{"id":245,"date":"2010-04-08T08:46:05","date_gmt":"2010-04-08T07:46:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=245"},"modified":"2021-09-09T17:31:03","modified_gmt":"2021-09-09T16:31:03","slug":"dauzat-albert-1877-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/04\/08\/dauzat-albert-1877-1955\/","title":{"rendered":"Dauzat, Albert (1877-1955)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 4 juillet 1877 \u00e0 Gu\u00e9ret (Creuse), mort le 31 octobre 1955 \u00e0 Alger. Fils de Marien Dauzat, agr\u00e9g\u00e9 de math\u00e9matiques puis inspecteur d&rsquo;acad\u00e9mie et d&rsquo;Elizabeth Roche. Brillant \u00e9l\u00e8ve au coll\u00e8ge d&rsquo;Auxerre en 1885 et 1886 puis au lyc\u00e9e de Chartres o\u00f9 il passe son baccalaur\u00e9at en 1894. Poursuit ses \u00e9tudes \u00e0 Paris et obtient une licence \u00e8s lettres en 1896. Th\u00e8se de droit en 1899 puis th\u00e8se de lettres en 1906. Suit des cours au Coll\u00e8ge de France et \u00e0 l&rsquo;Ecole pratique des hautes \u00e9tudes. Dipl\u00f4m\u00e9 de cette \u00e9cole. Se sp\u00e9cialise dans l&rsquo;\u00e9tude des argots fran\u00e7ais et franco-proven\u00e7aux. Nombreux voyages \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger&nbsp;: Suisse, Italie et Espagne. Devient ma\u00eetre de conf\u00e9rence \u00e0 la V<sup>e<\/sup> section de l&rsquo;\u00c9cole pratique des hautes \u00e9tudes en 1913. Fondateur et directeur de la revue de linguistique <em>Le Fran\u00e7ais moderne<\/em>.<\/p>\n<p>N&rsquo;a pas accompli son service militaire. Ajourn\u00e9 \u00e0 deux reprises puis class\u00e9 dans le service auxiliaire pour une s\u00e9v\u00e8re myopie. Se retrouve donc \u00e0 la mobilisation, vu son \u00e2ge, dans la territoriale de l&rsquo;auxiliaire. Bien que n&rsquo;ayant aucune comp\u00e9tence particuli\u00e8re, y occupe un poste d&rsquo;infirmier \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re dans la r\u00e9gion de Ch\u00e2teaudun. Si l&rsquo;on en croit le t\u00e9moignage qui suit, il semble que Dauzat n&rsquo;ait pu accomplir sa t\u00e2che d&rsquo;infirmier que jusqu&rsquo;au 5 septembre 1914. Il semble alors avoir \u00e9t\u00e9 mis en disposition pour cause d&rsquo;inadaptation physique \u00e0 &nbsp;l&#8217;emploi. Sera r\u00e9form\u00e9 d\u00e9finitivement le 29 janvier 1915 pour endocardite.<\/p>\n<p>Publie durant la guerre plusieurs ouvrages la concernant. Poursuivant ses travaux universitaires, l&rsquo;auteur m\u00e8ne une vaste enqu\u00eate d\u00e8s 1917 sur l&rsquo;argot militaire par le biais du <em>Bulletin des Arm\u00e9es<\/em> qui aboutira en 1918 \u00e0 la publication de <em>L&rsquo;argot de la guerre d&rsquo;apr\u00e8s une enqu\u00eate aupr\u00e8s des Officiers et Soldats. <\/em>Fervent admirateur des th\u00e8ses de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules, il publie en 1919 <em>L\u00e9gendes, Proph\u00e9ties et Superstitions de la Guerre<\/em>.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><em>Impressions et Choses vues (juillet-d\u00e9cembre 1914). Les Pr\u00e9liminaires de la Guerre &#8211; Le Carnet d&rsquo;un Infirmier militaire &#8211; Le Journal de Barzac, <\/em>Attinger Fr\u00e8res, s.d. [1916 selon Jean Vic], 270 p.<\/p>\n<p>Pr\u00e9face de l&rsquo;auteur. Un seul passage censur\u00e9, p 92 mais selon Romain Rolland (<em>Journal des ann\u00e9es de guerre, <\/em>Albin Michel, 1952, p 698) qui cite une lettre de Dauzat, \u00ab&nbsp;&#8230; la censure lui a coup\u00e9 quelques pages o\u00f9 il maudissait la guerre.&nbsp;\u00bb Dauzat lui-m\u00eame \u00e9voquera pas moins de quatre convocations \u00e0 la censure en d\u00e9cembre 1915 pour cette publication dans <em>Eph\u00e9m\u00e9rides 1914-1915<\/em>, pp 72-105. Cet ouvrage r\u00e9tablit, plus de vingt ans apr\u00e8s, la trentaine de passages \u00e9chopp\u00e9s dans le t\u00e9moignage analys\u00e9 ici.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage d&rsquo;Albert Dauzat pr\u00e9sent\u00e9 ici a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la vigilance de Jean Norton Cru, sans doute \u00e0 cause de l&rsquo;origine franco-suisse de cette \u00e9dition. Il est toutefois recens\u00e9 par Jean Vic dans <em>La litt\u00e9rature de guerre, <\/em>Payot, 1918, pp 301-302.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Dauzat a la forme d&rsquo;un journal divis\u00e9 en 3 parties que nous suivrons ici. Comme son titre l&rsquo;indique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un journal constitu\u00e9 de \u00ab&nbsp;choses vues&nbsp;\u00bb et not\u00e9es souvent au jour le jour pour la p\u00e9riode allant de juillet \u00e0 d\u00e9cembre 1914. Voyageant en Autriche \u00e0 la veille de la d\u00e9claration de guerre et pressentant l&rsquo;\u00e9volution des \u00e9v\u00e9nements, Dauzat rejoint au plus vite la France pour y accomplir ses obligations militaires. Son engagement est \u00e0 l&rsquo;image de celui de nombreux intellectuels&nbsp;contemporains : \u00ab&nbsp;Cette guerre, que la France n&rsquo;a pas voulue et par laquelle elle d\u00e9fend son ind\u00e9pendance, son patrimoine national, nous a surpris dans un \u00e9tat imparfait et incomplet de pr\u00e9paration militaire (&#8230;)&nbsp;\u00bb (pr\u00e9face).<\/p>\n<p>Favorable \u00e0 une guerre qu&rsquo;il juge d\u00e9fensive, le t\u00e9moin n&rsquo;en demeure pas moins critique quant \u00e0 l&rsquo;organisation mat\u00e9rielle et au climat id\u00e9ologique de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre. Mais cette clairvoyance est intermittente et parfois ambigu\u00eb. L&rsquo;invention du personnage de Barzac, un intellectuel teint\u00e9 de nationalisme et qui semble n&rsquo;\u00eatre que le double ironique de l&rsquo;auteur, lui permet de d\u00e9crire les affres d&rsquo;un homme cultiv\u00e9 aux prises avec les r\u00e9alit\u00e9s triviales de la guerre, surtout lorsque l&rsquo;on manque de galon&#8230; Ce proc\u00e9d\u00e9 litt\u00e9raire lui permet aussi de reprendre \u00e0 plus ou moins bon compte, notamment dans la 3<sup>e<\/sup> partie intitul\u00e9e <em>Le journal de Barzac<\/em>, tous les poncifs nationalistes que les intellectuels fran\u00e7ais d\u00e9velopp\u00e8rent au moment de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre.<\/p>\n<p>Il faut sans doute lire le t\u00e9moignage de Dauzat comme \u00e9minemment ironique, m\u00eame si cette ironie n&rsquo;est pas toujours compl\u00e8tement d\u00e9barrass\u00e9e de l&rsquo;id\u00e9ologie dominante du moment. Son texte t\u00e9moigne des d\u00e9chirements auxquels durent faire face certains intellectuels. Cette dimension atypique du t\u00e9moignage de Dauzat, qui joue souvent \u00e0 merveille d&rsquo;un double langage, semble avoir en partie \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la vigilance de la censure.<\/p>\n<p>L&rsquo;attitude de Dauzat, sans doute li\u00e9e \u00e0 ses travaux sur \u00ab&nbsp;les l\u00e9gendes&nbsp;\u00bb de la guerre, \u00e9voluera par la suite vers des positions plus critiques envers la guerre, ce dont t\u00e9moignent ses \u00e9crits ult\u00e9rieurs sur Romain Rolland. Nous aurions facilement tendance \u00e0 penser que cette dimension est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans le t\u00e9moignage pr\u00e9sent\u00e9 ici. Elle ne pouvait amener par la suite son auteur qu&rsquo;\u00e0 des positions nettement plus pacifi\u00e9es et m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chies.<\/p>\n<p><em> <\/em><em>Les pr\u00e9liminaires de la guerre<\/em><\/p>\n<p>22 juillet&nbsp;: Dauzat est au Tyrol autrichien. Dialogue avec un touriste fran\u00e7ais qui \u00e9voque combien la cour de Vienne, la presse et l&rsquo;opinion publique autrichiennes sont pr\u00eates \u00e0 en d\u00e9coudre avec les Serbes.<\/p>\n<p>25 et 27 juillet&nbsp;: Rupture austro-serbe. \u00ab&nbsp;Tout le monde a compris que c&rsquo;est la guerre. Chants, cris, manifestations patriotiques durant toute la nuit.&nbsp;\u00bb Mobilisation dans l&rsquo;enthousiasme populaire. D\u00e9j\u00e0 sensible \u00e0 ses futures recherches, Dauzat note&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Le faux se m\u00eale parfois au vrai.&nbsp;\u00bb D\u00e9part des premiers soldats et des touristes. R\u00e9flexion d&rsquo;un contr\u00f4leur dans le train&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi la guerre&nbsp;? Nous ne demandons qu&rsquo;\u00e0 travailler et \u00e0 manger. Ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9cid\u00e9e sont idiots.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>27-30 juillet&nbsp;: Passage du t\u00e9moin par la Suisse. Lecture de la presse locale et fran\u00e7aise. \u00ab&nbsp;On se rapproche, par petites \u00e9tapes&nbsp;: on \u00e9prouve le besoin d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la port\u00e9e de son pays, afin de rejoindre au premier appel.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>30 juillet&nbsp;: Retour en France o\u00f9 se pr\u00e9pare la mobilisation. Pleurs des femmes. Discussion dans le train sur la mobilisation. Un Alsacien s&rsquo;est enfui pour rejoindre la France et y \u00eatre mobilis\u00e9.<\/p>\n<p>31 juillet&nbsp;: Paris. Sang froid et bonne humeur dans la capitale. La vie normale continue. Certains ne croient pas \u00e0 la guerre&nbsp;: les journaux cherchent \u00e0 effrayer les gens pour vendre du papier. Guillaume II d\u00e9cr\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat de menace de guerre.<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt&nbsp;: Rapporte diff\u00e9rentes rumeurs sur le sens de la mort de Jaur\u00e8s. Se rend chez lui pour pr\u00e9parer son d\u00e9part. \u00ab&nbsp;Jamais je ne me suis senti plus de sang froid ni de lucidit\u00e9.&nbsp;\u00bb Affiches de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. \u00ab&nbsp;Territorial de l&rsquo;auxiliaire, n&rsquo;ayant jamais fait de service militaire, je ne suis \u00e9videmment pas g\u00e2t\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>2 ao\u00fbt&nbsp;: d\u00e9part. \u00ab&nbsp;Dans le train, les hommes se parlent. En ce moment, les taciturnes \u00e9prouvent le besoin d&rsquo;\u00eatre bavards. Il faut communiquer ses pens\u00e9es et sa foi dans le succ\u00e8s, identique chez tous.&nbsp;\u00bb A Chartres, les mobilis\u00e9s entament la Marseillaise. Arriv\u00e9e \u00e0 Ch\u00e2teauvieux. Prise de contact avec un m\u00e9decin qui lui dit : \u00ab&nbsp;&#8211; Infirmier&nbsp;? Vous avez aussi \u00e0 vous armer de courage. Les autres conna\u00eetront les enthousiasmes de la guerre&nbsp;; nous nous n&rsquo;en verrons que les aspects cruels et douloureux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><em>Le carnet d&rsquo;un infirmier militaire<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em>P\u00e9riode du 2 ao\u00fbt au 5 septembre&nbsp;:<\/p>\n<p>Affect\u00e9 dans un h\u00f4pital cr\u00e9\u00e9 dan un couvent. Dirig\u00e9 par des religieuses, il a une section militaire qui soigne des militaires malades. Les autres infirmiers ne sont pas plus qualifi\u00e9s que Dauzat.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 5 ao\u00fbt, s&rsquo;int\u00e9resse aux rumeurs n\u00e9es de la rar\u00e9faction des sources d&rsquo;information et la mise en place de la censure&nbsp;: Caillaux assassin\u00e9 par le fr\u00e8re de Calmette (en liaison avec l&rsquo;assassinat de Jaur\u00e8s), espionnite, rumeur sur les plaques Kub. Dauzat demeure fortement influenc\u00e9 par les travaux de Le Bon sur la psychologie des foules qu&rsquo;il conna\u00eet et cite.<\/p>\n<p>Perception de la neutralit\u00e9 italienne. D\u00e9nonciation des flatteries diplomatiques fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Re\u00e7oit des nouvelles de Paris&nbsp;: destruction des laiteries Maggi dont la rumeur pr\u00e9tend que le lait est empoisonn\u00e9 et destruction des commerces pressentis comme appartenant \u00e0 des Allemands. D\u00e9nonce la flamb\u00e9e des prix dans la capitale qui, selon lui, explique l&rsquo;apparition de ces violences.<\/p>\n<p>Emploie le terme d&rsquo;&nbsp;\u00ab&nbsp;embusqu\u00e9&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer des hussards en traitement. Certains malades enveniment leurs plaies pour ne pas partir sur le front. D&rsquo;autres cherchent \u00e0 se rendre absolument indispensables (8 ao\u00fbt).<\/p>\n<p>Les religieuses qui n&rsquo;aiment pas voir les infirmiers ou les malades inoccup\u00e9s les assomment de labeur (recours \u00e0 la main d&rsquo;\u0153uvre militaire qu&rsquo;on ne paie pas&#8230;) Elles-m\u00eames ne se m\u00e9nagent pas \u00e0 la t\u00e2che mais commandent et sont respect\u00e9es. Dauzat juge que \u00ab&nbsp;ces fourmis laborieuses qui se sont asexu\u00e9es en s&rsquo;adonnant exclusivement au travail&nbsp;\u00bb manquent de \u00ab&nbsp;sensibilit\u00e9&nbsp;\u00bb. Elles ont aussi par rapport \u00e0 la mort un sentiment d&rsquo;accoutumance qui est et sera n\u00e9cessaire au bon fonctionnement de leur \u00e9tablissement.<\/p>\n<p>L&rsquo;intellectuel d\u00e9couvre un monde qu&rsquo;il ne c\u00f4toyait pas jusque l\u00e0&nbsp;et s&rsquo;adonne \u00e0 des t\u00e2ches jug\u00e9es r\u00e9pugnantes : ses camarades ont du mal \u00e0 comprendre qu&rsquo;il puisse passer autant de temps \u00e0 \u00e9crire&#8230; Dauzat fait intervenir pour la premi\u00e8re le personnage de Barzac. Celui-ci d\u00e9plore \u00ab&nbsp;cette organisation qui ne tient compte ni de l&rsquo;intelligence, ni des capacit\u00e9s, ni de la situation sociale (&#8230;)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Mention des premi\u00e8res rumeurs teint\u00e9es de bourrage de cr\u00e2ne pr\u00e9tendant que les Allemands sont d\u00e9moralis\u00e9s et qu&rsquo;on va les prendre par la famine (11 ao\u00fbt).<\/p>\n<p>Rumeurs sur les pertes dans les combats d&rsquo;Altkirch d\u00e9menties par le gouvernement (12 ao\u00fbt).<\/p>\n<p>Doute de l&rsquo;auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;\u00e9vacuation provisoire de Mulhouse \u00ab&nbsp;pour des raisons strat\u00e9giques&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ironie \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du clerg\u00e9 fran\u00e7ais qui, comme son homologue allemand, souhaite la destruction de l&rsquo;ennemi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Singuli\u00e8re mentalit\u00e9, tout de m\u00eame, qui a transform\u00e9 le Christ d&rsquo;amour et de piti\u00e9 en Mars guerrier et massacreur&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e de bless\u00e9s locaux victimes d&rsquo;accidents de cheval&nbsp;: les chevaux r\u00e9quisitionn\u00e9s s&rsquo;affolent lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s pour des t\u00e2ches guerri\u00e8res.<\/p>\n<p>Pression des religieuses pour que les infirmiers assistent aux offices&nbsp;: \u00ab&nbsp;mais, sur une vingtaine que nous sommes, il n&rsquo;y a peut-\u00eatre pas deux croyants.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les journaux, eux, continuent toujours \u00e0 sonner la m\u00eame fanfare, et ils ont raison de vouloir entretenir la confiance&nbsp;: mais ils ne donnent plus le diapason de l&rsquo;opinion publique.&nbsp;\u00bb (24 ao\u00fbt)<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e d&rsquo;\u00e9migrants provenant du bassin de Briey. Attitude \u00ab&nbsp;r\u00e9sign\u00e9e, mais point trop abattue.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Les \u00e9migrants ne sont point trop loquaces. Les femmes parlent d&rsquo;une voix monotone, comme si elles r\u00e9citaient une le\u00e7on apprise. Beaucoup racontent comme ayant vu ce qu&rsquo;ils ont entendu dire&nbsp;: ainsi se forment les l\u00e9gendes.&nbsp;\u00bb Evocation des atrocit\u00e9s allemandes (26 ao\u00fbt).<\/p>\n<p>Evocation de la rumeur et des fantasmagories sur \u00ab&nbsp;la poudre de Turpin&nbsp;\u00bb (29 ao\u00fbt)<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e par le train du premier convoi de bless\u00e9s venant du front. \u00ab&nbsp;Vision poignante et inoubliable. \u00bb Prise en charge d&rsquo;une partie de ces bless\u00e9s. Lorsque le quota de places disponible est atteint, ceux qui n&rsquo;ont pu \u00eatre pris en charge poursuivent leur route jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital suivant&#8230; (30 ao\u00fbt) Arriv\u00e9e d&rsquo;un second convoi de 300 bless\u00e9s. Les ordres re\u00e7us parlent de \u00ab&nbsp;paille pour recevoir bless\u00e9s&nbsp;\u00bb et pr\u00e9voient \u00ab&nbsp;d&rsquo;\u00e9vacuer les moins atteints sur les communes environnantes.&nbsp;\u00bb (31 ao\u00fbt)<\/p>\n<p>D\u00e9part pour la Suisse du personnage de Barzac, suite \u00e0 de graves probl\u00e8mes de sant\u00e9. Nous n&rsquo;avons pas pu d\u00e9terminer de fa\u00e7on certaine si l&rsquo;auteur a r\u00e9ellement pu quitter son affectation ou si il a ici simplement recours \u00e0 un proc\u00e9d\u00e9 purement litt\u00e9raire et fictif, lui permettant de se distancier \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des th\u00e8ses d\u00e9fendues par Barzac. La suite du t\u00e9moignage laisse toutefois \u00e0 penser que Dauzat-Barzac a pu r\u00e9ellement quitter son poste, sans doute \u00e0 cause de probl\u00e8me de sant\u00e9 et d&rsquo;une inadaptation physique \u00e0 la t\u00e2che d&rsquo;infirmier (5 septembre).<\/p>\n<p><em>Le journal de Barzac<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em>Barzac se rend \u00e0 Paris. La ville est calme. Il se plonge dans la lecture des journaux fran\u00e7ais et \u00e9trangers avec un m\u00e9lange de cr\u00e9dulit\u00e9 et de sens critique (\u00e9vocation de la \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;poudre \u00e0 punaises&nbsp;\u00bb [= m\u00e9linite] (&#8230;) \u00e0 laquelle toute la population croit avec la foi du charbonnier.&nbsp;\u00bb) Passages particuli\u00e8rement int\u00e9ressants o\u00f9 se m\u00ealent chez l&rsquo;intellectuel \u00e0 la fois une certaine forme de cr\u00e9dulit\u00e9 et des moments d&rsquo;\u00e9veils critiques provoqu\u00e9s par la comparaison entre la presse fran\u00e7aise et italienne. Du fait de la rar\u00e9faction des sources d&rsquo;information, la presse joue et jouera un r\u00f4le d\u00e9terminant dans son positionnement id\u00e9ologique (5 septembre).<\/p>\n<p>Poursuite du voyage avec \u00e9tapes par Dijon, D\u00f4le, Pontarlier. \u00ab&nbsp;L&rsquo;entr\u00e9e des journaux suisses est interdite, mais on se les procure en cachette.&nbsp;\u00bb (7 septembre).<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e en Suisse (10 septembre). Division de l&rsquo;opinion publique dans ce pays neutre selon qu&rsquo;on se trouve dans une partie francophile ou germanophile. Peur d&rsquo;une agression italienne. Consultation de la presse allemande. S&rsquo;int\u00e9resse au rapport entre la publicit\u00e9 et la guerre. Comprend que la guerre id\u00e9ologique est aussi importante que la guerre militaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Etats-Majors luttent \u00e0 coup de bulletins comme \u00e0 coups de canons&nbsp;; il ne leur faut pas moins de strat\u00e9gie pour pallier une d\u00e9faite sur le papier que pour gagner une victoire sur le terrain.&nbsp;\u00bb Analyse la violation de la neutralit\u00e9 belge (14 septembre). La lecture de la presse immerge Barzac dans les r\u00e9cits de propagande journalistiques&nbsp;: balles dum-dum, destruction de la cath\u00e9drale de Reims (18 septembre), engagement nationaliste des intellectuels allemands (22 septembre), \u00ab&nbsp;insomnies du Kaiser&nbsp;\u00bb (30 septembre). Analyse de \u00ab&nbsp;la faillite du socialisme&nbsp;\u00bb (8 octobre), de l&rsquo;appel des intellectuels allemands (9 octobre) mais aussi des positions de Romain Rolland dans sa r\u00e9ponse aux intellectuels allemands (\u00ab&nbsp;On rendra alors justice aux magnifiques pages, si courageuses, de Romain Rolland, qui a eu assez de force d&rsquo;\u00e2me pour s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de la m\u00eal\u00e9e et pour maudire, non pas tel homme ou tel groupe qui passe, mais le fl\u00e9au et les causes profondes de la boucherie fratricide qui d\u00e9chire l&rsquo;Europe.&nbsp;\u00bb) &nbsp;(3-4 novembre). L&rsquo;air de la Suisse semble produire sur l&rsquo;auteur des effets pacificateurs et critiques. La censure a parfois laiss\u00e9 compl\u00e8tement passer des aspects qui d\u00e9voilent comment se positionne Dauzat d\u00e8s le d\u00e9but du conflit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non&nbsp;! l&rsquo;ennemi parce qu&rsquo;il est ennemi, n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une \u00ab&nbsp;sale race&nbsp;\u00bb qu&rsquo;il faut exterminer (&#8230;) Il faut savoir respecter l&rsquo;ennemi et lui reconna\u00eetre ses qualit\u00e9s. Les Allemands combattent pour leur patrie comme nous pour la n\u00f4tre&nbsp;; ils croient comme nous qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 victimes d&rsquo;une agression (&#8230;)&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;La vraie France n&rsquo;est pas repr\u00e9sent\u00e9e par les journaux qui crachent et bavent \u00e0 jet continu sur l&rsquo;adversaire et qui existent le peuple \u00e0 des haines de race.&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;C&rsquo;est l\u00e0 encore une des cons\u00e9quences f\u00e2cheuse du service militaire obligatoire, qui a jet\u00e9 les intellectuels dans la m\u00eal\u00e9e du combat et des haines, alors qu&rsquo;ils devraient demeurer au-dessus des conflits guerriers et travailler au rapprochement des \u00e9lites, \u00e0 la r\u00e9conciliations des races.&nbsp;\u00bb (13 novembre)<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Paris, Dauzat-Barzac d\u00e9plore l&rsquo;absence de la presse \u00e9trang\u00e8re qui lui a servi \u00e0 mod\u00e9rer ses convictions premi\u00e8res. La vie dans la capitale n&rsquo;a gu\u00e8re chang\u00e9, entre \u00ab&nbsp;d\u00e9vouement et \u00e9go\u00efsme&nbsp;\u00bb. Les terribles pertes du d\u00e9but du conflit ne semblent pas avoir affect\u00e9 outre mesure la population civile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi pr\u00e9tendre que la guerre a transform\u00e9 notre mentalit\u00e9&nbsp;? Il n&rsquo;y a rien de chang\u00e9, \u00e0 part les sujets de conversation. A bien y r\u00e9fl\u00e9chir, il ne pouvait en \u00eatre autrement. Les m\u00eames hommes restent avec les m\u00eames cerveaux&#8230;&nbsp;\u00bb L&rsquo;auteur cite des \u00ab&nbsp;choses&nbsp;\u00bb entendues dans le m\u00e9tro qui montrent que la guerre et ses in\u00e9vitables cons\u00e9quences sont \u00e0 cette \u00e9poque parfaitement entr\u00e9es dans les m\u0153urs&nbsp;: \u00ab&nbsp;&#8211; Oui, c&rsquo;est mon mari qui est mort. Que voulez-vous&nbsp;? il n&rsquo;est pas le seul. On s&rsquo;en doutait bien quand il est parti.&nbsp;\u00bb Les \u0153uvres de charit\u00e9 accomplissent pourtant leur besogne pour ceux du front (18 d\u00e9cembre). Le peuple est patient, il demeure \u00ab&nbsp;magnifique de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et pr\u00eat \u00e0 tous les sacrifices comme \u00e0 toutes les temporisations.&nbsp;\u00bb (20 d\u00e9cembre) Le gouvernement est de retour dans la capitale. Dauzat-Barzac passe en conseil de r\u00e9vision \u00e0 Vincennes, d\u00e9crit la sc\u00e8ne mais ne dit rien de son sort. Son t\u00e9moignage s&rsquo;ach\u00e8ve avec l&rsquo;\u00e9vocation de la f\u00eate de No\u00ebl, \u00ab&nbsp;(&#8230;) f\u00eate plus retenue sans doute, moins bruyante peut-\u00eatre, &#8211; f\u00eate tout de m\u00eame.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;On s&rsquo;est fait \u00e0 la guerre avec une impassibilit\u00e9 stup\u00e9fiante. On oublie trop les autres, ceux qui \u00e0 vingt-cinq lieues se font trouer la peau, chaque jour, chaque heure, chaque minute, h\u00e9ros obscurs qui assurent la s\u00e9curit\u00e9 de ceux d&rsquo;ici.&nbsp;\u00bb (26 d\u00e9cembre)<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>Dauzat Albert, \u00ab&nbsp;Romain Rolland&nbsp;\u00bb, <em>Les Cahiers id\u00e9alistes fran\u00e7ais, <\/em>6 juillet 1917.<\/p>\n<p>Dauzat Albert, <em>L&rsquo;argot de la guerre d&rsquo;apr\u00e8s une enqu\u00eate aupr\u00e8s des Officiers et Soldats, <\/em>Armand Colin, 1918, 195 p. [r\u00e9\u00e9d. 2007, 277 p.]<em> <\/em><\/p>\n<p>Dauzat Albert, \u00ab&nbsp;Le pr\u00e9jug\u00e9 de la race&nbsp;\u00bb<em>, Revue politique et parlementaire<\/em>, 1918, tome 97, n\u00b0 287-289, pp 77 &#8211; 84.<\/p>\n<p>Dauzat Albert, <em>L\u00e9gendes, Proph\u00e9ties et Superstitions de la Guerre, <\/em>La Renaissance du Livre, s.d. [1919], 283 p. (voir l&rsquo;analyse de cet ouvrage sur ce site).<\/p>\n<p>Dauzat Albert, <em>Eph\u00e9m\u00e9rides 1914-1915, <\/em>R. Debresse, 1937, 108 p. (Evoque pr\u00e9cis\u00e9ment &#8211; et avec humour&#8230; &#8211; comment le t\u00e9moignage analys\u00e9 ici fut censur\u00e9. R\u00e9tablit la totalit\u00e9 des passages censur\u00e9s).<\/p>\n<p>J.F. Jagielski, avril 2010<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 4 juillet 1877 \u00e0 Gu\u00e9ret (Creuse), mort le 31 octobre 1955 \u00e0 Alger. Fils de Marien Dauzat, agr\u00e9g\u00e9 de math\u00e9matiques puis inspecteur d&rsquo;acad\u00e9mie et d&rsquo;Elizabeth Roche. Brillant \u00e9l\u00e8ve au coll\u00e8ge d&rsquo;Auxerre en 1885 et 1886 puis au lyc\u00e9e de Chartres o\u00f9 il passe son baccalaur\u00e9at en 1894. 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