-Serre lorsque les troupes sont concentr\u00e9es et que des h\u00f4pitaux de guerre sont install\u00e9s comme en avril 1917 ou en mai 1918.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Les carnets de Suzanne se font \u00e9galement l&rsquo;\u00e9cho des tensions qui peuvent traverser le village. Assez vite, la ranc\u0153ur des habitants est tourn\u00e9e contre les populations \u00e9vacu\u00e9es des villages du front accus\u00e9es de toutes les compromissions et de tous les vices. Les habitants semblent s&rsquo;inscrire dans deux clans, partisans ou adversaires du maire. Ces derniers accusent l&rsquo;\u00e9quipe municipale de client\u00e9lisme et de compromission. Une autre source de tension concerne la guerre, de nombreux habitants estimant, selon Suzanne Beck, que le gouvernement fran\u00e7ais les avait abandonn\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Le r\u00e9cit de Suzanne Beck s&rsquo;ach\u00e8ve sur l&rsquo;\u00e9vacuation de Cr\u00e9cy-sur-Serre, la population est alors conduite sur Marle. La fin de la guerre est particuli\u00e8rement p\u00e9nible pour Suzanne qui doit vivre dans la promiscuit\u00e9 avec d&rsquo;autres familles, passer une nuit particuli\u00e8rement traumatisante sous les bombes, puis voir partir son fils emmen\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e allemande avec tous les hommes mobilisables \u00e0 Vervins, dans le nord du d\u00e9partement. Le carnet s&rsquo;ach\u00e8ve le 11 novembre alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas encore retrouv\u00e9 ses enfants.<\/span><\/p>\n<p class=\"heading5\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal;\">4. Autres informations<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Philippe Salson, <em>Faire face \u00e0 l&rsquo;occupation : horizon d&rsquo;attente et arrangements au sein de la population de l&rsquo;Aisne occup\u00e9e (1914-1918)<\/em>, m\u00e9moire de Master 2 Recherche, sous la direction de Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, Universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry &#8211; Montpellier III, juin 2009, 230 p.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 11pt; font-family: 'Times New Roman';\">Philippe Salson, juillet 2009<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Suzanne Beck est l&rsquo;\u00e9pouse du percepteur de Cr\u00e9cy-sur-Serre, dans l&rsquo;Aisne. 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