{"id":251,"date":"2010-07-01T11:12:41","date_gmt":"2010-07-01T10:12:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=251"},"modified":"2021-09-12T19:22:03","modified_gmt":"2021-09-12T18:22:03","slug":"coeurdevey-edouard-1882-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/07\/01\/coeurdevey-edouard-1882-1955\/","title":{"rendered":"Coeurdevey, Edouard (1882-1955)"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">A\u00een\u00e9 d\u2019une famille nombreuse de paysans pauvres de Verne (Doubs). Plac\u00e9 comme valet de chambre chez un s\u00e9nateur, il se donne une culture d\u2019autodidacte. Il peut faire des \u00e9tudes, devenir instituteur, obtenir une licence \u00e8s lettres, fr\u00e9quenter l\u2019historien Albert Mathiez (qu\u2019il retrouvera pendant la guerre, lors d\u2019une permission, et dont il critiquera les opinions, p. 473 du livre). Un long stage en Autriche lui permet d\u2019acqu\u00e9rir une bonne connaissance de l\u2019allemand, langue qu\u2019il utilise parfois dans ses carnets lorsqu\u2019il s\u2019agit de critiquer des camarades proches.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Adjudant, mobilis\u00e9 en 1914 au CVAD 1\/7 (Convoi de V\u00e9hicules Administratifs Divisionnaire), il se consid\u00e8re comme un embusqu\u00e9. On remarque que, dans cette unit\u00e9, un officier punit au choix de 8 jours d\u2019arr\u00eats ou de l\u2019envoi dans l\u2019infanterie (p. 149). Il devient ensuite chef de bureau de d\u00e9p\u00f4t divisionnaire, \u00ab\u00a0un filon\u00a0\u00bb (p. 517). Il ne d\u00e9couvre le s\u00e9jour en tranch\u00e9e de premi\u00e8re ligne, avec le 417<sup>e<\/sup> RI, que le 25 ao\u00fbt 1917 en \u00ab\u00a0chic secteur\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Si vous laissez les Boches tranquilles, ils laissent la paix\u00a0\u00bb, p. 602). Le 30 mai 1918, il n\u2019a pas encore re\u00e7u \u00ab\u00a0le bapt\u00eame du feu\u00a0\u00bb (p. 797). Cela se produit en ao\u00fbt\u00a0; il est bless\u00e9 le 20 ao\u00fbt et \u00e9vacu\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Apr\u00e8s l\u2019armistice, il devient interpr\u00e8te aupr\u00e8s d\u2019un tribunal militaire en Allemagne. D\u00e9mobilis\u00e9, il occupe divers postes dans l\u2019enseignement, dont celui de directeur de l\u2019Ecole normale d\u2019instituteurs catholiques du Bas-Rhin. Mari\u00e9 apr\u00e8s la guerre, quatre enfants. Dans l\u2019avant-propos, son fils le pr\u00e9sente comme politiquement de droite, ce qui appara\u00eet dans le t\u00e9moignage. Il meurt le 26 mai 1955.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Les 12 carnets, consid\u00e9r\u00e9s par l\u2019auteur comme pr\u00e9cieux, ont \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverts par la famille, transcrits, mis en ligne et publi\u00e9s dans la collection \u00ab\u00a0Terre humaine\u00a0\u00bb (\u00c9douard C\u0153urdevey, <em>Carnets de guerre 1914-1918, Un t\u00e9moin lucide<\/em>, Paris, Plon, 2008, pr\u00e9face de Jacques Marseille). L\u2019ensemble fait 932 pages dont 856 repr\u00e9sentant la transcription. Annexes\u00a0: croquis de localisation\u00a0; donn\u00e9es statistiques\u00a0; composition des gouvernements successifs de la France\u00a0; chronologie\u00a0; glossaire\u00a0; index des noms de personnes et des th\u00e8mes. Deux cahiers de photos dont un en rapport direct avec l\u2019auteur, et l\u2019autre, moins utile, sur la guerre en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Le sous-titre (\u00ab\u00a0Un t\u00e9moin lucide\u00a0\u00bb) \u00e9voque davantage une lucidit\u00e9 sur lui-m\u00eame et sur le comportement de ses proches que sur l\u2019ext\u00e9rieur. Il se laisse abuser par certains bobards (p. 41, les creutes de l\u2019Aisne achet\u00e9es avant 14 par les Allemands et am\u00e9nag\u00e9es pour la guerre). En mars 17, il est persuad\u00e9 de la fuite des Allemands (p. 531\u00a0: \u00ab\u00a0Les Allemands ne reculent pas, ils fuient\u00a0!\u00a0\u00bb). Ses jugements, toujours p\u00e9remptoires, sont souvent remis en question\u00a0: par exemple sur Joffre (p. 107\u00a0: \u00ab\u00a0Comme il d\u00e9cidera, ce sera bien\u00a0\u00bb\u00a0; p. 143\u00a0: un vieux gaga\u00a0; p. 812\u00a0: il aurait fallu le fusiller)\u00a0; sur Briand (p. 417\u00a0: \u00ab\u00a0grand homme d\u2019Etat\u00a0\u00bb\u00a0; p. 461\u00a0: \u00ab\u00a0le mielleux Briand\u00a0\u00bb)\u00a0; etc. La condamnation est par contre totale et fr\u00e9quente des politiciens, des fils \u00e0 papa, des francs-ma\u00e7ons, des socialistes, des instituteurs\u2026 et des \u00ab\u00a0genss du Midi\u00a0\u00bb, information int\u00e9ressante sur l\u2019Union sacr\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Le r\u00e9dacteur de la pr\u00e9sente notice n\u2019a pas comp\u00e9tence pour tenter une analyse psychologique de l\u2019auteur des carnets. Pourtant, la mati\u00e8re est abondante. Il \u00e9voque fr\u00e9quemment les probl\u00e8mes sentimentaux au milieu desquels il se d\u00e9bat, par exemple, le 14 avril 1918\u00a0: Marguerite, Marthe, Camille, Emmy\u2026 \u00ab\u00a0Quel monstre je suis.\u00a0\u00bb Quelques passages ont cependant \u00e9t\u00e9 gratt\u00e9s par \u00c9douard, et d\u2019autres, \u00ab\u00a0de caract\u00e8re intime\u00a0\u00bb, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 retenus dans l\u2019\u00e9dition, comme le lecteur en est averti (p. 21). Le rapport \u00e0 Dieu est de plus en plus fr\u00e9quent en avan\u00e7ant\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 la guerre, ses dangers, ses \u00e9preuves, ses ruines m\u2019ont rapproch\u00e9 de Dieu, ont r\u00e9veill\u00e9, retremp\u00e9 ma foi catholique, et donn\u00e9 une activit\u00e9 tr\u00e8s vive \u00e0 mon sens religieux\u00a0\u00bb (p. 631). On ne retiendra ci-dessous que quelques aspects int\u00e9ressant l\u2019histoire de la guerre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; La mobilisation \u00e0 Verne\u00a0: larmes des femmes, \u00ab\u00a0silence des hommes qui se contiennent pour ne pas pleurer\u00a0\u00bb, \u00e9pouvante, cris (p. 25).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Les pillages de villages fran\u00e7ais par des troupes fran\u00e7aises (p. 30, 798).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; La critique des officiers, leur \u00ab\u00a0encombrante nullit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 44), \u00ab\u00a0frelons bourdonnants et dor\u00e9s\u00a0\u00bb (p. 161), se comportant comme des \u00ab\u00a0hobereaux tout puissants\u00a0\u00bb (p. 814).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Une vie sexuelle fort active des embusqu\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0s\u00e9ances de pornographie\u00a0\u00bb dans les propos de cantine des adjudants\u00a0; femmes infid\u00e8les\u00a0; recherche des \u00ab\u00a0ressources en fesse de la localit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 300)\u2026<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Le bourrage de cr\u00e2ne par les grands quotidiens, les contradictions dans les communiqu\u00e9s officiels\u2026<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Peu de choses sur les \u00ab\u00a0mutineries\u00a0\u00bb de 1917\u00a0: d\u00e9but juin 1917, 200 hommes du 404<sup>e<\/sup> RI partent en d\u00e9sordre en chantant l\u2019Internationale. \u00ab\u00a0Et pas une t\u00eate, pas un chef pour fermer ces gueules\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Il est \u00e9tonnant de trouver dans la derni\u00e8re partie du livre la premi\u00e8re description d\u2019une corv\u00e9e de nuit (p. 662), d\u2019un cantonnement dans des conditions scandaleuses (p. 688), d\u2019une tr\u00e8s dure marche \u00e0 l\u2019issue de laquelle seuls les officiers sont bien log\u00e9s (p. 698), d\u2019une attaque (p. 845), alors qu\u2019elles figurent d\u00e8s le d\u00e9but des r\u00e9cits des combattants de l\u2019infanterie. Mais c\u2019est normal, puisque notre auteur n\u2019a connu ces \u00e9pisodes que tr\u00e8s tardivement.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Sa formation, ses id\u00e9es politiques et sa m\u00e9connaissance de la guerre r\u00e9elle font d\u2019Edouard un \u00ab\u00a0patriote\u00a0\u00bb. Mais sa lucidit\u00e9 l\u2019oblige \u00e0 noter les attitudes des soldats comme celui qui ne veut pas monter en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais trop ce que c\u2019est\u00a0\u00bb (p. 545)\u00a0; ceux qui imaginent ces utopies br\u00e8ves devant mettre fin \u00e0 la guerre (p. 659)\u00a0; qui estiment que les Russes ont raison de cesser le combat (p. 663)\u00a0; qui refusent de verser pour l\u2019emprunt de d\u00e9fense nationale en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Quand ils n\u2019auront plus de galette, il faudra bien qu\u2019ils s\u2019arr\u00eatent de faire la guerre\u00a0\u00bb (p. 690)\u00a0; qui d\u00e9cident de ne pas avoir d\u2019enfants car \u00ab\u00a0pour les faire tuer on en a toujours trop\u00a0\u00bb (p. 766)\u2026<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Lorsqu\u2019il rend visite \u00e0 son fr\u00e8re Julien dans la tranch\u00e9e en octobre 14, celui-ci a ce cri du c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est terrible. Je ne sais pas comment je suis encore ici. Je crois que je ne reverrai jamais Verne\u00a0\u00bb (p. 60) \u00ab\u00a0Quels p\u00e2les guerriers nous sommes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, nous \u00e0 qui il ne manque rien\u00a0\u00bb, conclut \u00c9douard (p. 61). Julien sera gravement bless\u00e9, perdant un \u0153il. C\u2019est avec son autre fr\u00e8re, Louis, que l\u2019opposition devient conflictuelle. \u00c9douard voudrait lutter contre les \u00ab\u00a0id\u00e9es anarchistes\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0pauvre Louis\u00a0\u00bb\u00a0; celui-ci critique les id\u00e9es de sacrifice et de gloire du premier (p. 242). \u00ab\u00a0Il me fait la remarque que mes actes ne sont pas en rapport avec mes id\u00e9es. Il a raison. Mais que faire\u00a0?\u00a0\u00bb (p. 441). \u00ab\u00a0Il me demande si je jouis de toutes mes facult\u00e9s et regrette pour moi que je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 en premi\u00e8re ligne depuis le d\u00e9but de la guerre\u00a0\u00bb (p. 629). \u00c9douard s\u2019accroche aussi avec sa m\u00e8re qui ne veut pas donner de l\u2019or pour la d\u00e9fense nationale (p. 154).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Le t\u00e9moignage sera utile \u00e0 Alexandre Lafon pour sa th\u00e8se de doctorat sur la camaraderie. Camaraderie\/r\u00e9pulsion par rapport \u00e0 l\u2019autre adjudant embusqu\u00e9. Amiti\u00e9 d\u2019avant la guerre revenant sans cesse \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de Maurice Colin tu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Enfin, \u00e0 l\u2019issue de cette trop br\u00e8ve analyse de contenu, il est bon de signaler que la presque totalit\u00e9 du t\u00e9moignage a pour cadre g\u00e9ographique le sud du d\u00e9partement de l\u2019Aisne.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\">R\u00e9my Cazals, juin 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin A\u00een\u00e9 d\u2019une famille nombreuse de paysans pauvres de Verne (Doubs). Plac\u00e9 comme valet de chambre chez un s\u00e9nateur, il se donne une culture d\u2019autodidacte. 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