{"id":228,"date":"2009-07-18T17:36:42","date_gmt":"2009-07-18T16:36:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=228"},"modified":"2021-09-09T17:28:23","modified_gmt":"2021-09-09T16:28:23","slug":"faget-maurice-1877-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2009\/07\/18\/faget-maurice-1877-1942\/","title":{"rendered":"Faget, Maurice (1877-1942)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">1. Le t\u00e9moin<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Maurice Faget avait 37 ans en 1914. Il est n\u00e9 \u00e0 Cassaigne (Gers) le 5 juillet 1877 dans une famille de propri\u00e9taires ruraux ais\u00e9s. Ses \u00e9tudes l\u2019ont port\u00e9 jusqu\u2019au \u00ab&nbsp;niveau bac&nbsp;\u00bb, apr\u00e8s quoi il a g\u00e9r\u00e9 les propri\u00e9t\u00e9s familiales. Il ne s\u2019est mari\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la guerre, en 1920. Son fils est n\u00e9 en 1921. Maurice Faget est mort pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, \u00e0 Cassaigne, le 20 ao\u00fbt 1942.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">2. Le t\u00e9moignage<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Du 7 ao\u00fbt 1914, au lendemain de sa mobilisation \u00e0 Agen au 129<sup>e<\/sup> r\u00e9giment territorial d\u2019infanterie, jusqu\u2019au 22 janvier 1919, peu avant sa d\u00e9mobilisation, il a \u00e9crit \u00e0 sa famille, principalement \u00e0 ses parents et \u00e0 sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e, Gabrielle, veuve, ainsi qu\u2019\u00e0 son neveu, \u00e9galement mobilis\u00e9. Il est toujours rest\u00e9 2<sup>e<\/sup> classe, au 129<sup>e<\/sup> RIT jusqu\u2019\u00e0 la dissolution du r\u00e9giment en ao\u00fbt 1917, puis au Groupement de Brancardiers du Corps d\u2019Arm\u00e9e. Son fils Henri a retrouv\u00e9 535 lettres et les a publi\u00e9es \u00e0 petit tirage&nbsp;: Henri Faget, <em>Lettres de mon p\u00e8re, 1914-1918<\/em>, chez l\u2019auteur, ch\u00e2teau de Cassaigne, 32100 Cassaigne (<a href=\"mailto:henri.faget459@orange.fr\">henri.faget459@orange.fr<\/a>). Le livre est illustr\u00e9 de deux cahiers de photos (Maurice Faget, ses camarades, les tranch\u00e9es, ruines de Souain\u2026).<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">3. Analyse<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Il arrive en Champagne fin octobre 1914. Le 10 janvier, il y d\u00e9crit le r\u00f4le des Territoriaux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quoique nous allions \u00e0 notre tour en premi\u00e8re ligne, nous n\u2019occupons pas, nous territoriaux, les postes tr\u00e8s dangereux et lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019attaquer nous sommes toujours remplac\u00e9s par l\u2019active, d\u2019ailleurs la meilleure preuve, c\u2019est que depuis le d\u00e9but de la guerre, notre r\u00e9giment n\u2019a pas de mort, ni bless\u00e9 dans le service des tranch\u00e9es.&nbsp;\u00bb En p\u00e9riode de \u00ab&nbsp;repos&nbsp;\u00bb, ils sont \u00ab&nbsp;occup\u00e9s du matin au soir \u00e0 diff\u00e9rentes corv\u00e9es toujours pour am\u00e9liorer ou refaire les tranch\u00e9es. Quand donc pourrons-nous l\u00e2cher les pioches et les pelles du gouvernement&nbsp;?&nbsp;\u00bb (29 mai 1915). Ou bien (3 juin)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Demain soir, nous rentrons au camp pour cinq jours, mais on ne d\u00e9sire gu\u00e8re plus ce s\u00e9jour car du matin au soir il faut faire l\u2019exercice comme des bleus.&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Pendant toute la guerre, Maurice Faget re\u00e7oit d\u2019assez gros mandats et beaucoup de colis de nourriture, dont il fait le commentaire en retour. Au dire m\u00eame de son fils, \u00e9diteur des lettres, le livre est \u00ab&nbsp;un v\u00e9ritable inventaire de la gastronomie gasconne, foies gras, confits, civets, ris et cervelles, volailles en accommodements les plus vari\u00e9s, g\u00e2teaux pastis, cr\u00eapes, merveilles, etc.&nbsp;\u00bb Le soldat y puise r\u00e9confort, de m\u00eame que dans les lettres re\u00e7ues, qui \u00ab&nbsp;chassent les id\u00e9es noires&nbsp;\u00bb (7 mai 1915).<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Car, les id\u00e9es noires, oui, elles sont exprim\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;sale guerre&nbsp;\u00bb (15 janvier 1915)&nbsp;; \u00ab&nbsp;les plus las sont les officiers qui se font \u00e9vacuer en masse&nbsp;\u00bb (29 janvier)&nbsp;; lui et ses camarades sont \u00ab&nbsp;rassasi\u00e9s de la guerre, mais que faire&nbsp;!&nbsp;\u00bb (7 mai). Comment la guerre pourrait-elle finir&nbsp;? \u00ab&nbsp;Enlever une par une toutes les tranch\u00e9es est, \u00e0 mon avis, impossible ou bien c\u2019est l\u2019an\u00e9antissement complet de tous les Fran\u00e7ais valides&nbsp;\u00bb (18 mars 1915). \u00ab&nbsp;A moins d\u2019\u00e9v\u00e9nements extraordinaires, mon opinion, malgr\u00e9 tout ce que racontent les journaux, est que nous sommes encore pour longtemps sous les armes. \u00c7a co\u00fbte trop cher de prendre des tranch\u00e9es. Je crois que c\u2019est par la famine qu\u2019on aura les Boches et personne ne conna\u00eet leurs approvisionnements&nbsp;\u00bb (27 avril).<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Passant \u00e0 Ch\u00e2lons-sur-Marne, le 25 juin 1915, il note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vous assure que ce mouvement de grande ville m\u2019\u00e9tonnait un peu depuis plusieurs mois que nous vivons en dehors de la vie ordinaire.&nbsp;\u00bb Par contre Suippes (12 juillet), Souain (13 juillet) sont en ruines. Ce sont des visions qui d\u00e9priment, de m\u00eame que les faveurs accord\u00e9es aux \u00ab&nbsp;embusqu\u00e9s, ordonnances, flatteurs, etc.&nbsp;\u00bb pour le tour de permission.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Le 26 septembre, lors de l\u2019attaque de Champagne&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a chauffe ferme pas tr\u00e8s loin de nous, mais nous ne risquons rien, ma Compagnie est affect\u00e9e \u00e0 amener \u00e0 l\u2019arri\u00e8re les prisonniers.&nbsp;\u00bb Le 2 octobre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes occup\u00e9s toute la journ\u00e9e \u00e0 nettoyer les tranch\u00e9es boches et fran\u00e7aises. Nous entassons le mat\u00e9riel abandonn\u00e9 et enterrons cadavres d\u2019hommes et de chevaux. C\u2019est plut\u00f4t navrant mais petit \u00e0 petit on s\u2019habitue \u00e0 ces tristes choses et, l\u2019\u00e9go\u00efsme poussant, on aime mieux \u00eatre croque-mort que monter \u00e0 l\u2019assaut. Il me tarde d\u2019\u00eatre plus vieux de quelques jours pour conna\u00eetre le r\u00e9sultat de cette pouss\u00e9e malheureusement tr\u00e8s dure.&nbsp;\u00bb D\u00e9ception, le 10 octobre&nbsp;: \u00ab&nbsp;On s\u2019attendait \u00e0 un plus grand r\u00e9sultat de cette attaque qui nous a co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher en hommes.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Et ce sera une campagne d\u2019hiver \u00e0 recommencer, et ce printemps prochain nouvelle attaque&nbsp;! C\u2019est d\u00e9sesp\u00e9rant.&nbsp;\u00bb Cette hantise d\u2019une nouvelle campagne d\u2019hiver revient fr\u00e9quemment dans les t\u00e9moignages des combattants, des fantassins en particulier.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Maurice Faget obtient sa premi\u00e8re permission en d\u00e9cembre 1915. En 1916, il est dans la Somme, puis dans l\u2019Oise. Planton aupr\u00e8s du commandant, c\u2019est une \u00ab&nbsp;g\u00e2che&nbsp;\u00bb qui lui permet de se chauffer \u00ab&nbsp;aupr\u00e8s d\u2019un bon po\u00eale&nbsp;\u00bb et de plaindre \u00ab&nbsp;les pauvres poilus qui sont dans la tranch\u00e9e&nbsp;\u00bb, mais ne l\u2019emp\u00eache pas de soupirer apr\u00e8s \u00ab&nbsp;la paix&nbsp;!!!&nbsp;\u00bb, le 1<sup>er<\/sup> avril 1916, comme le 15 juillet apr\u00e8s la f\u00eate nationale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nos quarts auraient \u00e9t\u00e9 lev\u00e9s avec plus de gaiet\u00e9 si ce mousseux avait apport\u00e9 la paix.&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">Il ne participe pas aux combats de Verdun et de la Somme en 1916, mais, au 16 avril 1917, il est au Chemin des Dames, pour la seule semaine de guerre v\u00e9ritable qu\u2019il a connue (d\u2019apr\u00e8s ses propres dires recueillis par son fils, voir p. 210). Le 20 avril, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous voil\u00e0 hors de la fournaise depuis hier soir et Dieu sait si on respire d\u2019aise apr\u00e8s les huit jours pass\u00e9s sur les lignes. Par miracle le 129<sup>e<\/sup> a eu tr\u00e8s peu de casse \u00e0 d\u00e9plorer, mais h\u00e9las tous les r\u00e9giments ne peuvent en dire autant. Le 2<sup>e<\/sup> Corps colonial dont nous faisons partie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9 et pour quel r\u00e9sultat&nbsp;: une avance \u00e0 peu pr\u00e8s de 1500 m\u00e8tres. Je ne veux pas me souvenir de l\u2019horreur du champ de bataille, avec tous ses morts couverts de boue.&nbsp;[\u2026] Nous ne savons rien de l\u2019ensemble des op\u00e9rations, depuis huit jours nous sommes sans journaux, il me tarde que le cycliste les porte, mais quelle confiance accorder \u00e0 leurs dires&nbsp;? D\u2019ici une dizaine de jours on verra le r\u00e9sultat de l\u2019offensive, mais d\u00e9j\u00e0, pour moi, je crois bien qu\u2019elle n\u2019a pas donn\u00e9 les r\u00e9sultats qu\u2019on escomptait.&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">En mai 1917, il est pr\u00e8s de Lun\u00e9ville et remplit des fonctions de secr\u00e9tariat&nbsp;: \u00ab&nbsp;La paperasse continue toujours \u00e0 affluer, c\u2019est effrayant. Je n\u2019avais jamais tant us\u00e9 de plumes de ma vie. Il vaut mieux bien faire \u00e7a que de monter la faction&nbsp;\u00bb (4 juin). En ao\u00fbt, il est transf\u00e9r\u00e9 au GBC. \u00ab&nbsp;Je fais fonction de secr\u00e9taire de l\u2019office d\u2019\u00e9tat civil du champ de bataille, charg\u00e9 d\u2019identifier les morts, recueillir leur succession et les inhumer (4 octobre). \u00ab&nbsp;Quand donc finiront ces massacres&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 11pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;;\">R\u00e9my Cazals, juillet 2009<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Maurice Faget avait 37 ans en 1914. Il est n\u00e9 \u00e0 Cassaigne (Gers) le 5 juillet 1877 dans une famille de propri\u00e9taires ruraux ais\u00e9s. Ses \u00e9tudes l\u2019ont port\u00e9 jusqu\u2019au \u00ab&nbsp;niveau bac&nbsp;\u00bb, apr\u00e8s quoi il a g\u00e9r\u00e9 les propri\u00e9t\u00e9s familiales. Il ne s\u2019est mari\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la guerre, en 1920. 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