{"id":244,"date":"2010-03-21T18:44:08","date_gmt":"2010-03-21T17:44:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=244"},"modified":"2021-09-09T17:30:55","modified_gmt":"2021-09-09T16:30:55","slug":"richert-dominique-1893-1977","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/03\/21\/richert-dominique-1893-1977\/","title":{"rendered":"Richert, Dominique (1893-1977)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><span> <\/span><span>1)<\/span><span> <\/span><span>Le t\u00e9moin<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>L<span>e 16 octobre 1913, \u00e2g\u00e9 alors de vingt ans et c\u00e9libataire, Dominique Richert&nbsp; est incorpor\u00e9&nbsp; dans la premi\u00e8re compagnie du 112<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie, stationn\u00e9 \u00e0 Mulhouse. Il est agriculteur \u00e0 Saint-Ulrich<\/span> dans le Sundgau.<span> En septembre 14, il est envoy\u00e9 en Belgique, puis en Roumanie en avril 1915. Un mois plus tard, on le retrouve pr\u00e8s de Brest-Litovsk. Il reste sur le front de l\u2019Est entre la Pologne et la Russie jusqu\u2019en avril 1918, o\u00f9 il est renvoy\u00e9 en France, du c\u00f4t\u00e9 de Laon, avant de d\u00e9serter. <\/span>Richert a commenc\u00e9 la guerre comme simple soldat&nbsp;; il est pass\u00e9 caporal, puis sous-officier.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>2)<\/span><span> <\/span><span>Le t\u00e9moignage <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Bons r\u00e9sultats \u00e0 l\u2019\u00e9cole, Richert \u00e9tait en mesure de transcrire son exp\u00e9rience. Il entama apr\u00e8s la guerre la r\u00e9daction de ses souvenirs sur huit cahiers&nbsp;; il les \u00e9crivit d&rsquo;un seul jet, sans rature ou mot corrig\u00e9, puis les rangea dans un tiroir au grenier de la maison. A la demande pressante de ses fils, Ulrich et Marcel, Dominique Richert r\u00e9\u00e9crivit les pages ab\u00eem\u00e9es, tandis qu&rsquo; &lsquo;un jeune \u00e9tudiant, Jean- Claude Faffa, ami de la famille s&#8217;employa \u00e0 les dactylographier. En 1987, ces trois cents pages ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes aux archives militaires f\u00e9d\u00e9rales de Fribourg-en-Brisgau par un jeune historien allemand. Edit\u00e9 Outre-Rhin en 1989, par Knesebeck &amp; Schuller-Munich, le livre est paru sous le titre original de <em>Beste Gelengenheit zum Sterben<\/em>. En France, <em>Cahiers d&rsquo;un survivant<\/em><\/span><span> <em>Un soldat dans l\u2019Europe en guerre, 1914-1918 <\/em><span>est \u00e9dit\u00e9 en 1994 par la Nu\u00e9e Bleue-Strabourg.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>3)<\/span><span> <\/span><span>Analyse<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Le t\u00e9moignage de Dominique Richert est d\u2019une grande richesse. Cette rapide analyse vise davantage \u00e0 souligner l\u2019int\u00e9r\u00eat du t\u00e9moignage qu\u2019\u00e0 en donner une lecture exhaustive. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Premi\u00e8re pr\u00e9cision&nbsp;: Dominique Richert t\u00e9moigne d\u2019une exp\u00e9rience particuli\u00e8re, celle d\u2019un Alsacien dans l\u2019arm\u00e9e allemande, qui se vit comme un soldat allemand. Les Fran\u00e7ais sont d\u00e9sign\u00e9s sans \u00e9quivoque comme des ennemis et des adversaires (p. 14 et 259 par exemple). D\u2019ailleurs, note R. Cazals, dans sa comparaison avec L. Barthas (voir \u00ab&nbsp;autres informations&nbsp;\u00bb) \u00ab <\/span><span>lorsqu\u2019il se d\u00e9cide \u00e0 d\u00e9serter, en juillet 1918, on peut dire que cela lui est plus facile parce qu\u2019il est alsacien et qu\u2019il tente le coup avec deux autres Alsaciens qui savent parler fran\u00e7ais. Mais, s\u2019il d\u00e9serte, il le dit clairement, c\u2019est pour sauver sa peau, et non parce qu\u2019il a choisi la France. \u00a0\u00bb&nbsp;J\u2019\u00e9tais triste de quitter ainsi mes hommes et tous mes camarades sans pouvoir leur faire mes adieux&nbsp;\u00ab\u00a0, note-t-il (p. 261). Lorsqu\u2019un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais lui demande des renseignements sur les positions allemandes, il ne les donne pas&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;J\u2019avais d\u00e9sert\u00e9 pour sauver ma vie et pas pour trahir mes anciens camarades&nbsp;\u00a0\u00bb (p. 270)&nbsp;\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>L\u2019attachement au \u00ab&nbsp;pays&nbsp;\u00bb est manifeste&nbsp;: <\/span><span>\u00ab&nbsp;J\u2019observai son visage \u00e9clair\u00e9 par la lune et reconnus en effet le Schorr Xavier de Fulleren, village voisin du mien. \u00a0\u00bb&nbsp;T\u2019es pas le Schorr Xavier de Fulleren&nbsp;?&nbsp;\u00a0\u00bb lui demandai-je en alsacien. Il en tomba pratiquement \u00e0 la renverse. [\u2026] Une fois le repas termin\u00e9, on s\u2019allongea sur la paille pour parler du pays. Je venais de recevoir une lettre de chez moi, me disant que les habitants de Fulleren avaient pu rester chez eux, malgr\u00e9 la proximit\u00e9 du front. Schorr fut tr\u00e8s heureux de l\u2019apprendre, car il \u00e9tait sans nouvelles depuis belle lurette&nbsp;\u00bb (p. 121). Cet attachement explique \u00e9galement ses sentiments lors de l\u2019entr\u00e9e en guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n&rsquo;avais pour ma part aucune envie de chanter, parce que je pensais qu&rsquo;une guerre offre toutes les chances de se faire tuer. C&rsquo;\u00e9tait une perspective extr\u00eamement d\u00e9sagr\u00e9able. De m\u00eame, je m&rsquo;inqui\u00e9tais en pensant aux miens et \u00e0 mon village, qui se trouve tout contre la fronti\u00e8re et risquait donc une destruction.&nbsp;\u00bb Le 1er ao\u00fbt, sa famille vient le voir \u00e0 la caserne : \u00ab&nbsp;ce fut une s\u00e9paration p\u00e9nible, puisque nous ne savions pas si l&rsquo;on se reverrait un jour. Nous pleurions tous les trois. En s&rsquo;en allant, mon p\u00e8re me recommanda d&rsquo;\u00eatre toujours tr\u00e8s prudent et de ne jamais me porter volontaire pour quoi que ce soit. Cet avertissement \u00e9tait superflu, car mon amour de la patrie n&rsquo;\u00e9tait pas consid\u00e9rable, et l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab&nbsp;mourir en h\u00e9ros&nbsp;\u00bb, comme on dit, me faisait fr\u00e9mir d&rsquo;horreur.&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span><span> <\/span><span>Richert t\u00e9moigne \u00e9galement de l<\/span>a vie au front et des souffrances des combattants.<span> <\/span>La pluie, la boue, le froid, les poux, la soif et la faim, la fatigue des travaux sont autant d\u2019\u00e9preuves dans la vie des soldats. Par exemple, en octobre 1914&nbsp;: \u00ab&nbsp;On resta environ quinze jours dans ces tranch\u00e9es sans \u00eatre relev\u00e9s. Comme il pleuvait souvent, elles furent remplies de boue et de salet\u00e9, \u00e0 tel point que l\u2019on restait souvent coll\u00e9 au sol. Nulle part un petit endroit sec, o\u00f9 l\u2019on aurait pu s\u2019allonger ou s\u2019asseoir&nbsp;! Quant \u00e0 nos pieds, on n\u2019arrivait jamais \u00e0 les r\u00e9chauffer. Beaucoup de soldats souffraient de rhumes, de toux, d&rsquo;enrouement. Les nuits \u00e9taient interminables. Bref, c&rsquo;\u00e9tait une vie d\u00e9sesp\u00e9rante.&nbsp;\u00bb De m\u00eame se plaint-il du \u00ab&nbsp;faux&nbsp;\u00bb repos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au lieu de pleinement se reposer, on dut s\u2019exercer \u00e0 un tas de b\u00eatises&nbsp;: apprendre \u00e0 se pr\u00e9senter, pas de l\u2019oie, bref, la m\u00eame rengaine que dans une cour de caserne.&nbsp;\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Les attaques, parfois absurdes (pp. 26, 49, 75), les bombardements sont racont\u00e9s avec un r\u00e9alisme saisissant&nbsp;: ainsi, \u00e0 propos de la bataille de Sarrebourg les 19 et 20 ao\u00fbt 1914, alors que les soldats doivent attaquer un village. \u00ab&nbsp;Un tir d&rsquo;infanterie cr\u00e9pitant nous fut oppos\u00e9 ! Plus d&rsquo;un pauvre soldat tomba dans l&rsquo;herbe tendre. Il \u00e9tait impossible d&rsquo;aller plus avant. Nous nous sommes tous jet\u00e9s par terre, essayant de nous enterrer \u00e0 l&rsquo;aide de nos pelles et de nos mains. On \u00e9tait \u00e9tendus l\u00e0, blottis contre le sol, tremblants de peur, attendant la mort d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre.&nbsp;\u00bb Richert rend \u00e9galement compte des bombardements&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soudain, un bruit terrible d\u00e9chira l\u2019air. Toutes les batteries allemandes de tout calibre se mirent \u00e0 bombarder la colline. Les explosions, les grondements faisaient trembler la terre\u2026&nbsp;\u00bb (p. 99).<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Face \u00e0 de telles souffrances, les tentatives pour se soustraire \u00e0 la violence de guerre sont nombreuses. Entre autres, il songe \u00e0 l\u2019automutilation en avril 1915, s\u2019\u00e9gare volontairement en juin, se porte volontaire pour des stages comme en novembre 1915, contourne un ordre jug\u00e9 absurde en mai 1918, et finit par d\u00e9serter en juillet. On comprend mieux son soulagement \u00e0 l\u2019annonce de l\u2019armistice&nbsp;: \u00ab&nbsp;On se dit : \u00ab&nbsp;C&rsquo;est la paix !&nbsp;\u00bb Les larmes nous vinrent aux yeux. [&#8230;] Nous \u00e9tions tous heureux que les Fran\u00e7ais aient gagn\u00e9 la guerre, parce que, si \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 les Allemands, l&rsquo;Alsace serait rest\u00e9e allemande et nous, en tant que d\u00e9serteurs, n&rsquo;aurions plus jamais pu rentrer \u00e0 la maison.&nbsp;\u00bb C\u2019est d\u2019ailleurs sur son retour que ce termine ces souvenirs d\u2019un survivant&nbsp;: en janvier 1919, il revient dans son village, quitt\u00e9 cinq ans et demi plus t\u00f4t :&nbsp;\u00ab&nbsp;Les larmes me mont\u00e8rent aux yeux. Je me mis alors \u00e0 courir \u00e0 toute allure pour arriver \u00e0 la maison. [&#8230;] J&rsquo;\u00e9tais fou de joie de revoir ma m\u00e8re. On se serra fort dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre, au bord des larmes, sans pouvoir dire un mot.&nbsp;\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>4)<\/span><span> <\/span><span>Autres informations<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>CAZALS R\u00e9my, \u00ab Deux fantassins de la Grande Guerre : Louis Barthas et Dominik Richert&nbsp;\u00bb, dans Jules Maurin et Jean-Charles Jauffret (\u00e9d.), <em>La Grande Guerre 1914-1918, 80 ans d\u2019historiographie et de repr\u00e9sentations<\/em>, Montpellier, ESID, 2002, p. 339-364. L\u2019article est disponible \u00e0 l\u2019adresse suivante&nbsp;: <a href=\"http:\/\/dominique.richert.free.fr\/cahiers1\/remy%20cazals\/index.htm\"><span>http:\/\/dominique.richert.free.fr\/cahiers1\/remy%20cazals\/index.htm<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span>Un site internet r\u00e9alis\u00e9 par le gendre d\u2019Ulrich Richert, fils de Dominique. On y trouve des extraits du manuscrit original, des photographies de Dominique Richert, avant, pendant et apr\u00e8s la guerre, une carte retra\u00e7ant son parcours et d\u2019autres informations qui compl\u00e8tent la lecture de ce beau t\u00e9moignage&nbsp;: <a href=\"http:\/\/dominique.richert.free.fr\/index.htm\"><span>http:\/\/dominique.richert.free.fr\/index.htm<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p>Marty C\u00e9dric, 20 mars 2010.<\/p>\n<p>Nouvelle \u00e9dition du livre de Dominique Richert par La Nu\u00e9e bleue, 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin Le 16 octobre 1913, \u00e2g\u00e9 alors de vingt ans et c\u00e9libataire, Dominique Richert&nbsp; est incorpor\u00e9&nbsp; dans la premi\u00e8re compagnie du 112e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie, stationn\u00e9 \u00e0 Mulhouse. Il est agriculteur \u00e0 Saint-Ulrich dans le Sundgau. En septembre 14, il est envoy\u00e9 en Belgique, puis en Roumanie en avril 1915. 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