{"id":250,"date":"2010-05-14T11:34:54","date_gmt":"2010-05-14T10:34:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=250"},"modified":"2021-09-09T17:31:45","modified_gmt":"2021-09-09T16:31:45","slug":"ernst-junger-1895-1998","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/05\/14\/ernst-junger-1895-1998\/","title":{"rendered":"J\u00fcnger, Ernst  (1895-1998)"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0   21                         MicrosoftInternetExplorer4 <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p><!--[if gte mso 10]>\n\n<mce:style><!   \/* Style Definitions *\/\n\ntable.MsoNormalTable\n\n{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\nmso-tstyle-rowband-size:0;\n\nmso-tstyle-colband-size:0;\n\nmso-style-noshow:yes;\n\nmso-style-parent:\"\";\n\nmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\nmso-para-margin:0cm;\n\nmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\nmso-pagination:widow-orphan;\n\nfont-size:10.0pt;\n\nfont-family:\"Times New Roman\";}\n\n--><\/p>\n<p><!--[endif] --><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Enfance et jeunesse&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Ernst&nbsp; J\u00fcnger est n\u00e9 le 29 mars 1895 \u00e0 Heidelberg. Son p\u00e8re, chimiste dans un laboratoire d&rsquo;analyse est aussi expert aupr\u00e8s du tribunal de Hanovre avant de devenir pharmacien. \u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, le jeune Ernst se montre inattentif, r\u00e9tif \u00e0 la discipline mais se r\u00e9v\u00e8le aussi grand amateur de lectures, f\u00e9ru des \u0153uvres de Conan Doyle, de Hackl\u00e4nder, des romans d&rsquo;aventures de Karl May&nbsp;; il lit les grands classiques comme <em>Robinson Cruso\u00eb<\/em> de Defoe, <em>Don Quichotte<\/em>, <em>Don Juan<\/em> de Byron, <em>Roland furieux<\/em> de l&rsquo;Arioste, <em>Le Comte de Monte Cristo<\/em> de Dumas.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un \u00e9change scolaire, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1909, un s\u00e9jour en France pr\u00e8s de Saint-Quentin lui permet de perfectionner son fran\u00e7ais. J\u00fcnger tient d\u00e9j\u00e0 un journal. En 1911, il s&rsquo;inscrit au Wandervogel, mouvement de jeunesse proche du scoutisme mais mixte et non confessionnel. En 1913, Ernst J\u00fcnger, fortement impressionn\u00e9 par la lecture des r\u00e9cits de l&rsquo;explorateur Henri Morton Stanley commence \u00e0 r\u00eaver d&rsquo;aventures en Afrique au point de s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise au bureau de recrutement de Verdun avec l&rsquo;intention de d\u00e9serter pour pouvoir p\u00e9n\u00e9trer au c\u0153ur de l&rsquo;Afrique. Incorpor\u00e9 le 3 novembre, il subit une courte p\u00e9riode d&rsquo;instruction \u00e0 Sidi-Bel-Abb\u00e8s, puis d\u00e9serte. Il est repris. Pendant cet \u00e9pisode, son p\u00e8re effectue des d\u00e9marches pour le r\u00e9cup\u00e9rer, arguant de son jeune \u00e2ge. L&rsquo;arm\u00e9e lib\u00e8re alors Ernst qui int\u00e8gre la classe de premi\u00e8re au lyc\u00e9e de Hanovre. Suite au d\u00e9cret de mobilisation du 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914, il s&rsquo;engage \u00e0 Hanovre au 73<sup>e<\/sup> R\u00e9giment de fusiliers (r\u00e9giment de Gibraltar). Le 21 ao\u00fbt, il passe en urgence une session exceptionnelle du baccalaur\u00e9at et croyant en une guerre courte, s&rsquo;inscrit \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Heidelberg. Le 6 octobre, il rejoint son r\u00e9giment et subit trois mois de formation. Lorsqu&rsquo;il rejoint le front de Champagne, on est d\u00e9j\u00e0 le 27 d\u00e9cembre. Il n&rsquo;a donc pas connu la guerre de mouvement du d\u00e9but de la guerre. Il est bless\u00e9 une premi\u00e8re fois aux \u00c9parges, le 25 avril 1915, presque en m\u00eame temps que Maurice Genevoix, son vis-\u00e0-vis.<\/p>\n<p>Pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1915, il suit une formation d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve-officier \u00e0 D\u00f6beritz dans le Brandebourg. En septembre, il retrouve la guerre de position \u00e0 Monchy (tranch\u00e9es) et Douchy (repos) en tant qu&rsquo;aspirant. Il est lieutenant le 27 novembre 1915. En avril 1916, E. J\u00fcnger suit un nouveau stage de formation \u00e0 Croisilles&nbsp;; apr\u00e8s des heurts avec un colonel,&nbsp;il demande sa mutation dans l&rsquo;aviation qui lui est refus\u00e9e. Bless\u00e9 une deuxi\u00e8me fois en ao\u00fbt, il est soign\u00e9 puis rejoint son r\u00e9giment dans le secteur de Saint-Vaast. Le 12 novembre, troisi\u00e8me blessure. Le 16 d\u00e9cembre, il re\u00e7oit la Croix de fer de 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe. Le 18 d\u00e9cembre, il commande la 2<sup>e<\/sup> compagnie de son r\u00e9giment.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du 17 janvier 1917, E. J\u00fcnger subit quatre nouvelles semaines d&rsquo;instruction au camp de Sissonne, pr\u00e8s de Laon. Il s&rsquo;oppose alors \u00e0 son p\u00e8re qui se montre soucieux de le voir trouver un poste moins expos\u00e9.&nbsp; On retrouve ici l&rsquo;expression des strat\u00e9gies de protection familiale. En mars 1917&nbsp;: il prend part \u00e0 la retraite de la Somme. Avril, combats dans le secteur de Fresnoy&nbsp;; juin&nbsp;: combats d&rsquo;escarmouches contre des troupes hindoues&nbsp;; juillet, combats autour de Languemarck&nbsp;; \u00e0 cette occasion, il sauve la vie de son fr\u00e8re gri\u00e8vement bless\u00e9. Une nouvelle demande d&rsquo;\u00eatre vers\u00e9 dans l&rsquo;aviation lui est refus\u00e9e, ce que ne mentionne pas son journal publi\u00e9. Ao\u00fbt, secteur de Regni\u00e9ville&nbsp;; 17 octobre, Flandres&nbsp;; 15 novembre, double bataille de Cambrai contre les troupes britanniques. Le 9 d\u00e9cembre, il est bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate&nbsp;; il obtient une permission pour No\u00ebl et il est fait chevalier de l&rsquo;Ordre de la Maison de Hohenzollern.<\/p>\n<p>Les trois premiers mois de 1918 sont consacr\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9paration de la grande offensive. Le 19 mars, sa compagnie est presque enti\u00e8rement an\u00e9antie par un obus. Ernst J\u00fcnger sort profond\u00e9ment traumatis\u00e9 par cette exp\u00e9rience, ce dont il t\u00e9moignera particuli\u00e8rement dans <em>Orages d&rsquo;acier<\/em> et <em>Feu et sang<\/em>. Le 21 mars commence la grande offensive pendant laquelle Ernst re\u00e7oit deux nouvelles blessures qui lui valent un s\u00e9jour dans les h\u00f4pitaux militaires d&rsquo;Allemagne. De retour sur le front le 4 juin dans le secteur de Vraucourt, il participe aux ultimes tentatives men\u00e9es pour contenir les pouss\u00e9es anglaises. Des combats acharn\u00e9s se d\u00e9roulent notamment autour du Boqueteau 125 (qui donnera le titre d&rsquo;un de ses livres de guerre), pr\u00e8s de Bapaume. Le 25 ao\u00fbt, une blessure s\u00e9rieuse au poumon re\u00e7ue pr\u00e8s de Cambrai met un terme \u00e0 la guerre d&rsquo;Ernst J\u00fcnger.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;apr\u00e8s-guerre&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Le 22 septembre 1918, il re\u00e7oit la plus haute distinction militaire de l&rsquo;arm\u00e9e allemande&nbsp;: \u00ab&nbsp;l&rsquo;Ordre pour le m\u00e9rite&nbsp;\u00bb. Au terme de sa convalescence, il int\u00e8gre au printemps 1919 la nouvelle <em>Reichswehr<\/em> au 16<sup>e<\/sup> RI, sous les ordres du capitaine Oskar Hindenburg. En mars 1920, il se trouve engag\u00e9 dans la r\u00e9pression du putsch de Kapp. Compte tenu de son exp\u00e9rience en tant que chef de groupe de choc, il est alors charg\u00e9 au minist\u00e8re de la guerre \u00e0 Berlin de r\u00e9diger le nouveau r\u00e8glement de l&rsquo;infanterie&nbsp;; ce dernier est publi\u00e9 en 1922.<\/p>\n<p>En septembre 1923, bien que n&rsquo;appartenant pas au N.S.D.A.P., il publie un article dans la revue du parti nazi <em>R\u00e9volution et id\u00e9e<\/em>. En septembre, E. J\u00fcnger accepte d&rsquo;\u00eatre responsable pour la Saxe des Corps francs de Gerhard Rossbach mais trouvant ses camarades bien peu r\u00e9volutionnaires, il en d\u00e9missionne d\u00e8s le mois suivant.<\/p>\n<p>En 1924, il entame des \u00e9tudes de zoologie \u00e0 Leipzig. En 1925, il se marie, et, adh\u00e8re au <em>Stalhelm<\/em>, association paramilitaire d&rsquo;anciens combattants refusant l&rsquo;humiliation du trait\u00e9 de Versailles. J\u00fcnger est alors consid\u00e9r\u00e9 comme un journaliste politique actif de la droite allemande radicale qui se proclame r\u00e9volutionnaire. Il rejoint un groupe de jeunes extr\u00e9mistes hostiles \u00e0 la R\u00e9publique de Weimar dans lequel figurent entre autres, son fr\u00e8re Friedrich Georg, et l&rsquo;\u00e9crivain Werner Beumellung. Son ouvrage <em>Feu et sang<\/em> est publi\u00e9 aux \u00e9ditions du <em>Stalhelm<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1927, tout en \u00e9prouvant une certaine sympathie \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du mouvement d&rsquo;Hitler, il tient n\u00e9anmoins \u00e0 s&rsquo;en d\u00e9marquer et repousse les avances de Goebbels. En avril il collabore \u00e0 la revue d&rsquo;Ernst Niekisch, <em>Widerstand. Zeitschrift f\u00fcr sozialistisches und national-revolution\u00e4re Politik<\/em> (R\u00e9sistance. Revue pour une politique socialiste et nationale-r\u00e9volutionnaire). Cette revue s&rsquo;oppose alors \u00e0 la R\u00e9publique de Weimar comme elle s&rsquo;opposera ensuite \u00e0 la politique d&rsquo;Hitler, m\u00eame apr\u00e8s son accession au pouvoir. Le 1<sup>er<\/sup> juillet 1927, il repousse une offre de devenir d\u00e9put\u00e9 national-socialiste.<\/p>\n<p>Erich Maria Remarque fait l&rsquo;\u00e9loge d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> et du <em>Boqueteau 125<\/em> dans l&rsquo;hebdomadaire <em>Sport im Bild<\/em> du 18 juin 1928. J\u00fcnger publie l&rsquo;ann\u00e9e suivante sa premi\u00e8re \u0153uvre prenant une distance avec l&rsquo;exp\u00e9rience de la Premi\u00e8re Guerre mondiale&nbsp;: <em>C\u0153ur aventureux. Notes prises de jour et de nuit<\/em>.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;invit\u00e9, il ne se rend pas au Congr\u00e8s du parti nazi qui se tient \u00e0 N\u00fcremberg en ao\u00fbt 1929. Le 1<sup>er<\/sup> septembre, il soutient l&rsquo;action terroriste du mouvement paysan du Schleswig-Holstein condamn\u00e9e par les Nazis&nbsp;; J\u00fcnger critique alors le l\u00e9galisme de ces derniers et \u00ab&nbsp;leur nature fonci\u00e8rement bourgeoise&nbsp;\u00bb. Le 27 octobre, J\u00fcnger est violemment attaqu\u00e9 par Goebbels dans le journal du parti nazi, <em>Der Angriff<\/em> (l&rsquo;Attaque). Fin 1929-d\u00e9but 1930, il fait la rencontre de Carl Schmidt&nbsp;; puis publie deux ouvrages assortis de pr\u00e8s de 300 photographies, <em>Le Visage de la guerre mondiale. 1. Exp\u00e9riences v\u00e9cues sur le front par les soldats allemands. 2. La parole est \u00e0 l&rsquo;ennemi. Exp\u00e9riences v\u00e9cues \u00e0 la guerre par nos adversaires<\/em> (voir l&rsquo;\u00e9tude de Nicol\u00e0s Sanchez Dur\u00e0, <em>Ernst J\u00fcnger, t\u00e9cnica y fotografia<\/em>, Univ. De Valence, 2000.)<\/p>\n<p>En 1933, son domicile est perquisitionn\u00e9 par la police&nbsp;; il refuse de si\u00e9ger au Reichstag en tant que d\u00e9put\u00e9 national-socialiste, et le 16 novembre, d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de po\u00e9sie.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Compos\u00e9e apr\u00e8s-guerre, \u00e0 partir des notes consign\u00e9es dans un carnet tenu pendant la guerre, <em>Orages d&rsquo;acier<\/em> est un t\u00e9moignage et une \u0153uvre litt\u00e9raire peu ordinaire&nbsp;en ce qu&rsquo;elle vit, \u00e9volue, se fa\u00e7onne et se refa\u00e7onne pendant 60 ann\u00e9es, au gr\u00e9 des r\u00e9\u00e9ditions&nbsp;successives, au prix d&rsquo;un travail de r\u00e9\u00e9criture permanent. Bien qu&rsquo;\u00e9crit apr\u00e8s la guerre, le r\u00e9cit proprement dit int\u00e8gre des notes consign\u00e9es dans le carnet de guerre (ex. p. 45-46), ainsi que d&rsquo;autres documents (lettres, t\u00e9moignages de camarades, ex. p. 96&nbsp;; de son fr\u00e8re Fritz p. 157).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9dition d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> sort en octobre 1920 \u00e0 compte d&rsquo;auteur. Puis, en 1922 para\u00eet une \u00e9dition l\u00e9g\u00e8rement revue, chez l&rsquo;\u00e9diteur Mittler &amp; Sohn \u00e0 Berlin, en m\u00eame temps que <em>Le Combat comme exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em> compos\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. En 1924 para\u00eet une troisi\u00e8me version d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> dot\u00e9e d&rsquo;une coloration plus nationaliste (extrait de la pr\u00e9face de 1924&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Nous ne sommes pas d&rsquo;humeur \u00e0 rayer cette guerre de notre m\u00e9moire, nous en sommes fiers. Nous sommes indissolublement li\u00e9s par le sang et le souvenir. Et une nouvelle jeunesse plus hardie vient d\u00e9j\u00e0 combler nos vides. Nous avons besoin, pour les temps \u00e0 venir, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration de fer, d\u00e9pourvue de scrupules.&nbsp;Nous \u00e9changerons de nouveau la plume pour l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, l&rsquo;encre pour le sang, la parole pour l&rsquo;action, la sensiblerie pour le sacrifice &#8211;&nbsp;nous devons absolument le faire, sinon d&rsquo;autres nous pi\u00e9tineront dans la boue. [&#8230;] Puisse nous guider au-dessus de toutes les bassesses notre grande id\u00e9e claire et communautaire&nbsp;; la patrie, con\u00e7ue au sens le plus large. Pour elle, nous sommes tous pr\u00eats \u00e0 mourir&#8230;&nbsp;\u00bb, p. 274). La m\u00eame ann\u00e9e para\u00eet le <em>Boqueteau 125<\/em> (octobre). En 1934 para\u00eet une quatri\u00e8me version d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> expurg\u00e9e des passages ultranationalistes susceptibles d&rsquo;\u00eatre exploit\u00e9s par les nazis. L&rsquo;ann\u00e9e suivante para\u00eet une cinqui\u00e8me version accentuant l&rsquo;orientation de 1934. Au total, ce sont sept versions d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> que J\u00fcnger aura publi\u00e9es (4 du <em>Boqueteau 125<\/em> et 5 de <em>Feu et sang<\/em>).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> para\u00eet en 1930, r\u00e9alis\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e par le lieutenant-colonel Grenier&nbsp;; cette traduction est conforme \u00e0 la troisi\u00e8me version du texte, celle de 1924, non expurg\u00e9e.<\/p>\n<p>Une remarquable derni\u00e8re \u00e9dition fran\u00e7aise d&rsquo;<em>Orages d&rsquo;acier<\/em> vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9e sous l&rsquo;\u00e9gide de Julien Hervier dans la collection de la Pl\u00e9iade (Gallimard), dans la traduction d&rsquo;Henri Plard publi\u00e9e en 1970 (chez Christian Bourgeois \u00c9diteur, \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9dition allemande de 1961 publi\u00e9e chez Ernst Klett Verlag de Stuttgart), traduction revue par Julien Hervier pour Gallimard, en 2008. Toutes les informations d&rsquo;ordre biographique ci-dessus sont emprunt\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sentation fort bien renseign\u00e9e de Julien Hervier&nbsp;: J\u00fcnger, <em>Journaux de guerre, 1914-1918<\/em>. Une introduction situe historiquement l&rsquo;action pour chacun des chapitres. Ce dispositif est compl\u00e9t\u00e9 par les diff\u00e9rentes pr\u00e9faces ayant accompagn\u00e9 les \u00e9ditions de 1920, 1922, 1924, 1934&nbsp;; pr\u00e9faces aux traductions anglaise de 1929 et fran\u00e7aise de 1960. Notons encore que dans ce volume, <em>Orages d&rsquo;acier <\/em>est suivi des trois autres journaux de guerre&nbsp;: <em>Le Boqueteau 125<\/em>, <em>Feu et sang<\/em>, <em>La D\u00e9claration de guerre de 1914 <\/em>ainsi que d&rsquo;autres r\u00e9cits sur la Premi\u00e8re Guerre mondiale&nbsp;: <em>Le combat comme exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, <em>Sturm<\/em>.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse.<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de J\u00fcnger constitue une v\u00e9ritable mine de renseignements \u00e0 plus d&rsquo;un \u00e9gard&nbsp;: concernant le fonctionnement des petits groupes de soldats&nbsp;; les m\u00e9canismes de coh\u00e9sion, le conformisme aux normes et aux valeurs du groupe, le r\u00f4le et les postures des chefs d&rsquo;unit\u00e9s, le combat rapproch\u00e9&nbsp;; les relations avec les civils en zone occup\u00e9e&nbsp;; le rapport aux corps et aux cadavres&#8230;<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Motivations du d\u00e9part&nbsp;: <\/strong>D&rsquo;apr\u00e8s J\u00fcnger, son propre d\u00e9part, et le d\u00e9part de nombreux jeunes allemands, furent avant tout motiv\u00e9s par une soif d&rsquo;aventures, de prise de risque, l&rsquo;id\u00e9e de ne pas rater un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel&nbsp;: la guerre&#8230;&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Ah, surtout, ne pas rester chez soi, \u00eatre admis \u00e0 cette communion&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 3&nbsp;: <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">N.B. toutes les pages indiqu\u00e9es dans cette notice sont celles de l&rsquo;\u00e9dition en Pl\u00e9iade<\/span><\/strong>). En m\u00eame temps, la guerre est per\u00e7ue comme une \u00e9preuve de virilit\u00e9. Mais \u00e0 peine arriv\u00e9es sur le front, les jeunes recrues enthousiastes sont vite d\u00e9gris\u00e9es&nbsp;: premiers obus, premiers bless\u00e9s&#8230; (p. 4-5)&nbsp;; les anciens assaillent les nouveaux de questions et essaient d&rsquo;obtenir des informations&nbsp;du pays&nbsp;: \u00ab&nbsp;On nous demanda ce qui se passait \u00e0 Hanovre, et si la guerre n&rsquo;allait pas bient\u00f4t finir&nbsp;\u00bb (p. 6)&nbsp;; J\u00fcnger note \u00e9galement que les nouveaux, qui sont en outre des engag\u00e9s volontaires, ne sont pas tr\u00e8s bien accueillis par leurs camarades plus anciens et simples mobilis\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les anciens ne laissaient passer aucune occasion de nous ?mettre en bo\u00eete? de la belle mani\u00e8re, et tous les empoisonnements, toutes les corv\u00e9es impr\u00e9vues tombaient tout naturellement sur les ?enrag\u00e9s volontaires?. Cet usage [&#8230;] disparut d&rsquo;ailleurs apr\u00e8s qu&rsquo;une premi\u00e8re bataille subie en commun nous eut donn\u00e9 le droit de nous consid\u00e9rer comme des anciens&nbsp;\u00bb&nbsp;; l&rsquo;exp\u00e9rience partag\u00e9e du danger, l&rsquo;\u00e9preuve du feu soudent les groupes primaires.<\/p>\n<p>La guerre r\u00e9elle ne correspond pas aux attentes form\u00e9es depuis l&rsquo;arri\u00e8re par les recrues&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un court s\u00e9jour au r\u00e9giment avait suffi \u00e0 nous gu\u00e9rir de nos illusions premi\u00e8res. Au lieu des dangers esp\u00e9r\u00e9s, nous avions trouv\u00e9 la crasse, le travail, les nuits sans sommeil, tous maux dont l&rsquo;endurance exigeait un h\u00e9ro\u00efsme peu conforme \u00e0 notre naturel. Mais le pire, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ennui, plus \u00e9nervant pour le soldat que la proximit\u00e9 de la mort. Nous esp\u00e9rions une attaque&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 10)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les \u00c9parges&nbsp;: <\/strong>23 avril 1915, premier combat (p. 19).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Notations sur le commandement, la conduite de la guerre et des hommes&nbsp;:<\/strong> En premi\u00e8re ligne, il ne peut \u00eatre question de repos&nbsp;; ni le jour, ni la nuit, du fait des gardes et des travaux divers et incessants&nbsp;; J\u00fcnger \u00e9voque la \u00ab&nbsp;torpeur&nbsp;\u00bb dans laquelle tombent de nombreux soldats. Les p\u00e9riodes dites de \u00ab&nbsp;repos&nbsp;\u00bb ne sont d&rsquo;ailleurs pas plus reposantes&nbsp;; l\u00e0 encore, les travaux se succ\u00e8dent (p. 8).&nbsp; Le surmenage est \u00e9galement mis sur le compte d&rsquo;un commandement qui n&rsquo;a pas encore pris l&rsquo;exacte mesure des exigences de la guerre de&nbsp; position. J\u00fcnger critique \u00e9galement l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;abris profonds et confortables&nbsp;qui \u00ab&nbsp;cr\u00e9e la manie de s&rsquo;accrocher au dispositif de d\u00e9fense, un besoin de s\u00e9curit\u00e9 auquel on a ensuite du mal \u00e0 renoncer&nbsp;\u00bb (p. 11)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Ces brefs coups de main, durant lesquels il fallait serrer les dents, \u00e9tait un moyen de s&rsquo;endurcir le courage et de rompre la monotonie de l&rsquo;existence dans les tranch\u00e9es. Il faut avant tout que le soldat ne s&rsquo;ennuie pas&nbsp;\u00bb (p. 79)&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Discipline&nbsp;:<\/strong> Un soldat puni est envoy\u00e9 monter la garde en poste avanc\u00e9 muni seulement d&rsquo;une pioche (p. 12). Le vandalisme, le pillage sont nuisibles \u00e0 la coh\u00e9sion et \u00e0 la discipline&nbsp;: Cf. destructions lors de la retraite sur la ligne Siegfried (Hindenburg) au printemps 1917&nbsp;; son commentaire vis-\u00e0-vis de ces destructions a vari\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce fut la premi\u00e8re fois o\u00f9 je vis \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre la destruction pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, syst\u00e9matique, que, plus tard dans ma vie, j&rsquo;allais rencontrer jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9c\u0153urement&nbsp;; elle est sinistrement li\u00e9e aux doctrines \u00e9conomiques de notre temps, rapporte au destructeur lui-m\u00eame plus de tort que de profit et ne fait aucunement honneur au soldat&nbsp;\u00bb (p. 114-115) [Une note pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce paragraphe est un ajout assez tardif&nbsp;; les destructions sont d\u00e9crites sans commentaire dans les versions de 1934 et 1935. De 1920 \u00e0 1924, le commentaire \u00e9tait le suivant&nbsp;: ?la l\u00e9gitimit\u00e9 morale de ces destructions est tr\u00e8s contest\u00e9e, mais sur ce point, les r\u00e9actions de col\u00e8re et de tristesse chauvines me semblent plus compr\u00e9hensibles que les applaudissements satisfaits des guerriers en chambre et des scribouillards des journaux. Quand des milliers de personnes pacifiques sont d\u00e9pouill\u00e9es de leur patrie, le sentiment complaisant de notre puissance doit se taire.\/ Naturellement, en tant qu&rsquo;officier prussien, je ne doute pas un instant de la n\u00e9cessit\u00e9 de ces actes. Faire la guerre, cela veut dire essayer d&rsquo;an\u00e9antir l&rsquo;adversaire en d\u00e9ployant sa force sans restriction aucune. La guerre est le plus rude des m\u00e9tiers, ses ma\u00eetres d&rsquo;\u0153uvre ne doivent ouvrir leur c\u0153ur aux sentiments d&rsquo;humanit\u00e9 que dans la mesure o\u00f9 celle-ci ne risque pas de leur nuire.\/ Quant au fait que ces destructions qui r\u00e9pondaient aux exigences de l&rsquo;heure n&rsquo;\u00e9taient pas belles, il ne changeait rien \u00e0 l&rsquo;affaire?&nbsp;\u00bb (note 5, p. 730)]&nbsp;; \u00ab&nbsp;[&#8230;] \u00e0 la d\u00e9couverte des r\u00e9serves de vin rouge, le village, d\u00e9j\u00e0 pris sous le feu de l&rsquo;ennemi, \u00e9tait devenu le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;un d\u00e9bridement bachique qu&rsquo;il avait eu le plus grand mal \u00e0 r\u00e9fr\u00e9ner. [&#8230;] nous pr\u00eemes l&rsquo;habitude, les fois suivantes, de fracasser \u00e0 coups de pistolet les dames-jeannes et autres r\u00e9cipients de m\u00eame calibre&nbsp;\u00bb (p. 118).<\/p>\n<p><strong>La force de l&rsquo;exemple&nbsp;:<\/strong> Postures de chefs et de meneur d&rsquo;hommes &nbsp;: (p. 20)&nbsp;; \u00ab&nbsp;\u00c0 3 heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, mes guetteurs de gauche arriv\u00e8rent et me rapport\u00e8rent qu&rsquo;ils ne pouvaient plus tenir, leurs trous \u00e9tant d\u00e9molis par les obus. Je dus d\u00e9ployer toute mon autorit\u00e9 pour les renvoyer \u00e0 leur poste. Il est vrai que je me trouvais \u00e0 l&#8217;emplacement le plus dangereux, et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on dispose de la plus haute puissance de commandement&nbsp;\u00bb (p. 89.)&nbsp;; \u00ab&nbsp;La m\u00e9thode d&rsquo;approche [patrouille] que je viens de mentionner consistait \u00e0 faire alternativement ramper en avant chaque homme de la patrouille, sur un terrain o\u00f9 nous pouvions \u00e0 chaque instant nous heurter \u00e0 l&rsquo;ennemi. [&#8230;] Je prenais naturellement mon tour dans cette fonction, bien que ma pr\u00e9sence dans la patrouille e\u00fbt \u00e9t\u00e9 mieux indiqu\u00e9e&nbsp;; mais \u00e0 la guerre, les consid\u00e9rations tactiques ne sont pas toujours les seules d\u00e9cisives&nbsp;\u00bb (p. 130)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Je fus le dernier \u00e0 quitter le petit fortin&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 152)&nbsp;; (p. 171).<\/p>\n<p><strong>Obtenir l&rsquo;ob\u00e9issance&nbsp;: <\/strong>\u00ab&nbsp;[&#8230;] les jeunes de ma section s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 enquis une bonne de douzaine de fois de savoir si je n&rsquo;\u00e9tais pas encore revenu. Cette nouvelle me toucha profond\u00e9ment et m&#8217;emplit de force&nbsp;; elle m&rsquo;apprit que dans les jours br\u00fblants qui nous attendaient, je pouvais compter sur plus encore que la seule ob\u00e9issance due \u00e0 mon grade, et que je disposais aussi d&rsquo;un cr\u00e9dit personnel&nbsp;\u00bb (p. 80) (21 ao\u00fbt 1916)&nbsp;; \u00ab&nbsp;En avant&nbsp;! En avant&nbsp;! Des hommes s&rsquo;abattaient soudain dans leur course et nous les cinglions de menaces pour les forcer \u00e0 tirer de leurs corps \u00e9puis\u00e9s leurs derni\u00e8res \u00e9nergies&nbsp;\u00bb (p. 86)&nbsp;; (p. 92)&nbsp;; (p. 123)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Comme notre petit groupe \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9duit, je tentai de le renforcer \u00e0 l&rsquo;aide des nombreux hommes qui battaient le terrain sans chef. La plupart d\u00e9f\u00e9r\u00e8rent de bonne gr\u00e2ce \u00e0 nos sommations, [&#8230;], tandis que d&rsquo;autres poursuivaient leur course apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre arr\u00eat\u00e9s un moment, surpris, quand ils avaient vu qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien \u00e0 gagner chez nous. Dans ce genre de situation, il n&rsquo;y a pas de m\u00e9nagement qui tienne. Je les fis mettre en joue&nbsp;\u00bb (p. 151)&nbsp;; idem p. 152&nbsp;;&nbsp;\u00ab&nbsp;[patrouille] ne connaissant pas le chemin [&#8230;]. Tout en me h\u00e2tant de passer, je le demandai \u00e0 un sous-officier inconnu qui se tenait \u00e0 une entr\u00e9e de cave. Pour toute r\u00e9ponse, il se fourra les mains dans les poches et haussa les \u00e9paules. Comme je n&rsquo;avais pas de temps \u00e0 perdre au milieu des projectiles, je bondis sur lui et lui arrachai les renseignements n\u00e9cessaires en lui mettant mon pistolet sous le nez.<\/p>\n<p>Ce fut la premi\u00e8re fois o\u00f9 je rencontrai au combat un homme qui me fit des difficult\u00e9s, non par frousse, mais, de toute \u00e9vidence, par pur d\u00e9go\u00fbt de la guerre. Bien que ce d\u00e9go\u00fbt se f\u00fbt naturellement accru et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une telle manifestation, en pleine action, n&rsquo;en restait pas moins tr\u00e8s insolite, car la bataille lie, tandis que l&rsquo;inaction disperse. Au combat, on est sous le coup de n\u00e9cessit\u00e9s objectives. C&rsquo;est au contraire lors des marches, au milieu des colonnes revenant de la bataille de mat\u00e9riel, qu&rsquo;on pouvait le plus ouvertement observer la mani\u00e8re dont la discipline s&rsquo;effritait&nbsp;\u00bb (p. 175-176)&nbsp;; (p. 185)<\/p>\n<p><strong>Altercation avec des soldats de l&rsquo;arri\u00e8re&nbsp;:<\/strong> (p. 125)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Alcool&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;on nous versait en abondance une gn\u00f4le d&rsquo;un rouge p\u00e2le [&#8230;] qui avait un franc go\u00fbt d&rsquo;alcool \u00e0 br\u00fbler, mais qui par ce temps humide n&rsquo;\u00e9tait nullement \u00e0 d\u00e9daigner&nbsp;\u00bb (p. 10)&nbsp;; \u00ab&nbsp;duels bachiques, selon la bonne vieille tradition allemande&nbsp;\u00bb \u00e0 Douchy (p. 31)&nbsp;; conduites d\u00e9viantes, inconscientes du danger sous l&rsquo;effet de l&rsquo;alcool (p. 58)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le 17 [mars 1917] au matin, nous remarqu\u00e2mes qu&rsquo;une attaque devait \u00eatre imminente. Dans la tranch\u00e9e anglaise de premi\u00e8re ligne, fortement embourb\u00e9e et vide \u00e0 l&rsquo;ordinaire, on entendait le clapotis de multiples bottes. Les rires et les cris d&rsquo;une troupe nombreuse r\u00e9v\u00e9laient que nos gaillards avaient aussi d\u00fb s&rsquo;humecter s\u00e9rieusement le gosier&nbsp;\u00bb (p. 116)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Corps <\/strong>: on ne trouve pas de trace d&rsquo;aseptisation chez le t\u00e9moin J\u00fcnger&nbsp;: [apr\u00e8s un bombardement] \u00ab&nbsp;Nous attrap\u00e2mes les membres qui sortaient des d\u00e9combres et tir\u00e2mes les cadavres. L&rsquo;un avait eu la t\u00eate arrach\u00e9e&nbsp;: le cou \u00e9tait plant\u00e9 sur le tronc comme une grosse \u00e9ponge sanguinolente&#8230; [&#8230;] Je dressai la liste des objets de valeur que nous trouv\u00e2mes sur les corps. C&rsquo;\u00e9tait un travail lugubre. [&#8230;] mes hommes me tendaient les portefeuilles et les objets d&rsquo;argent comme s&rsquo;ils observaient un rite sombre et myst\u00e9rieux. La fine poussi\u00e8re jaune des briques s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e sur le visage des morts, lui donnant la rigidit\u00e9 de masques en cire. Nous jet\u00e2mes des couvertures sur leurs restes et nous h\u00e2t\u00e2mes de quitter la cave, apr\u00e8s avoir emmaillot\u00e9 notre bless\u00e9 dans une toile de tente&nbsp;\u00bb (p. 122). \u00ab&nbsp;L&rsquo;odeur de d\u00e9composition, dans cet air lourd, avait cr\u00fb jusqu&rsquo;\u00e0 devenir presque intol\u00e9rable. Nous arros\u00e2mes les morts de chlorure de chaux que nous avions emport\u00e9 dans des sacs. Les taches blanches luisaient dans l&rsquo;obscurit\u00e9 comme des suaires&nbsp;\u00bb (p. 139). D&rsquo;autres soldats se montrent moins respectueux des morts&nbsp;; certains pillent les cadavres (p. 22) et (p. 204)&nbsp;; (p. 145)&nbsp;; (p. 172)<\/p>\n<p><strong>Tranch\u00e9es constitu\u00e9es dans des charniers&nbsp;:<\/strong> (p. 46), (p. 88)&nbsp;; (p. 154)&nbsp;; Inhumation (p. 76)&nbsp;; pendant la bat de la Somme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Des bless\u00e9s tombaient, appelaient \u00e0 l&rsquo;aide, sans que personne y pr\u00eet garde, de droite et de gauche, dans les trous d&rsquo;obus, les yeux riv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;homme de devant, le long d&rsquo;un foss\u00e9 qui ne nous venait qu&rsquo;au genou, fait d&rsquo;une cha\u00eene de gigantesques entonnoirs o\u00f9 les morts se suivaient \u00e0 la file. Le pied \u00e9crasait avec d\u00e9go\u00fbt les corps flasques qui c\u00e9daient sous lui&nbsp;; l&rsquo;obscurit\u00e9 d\u00e9robait leurs formes aux yeux. Le bless\u00e9 qui tombait en travers du chemin n&rsquo;\u00e9tait pas moins destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre pi\u00e9tin\u00e9 par les bottes de ceux qui poursuivaient en h\u00e2te leur route.&nbsp;\u00bb (p. 86-87)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Tirs amis&nbsp;:<\/strong> (p. 148-149)&nbsp;; p. 152&nbsp;; p. 171&nbsp;; p. 219&nbsp;; p. 243-244<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Peur&nbsp;:<\/strong> J\u00fcnger est surpris de voir que les artilleurs se montrent plus impressionn\u00e9s par le sifflement des balles que par celui des obus&nbsp;(p. 12)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le feu d&rsquo;artillerie, en terrain aussi d\u00e9couvert o\u00f9 l&rsquo;on peut se mouvoir librement, n&rsquo;a ni la m\u00eame puissance mat\u00e9rielle ni le m\u00eame effet moral que dans les agglom\u00e9rations ou les tranch\u00e9es&nbsp;\u00bb (p. 71)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Nous nous \u00e9gaill\u00e2mes d&rsquo;un bond et nous plaqu\u00e2mes dans les entonnoirs. Je tombai le genou dans le produit de la frousse d&rsquo;un pr\u00e9d\u00e9cesseur et, en h\u00e2te, je me fis nettoyer au couteau, vaille que vaille, par mon ordonnance&nbsp;\u00bb (p. 253).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>La force des normes sociales dominantes&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Un froussard se plaqua au sol sous les rires un peu contraints de ses camarades&nbsp;\u00bb (p. 19). <strong>Orgueil du groupe&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Le colonel a souvent voulu nous affecter \u00e0 un secteur plus calme [&#8230;] mais chaque fois, la compagnie demandait comme un seul homme de pouvoir garder son secteur C&nbsp;\u00bb (p. 45)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le 8 novembre&nbsp; [1916]. [&#8230;] Ce capitaine de cavalerie logeait avec quatre officiers chefs de patrouille, deux officiers-observateurs et son adjoint dans le vaste presbyt\u00e8re, dont nous nous partage\u00e2mes les pi\u00e8ces. Dans la biblioth\u00e8que, l&rsquo;un des premiers soirs, <strong>une longue discussion s&rsquo;engagea au sujet des offres de paix allemandes<\/strong>, qui venaient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9es. B\u00f6ckelmann y mit fin d&rsquo;une phrase&nbsp;: chaque soldat devait s&rsquo;interdire de prononcer seulement le mot de paix, tant que durait la guerre.&nbsp;\u00bb (p. 101)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Nous devions nous infiltrer en deux points dans la tranch\u00e9e ennemie et t\u00e2cher d&rsquo;y faire des prisonniers. [&#8230;] Quand je demandais des volontaires, j&rsquo;eus la surprise de voir &#8211;&nbsp;car nous \u00e9tions tout de m\u00eame \u00e0 la fin de 1917&nbsp;&#8211; se pr\u00e9senter dans presque toutes les compagnies du bataillon pr\u00e8s des trois quarts de l&rsquo;effectif. [&#8230;] Quelques volontaires en surnombre pleur\u00e8rent presque lorsqu&rsquo;ils furent refus\u00e9s. [&#8230;] Les casse-cous les plus cingl\u00e9s du 2<sup>e<\/sup> bataillon avaient fait \u00e9quipe.<\/p>\n<p>Dix jours durant, nous nous exer\u00e7\u00e2mes au lancer de grenades et r\u00e9p\u00e9t\u00e2mes notre coup de main contre des d\u00e9fenses qui reproduisaient notre objectif. [&#8230;] A part cela, nous \u00e9tions dispens\u00e9s de service&#8230; &nbsp;\u00bb (p. 166-167).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gestes de solidarit\u00e9&nbsp;: <\/strong>Encouragements mutuels (p. 23)&nbsp;; \u00ab&nbsp;En franchissant la route, nous rencontr\u00e2mes la 2<sup>e<\/sup> compagnie. Kius avait \u00e9t\u00e9 mis au courant de notre situation par des bless\u00e9s et, tant de son propre mouvement que sur les instances de ses hommes, il s&rsquo;\u00e9tait mis en route pour nous sortir de ce mauvais pas. Il l&rsquo;avait fait sans ordre. Cela nous \u00e9mut et nous emplit d&rsquo;une exub\u00e9rance joyeuse, un de ces \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me o\u00f9 l&rsquo;on voudrait arracher des arbres&nbsp;\u00bb (p. 152). \u00ab&nbsp;De temps \u00e0 autre, l&rsquo;un de nous disparaissait dans la boue jusqu&rsquo;aux hanches, et si ses camarades ne lui \u00e9taient pas venus en aide en lui tendant la crosse de leurs fusils, ils s&rsquo;y seraient immanquablement noy\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 180)&nbsp;; \u00e0 l&rsquo;occasion de sa derni\u00e8re blessure, ses hommes se sacrifient pour le ramener au poste de secours \u00ab&nbsp;[&#8230;] Cet exemple peu encourageant n&#8217;emp\u00eacha pas un second sauveteur de risquer une nouvelle tentative pour me tirer d&rsquo;affaire&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 259-260)<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Hindous :<\/strong> p. 134-135<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00fcnger t\u00e9moigne de ce qu&rsquo;un soldat peut tuer sans haine&nbsp;; <\/strong>on note chez lui un profond respect pour l&rsquo;ennemi&nbsp;; m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 tuer en cas de danger&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Fran\u00e7ais avaient d\u00fb tenir des mois aupr\u00e8s de leurs camarades abattus, sans pouvoir les ensevelir [&#8230;] \u00ab&nbsp;Dans ce d\u00e9sordre gisaient les corps des braves d\u00e9fenseurs, dont les fusils \u00e9taient encore appuy\u00e9s aux cr\u00e9neaux&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;(p. 21-22); \u00ab&nbsp;Alert\u00e9 par un guetteur, Eisen accourut avec quelques hommes et lan\u00e7a des grenades, contraignant l&rsquo;adversaire \u00e0 se retirer en laissant deux hommes sur le terrain. L&rsquo;un d&rsquo;eux, un jeune lieutenant, mourut aussit\u00f4t apr\u00e8s, l&rsquo;autre, un sergent, \u00e9tait gri\u00e8vement bless\u00e9 au bras et \u00e0 la jambe. Nous appr\u00eemes par les papiers de l&rsquo;officier qu&rsquo;il s&rsquo;appelait Sokes et appartenait au 2<sup>e<\/sup> fusiliers, le Royal Munster. Il \u00e9tait tr\u00e8s bien habill\u00e9, et son visage convuls\u00e9 par l&rsquo;agonie avait des traits intelligents et \u00e9nergiques. Son calepin contenait une foule d&rsquo;adresses de jeunes filles, \u00e0 Londres&nbsp;; ce d\u00e9tail m&rsquo;\u00e9mut. Nous l&rsquo;ensevel\u00eemes derri\u00e8re notre tranch\u00e9e et lui plant\u00e2mes une croix sans ornement, o\u00f9 je fis marquer son nom avec des clous de soulier. Cet incident me fit voir que toutes les patrouilles ne se terminaient pas aussi heureusement que les miennes, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent du moins.&nbsp;\u00bb (p. 111-112)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Cette chasse \u00e0 courre dans le marais \u00e9tait totalement ext\u00e9nuante&nbsp;\u00bb (p. 181)&nbsp;; \u00ab&nbsp;[&#8230;] nous v\u00eemes les premiers Anglais venir vers nous, les bras en l&rsquo;air. L&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, ils contourn\u00e8rent la traverse et d\u00e9boucl\u00e8rent leurs armes&nbsp;; mena\u00e7ants, nos fusils et nos pistolets \u00e9taient braqu\u00e9s sur eux. [&#8230;] La plupart montraient par leur sourire confiant qu&rsquo;ils ne s&rsquo;attendaient pas \u00e0 des atrocit\u00e9s de notre part. D&rsquo;autres essayaient de se concilier nos bonnes gr\u00e2ces en nous tendant des paquets de cigarettes et des tablettes de chocolat. Je vis avec la joie croissante du vrai chasseur que nous avions fait une prise consid\u00e9rable&nbsp;; [&#8230;] J&rsquo;arr\u00eatai un officier et l&rsquo;interrogeai sur la suite du trac\u00e9 de la position et sur les effectifs qui la tenaient. Il me r\u00e9pondit tr\u00e8s poliment&nbsp;; qu&rsquo;il se mit par surcro\u00eet au garde-\u00e0-vous, c&rsquo;\u00e9tait totalement superflu. [&#8230;] il me conduisit au commandant de compagnie, un <em>captain<\/em> bless\u00e9, qui se trouvait dans un abri voisin. J&rsquo;y fis la connaissance d&rsquo;un jeune homme d&rsquo;environ vingt-six ans [&#8230;] qui s&rsquo;appuyait au ch\u00e2ssis de galerie, le mollet travers\u00e9 d&rsquo;une balle. Quand je me pr\u00e9sentai, il porta \u00e0 sa casquette sa main o\u00f9 brillait une gourmette d&rsquo;or, me donna son nom et me tendit son pistolet. Ses premi\u00e8res paroles me montr\u00e8rent que j&rsquo;avais affaire \u00e0 un homme&nbsp;: ?<em>We were surrounded about<\/em>?. Il se sentait oblig\u00e9 d&rsquo;expliquer \u00e0 son adversaire pourquoi sa compagnie s&rsquo;\u00e9tait si vite rendue. Nous nous entret\u00eenmes en fran\u00e7ais de choses et d&rsquo;autres. Il me raconta qu&rsquo;une s\u00e9rie de bless\u00e9s allemands, que ses hommes avaient pans\u00e9s et ravitaill\u00e9s, \u00e9taient \u00e9tendus dans un abri voisin. [&#8230;] Lorsque j&rsquo;eus promis de le faire ramener \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, ainsi que les autres bless\u00e9s, nous nous serr\u00e2mes la main et nous s\u00e9par\u00e2mes&nbsp;\u00bb (p. 189-190)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Nous passions \u00e0 la h\u00e2te devant des corps encore chauds, robustes, sous les kilts courts desquels luisaient des genoux vigoureux, ou nous rampions par-dessus eux. C&rsquo;\u00e9taient des Highlanders, et l&rsquo;allure de leur r\u00e9sistance montrait bien que nous avions affaire \u00e0 de vrais hommes&nbsp;\u00bb (p. 223)&nbsp;; \u00ab&nbsp;J&rsquo;eus une vive empoignade avec le chef du train des \u00e9quipages, qui voulait faire jeter en bas de la voiture deux Anglais bless\u00e9s, alors qu&rsquo;ils m&rsquo;avaient soutenu durant la derni\u00e8re partie de notre trajet&nbsp;\u00bb (p. 230)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9duction de la violence, tr\u00eaves tacites&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;En maints endroits de la position [&#8230;] les sentinelles sont \u00e0 trente m\u00e8tres \u00e0 peine l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Il s&rsquo;y noue parfois des relations personnelles&nbsp;[&#8230;]. De br\u00e8ves apostrophes, qui ne manquent pas d&rsquo;un certain humour primitif, volent d&rsquo;une ligne \u00e0 l&rsquo;autre. ?H\u00e9, tommy, t&rsquo;es toujours l\u00e0&nbsp;? &#8211;&nbsp;Ouais&nbsp;! &#8211;&nbsp;Alors, planque ta t\u00eate, je vais tirer&nbsp;!?&nbsp;\u00bb (p. 39-40)&nbsp;; \u00ab&nbsp;L&rsquo;infanterie des deux c\u00f4t\u00e9s s&rsquo;en tenait, par convention tacite, au fusil, et l&#8217;emploi d&rsquo;explosifs provoquait un tir de repr\u00e9sailles deux fois plus intense&nbsp;\u00bb (p. 58)&nbsp;; ces tr\u00eaves ne sont pas r\u00e9serv\u00e9es aux premiers mois de guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce jour<strong>&#8211;<\/strong>l\u00e0, je vis de petits groupes de brancardiers, drapeaux de la Croix-Rouge d\u00e9ploy\u00e9s, se mouvoir \u00e0 d\u00e9couvert dans la zone des feux d&rsquo;infanterie, sans qu&rsquo;un seul coup f\u00fbt tir\u00e9 contre eux. De telles images ne se montraient au combattant, dans cette guerre souterraine, que dans les cas o\u00f9 la d\u00e9tresse avait atteint un paroxysme insoutenable&nbsp;\u00bb (p. 183, octobre 1917, Flandres)<\/p>\n<p><strong>Sc\u00e8ne de fraternisation<\/strong> en d\u00e9cembre 1915, secteur de Qu\u00e9ant provoqu\u00e9 par l&rsquo;inondation des tranch\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les occupants des tranch\u00e9es des deux partis avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s par la boue sur leurs parapets, et il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9, entre les r\u00e9seaux de barbel\u00e9s, des \u00e9changes anim\u00e9s, tout un troc d&rsquo;eau-de-vie, de cigarettes, de boutons d&rsquo;uniforme et d&rsquo;autres objets&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 49-51)&nbsp;; \u00ab&nbsp;[&#8230;] un ton o\u00f9 s&rsquo;exprimait une estime quasi sportive&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 50)&nbsp;; l&rsquo;artillerie accompagne et signale la fin de l&rsquo;entretien (p. 51)&nbsp;; le soir de No\u00ebl 1915&nbsp;: les Allemands entonnent des chants que les Anglais \u00ab&nbsp;\u00e9touff\u00e8rent sous les salves de leurs mitrailleuses. Le jour de No\u00ebl, nous perd\u00eemes un homme de la troisi\u00e8me section, atteint par ricochet d&rsquo;une balle dans la t\u00eate. Juste apr\u00e8s, les Anglais firent une tentative de rapprochement amical en hissant sur leur parapet un arbre de No\u00ebl, que nos hommes furibonds, balay\u00e8rent en quelques coups de feu, auxquels les tommies r\u00e9pondirent \u00e0 leur tour&#8230;.&nbsp;\u00bb (p. 51)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un bless\u00e9 se lamente de devoir quitter d\u00e9finitivement le front&nbsp;; cela surprend J\u00fcnger&nbsp;; <\/strong>nous sommes au d\u00e9but de la guerre (p. 28)&nbsp;; <strong>cas invers\u00e9 en mai 1917&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;[&#8230;] l&rsquo;un de mes hommes attrapa une balle de shrapnel qui lui resta dans la fesse droite. Quand, alert\u00e9, j&rsquo;accourus au lieu de l&rsquo;accident, je le trouvai d\u00e9j\u00e0 tout r\u00e9joui, attendant les brancardiers, assis sur sa fesse gauche, en train de boire le caf\u00e9 accompagn\u00e9 d&rsquo;une gigantesque tartine de confiture&nbsp;\u00bb (p. 127).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;amour du pays&nbsp;:<\/strong> J\u00fcnger est \u00e9vacu\u00e9 en Allemagne apr\u00e8s sa premi\u00e8re blessure re\u00e7ue aux \u00c9parges&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le train nous d\u00e9posa \u00e0 Heidelberg. Quand je vis les collines du Neckar couvertes de cerisiers en fleur [&#8230;]. Comme ce pays \u00e9tait beau, et bien digne qu&rsquo;on vers\u00e2t son sang et qu&rsquo;on mour\u00fbt pour lui&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 28)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les rapports avec la population civile occup\u00e9e&nbsp;sont nombreux et apparemment cordiaux&nbsp;: <\/strong>septembre 1915 (p. 30)&nbsp;; Douchy est la base de repos du 73<sup>e <\/sup>: \u00ab&nbsp;La population fran\u00e7aise \u00e9tait cantonn\u00e9e \u00e0 la sortie du village, du c\u00f4t\u00e9 de Monchy. Des enfants jouaient sur le seuil. [&#8230;] Nous n&rsquo;allions voir les habitants que pour leur apporter notre linge \u00e0 laver ou pour leur acheter du beurre et des \u0153ufs \u00bb (p. 31-32) \u00ab&nbsp;[&#8230;] adoption de deux petits orphelins fran\u00e7ais par la troupe&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 32)&nbsp;; le village ruin\u00e9 de Monchy-au-Bois (p. 32)&nbsp;; relation avec une jeune fille de 17 ans du village de Croisilles (p. 60)&nbsp;; civils de Douchy inquiets des gaz demandent au colonel allemand des masques&nbsp;; ils sont \u00e9vacu\u00e9s vers l&rsquo;arri\u00e8re (p. 74)&nbsp;; cantonnement \u00e0 Brancourt&nbsp;: flirts et amourettes entre soldats et femmes fran\u00e7aises (p. 99-100)&nbsp;; cantonnements successifs \u00e0 Cambrai&nbsp;chez la famille Plancot : \u00ab&nbsp;mes h\u00f4tes, un couple d&rsquo;orf\u00e8vres tr\u00e8s aimable, les Plancot-Bourlon, laissaient rarement passer un d\u00e9jeuner sans m&rsquo;envoyer dans ma chambre quelque bon morceau. Nous occupions nos soir\u00e9es ensemble devant une tasse de th\u00e9, \u00e0 jouer au trictrac et \u00e0 bavarder. Bien entendu, une question \u00e9pineuse revenait souvent sur le tapis&nbsp;: pourquoi faut-il que les hommes se fassent la guerre&nbsp;?&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 141)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Je retrouvai M. et Mme Plancot, qui m&rsquo;avaient si bien h\u00e9berg\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, et \u00e0 qui ma visite fit le plus grand plaisir&#8230;\u00bb (p. 250)&nbsp;; \u00ab&nbsp;[J\u00fcnger bless\u00e9, ao\u00fbt 1918] [&#8230;] M. et Mme Plancot m&rsquo;envoy\u00e8rent une lettre aimable, une bo\u00eete de lait condens\u00e9 dont ils s&rsquo;\u00e9taient priv\u00e9s \u00e0 mon intention, et le seul melon qu&rsquo;e\u00fbt produit leur potager&nbsp;\u00bb (p. 261)&nbsp;; &nbsp;octobre 1917, cantonnement \u00e0 Roulers\/Roeselaere en Flandre&nbsp;: bombardements de l&rsquo;aviation anglaise (p. 173-175)&nbsp;;<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Description d&rsquo;une tranch\u00e9e de premi\u00e8re ligne<\/strong> (p. 34-36)&nbsp;; une journ\u00e9e de tranch\u00e9e-type (p. 37-39)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>TUER. Chef d&rsquo;un groupe de choc, J\u00fcnger est tr\u00e8s explicite sur la pratique de la violence interpersonnelle, les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons d&rsquo;\u00e9liminer son ennemi, les coups de main et les combats rapproch\u00e9s:<\/strong> (p. 42)&nbsp;; (p. 46)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Ils contemplent avec une volupt\u00e9 de connaisseurs les effets de l&rsquo;artillerie sur la tranch\u00e9e ennemie&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Ils aiment tirer des grenades \u00e0 fusil et des mines l\u00e9g\u00e8res contre les lignes adverses, au grand m\u00e9contentement des timor\u00e9s [&#8230;]. Mais cela ne les emp\u00eache pas de r\u00e9fl\u00e9chir constamment \u00e0 la meilleure mani\u00e8re de projeter des grenades avec une esp\u00e8ce de catapulte de leur invention&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 42)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Devant le secteur de la premi\u00e8re section, deux ravitailleurs anglais apparurent \u00e0 la tomb\u00e9e du jour&nbsp;: ils s&rsquo;\u00e9taient \u00e9gar\u00e9s. Ils s&rsquo;approch\u00e8rent le plus paisiblement du monde&nbsp;: l&rsquo;un tenait \u00e0 la main une grande gamelle ronde, l&rsquo;autre un long bidon plein de th\u00e9. Tous deux furent&nbsp; abattus presque \u00e0 bout portant. [&#8230;]&nbsp; Il n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re possible de faire des prisonniers dans cet enfer&nbsp;: comment aurait-on pu les ramener \u00e0 travers la zone d tirs de barrage&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p. 91)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Schmidt, le premier survivant peut-\u00eatre des d\u00e9fenseurs du chemin creux, entendit des pas qui annon\u00e7aient l&rsquo;approche des assaillants. Aussit\u00f4t apr\u00e8s, des coups de feu retentirent \u00e0 ras du sol, et des \u00e9clatements de charges explosives et de grenades \u00e0 gaz&nbsp;: on <strong>nettoyait<\/strong> l&rsquo;abri.&nbsp;\u00bb (p. 98-99)&nbsp;; [combat dans une tranch\u00e9e] (p. 112)&nbsp;; \u00ab&nbsp;j&rsquo;arrachai le fusil des mains du guetteur le plus proche, mis la hausse \u00e0 six cents m\u00e8tres, visai soigneusement, un peu en avant de la t\u00eate, et pressai la d\u00e9tente. Il fit encore trois pas, tomba sur le dos&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 112-113)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Un tirailleur isol\u00e9 se montra \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du bois et marcha vers nous. Un homme commit l&rsquo;erreur de lui crier&nbsp;: ?Le mot de passe&nbsp;!?, sur quoi il s&rsquo;arr\u00eata, ind\u00e9cis, puis fit demi-tour. Un \u00e9claireur, bien entendu.<\/p>\n<p>?Descendez-le&nbsp;!?. Une douzaine de coups de feu&nbsp;; la forme s&rsquo;\u00e9croula et glissa dans l&rsquo;herbe haute&nbsp;\u00bb (p. 133)&nbsp;; \u00ab&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait le moment voulu pour foncer dans le tas. Ba\u00efonnette au canon, en poussant des hourras furieux, nous mont\u00e2mes \u00e0 l&rsquo;assaut du petit bois. Des grenades vol\u00e8rent \u00e0 travers les broussailles denses, et en un rien de temps nous e\u00fbmes reconquis notre avant-poste sans avoir r\u00e9ussi, \u00e0 vrai dire, \u00e0 saisir notre souple adversaire&nbsp;\u00bb (p. 134)&nbsp;; Suit le ramassage de trois bless\u00e9s hindous. \u00ab&nbsp;Nous bloqu\u00e2mes sans tarder leur avance, bien qu&rsquo;ils arrivassent avec une sup\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique consid\u00e9rable. Nous tirions rapidement, mais en visant. Je vis un gros soldat de premi\u00e8re classe de la 8<sup>e<\/sup> compagnie appuyer avec le plus grand flegme le canon de son fusil sur une souche d\u00e9chiquet\u00e9e&nbsp;; \u00e0 chaque coup, c&rsquo;\u00e9tait un assaillant qui tombait&nbsp;\u00bb (p. 153)&nbsp;; \u00ab&nbsp;J&rsquo;avais fait le choix d&rsquo;un v\u00eatement de travail conforme \u00e0 la t\u00e2che que nous nous proposions d&rsquo;accomplir&nbsp;\u00bb&nbsp;; J\u00fcnger emporte deux pistolets et diff\u00e9rents types de grenades&#8230; \u00ab&nbsp;Nous avions d\u00e9cousu les pattes d&rsquo;\u00e9paule et le ruban de Gibraltar, pour ne pas donner \u00e0 l&rsquo;ennemi d&rsquo;indications sur notre corps. Comme signe de reconnaissance, nous portions \u00e0 chaque bras un brassard blanc&nbsp;\u00bb (p. 167-168)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Kienitz me raconta en h\u00e2te qu&rsquo;il avait chass\u00e9 \u00e0 coups de grenades, dans la premi\u00e8re tranch\u00e9e, des Fran\u00e7ais occup\u00e9s au terrassement, et qu&rsquo;en poursuivant son avance, d\u00e8s le d\u00e9but il avait eu des morts et des bless\u00e9s, dus au tir de notre propre artillerie&nbsp;\u00bb (p. 171)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le lendemain matin, le colonel von Oppen vint voir une seconde fois les hommes de la patrouille, distribua des Croix de fer et donna \u00e0 chacun des participants quinze jours de permission.&nbsp;\u00bb (p. 172)&nbsp;; corps \u00e0 corps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Domeyer se heurta \u00e0 un territorial fran\u00e7ais \u00e0 la barbe de fleuve qui \u00e0 sa sommation&nbsp;: ?Rendez-vous&nbsp;!?, r\u00e9pliqua avec fureur&nbsp;: ?Ah non&nbsp;!? et se jeta sur lui. Au cours d&rsquo;un duel acharn\u00e9, Domeyer lui tira un coup de pistolet \u00e0 travers la gorge et dut, comme moi, revenir sans prisonniers&nbsp;\u00bb (p. 173)&nbsp;; une forme de bouclier humain&#8230; \u00ab&nbsp;Juste apr\u00e8s l&rsquo;attaque, le chef de ce petit fortin, un adjudant, avait rep\u00e9r\u00e9 un Anglais qui ramenait trois Allemands prisonniers. Il abattit l&rsquo;Anglais et renfor\u00e7a de trois hommes son effectif. Lorsqu&rsquo;ils furent \u00e0 bout de munitions, ils plac\u00e8rent devant la porte un Anglais soigneusement pans\u00e9 afin d&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;autres tirs, et une fois la nuit tomb\u00e9e, ils r\u00e9ussirent \u00e0 battre en retraite sans se faire rep\u00e9rer.<\/p>\n<p>Un autre fortin b\u00e9tonn\u00e9, o\u00f9 commandait un lieutenant, fut somm\u00e9 de se rendre par un officier anglais&nbsp;; pour toute r\u00e9ponse, l&rsquo;Allemand bondit au-dehors, saisit l&rsquo;Anglais au collet et le tra\u00eena \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur sous les yeux de ses hommes m\u00e9dus\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 182-183)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Un avion allemand descendit en flammes une saucisse anglaise dont les observateurs saut\u00e8rent en parachute. Il ex\u00e9cuta encore quelques \u00e9volutions autour de ces Anglais suspendus en l&rsquo;air et les arrosa de balles tra\u00e7antes &#8211;&nbsp;signe que la violence impitoyable de la guerre s&rsquo;aggravait&nbsp;\u00bb (p. 186)&nbsp;; Combats \u00e0 la grenade (p. 193-195)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Entre tous les moments excitants de la guerre, aucun n&rsquo;est aussi fort que la rencontre de deux chefs de troupes de choc, entre les \u00e9troites parois d&rsquo;argile des positions de combat. Plus question alors de retraite ni de piti\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 195)&nbsp;; Un face \u00e0 face&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous nous aper\u00e7\u00fbmes au moment o\u00f9 je d\u00e9bouchai d&rsquo;un tournant. [&#8230;]. Ce fut une d\u00e9livrance de voir enfin concr\u00e8tement l&rsquo;adversaire. Je posai le canon de mon arme contre la tempe de l&rsquo;homme paralys\u00e9 par la peur, l&#8217;empoignant de l&rsquo;autre main par sa vareuse d&rsquo;uniforme qui portait des d\u00e9corations et les insignes de son grade. Un officier&nbsp;; [&#8230;] Avec un g\u00e9missement, il porta sa main \u00e0 sa poche, pour en tirer, non pas une arme, mais une photo qu&rsquo;il me tint sous les yeux. Elle le montrait sur une terrasse, entour\u00e9 d&rsquo;une nombreuse famille. Ce fut un appel magique [&#8230;]. J&rsquo;ai par la suite consid\u00e9r\u00e9 comme un grand bonheur de l&rsquo;avoir \u00e9pargn\u00e9 en poursuivant ma course en avant&nbsp;\u00bb (p. 211)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le d\u00e9fenseur n&rsquo;\u00e9tait donc plus qu&rsquo;\u00e0 une longueur de bras de nous. Cette imm\u00e9diate proximit\u00e9 de l&rsquo;ennemi constituait notre sauvegarde. Elle constitua aussi sa perte. Une bu\u00e9e br\u00fblante montait de l&rsquo;arme. Elle devait avoir fait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de victimes et continuait \u00e0 faucher. [&#8230;]<\/p>\n<p>Je fixai, fascin\u00e9, ce bout de fer br\u00fblant et vibrant qui semait la mort et me fr\u00f4lait presque le pied. Puis je tirai \u00e0 travers la toile. Un homme se dressa pr\u00e8s de moi, l&rsquo;arracha et balan\u00e7a une grenade dans l&rsquo;ouverture. Une secousse et la fum\u00e9e blanche qui jaillit nous en apprirent l&rsquo;effet. Le proc\u00e9d\u00e9 \u00e9tait brutal, mais s\u00fbr. Le canon ne bougeait plus, l&rsquo;arme se tut&nbsp;\u00bb (p. 212-213)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Ce fut la premi\u00e8re fois \u00e0 la guerre o\u00f9 je vis se heurter des masses humaines. [&#8230;] Je sautai dans la premi\u00e8re tranch\u00e9e&nbsp;; [&#8230;] je me heurtai \u00e0 un officier anglais \u00e0 la vareuse d\u00e9boutonn\u00e9e, dont pendait la cravate par laquelle je l&#8217;empoignai pour le plaquer contre un parapet de sacs. Derri\u00e8re moi appar\u00fbt la t\u00eate chenue d&rsquo;un commandant qui me hurla&nbsp;: ?Abats ce chien&nbsp;!?<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait inutile. Je passai \u00e0 la tranch\u00e9e inf\u00e9rieure, qui grouillait d&rsquo;Anglais. On se serait cru au milieu d&rsquo;un naufrage. Quelques-uns lan\u00e7aient des ?\u0153ufs de cane?, d&rsquo;autres tiraient avec des colts, la plupart s&rsquo;enfuyaient. Nous avions d\u00e9sormais l&rsquo;avantage. Je pressais comme en r\u00eave la d\u00e9tente de mon pistolet, alors que depuis longtemps, je n&rsquo;avais plus de balles dans le canon. Un homme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, jetait des grenades parmi les fuyards. [&#8230;] Le sort du combat fut r\u00e9gl\u00e9 en une minute. Les Anglais saut\u00e8rent hors de leur tranch\u00e9e et s&rsquo;enfuirent \u00e0 travers champs. De la cr\u00eate du remblai, un feu de poursuite furieux \u00e9clata. [&#8230;] en quelques secondes, le sol fut couvert de corps \u00e9tendus. C&rsquo;\u00e9tait le mauvais c\u00f4t\u00e9 de ce remblai.<\/p>\n<p>Des Allemands, eux aussi, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 sur le glacis. Debout pr\u00e8s de moi, un sous-officier, bouche b\u00e9e, contemplait la m\u00eal\u00e9e. Je lui pris son fusil et tirai sur un Anglais engag\u00e9 dans un corps-\u00e0-corps avec deux Allemands. Ceux-ci rest\u00e8rent un instant stup\u00e9faits de ce secours invisible, pour poursuivre leur avance aussit\u00f4t apr\u00e8s. [&#8230;] Chacun courait droit devant lui. [&#8230;] Nous formions une meute&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 214-215)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Une entr\u00e9e d&rsquo;abri m&rsquo;attira. J&rsquo;y jetai un coup d&rsquo;\u0153il et aper\u00e7us un homme assis en bas [&#8230;]. De toute \u00e9vidence, il n&rsquo;avait encore aucune id\u00e9e des changements de la situation. Je le pris tranquillement au bout du guidon de mon pistolet, mais au lieu de l&rsquo;abattre aussit\u00f4t, comme la prudence l&rsquo;ordonnait, je lui criai&nbsp;: ?<em>Come here, hands up&nbsp;!<\/em>? Il se leva d&rsquo;un bond, me fixa d&rsquo;un air ahuri et disparut dans l&rsquo;ombre de l&rsquo;abri. Je balan\u00e7ai une grenade derri\u00e8re lui.&nbsp;\u00bb (p. 215)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Les bras en l&rsquo;air, les Anglais se h\u00e2t\u00e8rent de fuir vers nos arri\u00e8res, pour \u00e9chapper \u00e0 la fureur de la premi\u00e8re vague d&rsquo;assaut [&#8230;]. J&rsquo;assistai, p\u00e9trifi\u00e9 par l&rsquo;attention, au premier choc, qui eut lieu tout pr\u00e8s du bord de notre petit retranchement. Je vis ici qu&rsquo;un d\u00e9fenseur qui, jusqu&rsquo;\u00e0 cinq pas, tire ses balles presque \u00e0 bout portant sur son assaillant ne peut esp\u00e9rer que ce dernier lui fera gr\u00e2ce de la vie. Le combattant qui, pendant l&rsquo;attaque, a eu un voile de sang devant les yeux, ne veut pas faire de prisonniers&nbsp;; il veut tuer&nbsp;\u00bb (p. 216) [note 10&nbsp;p. 745: \u00ab&nbsp;de 1920 \u00e0 1924, avec quelques variantes mineures, ce d\u00e9but de l&rsquo;assaut donne lieu \u00e0 un d\u00e9veloppement diff\u00e9rent&nbsp;: ?De tous les trous d&rsquo;obus surgissaient maintenant des formes brandissant des fusils, qui, les yeux r\u00e9vuls\u00e9s et la bouche \u00e9cumante, montaient en hurlant de terribles hourras \u00e0 l&rsquo;assaut de la position ennemie d&rsquo;o\u00f9 les d\u00e9fenseurs sortaient par centaines en levant les bras. \/ On ne faisait pas de quartier [&#8230;] Une ordonnance de Gipkens en abattit une bonne douzaine [&#8230;]. \/ Je ne peux pas en vouloir \u00e0 nos hommes de ce comportement sanguinaire. Assassiner un homme d\u00e9sarm\u00e9 est une bassesse. \u00c0 la guerre, personne ne m&rsquo;\u00e9tait aussi odieux que les h\u00e9ros de caf\u00e9 du commerce [&#8230;]. \/ Par ailleurs, qui tire ses balles sur l&rsquo;assaillant jusqu&rsquo;\u00e0 six pas de lui doit en supporter les cons\u00e9quences. Durant l&rsquo;assaut, un voile de sang flotte devant les yeux du combattant, ensuite il ne peut changer d&rsquo;humeur. Il ne veut pas faire de prisonniers, il veut tuer. Il n&rsquo;a plus d&rsquo;objectif devant les yeux, il est enti\u00e8rement sous l&#8217;emprise de violents instincts originels. C&rsquo;est seulement lorsque le sang a coul\u00e9 que se dissipent les brouillards de son cerveau&nbsp;; il regarde autour de lui, comme s&rsquo;\u00e9veillant d&rsquo;un r\u00eave profond. Alors, seulement, il redevient un soldat moderne, capable d&rsquo;assumer une nouvelle mission tactique?. Modifi\u00e9 et abr\u00e9g\u00e9 en 1934 et 1935, ce passage trouve sa forme d\u00e9finitive en 1961&nbsp;\u00bb.] \u00ab&nbsp;Comme il persistait, en d\u00e9pit de mes sommations, [&#8230;] nous m\u00eemes fin \u00e0 ses h\u00e9sitations de quelques grenades et poursuiv\u00eemes notre route. [&#8230;] J&rsquo;en abattis un au moment o\u00f9 il bondissait hors du premier abri&nbsp;\u00bb (p. 218)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le nettoyage \u00e0 la grenade se d\u00e9roula lentement, comme devant Cambrai&nbsp;\u00bb (p. 223)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Quand nous e\u00fbmes ainsi gagn\u00e9 cent m\u00e8tres environ, la pluie toujours plus dense de grenades \u00e0 main et \u00e0 fusil nous contraignit de nous arr\u00eater. La situation mena\u00e7ait de s&rsquo;inverser, elle commen\u00e7ait \u00e0 ?sentir mauvais?&nbsp;; j&rsquo;entendis des apostrophes nerveuses&nbsp;: ?V&rsquo;l\u00e0 les Tommies qui contre-attaquent&nbsp;!? [&#8230;] ?Gare, mon lieutenant&nbsp;!? C&rsquo;est justement dans les corps-\u00e0-corps de tranch\u00e9es que de tels retournements sont redoutables. Une petite troupe de choc s&rsquo;\u00e9lance en t\u00eate, tirant et lan\u00e7ant ses grenades. Quand les grenadiers bondissent en avant, puis en arri\u00e8re, pour \u00e9chapper aux effets destructeurs de leurs propres projectiles, ils se heurtent aux suivants, qui suivent en masses trop compactes. Il n&rsquo;est pas rare alors que le d\u00e9sordre se mette chez l&rsquo;assaillant. Quelques-uns tentent peut-\u00eatre de se replier \u00e0 d\u00e9couvert et s&rsquo;\u00e9croulent sous le feu des tireurs d&rsquo;\u00e9lite, ce qui aussit\u00f4t encourage consid\u00e9rablement l&rsquo;adversaire&nbsp;\u00bb (p. 224)&nbsp;; Combats \u00e0 la grenade p. 246&nbsp;; \u00ab&nbsp;La sc\u00e8ne s&rsquo;animait de plus en plus. Un cercle d&rsquo;Anglais et d&rsquo;Allemands nous entourait, nous invitant \u00e0 jeter nos armes. [&#8230;] J&rsquo;exhortai d&rsquo;une voix faible mes voisins \u00e0 poursuivre leur r\u00e9sistance. Ils fusillaient amis comme ennemis. [&#8230;] \u00c0 gauche, deux colosses anglais fourrageaient \u00e0 coups de ba\u00efonnettes dans un bout de tranch\u00e9e d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;\u00e9levaient des mains implorantes.<\/p>\n<p>Parmi nous, on entendait aussi des voix stridentes&nbsp;: ?Cela n&rsquo;a plus de sens&nbsp;! Jetez vos fusils&nbsp;! Ne tirez pas, camarades&nbsp;!? Je lan\u00e7ai un coup d&rsquo;\u0153il aux deux officiers, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi dans la tranch\u00e9e. Ils me r\u00e9pondirent d&rsquo;un sourire, d&rsquo;un haussement d&rsquo;\u00e9paules, et laiss\u00e8rent glisser \u00e0 terre leurs ceinturons&nbsp;\u00bb (p. 258)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Il ne me restait plus que le choix entre la captivit\u00e9 ou une balle. Je rampai hors de la tranch\u00e9e et marchai d&rsquo;un pas vacillant vers Favreuil. [&#8230;] La seule circonstance favorable \u00e9tait peut-\u00eatre la confusion, telle que d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 on \u00e9changeait d\u00e9j\u00e0 des cigarettes, tandis que de l&rsquo;autre on continuait \u00e0 s&rsquo;entr&rsquo;\u00e9gorger. Deux Anglais, qui ramenaient un groupe de prisonniers du 99<sup>e<\/sup> vers leurs lignes, me barr\u00e8rent la route. Je plaquai mon pistolet sur le corps de l&rsquo;un d&rsquo;eux et appuyai sur la d\u00e9tente. L&rsquo;autre d\u00e9chargea son fusil sur moi sans m&rsquo;atteindre&nbsp;\u00bb (p. 258-259).<\/p>\n<p><strong>Corps \u00e0 corps<\/strong> :&nbsp;? \u00ab&nbsp;L&rsquo;un de ces intrus devait \u00eatre un risque-tout. Il avait bondi sans se faire voir dans la tranch\u00e9e et avait couru derri\u00e8re la ligne des postes de guetteurs, d&rsquo;o\u00f9 les hommes surveillaient les approches. L&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, les d\u00e9fenseurs, que leurs masques \u00e0 gaz emp\u00eachaient de bien voir, furent assaillis par derri\u00e8re&nbsp;: apr\u00e8s en avoir abattu un bon nombre <span style=\"text-decoration: underline;\">\u00e0 coups de matraque ou de crosse<\/span>, il retourna, toujours inaper\u00e7u, jusqu&rsquo;aux lignes anglaises. Quand on d\u00e9blaya la tranch\u00e9e, on retrouva huit sentinelles \u00e0 la nuque fracass\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 75).<\/p>\n<p><strong>Esprit de vengeance&nbsp;:<\/strong> apr\u00e8s qu&rsquo;un territorial terrassier, p\u00e8re de 4 enfants, ait \u00e9t\u00e9 abattu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ses camarades sont rest\u00e9s longtemps encore aux aguets derri\u00e8re les cr\u00e9neaux pour venger le sang vers\u00e9. Ils pleuraient de rage. Ils semblaient consid\u00e9rer l&rsquo;Anglais qui avait tir\u00e9 la balle mortelle comme leur ennemi personnel&nbsp;\u00bb (p. 48).<\/p>\n<p><strong>Patrouilles dans le no man&rsquo;s land&nbsp;:<\/strong> pistolet, grenades et poignards serr\u00e9s entre les dents (p. 63)&nbsp;; non utilis\u00e9s dans ce cas. Une seconde sortie pour rien le lendemain (p. 64)<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;En un rien de temps, nous nous gliss\u00e2mes en tapinois jusqu&rsquo;aux obstacles de l&rsquo;ennemi [&#8230;] ; quelques Anglais se montr\u00e8rent et se mirent \u00e0 y travailler, sans rep\u00e9rer nos corps plaqu\u00e9s dans les herbes.<\/p>\n<p>Me souvenant des m\u00e9saventures de la derni\u00e8re patrouille, je soufflai aussi bas que possible&nbsp;: \u00ab\u00a0Wohlgemut, balancez-leur une grenade. &#8211; Mon lieutenant, je trouve qu&rsquo;on devrait les laisser d&rsquo;abord un peu travailler. &#8211; C&rsquo;est un ordre, aspirant&nbsp;!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[&#8230;] Mal \u00e0 mon aise, comme qui s&rsquo;est embarqu\u00e9 dans une aventure scabreuse,&nbsp; j&rsquo;entendis aupr\u00e8s de moi le craquement sec du cordon qu&rsquo;on tire et vis Wohlgemut, pour se d\u00e9couvrir le moins possible, lancer sa grenade comme une bille \u00e0 ras du sol. Elle s&rsquo;arr\u00eata dans les broussailles, presque au milieu des Anglais, qui semblaient ne s&rsquo;\u00eatre aper\u00e7us de rien. Quelques secondes d&rsquo;extr\u00eame tension pass\u00e8rent. \u00ab\u00a0Crrrac&nbsp;!\u00a0\u00bb Un \u00e9clair illumina des formes vacillantes. Braillant ce cri de guerre&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>You are prisoners&nbsp;!<\/em>\u00ab\u00a0, nous bond\u00eemes comme des tigres au sein de la nu\u00e9e blanche. En quelques fractions de seconde, il se d\u00e9roula toute une sc\u00e8ne sauvage. Je braquai mon pistolet sur un visage qui luisait devant moi [&#8230;]. Une ombre tomba \u00e0 la renverse avec un hurlement nasillard, dans les barbel\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait un cri hideux [&#8230;]. \u00c0 ma gauche, Wohlgemut d\u00e9chargeait son pistolet, tandis que Bartels, dans son \u00e9nervement, lan\u00e7ait au petit bonheur une grenade au milieu de nous&nbsp;\u00bb (p. 79)&nbsp;; au total donc, peu de ba\u00efonnettes ou de poignards en action&#8230;<\/p>\n<p><strong>La guerre comme travail&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Quand le fil t\u00e9l\u00e9phonique&nbsp; \u00e9tait coup\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais charg\u00e9 de le faire r\u00e9parer par mon d\u00e9tachement d&rsquo;intervention. Je d\u00e9couvris en ces hommes, dont j&rsquo;avais \u00e0 peine remarqu\u00e9 jusque-l\u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 sur le champ de bataille, une esp\u00e8ce particuli\u00e8re de \u00ab\u00a0Travailleurs inconnus\u00a0\u00bb dans la zone mortelle. [&#8230;] rattacher deux bouts de ligne t\u00e9l\u00e9phonique&nbsp;: t\u00e2che aussi p\u00e9rilleuse que sans \u00e9clat&nbsp;\u00bb (p. 105-106).<\/p>\n<p><strong>Le plaisir du travail bien fait&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Notre grand orgueil \u00e9tait notre activit\u00e9 de b\u00e2tisseurs, o\u00f9 intervenaient peu les ordres de l&rsquo;arri\u00e8re&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 56).<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Crises de nerfs de J\u00fcnger<\/strong> : (p. 79)&nbsp;; (p. 92)&nbsp;; \u00ab&nbsp;[&#8230;] l&rsquo;obus s&rsquo;\u00e9tait abattu juste au milieu de nous. A demi assomm\u00e9, je me relevai. Dans le grand entonnoir, des bandes de cartouches de mitrailleuses, allum\u00e9es par l&rsquo;explosion, lan\u00e7aient une lumi\u00e8re d&rsquo;un rose cru. Elle \u00e9clairait la fum\u00e9e pesante o\u00f9 se tordait une masse de corps noircis, et les ombres des survivants qui s&rsquo;enfuyaient dans toutes les directions. [&#8230;] Moi qui, une demi-heure auparavant, \u00e9tait encore \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une compagnie sur le pied de guerre, j&rsquo;errais maintenant avec quelques hommes compl\u00e8tement abattus \u00e0 travers le lacis des tranch\u00e9es [&#8230;]. Je me jetai \u00e0 terre et \u00e9clatait en sanglots convulsifs, tandis que les hommes m&rsquo;entouraient, l&rsquo;air sombre&nbsp;\u00bb (p. 202-203).<\/p>\n<p><strong>Gaz <\/strong>: effets&nbsp;: p. 72-74&nbsp;; (p. 102).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Faim&nbsp;:<\/strong> (p. 107-108)&nbsp;; (p. 162).<\/p>\n<p><strong>Boue&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;Ce fut une matin\u00e9e pitoyable. J&rsquo;y pus constater une fois de plus qu&rsquo;aucun tir d&rsquo;artillerie n&rsquo;est capable de briser la volont\u00e9 de r\u00e9sistance aussi radicalement que le froid et l&rsquo;humidit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 155)<\/p>\n<p><strong>Notes psychologiques <\/strong>: (23 ao\u00fbt 16) \u00ab&nbsp;[&#8230;] un chauffeur s&rsquo;\u00e9crasa le pouce en mettant son auto en marche. La vue de cette blessure me causa, \u00e0 moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 ce genre de spectacles, une esp\u00e8ce de haut-le-c\u0153ur. Si j&rsquo;en fais mention, c&rsquo;est qu&rsquo;il est d&rsquo;autant plus curieux que j&rsquo;aie \u00e9t\u00e9 capable de supporter dans les jours suivants la vue de graves mutilations. Cet exemple montre que dans la vie, le sens de l&rsquo;ensemble d\u00e9cide des impressions particuli\u00e8res&nbsp;\u00bb (p. 81)&nbsp;; <strong>\u00ab <\/strong>Il flottait au-dessus des ruines, comme de toutes les zones dangereuses du secteur, une lourde odeur de cadavres, car le tir \u00e9tait si violent que personne ne se souciait des morts. On y avait litt\u00e9ralement la mort \u00e0 ses trousses &#8211;&nbsp;et lorsque je per\u00e7us, tout en courant, cette exhalaison, j&rsquo;en fus \u00e0 peine surpris&nbsp;&#8211; elle \u00e9tait accord\u00e9e au lieu. Du reste, ce fumet lourd et douce\u00e2tre n&rsquo;\u00e9tait pas seulement naus\u00e9eux&nbsp;: il suscitait, m\u00eal\u00e9 aux \u00e2cres bu\u00e9es des explosifs, une exaltation presque visionnaire, telle que seule la pr\u00e9sence de la mort toute proche peut la produire&nbsp;\u00bb (p. 83)&nbsp;; \u00ab&nbsp;C&rsquo;est l\u00e0, et au fond, de toute la guerre, c&rsquo;est l\u00e0 seulement que j&rsquo;observai l&rsquo;existence d&rsquo;une sorte d&rsquo;horreur, \u00e9trang\u00e8re comme une contr\u00e9e vierge. Ainsi, en ces instants, je ne ressentais pas de crainte, mais une aisance sup\u00e9rieure et presque d\u00e9moniaque&nbsp;; et aussi de surprenants acc\u00e8s de fou rire, que je n&rsquo;arrivai pas \u00e0 contenir&nbsp;\u00bb (p. 83)&nbsp;; \u00ab&nbsp;\u00c0 partir de 7 heures, la place et les maisons voisines re\u00e7urent \u00e0 des intervalles d&rsquo;une demi-minute des obus de 150. Beaucoup d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9clat\u00e8rent pas&nbsp;: leur choc bref, \u00e9nervant, secouait la maison jusqu&rsquo;\u00e0 ses fondations. Et pendant tout ce temps, nous rest\u00e2mes dans notre cave, assis dans des fauteuils recouverts de soie, autour de la table, la t\u00eate entre les mains, \u00e0 compter les intervalles des explosions. Les blagues devinrent plus rares, et pour finir, les plus intr\u00e9pide eux-m\u00eames se turent&nbsp;\u00bb (p. 85)&nbsp;; \u00ab&nbsp;Sous l&rsquo;effet de violentes douleurs dans la t\u00eate et les oreilles, nous ne pouvions nous entendre qu&rsquo;en braillant des mots sans suite. La facult\u00e9 de penser logiquement et le sens de la pesanteur semblait paralys\u00e9s. On \u00e9tait en proie au sentiment de l&rsquo;in\u00e9luctable, de la n\u00e9cessit\u00e9 absolue, comme devant la fureur des \u00e9l\u00e9ments. Un sous-officier de la troisi\u00e8me section devint fou furieux.&nbsp;\u00bb (p. 85).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Bat de la Somme, Combles<\/strong> (ao\u00fbt 1916) (p. 83) civils ensevelis sous les d\u00e9combres&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une petite fille gisait devant un seuil au milieu d&rsquo;une flaque rouge&nbsp;\u00bb (p. 84) \u00ab&nbsp;Un endroit violemment bombard\u00e9 \u00e9tait le parvis de l&rsquo;\u00e9glise d\u00e9truite, en face de l&rsquo;entr\u00e9e des catacombes, de tr\u00e8s anciennes galeries souterraines parsem\u00e9es de niches o\u00f9 logeaient entass\u00e9s presque tous les \u00e9tats-majors des unit\u00e9s combattantes. On racontait que les habitants avaient d\u00e9gag\u00e9 \u00e0 coups de pioche, d\u00e8s le d\u00e9but des bombardements, l&rsquo;acc\u00e8s mur\u00e9 qu&rsquo;ils avaient cach\u00e9 aux Allemands pendant tout le temps de l&rsquo;occupation&nbsp;\u00bb (p. 84).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Grippe espagnole&nbsp;:<\/strong> (p. 238-239).<\/p>\n<p><strong>Volontaires de 1918&nbsp;:<\/strong> \u00ab&nbsp;[&#8230;]&nbsp;le volontaire de 1918, fort peu model\u00e9, de toute \u00e9vidence, par la discipline, mais brave d&rsquo;instinct. Ces jeunes casse-cou aux tignasses farouches, en bandes molleti\u00e8res, se prirent violemment de querelle \u00e0 vingt m\u00e8tres de l&rsquo;ennemi par ce que l&rsquo;un d&rsquo;eux en avait trait\u00e9 un autre de d\u00e9gonfl\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 242).<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, mai 2010.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Enfance et jeunesse&nbsp;: Ernst&nbsp; J\u00fcnger est n\u00e9 le 29 mars 1895 \u00e0 Heidelberg. Son p\u00e8re, chimiste dans un laboratoire d&rsquo;analyse est aussi expert aupr\u00e8s du tribunal de Hanovre avant de devenir pharmacien. \u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, le jeune Ernst se montre inattentif, r\u00e9tif \u00e0 la discipline mais se r\u00e9v\u00e8le aussi grand amateur de lectures, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/05\/14\/ernst-junger-1895-1998\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">J\u00fcnger, Ernst  (1895-1998)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[97,58,15,21],"tags":[820,289,588,827,353,305,829,646,828,299,266,826],"class_list":["post-250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1919-1930","category-armee-allemande","category-officier-infanterie","category-souvenirs","tag-alcool","tag-blessure","tag-cadavres","tag-groupes-primaires","tag-patriotisme","tag-prisonniers","tag-rapports-avec-les-civils","tag-role-de-lofficier","tag-tirs-amis","tag-treve-tacite","tag-tuer","tag-virilite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=250"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3843,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions\/3843"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}