{"id":238,"date":"2010-02-17T10:46:51","date_gmt":"2010-02-17T09:46:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=238"},"modified":"2021-09-09T17:29:57","modified_gmt":"2021-09-09T16:29:57","slug":"bonnamy-georges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/02\/17\/bonnamy-georges\/","title":{"rendered":"Bonnamy Georges (? &#8211; ?)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1) Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Nous n&rsquo;avons, \u00e0 ce jour, pu recueillir aucun \u00e9l\u00e9ment biographique sur ce t\u00e9moin hormis ceux qui transparaissent dans sa narration. Il s&rsquo;agit probablement d&rsquo;un officier subalterne (ou d&rsquo;un sous-officier&nbsp;?) appartenant au 131<sup>e<\/sup> RI qui occupe un poste de chef de section comme le laissent clairement entendre deux passages du texte (pp 75 et 80). Le t\u00e9moignage de Bonnamy ne permet pas d&rsquo;\u00e9tablir clairement son appartenance \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e de m\u00e9tier ou \u00e0 celle de conscription.<\/p>\n<p><strong>2) Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><em>La Saign\u00e9e<\/em>, E. Chiron, 1920, 157 p.<\/p>\n<p>Un dessin sign\u00e9 de l&rsquo;auteur en premi\u00e8re de couverture.<\/p>\n<p>Une d\u00e9dicace&nbsp;: \u00ab&nbsp;A mes camarades du 131<sup>e<\/sup> R.I.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Une courte pr\u00e9face, localis\u00e9e&nbsp;et dat\u00e9e : \u00ab&nbsp;Juvincourt-Berry-au-Bac 1917&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p><strong>3) Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Georges Bonnamy s&rsquo;apparente \u00e0 la cat\u00e9gorie des souvenirs de guerre non recens\u00e9s par J.N. Cru, ni dans <em>T\u00e9moins <\/em>(1929) ni dans <em>Du T\u00e9moignage<\/em> (1930). Les premiers mots de la pr\u00e9face situent tout \u00e0 fait cet \u00e9crit dans un genre&nbsp;testimonial particulier parce que critique : \u00ab&nbsp;En \u00e9crivant ces pages j&rsquo;ai voulu surtout rendre hommage au soldat fran\u00e7ais de la guerre, qui, malgr\u00e9 les fautes de ses dirigeants entra\u00eenant pour lui tant de mis\u00e8res \u00e9vitables, est demeur\u00e9 contre l&rsquo;adversit\u00e9 et a su lutter \u00e2prement jusqu&rsquo;\u00e0 son triomphe.&nbsp;\u00bb Souvenirs d&rsquo;autant plus critiques que Bonnamy met en cause non seulement la conduite de cette offensive par le haut commandement militaire mais \u00e9pingle \u00e9galement la responsabilit\u00e9 des politiques en \u00e9voquant notamment les pol\u00e9miques \u00ab&nbsp;litt\u00e9raires&nbsp;\u00bb qui se d\u00e9clench\u00e8rent autour de cette offensive avant m\u00eame la fin du conflit.<\/p>\n<p>Trois moments tr\u00e8s diff\u00e9rents caract\u00e9risent ce t\u00e9moignage dont la construction est parfois assez d\u00e9concertante, alternant des&nbsp; chapitres de narration \u00e9v\u00e9nementielle aux chapitres d&rsquo;analyse ou de rem\u00e9moration.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de ce t\u00e9moignage est donc une combinaison complexe alternant \u00e0 la fois une relation objective de faits guerriers (probablement \u00e9crite \u00e0 partir de carnets) et un discours d&rsquo;analyse construit <em>a posteriori<\/em>, d\u00e9j\u00e0 fortement empreint d&rsquo;une forme de pens\u00e9e repr\u00e9sentative de celle de l&rsquo;ancien combattant.<\/p>\n<p>Les six premiers chapitres brossent un tableau g\u00e9n\u00e9ral de la guerre. Les neuf chapitres suivants sont centr\u00e9s exclusivement sur l&rsquo;offensive du Chemin des Dames de 1917 mais m\u00ealent deux approches diff\u00e9rentes. La premi\u00e8re offre un tableau pr\u00e9cis de l&rsquo;offensive du Chemin des Dames du 16 au 29 avril 1917 dans sa partie orientale. Elle fournit une chronologie et une topographie particuli\u00e8rement pr\u00e9cises de la p\u00e9riode d&rsquo;engagement de l&rsquo;unit\u00e9 \u00e0 laquelle appartient l&rsquo;auteur. La seconde partie, originale, offre une analyse r\u00e9trospective des insuffisances militaires et politiques qui furent \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;\u00e9chec. L&rsquo;auteur entend y exposer un point de vue critique sur ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur cette offensive au regard de sa propre exp\u00e9rience v\u00e9cue. Cette partie est suivie d&rsquo;un retour au narratif \u00e9v\u00e9nementiel portant sur la p\u00e9riode de l&rsquo;apr\u00e8s combat (fin avril et d\u00e9but mai), m\u00eal\u00e9e de passages plus analytiques \u00e9voquant les mutineries ou la justice militaire. Enfin, un dernier chapitre \u00e9voque un p\u00e8lerinage d&rsquo;apr\u00e8s guerre sur ce m\u00eame lieu.<\/p>\n<p><strong>Chapitres 1 \u00e0 6&nbsp;: la guerre au quotidien<\/strong><\/p>\n<p>Les six premiers chapitres de ces souvenirs, intitul\u00e9s \u00ab&nbsp;Dans la Tranch\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les Travaux&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les Corv\u00e9es&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les Gaz&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;les Sapes&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Un Enterrement&nbsp;\u00bb, offrent un tableau somme toute classique de la litt\u00e9rature de t\u00e9moignage, centr\u00e9s sur la vie mat\u00e9rielle du soldat. Aucune indications temporelles n&rsquo;y figurent mais quelques indications spatiales assez pr\u00e9cises permettent de pallier cette lacune par la consultation des JMO ou de l&rsquo;historique du 131<sup>e<\/sup> RI&nbsp;: Berry-au-Bac (boyau de Hazebrouck) au chapitre 2 et Argonne (boyaux de Bolante et de la Fille morte) aux chapitres 3 et 4. Aucune localisation fiable n&rsquo;est envisageable pour les chapitres 5 et 6.<\/p>\n<p>Ces six premiers chapitres offrent des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur la guerre. Quelques th\u00e9matiques particuli\u00e8res y sont \u00e9voqu\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; perception du temps de guerre et \u00e9vocation de la camaraderie au front (chapitre 1).<\/p>\n<p>&#8211; importance des travaux et corv\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9conomie de la guerre au quotidien (chapitres 2 et 3).<\/p>\n<p>&#8211; importantes pertes occasionn\u00e9es par la guerre des mines en Argonne (chapitre 3).<\/p>\n<p>&#8211; guerre des gaz (chapitre 4).<\/p>\n<p>&#8211; qualit\u00e9 des fortifications allemandes et r\u00e9pugnance des troupes fran\u00e7aises aux travaux de fortification&nbsp;; accidents dus \u00e0 la manipulation des grenades ennemies (chapitre 5).<\/p>\n<p>&#8211; enterrement d&rsquo;un camarade (chapitre 6).<\/p>\n<p><strong>Chapitres 7 \u00e0 16&nbsp;: le Chemin des Dames d&rsquo;avril \u00e0 mai 1917<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;engagement du 131<sup>e<\/sup> du 16 au 29 avril <\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat majeur du t\u00e9moignage de Bonnamy r\u00e9side \u00e0 n&rsquo;en pas douter dans la description pr\u00e9cise et compl\u00e8te de son implication dans l&rsquo;offensive du 16 avril 1917 au sein de la X<sup>e <\/sup>arm\u00e9e pr\u00e9vue initialement pour assurer l&rsquo;exploitation de la perc\u00e9e qu&rsquo;auraient d\u00fb produire les deux arm\u00e9es de rupture, les V<sup>e<\/sup> et VI<sup>e <\/sup>arm\u00e9es. L&rsquo;auteur \u00e9voque d&rsquo;entr\u00e9e les espoirs suscit\u00e9s par cette attaque qui devait mettre un terme au conflit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette offensive&nbsp;? Elle doit \u00eatre le terme de nos souffrances, notre dernier effort&nbsp;; elle doit \u00eatre victorieuse imp\u00e9tueusement et conduire l&rsquo;ennemi \u00e0 la d\u00e9route. On en parle partout et partout on a confiance.&nbsp;\u00bb (p 55) La pr\u00e9paration sur le papier ne peut que renforcer cette confiance initiale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout est scrupuleusement \u00e9tudi\u00e9 et solutionn\u00e9 et m\u00eame le commandement a pouss\u00e9 la pr\u00e9voyance jusqu&rsquo;\u00e0 nous indiquer le lieu, l&rsquo;heure et la dur\u00e9e des pauses que nous devons faire au cours de notre marche en avant&nbsp;! C&rsquo;est de la pr\u00e9voyance qui va peut-\u00eatre un peu trop loin&#8230;&nbsp;\u00bb (p 56)<\/p>\n<p>Le 15 avril, le 131<sup>e<\/sup> quitte son cantonnement de Ventelay et se dirige vers Roucy. Les espoirs semblent confirm\u00e9s par le spectacle de la pr\u00e9paration d&rsquo;artillerie en cours&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus nous avan\u00e7ons et plus le grondement des canons devient assourdissant&nbsp;; je suis litt\u00e9ralement ahuri.&nbsp;\u00bb (p 57) L&rsquo;Aisne est franchie et le r\u00e9giment s&rsquo;installe dans des sapes du bois de Beaumarais, en attente d&rsquo;ordres. L&rsquo;auteur occupe une position de chef de section&nbsp;: il se met \u00e0 la recherche d&rsquo;abris capables de prot\u00e9ger ses hommes et se cherche une sape individuelle, d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e par un cadavre&#8230; Cette pr\u00e9sence inattendue l&rsquo;oblige \u00e0 rejoindre ses hommes. &nbsp;L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un agent de liaison lui permet de conna\u00eetre les derniers ordres&nbsp;: \u00ab&nbsp;(&#8230;) l&rsquo;heure H est \u00e0 6 heures, notre r\u00e9giment doit intervenir \u00e0 H+4, c&rsquo;est-\u00e0-dire 10 heures.&nbsp;\u00bb (p 60) Ce temps d&rsquo;attente d&rsquo;avant l&rsquo;attaque est long et particuli\u00e8rement difficile \u00e0 g\u00e9rer. On le meuble par des pratiques superstitieuses qui semblent vouloir conjurer le sort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour nous divertir, quelqu&rsquo;un propose de jouer \u00e0 pile ou face nos existence pr\u00e9caires&nbsp;! Je lance \u00e0 mon tour le sou en l&rsquo;air et le sort me donne pile&#8230; je dois \u00eatre tu\u00e9&nbsp;; l&rsquo;impression que je tire de ce jeu n&rsquo;est \u00e9videmment pas bonne.&nbsp;\u00bb (p 60) Vers 6 heures, l&rsquo;artillerie fran\u00e7aise ralentit ses cadences de tir, signe de l&rsquo;imminence de l&rsquo;attaque. D\u00e9j\u00e0 les premiers bless\u00e9s des arm\u00e9es de rupture refluent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un tr\u00e8s jeune officier passe pr\u00e8s de nous, tr\u00e8s roide, avec une terrible plaie \u00e0 la m\u00e2choire que ne recouvre aucune compresse&nbsp;; nous lui demandons si l&rsquo;affaire se passe bien&nbsp;; il nous fait signe que oui. Mais nous recueillons en peu d&rsquo;instants tellement de renseignements contradictoires que nous ne savons que penser.&nbsp;\u00bb (pp 61-62). La d\u00e9ception des espoirs initiaux ne tarde pas \u00e0 venir&nbsp;: \u00ab&nbsp;A 10 heures, l&rsquo;ordre de nous mettre en route ne nous est pas donn\u00e9, alors nous commen\u00e7ons \u00e0 douter du succ\u00e8s de l&rsquo;offensive. La journ\u00e9e enti\u00e8re s&rsquo;\u00e9coule ainsi \u00e0 regarder passer les bless\u00e9s, refluer en d\u00e9sordre des convois de toutes sortes, des tanks, de la cavalerie.&nbsp;\u00bb (p 62)<\/p>\n<p>La nuit venue, un ordre enjoint l&rsquo;unit\u00e9 du t\u00e9moin \u00e0 se porter lat\u00e9ralement jusqu&rsquo;au bois Clausade o\u00f9 elle passe la deuxi\u00e8me journ\u00e9e de l&rsquo;offensive&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes compl\u00e8tement isol\u00e9s dans ce bois et peut-\u00eatre m\u00eame ignor\u00e9s&nbsp;! Aucune nouvelle du combat qui se livre devant nous n&rsquo;arrive jusqu&rsquo;ici&nbsp;; seule la canonnade nous renseigne vaguement sur la marche des op\u00e9rations et nous sommes bien forc\u00e9s de reconna\u00eetre que le mouvement de rempli des Allemands ne ressemble gu\u00e8re \u00e0 une d\u00e9route&#8230; Je regarde les plans d&rsquo;attaque surann\u00e9s avec amertume&nbsp;: aujourd&rsquo;hui, nous devrions \u00eatre \u00e0 Sissonne&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 63) L&rsquo;officier est d\u00e9sorient\u00e9, aux sens propre et figur\u00e9 du terme,&nbsp;par cette nouvelle mission d&rsquo;o\u00f9 suinte l&rsquo;improvisation cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec des arm\u00e9es de rupture : \u00ab&nbsp;(&#8230;) nous ne faisons plus face \u00e0 nos objectifs primitifs et nous ne poss\u00e9dons aucun plan ni renseignement &nbsp;du terrain qui s&rsquo;\u00e9tend devant nous.&nbsp;\u00bb (pp 63-64) S&rsquo;ensuit une marche de nuit confuse qui am\u00e8ne le bataillon sur les rives de la Miette, \u00ab&nbsp;adorable ruisseau jadis, affreux bourbier de sang et de cadavres ce soir-l\u00e0.&nbsp;\u00bb (p 64) Personne ne sait o\u00f9 aller. On pense \u00eatre dans les lignes ennemies. On reflue pour savoir par la suite que les \u00e9l\u00e9ments de t\u00eate du bataillon ont simplement crois\u00e9 une poign\u00e9e de prisonniers allemands qui se repliaient vers les lignes fran\u00e7aises. Dans cette confusion qui r\u00e8gne jusqu&rsquo;au petit jour, compagnies et sections se sont m\u00eal\u00e9es, les hommes se sont \u00e9gar\u00e9s et n&rsquo;ont eu aucun ravitaillement depuis leur d\u00e9part. Il faut attendre le milieu de la matin\u00e9e pour qu&rsquo;un guide envoy\u00e9 par le commandement emm\u00e8ne le bataillon sur les anciennes positions du 4<sup>e<\/sup> RI, jonch\u00e9es de cadavres. Il est maintenant acquis que l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;exploitation va donc simplement servir \u00e0 combler les pertes des arm\u00e9es de ruptures durement \u00e9prouv\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes tous affreusement p\u00e2les et ce qui nous fait le plus mal c&rsquo;est de voir autant de Fran\u00e7ais \u00e9tendus et si peu d&rsquo;Allemands.&nbsp;\u00bb (p 70) Le 131<sup>e<\/sup> RI occupe la tranch\u00e9e de la route 44 et s&rsquo;y enterre, coinc\u00e9 entre les hauteurs de Craonne et Berry-au-Bac-cote 108, toujours tenues pas les Allemands.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me jour d&rsquo;engagement est celui de tous les d\u00e9couragements&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sens que le moral de la troupe va constamment en s&rsquo;affaiblissant. Pourtant il \u00e9tait solide, il y a trois jours, jamais je ne l&rsquo;avais vu aussi beau. Ces hommes et leurs chefs \u00e9taient partis \u00e0 l&rsquo;attaque plein[s] d&rsquo;enthousiasme, s\u00fbrs de leur force et de la d\u00e9faite de l&rsquo;ennemi.&nbsp;\u00bb (p 73) La lassitude s&rsquo;installe&nbsp;d&rsquo;autant mieux qu&rsquo; \u00ab&nbsp;apr\u00e8s trois jours de marches d\u00e9sordonn\u00e9es, en tous sens, p\u00e9nibles et meurtri\u00e8res, nous n&rsquo;avons pas vu l&rsquo;ennemi, nous ne savons pas m\u00eame o\u00f9 il se trouve et nos pertes sont lourdes&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 74) La liaison entre les unit\u00e9s voisines n&rsquo;est m\u00eame pas assur\u00e9e&nbsp;: il existe des \u00ab&nbsp;trous&nbsp;\u00bb dans le dispositif fran\u00e7ais. Le chef de bataillon d\u00e9cide de partir en reconnaissance en avant avec ses officiers vers le boyau Belt o\u00f9 les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont jamais mis les pieds mais qui est jonch\u00e9 de cadavres allemands. De retour vers ses hommes, Bonnamy est charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir la liaison avec les unit\u00e9s voisines qu&rsquo;il cherche durant une heure dans une parfaite obscurit\u00e9. La liaison est enfin accomplie au niveau du boyau de la Somme occup\u00e9 par des troupes du 76<sup>e<\/sup> RI. Les travaux de terrassement d\u00e9fensifs peuvent alors&nbsp; commencer.<\/p>\n<p>Le jour suivant, vers 8 heures, un feldwebel vient se rendre. Selon ses dires, la situation n&rsquo;est gu\u00e8re meilleure dans les lignes allemandes o\u00f9 r\u00e8gnent \u00e9galement confusion et fatigue. La journ\u00e9e est calme car les Allemands qui occupent les hauteurs du Bois des Boches n&rsquo;ont pas encore d\u00e9couvert les nouvelles positions fran\u00e7aises. Mais d\u00e8s le 20 avril, l&rsquo;efficacit\u00e9 des tirs allemands ne cesse de cro\u00eetre pour atteindre un parfait rendement. Les hommes du 131<sup>e<\/sup> RI sont d\u00e9sormais d\u00e9finitivement \u00e9tablis dans une nouvelle guerre d&rsquo;usure o\u00f9 remuer la terre est un gage de vie. Bonnamy \u00e9voque r\u00e9trospectivement l&rsquo;\u00e9chec du 4<sup>e<\/sup> RI devant Juvincourt, position que son r\u00e9giment occupe actuellement (Courtine de l&rsquo;Ancien Moulin). Le 4<sup>e<\/sup>, s\u00e9rieusement \u00e9prouv\u00e9 par ses pertes le 16 avril et peu soutenu par son artillerie, n&rsquo;a pu ni r\u00e9sister aux contre-attaques allemandes ni se maintenir dans cette localit\u00e9. Les ordres actuels paraissent tout aussi incoh\u00e9rents&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je m&rsquo;\u00e9tonne, en le parcourant, que ce syst\u00e8me de tranch\u00e9es ne soit la propri\u00e9t\u00e9 de personne&nbsp;; cette position dominante est incontestablement pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celle que nous occupons. Pourquoi ne nous en emparons-nous pas, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 avancer&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p 83) Le commandement, absent des premi\u00e8re ligne, semble parfaitement ignorer la position des troupes&nbsp;: \u00ab&nbsp;(&#8230;) mon opinion et celle des autres petits chefs d&rsquo;infanterie qui m&rsquo;environnaient \u00e9tait n\u00e9gligeable eu \u00e9gard \u00e0 nos grades ne pouvaient avoir d&rsquo;\u00e9cho.&nbsp;\u00bb (p 85) Le 131<sup>e<\/sup> est donc condamn\u00e9 \u00e0 subir les bombardement allemands jusqu&rsquo;\u00e0 sa rel\u00e8ve op\u00e9r\u00e9e le 29 avril par le 313<sup>e<\/sup> RI.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;analyse de l&rsquo;\u00e9chec&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;\u00e8re du t\u00e9moin&nbsp;\u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong>\u00ab&nbsp;Je me propose ici de faire conna\u00eetre quelques v\u00e9rit\u00e9s sur l&rsquo;offensive men\u00e9e par les troupes fran\u00e7aises au mois d&rsquo;avril 1917. Je ne parlerai que du secteur que j&rsquo;ai vu, mais j&rsquo;en parlerai s\u00fbrement (&#8230;)&nbsp;\u00bb (p 89) On l&rsquo;aura facilement compris, la position de t\u00e9moin visuel, revendiqu\u00e9e avec force par l&rsquo;auteur, l&rsquo;autorise \u00e0 entrer dans l&rsquo;analyse des pol\u00e9miques \u00ab&nbsp;litt\u00e9raires&nbsp;\u00bb qui \u00e9clat\u00e8rent au sujet de cette offensive bien avant la fin de la guerre, pour y apporter sa propre contribution&nbsp;: \u00ab&nbsp;On dirait qu&rsquo;une fr\u00e9n\u00e9sie s&rsquo;est empar\u00e9e de tous ces gens qui r\u00e9pandent \u00e0 profusion sans s&rsquo;en rendre compte, des erreurs et des l\u00e9gendes. Ils veulent tous dire leur mot sur cette affaire et ils exposent les faits sous vingt jours diff\u00e9rents (&#8230;)&nbsp;\u00bb (p 89) Le premier vis\u00e9 n&rsquo;est autre que le ministre de la Guerre, Paul Painlev\u00e9, qui a fait para\u00eetre d\u00e8s novembre 1919, <em>La v\u00e9rit\u00e9 sur l&rsquo;offensive du 16 avril 1917<\/em> (cf. partie 4). \u00ab&nbsp;Non, Monsieur Painlev\u00e9, vous ne publierez pas toute la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: c&rsquo;est impossible&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 90), lui r\u00e9pond l&rsquo;auteur de <em>La Saign\u00e9e<\/em>. Selon lui, tr\u00e8s p\u00e9remptoire sur ce point, seul celui qui a de ses yeux vu a droit \u00e0 la parole&nbsp;pour \u00e9voquer ce qu&rsquo;on qualifierait sans doute aujourd&rsquo;hui une forme de micro-histoire : \u00ab&nbsp; Et vous, les historiens de la Grande Guerre, les critiques militaires ineffables, qui avez vu l&rsquo;offensive d&rsquo;avril 1917 de fort loin, dans votre bureau et dans vos chaussons, gardez-vous de porter des jugements t\u00e9m\u00e9raires bas\u00e9s sur des documents plus ou moins authentiques et, en tous cas, seulement sur des documents&nbsp;; l&rsquo;histoire en souffrirait.&nbsp;\u00bb (p 89) Craignant que les historiens ne pratiquent comme il le faudrait l&rsquo;analyse critique des documents d&rsquo;\u00e9tat-major, le t\u00e9moin entend leur fournir ici sa version des faits \u00e0 partir de ce qu&rsquo;il a pu observer directement.<\/p>\n<p>Constatant que \u00ab&nbsp;nulle part, nous n&rsquo;avions avanc\u00e9 selon les pr\u00e9visions du commandement&nbsp;\u00bb, Bonnamy s&rsquo;en prend d&rsquo;abord \u00e0 la d\u00e9fense de Nivelle qui a pr\u00e9tendu, d\u00e8s sa comparution devant la commission Brug\u00e8re, que si le pouvoir politique l&rsquo;avait laiss\u00e9 mener son offensive jusqu&rsquo;au terme, celle-ci ne se serait pas forc\u00e9ment sold\u00e9e par un \u00e9chec. L\u00e0 o\u00f9 Nivelle avait toujours cherch\u00e9 \u00e0 minimiser les pertes, Bonnamy entend lui r\u00e9pondre, l\u00e0 encore&nbsp;avec l&rsquo;autorit\u00e9 de celui qui \u00e9tait : \u00ab&nbsp;Les pertes que nous avons subies pendant cette seconde phase de l&rsquo;offensive, c&rsquo;est-\u00e0-dire pendant la dur\u00e9e de l&rsquo;organisation du terrain conquis, furent tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res et quoi qu&rsquo;il n&rsquo;en soit fait mention dans les statistiques officielles relatives \u00e0 l&rsquo;offensive, je pr\u00e9tends qu&rsquo;elles doivent s&rsquo;y rattacher, elles en sont la cons\u00e9quence.&nbsp;\u00bb (p 92) Poursuivant l&rsquo;analyse des pertes, Bonnamy en soldat aguerri et exp\u00e9riment\u00e9 conclut&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais ce qui est anormal, c&rsquo;est que nos gains furent hors de proportions avec nos pertes.&nbsp;\u00bb (p 94)<\/p>\n<p>Revenant sur l&rsquo;engagement de son unit\u00e9, le t\u00e9moin analyse la conduite de cette op\u00e9ration&nbsp;o\u00f9 \u00ab&nbsp;rien ne se passa selon [les] pr\u00e9visions&nbsp;\u00bb : pr\u00e9paration d&rsquo;artillerie irr\u00e9guli\u00e8re, non conqu\u00eate des hauteurs tenues par les Allemands (Craonne, Bois des Buttes et des Boches, cote 108), d\u00e9fense obstin\u00e9e de l&rsquo;ennemi, pr\u00e9sence de blockhaus garnis de mitrailleuses, tanks qui n&rsquo;ont remplir leur mission, soutien insuffisant de l&rsquo;artillerie. Quant aux secteurs o\u00f9 une progression a pu \u00eatre accomplie, l&rsquo;absence de directives coordonn\u00e9es \u00e9manant du haut commandement, n&rsquo;a pas permis de les conqu\u00e9rir facilement, comme il aurait \u00e9t\u00e9 possible de le faire pour la trou\u00e9e de Juvincourt. Les troupes durent s&rsquo;enterrer sur place, quitte \u00e0 subir l&rsquo;\u00e9crasement par l&rsquo;artillerie ennemie. Les modifications des plans initiaux n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 absentes mais elles ont \u00e9t\u00e9 trop lentes, \u00ab&nbsp;entra\u00eenant avec elles la confusion in\u00e9vitable.&nbsp;\u00bb (p 104) A la question de savoir pourquoi l&rsquo;offensive fut mal mont\u00e9e, l&rsquo;auteur r\u00e9pond en pointant les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques d\u00e9plorables, la fatigue des combattants avant m\u00eame leur engagement, le d\u00e9sordre ambiant, les mauvaises liaisons entre l&rsquo;\u00e9tat-major et la troupe, l&rsquo;insuffisance en nombre et l&rsquo;impr\u00e9paration des tanks. Mais Bonnamy ne se contente pas de remettre en cause les b\u00e9vues du &nbsp;haut commandement, il \u00e9voque \u00e9galement les d\u00e9faillances des \u00e9chelons inf\u00e9rieurs&nbsp;: au cours de l&rsquo;affaire de Sapigneul, un commandant avait emmen\u00e9 les plans d&rsquo;engagement d&rsquo;une partie de la V<sup>e<\/sup> arm\u00e9e qui fut pris par les Allemands. Le plan d&rsquo;attaque g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;en fut pas pour autant modifi\u00e9. Bonnamy ne donne toutefois pas raison au gouvernement de reprocher \u00e0 l&rsquo;ancien commandant en chef de lui avoir cach\u00e9 ce fait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Or, je dis que le g\u00e9n\u00e9ral en chef \u00e9tait seul juge de cette affaire et qu&rsquo;il a bien fait de prendre une d\u00e9cision sous sa responsabilit\u00e9, le Gouvernement \u00e9tant incapable d&rsquo;avoir une opinion personnelle \u00e0 ce sujet.&nbsp;\u00bb (p. 108) Il semble ignorer ou, du moins, n\u00e9gliger, puisqu&rsquo;il a lu les \u00e9crits de Painlev\u00e9, l&rsquo;existence de la conf\u00e9rence de Compi\u00e8gne du 6 avril o\u00f9 l&rsquo;existence de ce fait aurait d\u00fb \u00eatre port\u00e9 \u00e0 la connaissance des autorit\u00e9s gouvernementales, l&rsquo;affaire de Sapigneul ayant eu lieu deux jours avant ladite conf\u00e9rence. Parfois d\u00e9fenseur de valeurs purement militaires, il ne peut que d\u00e9plorer l&rsquo;absence de d\u00e9cisions tranch\u00e9es qui ont caract\u00e9ris\u00e9 du d\u00e9but \u00e0 la fin cette offensive du c\u00f4t\u00e9 des politiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon avis est que&nbsp;: ou bien le g\u00e9n\u00e9ral Nivelle \u00e9tait reconnu incapable, et il fallait le remplacer&nbsp;; ou bien on lui faisait confiance, et, dans tout ce cas, il fallait le laisser agir seul jusqu&rsquo;au bout. Ces atermoiements et ces colloques n&rsquo;ont pu que le g\u00eaner.&nbsp;\u00bb (p 114) Le t\u00e9moin a-t-il lu les th\u00e8ses d\u00e9fendues par les proches de Nivelle, dont celles du commandant De Civrieux&nbsp;? Ce n&rsquo;est pas impossible (cf. partie 4).<\/p>\n<p>Evoquant sans jamais le citer explicitement la pol\u00e9mique n\u00e9e autour de la parution dans le <em>Collier&rsquo;s national Weekly<\/em> &#8211; un hebdomadaire am\u00e9ricain \u00e0 fort tirage qui d\u00e9fendit les th\u00e8ses de Nivelle contre celles de Painlev\u00e9 &#8211; Bonnamy n&rsquo;en&nbsp; poursuit pas moins sa d\u00e9monstration \u00e0 charge, d\u00e9monstration o\u00f9 chacun d&rsquo;ailleurs en prend pour son grade&#8230; Dans cet article, Wythe Williams avait pr\u00e9tendu que la pr\u00e9sence de parlementaires \u00e0 l&rsquo;observatoire de Roucy (et non Roncy, comme l&rsquo;indique le texte) avait provoqu\u00e9 une intervention directe du ministre de la Guerre pour mettre fin \u00e0 l&rsquo;offensive. Nuan\u00e7ant les th\u00e8ses des uns et des autres, Bonnamy n&rsquo;en tranche pas moins la question en d\u00e9clarant qu&rsquo;&nbsp;\u00ab&nbsp;il est prouv\u00e9 que la pr\u00e9sence de ces douze parlementaires au front [dont Clemenceau, Ferry, Doumer, Favre et Renaudel] n&rsquo;a pas eu pour effet de provoquer une intervention politique.&nbsp;\u00bb (pp 117-118) Il n&rsquo;en d\u00e9plore pas moins \u00ab&nbsp;la pr\u00e9sence de ces chefs de l&rsquo;Etat constituaient une g\u00eane pour les g\u00e9n\u00e9raux dirigeant les op\u00e9rations, et les attitudes qu&rsquo;ils ont eues ont pu influer sur les d\u00e9cisions prises.&nbsp;\u00bb (p 117) Se mettant, parfois un peu na\u00efvement, \u00e0 la place du commandant du GAR, il poursuit en d\u00e9clarant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon avis est que ces parlementaires ont follement commis une grande faute en se rendant sur le front de l&rsquo;attaque. Je ne sais si le g\u00e9n\u00e9ral Micheler eut beaucoup de plaisir \u00e0 les avoir aupr\u00e8s de lui, ou s&rsquo;il les a subis par respect, mais ce que je sais bien, c&rsquo;est que je n&rsquo;aurais pas tol\u00e9r\u00e9 leur pr\u00e9sence une minute, que je les aurais renvoy\u00e9 purement et simplement \u00e0 leurs propres affaires, \u00e0 leurs \u00ab&nbsp;chiffons de papier&nbsp;\u00bb. J&rsquo;aurais \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ainsi g\u00ean\u00e9 par les mouches du coche&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 117) Il semble toutefois ignorer combien le commandant du GAR cultivait \u00e0 souhait les soutiens politiques dont le principal n&rsquo;\u00e9tait autre qu&rsquo;Antonin Dubost, le pr\u00e9sident du S\u00e9nat. Reprenant le flambeau de \u00ab&nbsp;celui qui y \u00e9tait&nbsp;\u00bb, Bonnamy a alors beau jeu de d\u00e9noncer ce qu&rsquo;il juge \u00eatre la semi-couardise des parlementaires pr\u00e9sents \u00e0 Roucy&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voulaient-ils plus simplement encourager les soldats de leur pr\u00e9sence&nbsp;? Oh&nbsp;! la belle pens\u00e9e&nbsp;! Mon r\u00e9giment, allant \u00e0 l&rsquo;attaque, est pass\u00e9 dans Roncy la veille du 16 avril&nbsp;; il \u00e9tait nuit, et je n&rsquo;ai pas aper\u00e7u les parlementaires, et, les aurais-je vus, que je n&rsquo;en n&rsquo;aurais pas eu plus de courage.&nbsp;\u00bb (pp 118-119) Nous sommes l\u00e0 au c\u0153ur d&rsquo;un discours ancien combattant, construit apr\u00e8s la guerre et empreint d&rsquo;un anti-parlementarisme de circonstance&#8230;<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;apr\u00e8s combat<\/strong><\/p>\n<p>Reprenant la narration \u00e9v\u00e9nementielle, Bonnamy s&rsquo;attache alors \u00e0 d\u00e9crire la p\u00e9riode qui suit imm\u00e9diatement l&rsquo;engagement du 131<sup>e<\/sup>. Les hommes sont ext\u00e9nu\u00e9s de fatigue mais ne s&rsquo;en chargent pas moins d&rsquo;un pr\u00e9cieux butin de guerre pris aux Allemands (p 121). Dans un passage qui ne va pas sans rappeler les souvenirs de T\u00e9zenas du Montcel pour un secteur voisin (<em>L&rsquo;Heure H. Etapes d&rsquo;infanterie<\/em>, Valmont, 1960), il d\u00e9crit le soulagement de l&rsquo;apr\u00e8s combat et ce bonheur \u00ab&nbsp;de sortir vivant de la bagarre&nbsp;\u00bb (p 121). L&rsquo;unit\u00e9 se rend nuitamment au Bois des Boches, r\u00e9cemment reconquis, s&rsquo;y perd pour retrouver enfin la route de Pontavert.<\/p>\n<p>Le repos se fera \u00e0 Vantelay o\u00f9 le r\u00e9giment doit entrer musique en t\u00eate sous l&rsquo;\u0153il du colonel qui \u00ab&nbsp;tient beaucoup \u00e0 ce retour en fanfare.&nbsp;\u00bb (p 127) La fatigue des hommes provoque plut\u00f4t \u00ab&nbsp;un triste d\u00e9fil\u00e9.&nbsp;\u00bb Les lieux de cantonnement sont \u00ab&nbsp;des baraquements vermoulus et branlants, sans fen\u00eatres souvent, et qui s&rsquo;\u00e9rigent au milieu d&rsquo;un lac de boue.&nbsp;\u00bb (p 129) Les hommes sont \u00ab&nbsp;pour la majorit\u00e9, peu enclins \u00e0 bavarder&nbsp;\u00bb. On cherche avant tout le sommeil. Les troupes sont m\u00e9contentes de leurs chefs. Elles \u00ab&nbsp;doutent de la victoire&nbsp;\u00bb, apprennent que les permissions sont suspendues et d\u00e9plorent les pi\u00e8tres conditions mat\u00e9rielles qui leur sont r\u00e9serv\u00e9es au repos. Elles sont \u00e9galement \u00ab&nbsp;m\u00e9contentes du gouvernement&nbsp;\u00bb car des rumeurs de paix avec l&rsquo;Allemagne et de mauvais traitements \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de leurs femmes et leurs enfants se r\u00e9pandent (probablement la rumeur des Annamites). Puisque les permissions sont suspendues et que les journaux n&rsquo;arrivent plus, \u00ab&nbsp;les soldats les tiennent pour exactes.&nbsp;\u00bb (p 133) Reprenant \u00e0 son compte \u00ab&nbsp;l&rsquo;intrusion d&rsquo;agents secrets, provocateurs de troubles&nbsp;\u00bb ch\u00e8re au commandement, l&rsquo;auteur nuance son propos en disant \u00ab&nbsp;que leur action a \u00e9t\u00e9 post\u00e9rieure \u00e0 la d\u00e9moralisation de l&rsquo;arm\u00e9e&nbsp;\u00bb (pp 133-134) Son r\u00e9cit est l\u00e0 encore contamin\u00e9 par des r\u00e9surgences m\u00e9morielles de l&rsquo;apr\u00e8s guerre, avec un \u00e9loge du commandement et de la m\u00e9thode P\u00e9tain (p 134). Son t\u00e9moignage direct sur les mutineries est plut\u00f4t concis voire r\u00e9serv\u00e9 sur ce point particulier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au milieu de cette ambiance, mon r\u00e9giment, malgr\u00e9 son d\u00e9sordre apparent, conserva son sang froid et se contenta de protester par des paroles.&nbsp;\u00bb (p 135) Le 131<sup>e<\/sup>, bien que n&rsquo;ayant pas termin\u00e9 sa p\u00e9riode de repos, va \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 remonter en ligne. Ce qui provoque&nbsp; \u00ab&nbsp;un surexcitation insolite&nbsp;\u00bb&nbsp;: des clameurs s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent au moment o\u00f9 la musique r\u00e9gimentaire joue, l&rsquo;arriv\u00e9e du colonel est l&rsquo;occasion de r\u00e9clamer des permissions. Le lendemain, montant en ligne, les hommes entonnent la chanson de Craonne mais une fois arriv\u00e9s aux tranch\u00e9es \u00ab&nbsp;tout rentre dans l&rsquo;ordre, les retardataires rejoignent peu \u00e0 peu leur unit\u00e9, bient\u00f4t la bonne volont\u00e9 et la discipline rena\u00eet partout.&nbsp;\u00bb (p 136)<\/p>\n<p>Dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Les conseils de guerre aux arm\u00e9es&nbsp;\u00bb, Bonnamy renoue avec un r\u00e9cit analytique et g\u00e9n\u00e9raliste. Selon le t\u00e9moin \u00e0 qui \u00ab&nbsp;il (&#8230;) a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;assister plusieurs fois \u00e0 de pareils jugements&nbsp;\u00bb (p 138), \u00ab&nbsp;cette justice (&#8230;) a \u00e9t\u00e9 rendue souvent dans de mauvaises conditions de labeur, avec une pr\u00e9cipitation outrageante et sans une conception de la grandeur de la t\u00e2che entreprise et de la responsabilit\u00e9 encourue. On a produit des jugements le plus souvent avec un minimum de temps, d&rsquo;efforts et d&rsquo;arguments&nbsp;; on a jug\u00e9 des faits, on n&rsquo;a pas jug\u00e9 l&rsquo;homme.&nbsp;\u00bb (p 137) Bonnamy reproche \u00e0 ces tribunaux militaires la pi\u00e8tre qualification des juges, une m\u00e9connaissance des dossiers, des manquements \u00e9l\u00e9mentaires au code de justice, des vices de formes et la pr\u00e9sence &nbsp;d&rsquo;avocats commis d&rsquo;office \u00e0 qui on n&rsquo;a pas laiss\u00e9 le temps de pr\u00e9parer une v\u00e9ritable d\u00e9fense. Illustrant son propos par deux exemples qu&rsquo;il connut directement, Bonnamy en conclut que \u00ab&nbsp;les grands griefs que l&rsquo;on peut retenir contre cette justice sont qu&rsquo;elle ne s&rsquo;entourait pas de toutes les comp\u00e9tences d\u00e9sirables et qu&rsquo;elle \u00e9tait h\u00e2tivement rendue &#8211; au contraire de la justice civile&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 142)<\/p>\n<p>Evoquant ensuite la constitution des corps francs en r\u00e9ponse aux Stosstruppen allemands, le t\u00e9moin constate qu&rsquo;&nbsp;\u00ab&nbsp;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s en vogue dans l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, [ils] tomb\u00e8rent dans le marasme et \u00e0 peu pr\u00e8s dans l&rsquo;oubli.&nbsp;\u00bb Ce sont \u00ab&nbsp;en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;assez mauvais sujets au caract\u00e8re intraitable que la guerre n&rsquo;avait pas contribu\u00e9 \u00e0 rendre meilleur.&nbsp;\u00bb (p 143) La cr\u00e9ation des compagnies franches posa rapidement des probl\u00e8mes au commandement&nbsp;: \u00ab&nbsp;En ligne ils accomplissaient avec entrain toute mission donn\u00e9e, mais au repos ils estimaient avoir droit \u00e0 la plus compl\u00e8te tranquillit\u00e9.&nbsp;\u00bb (p 144) Souvent ivres, ils sont peu disciplin\u00e9s et peu respectueux des hi\u00e9rarchies en place. Leur rapide disparition correspondit \u00e0 un r\u00e9el soulagement pour le commandement.<\/p>\n<p>Le chapitre \u00ab&nbsp;Une attaque&nbsp;\u00bb d\u00e9crit un engagement qui s&rsquo;est tr\u00e8s probablement d\u00e9roul\u00e9 \u00e9galement sur le Chemin des Dames. Aucune indication temporelle ni topographique ne figurent dans ce r\u00e9cit de combat. Il pourrait s&rsquo;agir de l&rsquo;attaque du 21 novembre 1917 visant \u00e0 la reconqu\u00eate du saillant de Juvincourt, bri\u00e8vement \u00e9voqu\u00e9e dans l&rsquo;historique du 131<sup>e<\/sup>. Bonnamy qualifie cette attaque d&rsquo; \u00ab&nbsp;op\u00e9ration de d\u00e9tail comportant la r\u00e9duction d&rsquo;un saillant ennemi&nbsp;\u00bb. Elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une forte pr\u00e9paration d&rsquo;artillerie. Il justifie son succ\u00e8s par le fait que \u00ab&nbsp;toutes les op\u00e9rations de faible envergure ainsi con\u00e7ues et ex\u00e9cut\u00e9es ne peuvent que r\u00e9ussir, car la lutte est trop in\u00e9gale pour qu&rsquo;il en soit autrement.&nbsp;\u00bb (p 151)<\/p>\n<p><strong>Chapitre XVI&nbsp;: P\u00e8lerinage<\/strong><\/p>\n<p>Le dernier chapitre du t\u00e9moignage de Bonnamy laisse enti\u00e8rement &nbsp;la parole \u00e0 l&rsquo;ancien combattant. Les souvenirs qu&rsquo;il est revenu qu\u00e9rir sur le Chemin des Dames sont tous empreints d&rsquo;une amertume teint\u00e9e d&rsquo;une certaine forme de nostalgie. De retour sur les lieux o\u00f9 il combattit et o\u00f9 nombre de ses camarades reposent encore, il y d\u00e9nonce le retour \u00e0 la vie dans ce qui restera pour lui \u00e0 jamais un ancien champ de bataille devenu un sanctuaire sacr\u00e9 : \u00ab&nbsp;Des \u00e9trangers y sont venus, profanateurs de nos mis\u00e8res et de nos souvenirs terribles&nbsp;; ils y sont encore, ils grouillent en tout sens en s&rsquo;appelant et en riant&#8230; et j&rsquo;ai envie de leur crier de respecter ces lieux meurtris (&#8230;) Je les fui[s] et je cours dans le d\u00e9dale des tranch\u00e9es me r\u00e9fugier au c\u0153ur de ce champ de bataille. L\u00e0, personne n&rsquo;est venu, personne ne viendra, car c&rsquo;est loin, inconnu et d\u00e9sert, car cela n&rsquo;est rien pour \u00ab&nbsp;eux&nbsp;\u00bb&#8230; pour moi c&rsquo;est tout un lambeau de ma vie, lambeau atroce&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p 154)<\/p>\n<p><strong>4) Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Anonyme, Historique succinct du 131<sup>e<\/sup> RI (s.d., s.l., s.e.)<\/p>\n<p>&#8211; De Civrieux (commandant), <em>L&rsquo;offensive de 1917 et le commandement du g\u00e9n\u00e9ral Nivelle, <\/em>Van Oest, 1919, 269 p.<\/p>\n<p>&#8211; J.F. Jagielski et D. Rolland, \u00ab&nbsp;En terminer avec l&rsquo;affaire du Chemin des Dames&nbsp;? La commission Brug\u00e8re (1917-1927)&nbsp;\u00bb, Bulletin de la F\u00e9d\u00e9ration des Soci\u00e9t\u00e9s historiques et arch\u00e9ologiques de l&rsquo;Aisne, \u00e0 para\u00eetre (sur l&rsquo;affaire des parlementaires pr\u00e9sents \u00e0 Roucy et sur les pol\u00e9miques d\u00e9clanch\u00e9es par l&rsquo;article du <em>Collier&rsquo;s national Weekly<\/em>).<\/p>\n<p>&#8211; P. Painlev\u00e9, <em>La v\u00e9rit\u00e9 sur l&rsquo;offensive du 16 avril 1917, <\/em>La Renaissance politique, litt\u00e9raire, \u00e9conomique, novembre 1919, 107 p. et <em>Comment j&rsquo;ai nomm\u00e9 Foch et P\u00e9tain, <\/em>F\u00e9lix Alcan, 1923, 424 p.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.F. Jagielski, 17\/02\/10<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin Nous n&rsquo;avons, \u00e0 ce jour, pu recueillir aucun \u00e9l\u00e9ment biographique sur ce t\u00e9moin hormis ceux qui transparaissent dans sa narration. Il s&rsquo;agit probablement d&rsquo;un officier subalterne (ou d&rsquo;un sous-officier&nbsp;?) appartenant au 131e RI qui occupe un poste de chef de section comme le laissent clairement entendre deux passages du texte (pp 75 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/02\/17\/bonnamy-georges\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Bonnamy Georges (? &#8211; ?)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[174,97,66,10,21],"tags":[842,295,416,841,418,567,840],"class_list":["post-238","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-131e-ri","category-1919-1930","category-4e-ri","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-antiparlementarisme","tag-attaque","tag-camaraderie","tag-chemin-des-dames","tag-conseil-de-guerre","tag-mutineries","tag-perception-du-temps"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=238"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3832,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238\/revisions\/3832"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}