{"id":247,"date":"2010-04-20T20:16:31","date_gmt":"2010-04-20T19:16:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=247"},"modified":"2021-09-09T17:31:21","modified_gmt":"2021-09-09T16:31:21","slug":"giboulet-justin-1887-1973","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/04\/20\/giboulet-justin-1887-1973\/","title":{"rendered":"Giboulet, Justin (1887-1973)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Justin Rodolphe Fran\u00e7ois Giboulet est n\u00e9 le 15 avril 1887 \u00e0 Villeneuve-Minervois (Aude). Son p\u00e8re \u00e9tait mar\u00e9chal-ferrant&nbsp;; sa m\u00e8re, \u00e9pici\u00e8re. Il entra \u00e0 l\u2019Ecole primaire sup\u00e9rieure de Limoux, puis \u00e0 l\u2019Ecole normale de Carcassonne. Apr\u00e8s un an de service militaire au 163<sup>e<\/sup> RI en Corse, il commen\u00e7a sa carri\u00e8re d\u2019instituteur en 1908 \u00e0 Auriac, puis fut nomm\u00e9 \u00e0 Alzonne apr\u00e8s son mariage en 1910, en poste double avec sa femme. Une fille naquit en 1912&nbsp;; un fils apr\u00e8s la guerre. Il \u00e9tait patriote, de sensibilit\u00e9 politique de gauche, anticl\u00e9rical sans exc\u00e8s. Il fit la guerre successivement au 343<sup>e<\/sup> RI, au 215<sup>e<\/sup> \u00e0 partir de janvier 1916, au 261<sup>e<\/sup> \u00e0 partir d\u2019octobre 1918. Sergent en 1914, il devint adjudant en mai 1918, mais ne voulut pas devenir officier. Il resta principalement dans les Vosges&nbsp;; dans l\u2019Aisne en juillet 1917. Le m\u00e9moire de Solenne Boitreaud cit\u00e9 plus bas donne un index des noms de lieux mentionn\u00e9s dans le t\u00e9moignage.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Son fils Jean a conserv\u00e9 6 carnets originaux de petit format, en tout 397 pages + 17 feuilles volantes, 134 photos sur papier assez int\u00e9ressantes, et divers papiers et objets. Les notes commencent au 4 ao\u00fbt 1914 et s\u2019interrompent au 10 ao\u00fbt 1917. L\u2019\u00e9criture est \u00ab&nbsp;tant\u00f4t calme et pos\u00e9e, tant\u00f4t agit\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Solenne Boitreaud dans le premier volume de son m\u00e9moire de ma\u00eetrise, <em>Les Carnets de guerre (1914-1917) de Justin Giboulet, sergent mitrailleur dans les Vosges<\/em>, Universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, 2000, 139 p. Le deuxi\u00e8me volume, 91 p., donne la transcription int\u00e9grale des carnets. L\u2019argot de la tranch\u00e9e dans les carnets d\u2019un instituteur se retrouve dans un glossaire qui compl\u00e8te l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">L\u2019index des th\u00e8mes \u00e9tabli par Solenne Boitreaud comprend les entr\u00e9es suivantes&nbsp;: abri, artillerie allemande, artillerie fran\u00e7aise, avions, ba\u00efonnette, bicyclette, bless\u00e9s, blockhaus, bombardement, boucherie, cantonnement, charges, charnier, commission de r\u00e9forme, conseil de guerre, coup de main, couteaux, d\u00e9p\u00f4t, embusqu\u00e9s, exercice, femme, fraternisations, information, jeu, lecture, lettres (et paquets), maladie, m\u00e9sentente, mitrailleuse, morts, mutineries, nourriture, observatoire, officier, permission, photographie, popote, prisonnier, promotion, r\u00e9compense, reconnaissance, religion, rumeur, stage, strat\u00e9gie, t\u00e9l\u00e9phone, tranch\u00e9e, travaux, viol. Autant de th\u00e8mes classiques dans les carnets de combattants, mais abord\u00e9s ici avec des d\u00e9veloppements int\u00e9ressants. On retiendra quelques passages.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Les recommandations re\u00e7ues le 17 ao\u00fbt 14&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les obus allemands peu dangereux. Les \u00e9clats ne traversent pas le sac. Les charges \u00e0 la ba\u00efonnette irr\u00e9sistibles. En pays annex\u00e9 se m\u00e9fier. Ne rien accepter des boissons que l\u2019on nous offre. Ne rien r\u00e9pondre aux questions pos\u00e9es par les civils.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; 18 septembre 14, pr\u00e8s de Mandray&nbsp;: \u00ab&nbsp;Impression de cimeti\u00e8re. Fusils fran\u00e7ais abandonn\u00e9s par cinq et six, vareuses, etc. B\u00e9rets de chasseurs alpins. Route sem\u00e9e d\u2019\u00e9tuis de cartouches allemandes. Les n\u00f4tres y ont laiss\u00e9 beaucoup d\u2019hommes. Nous abordons la for\u00eat. Arbres bris\u00e9s. Terre battue, innombrables effets laiss\u00e9s par les Allemands, des tas de capotes, des casques, des sacs ensanglant\u00e9s, culots d\u2019obus de batterie de montagne. Apr\u00e8s le caf\u00e9, chacun fait provision de souvenirs. Mandray, croix en bois blanc avec inscriptions allemandes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Fin du mois [mai 1916]&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vie tranquille sans incident. Les Boches n\u2019ont pas lanc\u00e9 un obus. Gaudry, le capitaine de la 17 qui n\u2019a la cote avec personne, m\u2019engueule deux fois dans la m\u00eame journ\u00e9e au sujet de mon b\u00e9ret et menace de me mettre dedans. Il trouve que les hommes sont trop bruyants et ne saluent pas. Type p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l\u2019esprit militaire, consistant, d\u2019apr\u00e8s lui, dans l\u2019observation stricte des attitudes r\u00e9glementaires et dans l\u2019ex\u00e9cution des conneries les plus stupides. Tr\u00e8s courageux dans son gourbi et profond strat\u00e8ge en chambre, tr\u00e8s satisfait de son physique, se croit irr\u00e9sistible. [\u2026] L\u2019esprit de bluff r\u00e8gne dans l\u2019arm\u00e9e&nbsp;: la probit\u00e9 fait parfois d\u00e9faut. Tout se traduit par le \u00ab\u00a0compte rendu\u00a0\u00bb o\u00f9 chacun tente de tirer la couverture \u00e0 soi. Personne ne veut rien foutre et chacun r\u00e9crimine quand un camarade obtient une promotion ou une r\u00e9compense. Beaucoup d\u2019officiers s\u2019occupent trop de leur personne et pas assez de leurs hommes et se moquent pas mal de leur sant\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; 15 au 31 ao\u00fbt 1916&nbsp;: \u00e9vocation de \u00ab&nbsp;patrouilles qui ne se faisaient heureusement que sur les comptes rendus&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; 18 octobre 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Beaucoup de bourgeois carcassonnais ou d\u2019autres lieux, qui n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 au front, se cramponnaient au d\u00e9p\u00f4t \u00e0 prix d\u2019argent. Les pauvres bless\u00e9s \u00e9taient souvent r\u00e9exp\u00e9di\u00e9s imparfaitement gu\u00e9ris si bien que, de Lyon ou du front, on les r\u00e9\u00e9vacuait sur le d\u00e9p\u00f4t. Les autres s\u2019arrangeaient pour se faire verser dans l\u2019Auxiliaire. C\u2019est ce que fit Farges, marchand de chiffons \u00e0 Carcassonne. Le matin, il passe la visite \u00e0 la suite de laquelle on le verse dans l\u2019Auxiliaire. Occasion de grande bombance. Il soupe au Terminus avec trois majors qu\u2019il avait invit\u00e9s et ils vont finir la soir\u00e9e chez Ren\u00e9e, rue Basse n\u00b0 10. [\u2026] Voil\u00e0 ce qu\u2019\u00e9tait, au d\u00e9but de la guerre, la vie de ces bourgeois m\u00e9prisants et orgueilleux&nbsp;: serrer les fesses et trembler le jour dans un d\u00e9p\u00f4t, et accomplir des prouesses la nuit dans un bordel. Et pendant ce temps, les autres se faisaient casser la gueule. On se sent parfois anim\u00e9 de sourde col\u00e8re quand on pense \u00e0 tout cela, \u00e0 l\u2019existence d\u2019un r\u00e9gime qui permet \u00e0 ces professeurs de patriotisme d\u2019avant-guerre, \u00e0 tous les cur\u00e9s, \u00e0 tous les politiciens, aux riches bourgeois de se d\u00e9filer pendant que les pauvres bougres qui n\u2019ont que le travail de leurs bras vont se faire trouer la peau. Les Boches sont moins odieux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Juin 1917, au Violu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tous les journaux, comme s\u2019ils ob\u00e9issaient \u00e0 un mot d\u2019ordre, parlent en faveur du poilu dont il faut am\u00e9liorer les conditions d\u2019existence. Divers bruits circulent&nbsp;: des divisions se sont mutin\u00e9es, ont refus\u00e9 de monter aux tranch\u00e9es. Des trains de permissionnaires ont manifest\u00e9. [\u2026] Au cours de la r\u00e9union des officiers \u00e0 la mairie de Granges, P\u00e9tain avoua que la situation n\u2019\u00e9tait pas brillante, qu\u2019il fallait \u00e9viter d\u2019emb\u00eater le poilu surtout au repos, tout au plus une heure ou deux heures d\u2019exercice, pour veiller surtout \u00e0 l\u2019ordinaire, se m\u00ealer un peu plus \u00e0 la troupe et \u00e9viter les histoires. Le colonel du 215<sup>e<\/sup> lui-m\u00eame, cette infecte brute qui con\u00e7oit la discipline comme le Boche, a recommand\u00e9 d\u2019\u00eatre tr\u00e8s doux&nbsp;: il a dit que des corps d\u2019arm\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9s \u00e0 cause de leur r\u00e9bellion, qu\u2019un r\u00e9giment d\u00e9sarm\u00e9 est gard\u00e9 \u00e0 Mailly et que m\u00eame les coloniaux refusent de marcher. Certains r\u00e9giments se sont soulev\u00e9s par la faute du haut \u00e9tat-major. Ils escomptaient n\u2019aller qu\u2019une fois \u00e0 l\u2019assaut, sur la foi des promesses qu\u2019on leur avait faites, et puis on les fait donner une deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me fois. A la quatri\u00e8me fois, ils refusent de marcher. C\u2019est naturel. A la suite de la visite de P\u00e9tain, on a enterr\u00e9 l\u2019histoire des poilus du Violu centre parlant avec les Boches.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Voir les extraits de t\u00e9moignage du sergent Roumigui\u00e8res dans G\u00e9rard Baconnier, Andr\u00e9 Minet, Louis Soler, <em>La Plume au Fusil, Les poilus du Midi \u00e0 travers leur correspondance<\/em>, Toulouse, Privat, 1985. Giboulet est cit\u00e9 p. 143.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Voir le t\u00e9moignage de Fernand Tailhades, du m\u00eame r\u00e9giment, dans Eckart Birnstiel et R\u00e9my Cazals (\u00e9d.), <em>Ennemis fraternels 1914-1915, Carnets de guerre et de captivit\u00e9<\/em>, Toulouse, PUM, 2002.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; <em>Annales du Midi<\/em>, n\u00b0 232, octobre-d\u00e9cembre 2000, \u00ab&nbsp;1914-1918&nbsp;\u00bb, p. 430-433.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R\u00e9my Cazals, mars 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Justin Rodolphe Fran\u00e7ois Giboulet est n\u00e9 le 15 avril 1887 \u00e0 Villeneuve-Minervois (Aude). Son p\u00e8re \u00e9tait mar\u00e9chal-ferrant&nbsp;; sa m\u00e8re, \u00e9pici\u00e8re. Il entra \u00e0 l\u2019Ecole primaire sup\u00e9rieure de Limoux, puis \u00e0 l\u2019Ecole normale de Carcassonne. Apr\u00e8s un an de service militaire au 163e RI en Corse, il commen\u00e7a sa carri\u00e8re d\u2019instituteur en 1908 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/04\/20\/giboulet-justin-1887-1973\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Giboulet, Justin (1887-1973)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[832,61,28,3,10,104],"tags":[529,391,321,272,267,833],"class_list":["post-247","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-215e-ri","category-261e-ri","category-343e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-non-publie","tag-argot","tag-baionnette","tag-critique-des-officiers","tag-embusques","tag-mutinerie","tag-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=247"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3840,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/247\/revisions\/3840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}