{"id":237,"date":"2010-02-09T18:43:08","date_gmt":"2010-02-09T17:43:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=237"},"modified":"2021-09-09T17:29:33","modified_gmt":"2021-09-09T16:29:33","slug":"sarrazin-alfred-1887-1941","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/02\/09\/sarrazin-alfred-1887-1941\/","title":{"rendered":"Sarrazin, Alfred (1887-1941)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong><span>1. Le t\u00e9moin<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Issu d\u2019une famille de propri\u00e9taires terriens et protestants convaincus, Alfred Sarrazin est n\u00e9 le 13 novembre 1887 \u00e0 Saint-Avit du Moiron, dans la banlieue de Sainte-Foy la Grande en Gironde. Fils d\u2019un viticulteur consid\u00e9r\u00e9 comme un homme de progr\u00e8s et qui sut transmettre \u00e0 son fils son sens des initiatives, Alfred entreprit \u00e0 20 ans de hautes \u00e9tudes de commerce \u00e0 Bordeaux \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les enfants d\u2019agriculteurs \u00e9taient principalement destin\u00e9s \u00e0 reprendre l\u2019affaire familiale. D\u00e9sireux \u00e0 son retour de g\u00e9rer le domaine de ses parents, il ne rencontra que l\u2019hostilit\u00e9 de son p\u00e8re et, ne pouvant profiter concr\u00e8tement de ses initiatives, il s\u2019engagea volontairement le 7 mars 1907 en tant que soldat de 2<sup>e<\/sup> classe dans le 26<sup>e<\/sup> Bataillon de Chasseurs \u00e0 pied pour y effectuer une formation d\u2019officier. Devenu sergent le 5 novembre 1908, il abandonna sa premi\u00e8re exp\u00e9rience militaire en janvier 1910 avec un sentiment mitig\u00e9 vis-\u00e0-vis de la discipline et du sens de la hi\u00e9rarchie militaire. Alors qu\u2019il d\u00e9marrait une carri\u00e8re de n\u00e9gociant en vin, et tout juste mari\u00e9, il fut mobilis\u00e9 \u00e0 Libourne le 4 ao\u00fbt 1914 en tant qu\u2019officier subalterne du 257<sup>e<\/sup> RI. Il participa \u00e0 la grande offensive de Lorraine de l\u2019\u00e9t\u00e9 1914 avant de se stabiliser avec ses hommes dans le secteur du Grand Couronn\u00e9 de Nancy le 24 ao\u00fbt 1914. Alternant travaux d\u2019am\u00e9nagement et occupation du front sur les premi\u00e8res lignes, le 257<sup>e<\/sup> occupa la zone jusqu\u2019au d\u00e9part pour Verdun en f\u00e9vrier 1916. Pass\u00e9 au 212<sup>e<\/sup> RI en tant que lieutenant apr\u00e8s la dissolution du 257<sup>e<\/sup> en juin 1916, il retourna en Lorraine dans les secteurs de Parroy, Arracourt et Nom\u00e9ny avant de participer \u00e0 la campagne du Chemin des Dames jusqu\u2019au 28 novembre 1917. Afin de compl\u00e9ter les manques en officiers dans les effectifs, Alfred est envoy\u00e9 au 133<sup>e<\/sup> RI stationn\u00e9 dans l\u2019Aisne o\u00f9 il prend la pleine mesure de son go\u00fbt pour le commandement. Cependant, bless\u00e9 \u00e0 la main durant une offensive \u00e0 Hautevesnes en juillet 1918, il est \u00e9cart\u00e9 du front pendant trois mois avant de revenir participer \u00e0 la derni\u00e8re grande offensive fran\u00e7aise qui l\u2019am\u00e8nera jusqu\u2019en Belgique. Marqu\u00e9 par de gros probl\u00e8mes de sant\u00e9 et des drames familiaux, certainement lass\u00e9 de son exp\u00e9rience dans l\u2019arm\u00e9e et souffrant d\u2019un manque de reconnaissance dans son implication qu\u2019il voulait toujours impeccable, il rompt assez nettement avec les affaires militaires quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de la guerre. Tr\u00e8s fatigu\u00e9, il meurt en novembre 1941 d\u2019une infection r\u00e9nale.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><span>2. Le t\u00e9moignage<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Les traces \u00e9crites de l\u2019exp\u00e9rience guerri\u00e8re d\u2019Alfred Sarrazin sont rares. Quelques lettres r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es dans les affaires de son fr\u00e8re cadet tu\u00e9 au combat en 1918, un lot de cartes d\u2019Etat-major datant de la seconde moiti\u00e9 du conflit sont les derniers vestiges de son s\u00e9jour au front. Car l\u2019ensemble de son t\u00e9moignage repose sur un important fonds de 300 photographies couvrant l\u2019ensemble de la p\u00e9riode de stationnement du 257<sup>e<\/sup> RI dans le secteur du Grand Couronn\u00e9 de Nancy d\u2019octobre 1914 \u00e0 f\u00e9vrier 1916 (avec quelques exceptions de mai et juin 1916). Class\u00e9es de mani\u00e8re relativement al\u00e9atoire dans trois vieux cahiers scolaires, elles furent soigneusement annot\u00e9es par Alfred Sarrazin, s\u2019effor\u00e7ant d\u2019indiquer sur chacune la date et le lieu de la prise de vue dans les limites que pouvaient lui accorder la censure (ou l\u2019autocensure). Propri\u00e9taire d\u2019un <em>Kodak Vest Pocket<\/em>, particuli\u00e8rement r\u00e9pandu dans les effets personnels des poilus \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les appareils photo portables \u00e9taient en plein essor, avec un groupe d\u2019officiers de la 18<sup>e<\/sup> Compagnie qui partageaient son quotidien, Alfred s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 garder sur pellicule un ensemble de d\u00e9tails de sa vie quotidienne. Entre photographies de groupes, de \u00ab compagnons d\u2019armes \u00bb, travaux d\u2019am\u00e9nagement du front et b\u00e2timents mis en ruine par l\u2019activit\u00e9 de l\u2019artillerie, la diversit\u00e9 des th\u00e8mes et des situations caract\u00e9rise un fonds particuli\u00e8rement riche. Il a fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude approfondie dans le cadre d\u2019un master de recherche disponible \u00e0 la BUFR d\u2019Histoire de l\u2019universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><span>3. Analyse<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Plusieurs th\u00e8mes se retrouvent dans le fonds photographique d\u2019Alfred Sarrazin. Les photos de groupe dominent l\u2019ensemble de la collection, comme une mani\u00e8re de garder une trace d\u2019une solidarit\u00e9 et d\u2019un esprit de corps qui fut le ciment de la vie quotidienne d\u2019Alfred durant ces deux ann\u00e9es en Lorraine. Dans le m\u00eame genre, les portraits devant les ruines laiss\u00e9es par l\u2019activit\u00e9 destructrice de l\u2019artillerie lourde reviennent aussi souvent que les clich\u00e9s de paysages d\u00e9truits par la guerre. Etant un homme de foi et de la terre, l\u2019indignation et la stup\u00e9faction d\u2019Alfred face \u00e0 un conflit qui saccageait la nature et les \u00e9difices se remarquent dans certains de ces clich\u00e9s, parfois accompagn\u00e9s d\u2019une l\u00e9gende explicite et condamnatrice. Mais au-del\u00e0 de l\u2019expression d\u2019un sentiment particulier, la photographie pour Alfred Sarrazin \u00e9tait aussi un \u0153il captant les d\u00e9tails de sa vie quotidienne. Les armes et les fournitures, les lieux de passages et ses habitants, les \u00e9quipements de d\u00e9fense dont les am\u00e9nagements occup\u00e8rent le quotidien du 257<sup>e<\/sup> RI durant de longues semaines, les installations en tout genre qui composaient le r\u00e9seau complexe de la tranch\u00e9e mais aussi, et surtout, les moments de r\u00e9pit de toute nature qui permettaient au soldat de s\u2019extraire temporairement de la r\u00e9alit\u00e9 guerri\u00e8re. Ces clich\u00e9s relatifs au th\u00e8me du repos sont parmi les pi\u00e8ces les plus int\u00e9ressantes du fonds, par leur originalit\u00e9 d\u2019une part mais \u00e9galement par le regard qu\u2019ils offrent sur une autre r\u00e9alit\u00e9 du front, loin des combats, o\u00f9 la peur semble moins pr\u00e9sente et o\u00f9 les sentiments d\u2019humanit\u00e9 semblent reprendre quelques droits. Il peut s\u2019agir aussi bien de moments de r\u00e9pit anodins comme les repas, improvis\u00e9s dans des endroits plus ou moins confortables, que des moments de relative intimit\u00e9. Mais plus originales sont les photographies d\u2019exhibitions de soldats exer\u00e7ant leur art devant un public attentif. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un acrobate, d\u2019un orchestre de cuivres, de soldats travestis en mari\u00e9s pour l\u2019occasion d\u2019une photo ou de sportifs en pleine course, ces clich\u00e9s ont tendance \u00e0 nous rappeler que derri\u00e8re chaque combattant se cachait un civil avec ses talents caract\u00e9ristiques qu\u2019il pouvait mettre \u00e0 l\u2019\u0153uvre au front malgr\u00e9 l\u2019uniformit\u00e9 dans laquelle baignaient les soldats quotidiennement. De plus, chaque moment loin des pr\u00e9occupations militaires et de l\u2019atmosph\u00e8re des combats pouvait \u00eatre l\u2019occasion de retrouver un semblant de moral par ces instants qui rapprochaient les soldats de leur vie laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re au moment de la mobilisation.<strong><\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Cependant, si le fonds lui appartient, Alfred Sarrazin ne semble pas l\u2019auteur de l\u2019ensemble des photographies de la collection. Ren\u00e9 Berg\u00e9, sous-lieutenant \u00e0 la 18<sup>e<\/sup> Compagnie du 257<sup>e<\/sup> RI en m\u00eame temps qu\u2019Alfred, et Edmond Potet, lieutenant et sup\u00e9rieur direct des deux hommes, furent aussi photographes sur le m\u00eame appareil. Il semblerait ainsi que beaucoup de clich\u00e9s furent reproduits en plusieurs exemplaires lors de leur mise sur papier. Malgr\u00e9 leurs origines diverses (Alfred \u00e9tait un homme d\u2019affaire girondin ambitieux et tr\u00e8s croyant, Ren\u00e9 un ancien d\u00e9serteur issu d\u2019une famille de militaires tarbais, et Edmond un instituteur parisien ayant un sens des valeurs et du travail irr\u00e9prochable) l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des th\u00e8mes dans le fonds t\u00e9moigne de la construction d\u2019un regard commun sur le conflit et ses effets des trois officiers de la 18<sup>e<\/sup> Compagnie du 257<sup>e<\/sup> RI.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Benoit Sarrazin, f\u00e9vrier 2010.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Issu d\u2019une famille de propri\u00e9taires terriens et protestants convaincus, Alfred Sarrazin est n\u00e9 le 13 novembre 1887 \u00e0 Saint-Avit du Moiron, dans la banlieue de Sainte-Foy la Grande en Gironde. Fils d\u2019un viticulteur consid\u00e9r\u00e9 comme un homme de progr\u00e8s et qui sut transmettre \u00e0 son fils son sens des initiatives, Alfred entreprit &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/02\/09\/sarrazin-alfred-1887-1941\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Sarrazin, Alfred (1887-1941)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[176,177,175,10,104,40],"tags":[843],"class_list":["post-237","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-133e-ri","category-212e-ri","category-257e-ri","category-combattant-infanterie","category-non-publie","category-photos","tag-loisirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=237"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3831,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/237\/revisions\/3831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}