{"id":248,"date":"2010-04-20T20:19:59","date_gmt":"2010-04-20T19:19:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=248"},"modified":"2021-09-09T17:31:31","modified_gmt":"2021-09-09T16:31:31","slug":"hauteur-gaston-1885","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/04\/20\/hauteur-gaston-1885\/","title":{"rendered":"Hauteur, Gaston (1885-1924)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Les cahiers \u00e9tant parvenus \u00e0 Jean-Paul Verdier sans filiation directe, Gaston Hauteur est mal connu. Dans un premier temps, c\u2019est la lecture des cahiers qui fournit de rares \u00e9l\u00e9ments de biographie que l\u2019on pourrait affiner par des recherches dans l\u2019Aisne. Il est n\u00e9 dans ce d\u00e9partement le 28 juin 1885 (le 28 juin 1918, il note qu\u2019il a 33 ans). Il appartient au centre de recrutement de Saint-Quentin. Il est all\u00e9 au coll\u00e8ge&nbsp;; il a une assez bonne orthographe. Lorsqu\u2019il part en 1914, il est mari\u00e9 et il a un petit gar\u00e7on, Maurice. Il \u00e9voque sa grand-m\u00e8re Hamart \u00e0 Soissons (on a donc le nom de jeune fille de sa m\u00e8re). Sa famille est r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Epernay en 1915-1916 et revient \u00e0 Soissons en 1917&nbsp;; il s\u2019inqui\u00e8te de son sort lors de l\u2019avance allemande au printemps 1918. \u00ab&nbsp;Sergent-major rengag\u00e9&nbsp;\u00bb, il passe sous-lieutenant en mai 15, puis lieutenant. Il serait rest\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">On conna\u00eet mieux les ann\u00e9es 1914-1918 gr\u00e2ce au \u00ab&nbsp;prologue&nbsp;\u00bb de la derni\u00e8re version de ses notes (voir ci-dessous)&nbsp;: \u00ab&nbsp;R\u00e9sum\u00e9 succinct des \u00e9v\u00e9nements qui se sont pass\u00e9s depuis le d\u00e9but de la guerre jusqu\u2019\u00e0 mon affectation au corps exp\u00e9ditionnaire d\u2019Orient&nbsp;\u00bb. On y apprend qu\u2019il a combattu en Belgique avec le 84<sup>e<\/sup> RI en ao\u00fbt 14, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 de deux balles \u00e0 la cuisse droite lors de la bataille de Charleroi, et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 jusqu\u2019en novembre, puis affect\u00e9 \u00e0 des fonctions d\u2019instructeur \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Retour au front, au 127<sup>e<\/sup> RI en ao\u00fbt 15 \u00e0 Berry-au-Bac. Evacu\u00e9 pour maladie en octobre. Dans la Somme en septembre 16, \u00e0 la 2<sup>e<\/sup> compagnie de mitrailleuses du 127<sup>e<\/sup>, il est bless\u00e9 le 25 septembre \u00e0 nouveau \u00e0 la jambe droite lors de l\u2019attaque de Rancourt, et soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital maritime de Cherbourg. Officier instructeur \u00e0 Saint-\u00c9tienne, puis \u00e0 La Courtine jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Am\u00e9ricains, et \u00e0 Saint-Yrieix. Il demande \u00e0 faire partie du corps exp\u00e9ditionnaire d\u2019Orient. Il arrive \u00e0 Salonique le 13 octobre 1917 et va \u00eatre affect\u00e9 au 84<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Son contenu apporte peu. Ce sont souvent des formules telles que&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est un dimanche, nous nous r\u00e9veillons frais et dispos&nbsp;\u00bb (14\/10\/17)&nbsp;; ou&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai la d\u00e9sagr\u00e9able surprise de m\u2019\u00e9veiller le matin avec un torticolis bien prononc\u00e9&nbsp;\u00bb (18\/10\/17). Il est plus int\u00e9ressant par son aspect formel et par les questions qu\u2019il pose. Il comprend&nbsp;: 1) Un cahier de \u00ab&nbsp;brouillon&nbsp;\u00bb qui semble \u00e9crit au jour le jour, avec abr\u00e9viations, ratures, changements d\u2019encre, \u00e9criture serr\u00e9e&nbsp;; il va du 12 d\u00e9cembre 1917 au 10 avril 1918. On peut penser qu\u2019il y avait \u00e0 l\u2019origine au moins deux autres cahiers de ce type, l\u2019un ant\u00e9rieur, l\u2019autre post\u00e9rieur. 2) Un dossier comprenant une partie intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Journal de ma campagne \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient, 26 septembre 1917 au 27 octobre 1918&nbsp;\u00bb qui semble une premi\u00e8re mise au propre, et une partie \u00ab&nbsp;papiers souvenirs&nbsp;\u00bb qui rassemble des programmes d\u2019\u00e9preuves sportives et de soir\u00e9es r\u00e9cr\u00e9atives, des menus, notes de service, tableaux d\u2019emplacements et de missions de la compagnie de mitrailleuses, le texte imprim\u00e9 \u00e0 Nice de trois chansons \u00ab&nbsp;par Fernand chansonnier lillois&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Des colis&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sing\u2019ries d\u2019Orient&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Le Chargement du Poilu&nbsp;\u00bb), un po\u00e8me \u00e9crit par Gaston Hauteur lui-m\u00eame sur \u00ab&nbsp;Le Poilu d\u2019Orient&nbsp;\u00bb, etc. 3) Un fort cahier de 190 pages dont seulement 117 sont r\u00e9dig\u00e9es, d\u2019une \u00e9criture large appliqu\u00e9e&nbsp;; il s\u2019agit visiblement d\u2019une tentative de mise au propre d\u00e9finitive, mais qui restera incompl\u00e8te&nbsp;: le texte s\u2019arr\u00eate brutalement au milieu de la p. 117 avec la date du 11 avril 1918 sans contenu (alors que le cahier pr\u00e9c\u00e9dent poursuit jusqu\u2019au 27 octobre). Cette version porte le titre \u00ab&nbsp;Un an de campagne en Orient pendant la Grande Guerre 1914-1918&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est elle qui repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;le livre&nbsp;\u00bb du lieutenant Hauteur, avec une table des mati\u00e8res, elle-m\u00eame incompl\u00e8te. Cette r\u00e9daction a eu lieu apr\u00e8s la guerre. Une comparaison fine des trois versions n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e, le t\u00e9moignage n\u2019apportant aucune r\u00e9flexion personnelle, qui pourrait avoir \u00e9t\u00e9 infl\u00e9chie, dans un sens ou dans l\u2019autre, au cours du temps. 4) Un cahier de format plus r\u00e9duit contient 59 photos, tirages papier de petit format et de mauvaise qualit\u00e9, et 17 dessins \u00e0 l\u2019humour laborieux, \u0153uvres de Gaston Hauteur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Le corpus pose plusieurs questions. Pourquoi Gaston Hauteur a-t-il \u00e9crit seulement sur sa campagne d\u2019Orient&nbsp;? On trouve un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse dans le prologue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pressentant que mon affectation \u00e0 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient serait pour moi l\u2019occasion d\u2019impressions nouvelles et de souvenirs agr\u00e9ables, j\u2019ai not\u00e9 chaque jour les \u00e9v\u00e9nements me concernant.&nbsp;\u00bb Quand a-t-il entrepris la r\u00e9daction d\u00e9finitive&nbsp;? Pourquoi l\u2019a-t-il interrompue au 11 avril 1918&nbsp;? Pourquoi le contenu est-il aussi plat&nbsp;? Jean-Paul Verdier, qui d\u00e9tient le fonds et qui a l\u2019intention de le d\u00e9poser aux Archives de l\u2019Aisne, remarque \u00e0 juste titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sans le vouloir sans doute, il semble s\u2019appliquer \u00e0 \u00e9liminer toute trace de subjectivit\u00e9 dans sa r\u00e9daction. Il ne restitue ni \u00e9motions, ni r\u00e9flexions personnelles, comme s\u2019il n\u2019avait rien \u00e0 dire \u00e0 titre individuel des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels qui s\u2019imposaient \u00e0 lui. Il incarne peut-\u00eatre les conceptions, les convictions, les id\u00e9es re\u00e7ues de la pens\u00e9e moyenne, conventionnelle, norm\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D\u00e9barquant \u00e0 It\u00e9a, le lieutenant Hauteur ne va pas voir Delphes. Il n\u2019aime pas le vin r\u00e9sin\u00e9. Pas grand-chose sur le s\u00e9jour \u00e0 Salonique, au camp de Zeitenlick, sinon cette note du 17 octobre 1917&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019emploi du temps de la journ\u00e9e est sensiblement le m\u00eame que celui d\u2019hier. Je fais quelques nouvelles visites dans le camp. Seulement, l\u2019un de nous quatre reste toujours \u00e0 la chambre car on nous a pr\u00e9venus qu\u2019il existait parmi les hommes actuellement au camp, une bande de mauvais sujets qui font singuli\u00e8rement parler d\u2019eux&nbsp;; ils ne se g\u00eanent nullement le soir pour arr\u00eater les grad\u00e9s, les menacer et m\u00eame les d\u00e9valiser&nbsp;; ils sont d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9s dans les chambres d\u2019officiers o\u00f9 ils ont vol\u00e9 des cantines compl\u00e8tes. Des rafles journali\u00e8res permettent d\u2019en ramasser quelques-uns. Il est \u00e0 croire que les r\u00e9giments de France ont exp\u00e9di\u00e9 en Orient la lie de leurs unit\u00e9s. Dans le camp, des rixes \u00e9clatent journellement entre ces voyous et des soldats alli\u00e9s, principalement les Grecs&nbsp;; on enregistre parfois la mort de quelques-uns.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Installation \u00e0 Kupa puis \u00e0 Drevno, face aux Bulgares. Il y d\u00e9crit sa \u00ab&nbsp;maisonnette&nbsp;\u00bb, \u00e9difi\u00e9e par ses hommes (15\/12\/17)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon habitation est termin\u00e9e. Apr\u00e8s avoir creus\u00e9 le sol \u00e0 un m\u00e8tre de profondeur, un mur de 0,75 m de haut donne une hauteur suffisante pour s\u2019y tenir debout. Le toit est form\u00e9 de rondins de bois jointifs, dont les interstices sont bouch\u00e9s avec de la terre grasse mouill\u00e9e, le tout recouvert de vieux sacs sous une nouvelle couche de 0,10 m de terre, et enfin un double toit, fait avec la b\u00e2che du train de combat et isol\u00e9e \u00e0 10 centim\u00e8tres au-dessus, emp\u00eachera la pluie de percer la toiture. A l\u2019int\u00e9rieur, une couchette faite de treillage m\u00e9tallique et un foyer m\u2019assurant une douce chaleur.&nbsp;\u00bb Le lieutenant est un grand organisateur de soir\u00e9es r\u00e9cr\u00e9atives, ce qui lui vaut les compliments de ses chefs.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Installation du bataillon, secteur de Slop&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vais visiter notre secteur. Il occupe la droite du r\u00e9giment, depuis la rive droite du Vardar jusqu\u2019au 2<sup>e<\/sup> bataillon, soit environ 2 kilom\u00e8tres de front, ce qui n\u2019est pas anormal pour le front de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient. Notre bataillon, qui comprend trois compagnies d\u2019infanterie et une compagnie de mitrailleuses, est install\u00e9 de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: deux compagnies d\u2019infanterie en premi\u00e8re ligne, une au mamelon du chemin de fer, l\u2019autre au mamelon des tertres, chacune ayant deux sections en tranch\u00e9es, une en soutien et la 4<sup>e<\/sup> en r\u00e9serve. La 3<sup>e<\/sup> compagnie est en r\u00e9serve du bataillon. Quant \u00e0 ma compagnie de mitrailleuses, que j\u2019ai fractionn\u00e9e pour l\u2019instant en cinq sections en raison de l\u2019existence de deux pi\u00e8ces suppl\u00e9mentaires (Maxim bulgares prises r\u00e9cemment), elle est diss\u00e9min\u00e9e dans tout le secteur. Les deux mitrailleuses bulgares seules sont en r\u00e9serve. Le secteur que nous occupons est tr\u00e8s accident\u00e9. Le Vardar, d\u00e9j\u00e0 important \u00e0 cet endroit, coule tant\u00f4t en plaine, tant\u00f4t entre de hautes montagnes. La rive gauche est beaucoup moins accident\u00e9e&nbsp;; elle est occup\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e anglaise avec laquelle nous sommes en liaison. La v\u00e9g\u00e9tation est pauvre. La rive droite poss\u00e8de n\u00e9anmoins quelques vignes, quelques champs de m\u00fbriers et de maigres arbustes, abricotiers, \u00e9glantiers, etc. Beaucoup de ravins sillonnent le terrain, permettant de se rendre en premi\u00e8re ligne sans \u00eatre vu de l\u2019ennemi. Un petit cours d\u2019eau, appel\u00e9 la Slop, et qui a donn\u00e9 son nom \u00e0 un petit village d\u00e9truit qu\u2019elle arrose, coule entre l\u2019emplacement des sections de r\u00e9serve et celles de premi\u00e8re ligne, d\u2019o\u00f9 le nom donn\u00e9 au secteur. Malgr\u00e9 la saison, le cours d\u2019eau est \u00e0 sec.&nbsp;\u00bb Froid et neige en hiver&nbsp;; fortes chaleurs, moustiques et fi\u00e8vres d\u00e8s le printemps.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Le 20 avril 1918, \u00e9chec d\u2019un coup de main tent\u00e9 par un corps franc&nbsp;: le bombardement pr\u00e9alable a alert\u00e9 l\u2019ennemi. \u00ab&nbsp;C\u2019est remis au lendemain.&nbsp;\u00bb Le 21 avril, \u00ab&nbsp;le coup de main r\u00e9ussit&nbsp;\u00bb, affirmation \u00e9tonnante quand on lit que le corps franc a ramen\u00e9 un prisonnier et qu\u2019il a eu \u00ab&nbsp;77 hommes hors de combat sur 120&nbsp;; 18 tu\u00e9s, le restant bless\u00e9, dont une dizaine s\u00e9rieusement. L\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 chaude.&nbsp;\u00bb Suit un mois de repos, avec soir\u00e9es r\u00e9cr\u00e9atives. Gaston Hauteur est \u00e9vacu\u00e9 pour \u00ab&nbsp;dysenterie coloniale&nbsp;\u00bb, d\u00e9but juin. H\u00f4pital de Salonique et de Kozani. Retour au front fin ao\u00fbt. A nouveau \u00e9vacu\u00e9 en septembre (il est tomb\u00e9 de 74 \u00e0 58 kilos), il ne participe pas \u00e0 l\u2019attaque de Dobropolje. Il rentre en France sur le bateau h\u00f4pital Lafayette.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R\u00e9my Cazals, mars 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Les cahiers \u00e9tant parvenus \u00e0 Jean-Paul Verdier sans filiation directe, Gaston Hauteur est mal connu. Dans un premier temps, c\u2019est la lecture des cahiers qui fournit de rares \u00e9l\u00e9ments de biographie que l\u2019on pourrait affiner par des recherches dans l\u2019Aisne. 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