{"id":258,"date":"2010-09-27T10:01:52","date_gmt":"2010-09-27T09:01:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=258"},"modified":"2021-09-12T19:23:47","modified_gmt":"2021-09-12T18:23:47","slug":"allard-jules-1872-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/09\/27\/allard-jules-1872-1918\/","title":{"rendered":"Allard, Jules (1872-1918)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jules Joseph Allard est n\u00e9 le 25 juillet 1872 dans le Loiret, dans une famille de cultivateurs. Mari\u00e9, il a deux enfants, n\u00e9s en 1906 et 1912. Militaire de carri\u00e8re, fantassin (on manque de pr\u00e9cisions sur ce point), il passe dans la gendarmerie en mars 1918, et se trouve bas\u00e9 \u00e0 Angers. Il est donc mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914 \u00e0 42 ans en tant que capitaine de gendarmerie \u00e0 la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 de la 18<sup>e<\/sup> division d\u2019infanterie. Il y est pr\u00e9sent jusqu\u2019en ao\u00fbt 1918, et commande ensuite la gendarmerie d\u2019Angers. Tr\u00e8s affaibli, il meurt, sans doute en lien avec l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe, le 17 d\u00e9cembre 1918. Tr\u00e8s estim\u00e9 par ses pairs et par les notables locaux, ses obs\u00e8ques rassemblent une vaste assistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Capitaine Jules Allard, <em>Journal d\u2019un gendarme 1914-1916<\/em>, Montrouge, Bayard, 2010, 259 p., 19,50\u20ac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La publication de ce t\u00e9moignage vient de sa transmission, avec d\u2019autres documents, par des proches \u00e0 l\u2019historienne Arlette Farge. Celle-ci, prolongeant l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la Grande Guerre lisible dans sa contribution au volume <a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/espace_scientifique\/ouvrages\/cdd.htm\"><em>Le Chemin des Dames<\/em><\/a> en 2004, r\u00e9dige une longue pr\u00e9sentation (p. 9-67) qui \u00e9voque de mani\u00e8re sensible le parcours de guerre du t\u00e9moin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jules Allard a tenu deux carnets d\u2019une \u00e9criture fine sur de petits cahiers (14&#215;8 cm), le premier consacr\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode 1914-1915 (\u00ab\u00a0Campagne contre l\u2019Allemagne du 4 ao\u00fbt 1914 au \u2026\u00a0\u00bb) et le second \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1916. La derni\u00e8re entr\u00e9e date d\u2019octobre 1916, sans explication pour l\u2019interruption qui suit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la suite des carnets de guerre proprement dits, qui racontent les exp\u00e9riences du capitaine Allard et ses impressions, un troisi\u00e8me cahier rassemble des \u00ab\u00a0Renseignements d\u2019ordre judiciaire 1914-1915\u00a0\u00bb, faisant de fa\u00e7on plus impersonnelle le r\u00e9cit des enqu\u00eates, des arrestations et des t\u00e2ches judiciaires accomplies dans l\u2019arri\u00e8re-front (p. 217-234).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ensemble a \u00e9t\u00e9 transcrit par \u00c9milie Giaime, doctorante \u00e0 l\u2019EHESS, qui donne une courte postface (p. 255-259).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019y ajoutent une s\u00e9rie d\u2019annexes issues des archives du t\u00e9moin et de sa famille, comprenant des reproductions photographiques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Listes nominatives des gendarmes et militaires sous les ordres du capitaine, ainsi que des d\u00e9parts (\u00e9vacuations sanitaires) et des arriv\u00e9es\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tableaux r\u00e9capitulatifs des peines prononc\u00e9es par le conseil de guerre, des proc\u00e8s-verbaux \u00e9tablis et des militaires d\u00e9tenus\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Carte de circulation ferroviaire\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Proposition de l\u00e9gion d\u2019honneur\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Coupures de presse faisant \u00e9tat des obs\u00e8ques du capitaine Allard\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Lettres de condol\u00e9ances re\u00e7ues par la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le rel\u00e8ve Arlette Farge dans sa pr\u00e9sentation, les t\u00e9moignages de gendarmes sont rares, et leur guerre a \u00e9t\u00e9 longtemps peu \u00e9tudi\u00e9e, car elle apparaissait fort peu glorieuse, et m\u00eame quelque peu honteuse, au vu des souffrances des \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb que les gendarmes devaient surveiller et arr\u00eater en \u00e9tant eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019abri du feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais leur \u00e9tude est pourtant indispensable \u00e0 une compr\u00e9hension compl\u00e8te de la soci\u00e9t\u00e9 combattante, de ses diff\u00e9rents espaces, et des interactions entre ses acteurs. Le t\u00e9moignage de Jules Allard est donc une pi\u00e8ce int\u00e9ressante permettant de compl\u00e9ter nos connaissances sur l\u2019univers de l\u2019arri\u00e8re-front.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contenu des carnets \u00e9voque les d\u00e9placements, les lieux o\u00f9 cantonne J. Allard, les civils qui l\u2019h\u00e9bergent, ses repas et ses impressions. Il assiste \u00e0 la messe, et mentionne de nombreux personnages mais toujours avec leur initiale (\u00ab\u00a0le g\u00e9n\u00e9ral B\u2026\u00a0\u00bb). Il fait le r\u00e9cit de ses tr\u00e8s nombreuses t\u00e2ches, et de ses fatigues, li\u00e9es \u00e0 l\u2019asthme qui le paralyse parfois, ce qu\u2019il ressent durement\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il fallait marcher, j\u2019en serais incapable\u00a0\u00bb (p. 78)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un carnet tenu au jour le jour (plusieurs entr\u00e9es montrent une r\u00e9daction post\u00e9rieure aux faits d\u00e9crits), l\u2019ensemble se distingue par la pr\u00e9cision et la sobri\u00e9t\u00e9 des notations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 signaler, dans la seconde moiti\u00e9 du texte, de tr\u00e8s nombreuses et inutiles notes qui viennent g\u00eaner la lecture, alternant entre les banalit\u00e9s superflues (\u00ab\u00a0le capitaine est un homme de paysage\u00a0\u00bb, 177) et les v\u00e9ritables contresens\u00a0: l\u2019utilisation par J. Allard de l\u2019expression courante \u00ab\u00a0Juif errant\u00a0\u00bb est vue comme une remise en cause de son catholicisme, par exemple (181).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les d\u00e9buts de la guerre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont les passages les plus riches des carnets. P\u00e9riode marqu\u00e9e par le chaos. Les gendarmes arr\u00eatent des insoumis, des \u00ab\u00a0fuyards des corps du Midi\u00a0\u00bb (82)\u00a0; beaucoup d\u2019\u00e9trangers qui vont \u00eatre intern\u00e9s, et de pr\u00e9sum\u00e9s espions, improbables, comme une \u00ab\u00a0vieille berg\u00e8re et son petit-fils\u00a0\u00bb en Meurthe-et-Moselle (75). Le tout s\u2019accompagne de rumeurs alarmantes (et pour cause) et de t\u00e2ches p\u00e9nibles. Le 24 ao\u00fbt, J. Allard voit des soldats pour la premi\u00e8re fois qui disent que \u00ab\u00a0l\u2019infanterie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e\u00a0\u00bb (77), et, de fait, doit r\u00e9quisitionner une semaine plus tard 50 civils (tr\u00e8s r\u00e9ticents, qui cherchent \u00e0 s\u2019\u00e9chapper)\u00a0 pour enterrer, sous le feu des Allemands, 500 cadavres de fantassins \u00ab\u00a0bleuis et gonfl\u00e9s, dans toutes les attitudes de la souffrance\u00a0\u00bb (80).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019Aube, d\u00e9but septembre, J. Allard voit les effets de la Bataille de la Marne (il ne sait la nommer que plus tard) et le \u00ab\u00a0triste spectacle\u00a0\u00bb des nombreux bless\u00e9s (84)\u00a0; relate la panique des troupes vers F\u00e8re-Champenoise qu\u2019il tente de juguler, le chaos et les embouteillages en arri\u00e8re d\u2019une grande bataille, le manque de soins pour les bless\u00e9s, les civils devant \u00e9vacuer et abandonner leurs biens, les animaux morts et d\u00e9pec\u00e9s, un paysan \u00ab\u00a0garrott\u00e9 et fusill\u00e9. Il a les mains li\u00e9es dans le dos\u00a0\u00bb (97). Tout cela est \u00e9puisant\u00a0: \u00ab\u00a0deux nuits blanches\u00a0\u00bb (92).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J. Allard voit les combats de loin, ici et l\u00e0 \u00ab\u00a0une colonne\u00a0\u00bb qui avance ou recule (93), et leurs effets (\u00ab\u00a0les foss\u00e9s de la grande route sont remplis de cadavres\u00a0\u00bb, 94).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jours qui suivent sont toujours marqu\u00e9s par la confusion, les troupes qui s\u2019\u00e9garent, les contrordres. J. Allard conduit des prisonniers ennemis \u00e0 Ch\u00e2lons (12 sept. 1914), t\u00e2che r\u00e9currente dans les carnets. Il place ici et l\u00e0 des notations hostiles aux Allemands, comme lorsqu\u2019il doit dormir dans un lit occup\u00e9 la veille par l\u2019un d\u2019eux\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a sent mauvais mais qu\u2019importe\u00a0!\u00a0\u00bb (102), ou en entrant \u00e0 Mourmelon que les troupes allemandes ont quitt\u00e9 apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9vast\u00e9, comme souvent en cette p\u00e9riode d\u2019invasion propice aux \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/bibliographie\/commentaires\/hornekramer_001.htm\">atrocit\u00e9s<\/a> \u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0les vandales sont pass\u00e9s\u00a0\u00bb (p. 106). J. Allard ajoute aussit\u00f4t qu\u2019il doit organiser les gendarmes pour pr\u00e9venir et punir le pillage par les soldats fran\u00e7ais, cette fois. Le pillage est un \u00e9l\u00e9ment r\u00e9current des carnets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans l\u2019arri\u00e8re-front<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019installation dans la routine est signal\u00e9e \u00e0 partir du 21 septembre 1914\u00a0: \u00ab\u00a0aucun fait saillant \u00e0 noter\u00a0\u00bb (108) si ce n\u2019est que l\u2019auteur peut enfin se reposer, se laver et d\u2019abord se d\u00e9shabiller, pour la premi\u00e8re fois depuis le 24 ao\u00fbt. Violente altercation avec un g\u00e9n\u00e9ral qui r\u00e9clame la priorit\u00e9 au passage de ses troupes sur un pont (111)\u00a0; altercation avec un commandant dont il a pris le lit par erreur (114). Nouvelles enqu\u00eates sur de pr\u00e9sum\u00e9s espions (pr\u00e8s de Reims, \u00ab\u00a0r\u00e9gion tr\u00e8s travaill\u00e9e par l\u2019espionnage\u00a0\u00bb, 113) et nouvelles mentions de fusill\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 23 octobre, d\u00e9part pour la Belgique, Ypres, et contact avec les troupes anglaises, notations sur l\u2019architecture et le charme de la \u00ab\u00a0jolie cit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019Ypres. Pas pour longtemps\u00a0: la r\u00e9gion est ensuite violemment bombard\u00e9e, par obus et avions (121). J. Allard raconte ses efforts pour soutenir les civils, lutter contre les incendies (en vain), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 11 novembre 1914, J. Allard cantonne dans un asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, dont s\u2019approche le bombardement\u00a0: \u00ab\u00a0les malades poussent des hurlements qui se r\u00e9percutent avec les d\u00e9tonations dans les couloirs tr\u00e8s sonores\u00a0\u00bb (127).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les semaines qui suivent, c\u2019est l\u2019accalmie, mais toujours beaucoup de travail pour J. Allard qui doit arr\u00eater les paysans belges refusant de respecter les interdictions de circulation (130). Il subit un exceptionnel bombardement par du calibre 380, dont les obus font d\u2019\u00e9normes trous (131).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 26 d\u00e9cembre 1914, il relate l\u2019ex\u00e9cution pour abandon de poste d\u2019un soldat du 66<sup>e<\/sup> RI\u00a0: \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monie qui m\u2019impressionne douloureusement\u00a0\u00bb (132), suivie d\u2019une plus heureuse pour lui, la remise de la l\u00e9gion d\u2019honneur, en janvier 1915. Il tombe cependant malade en avril 1915, et passe plus d\u2019un mois en convalescence (140).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le travail des gendarmes\u00a0: surveiller, enqu\u00eater<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette p\u00e9riode, J. Allard raconte les enqu\u00eates et les arrestations faites dans l\u2019arri\u00e8re-front, dont celle de soldats s\u2019\u00e9tant cach\u00e9s un mois et demi dans des caves, et d\u2019autres condamnations \u00e0 mort suivies d\u2019ex\u00e9cutions, au 135<sup>e<\/sup> RI et au 32<sup>e<\/sup> RI. Selon lui les fusill\u00e9s sont \u00ab\u00a0dans la vie civile des repris de justice, ou des gens peu recommandables\u00a0\u00bb (138). En f\u00e9vrier 1915, il signale qu\u2019il proc\u00e8de \u00e0 de premiers contr\u00f4les de la correspondance\u00a0: c\u2019est plus t\u00f4t que les dates habituellement donn\u00e9es pour l\u2019\u00e9tablissement du contr\u00f4le postal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se charge \u00e9galement de fixer les prix des denr\u00e9es, faisant baisser ceux des commer\u00e7ants (147), et d\u2019organiser les cantonnements en r\u00e9partissant les unit\u00e9s \u2013 l\u2019artillerie lourde bien install\u00e9e refuse de c\u00e9der de la place (149). Plusieurs mentions des permissions, la premi\u00e8re le 21 juillet 1915, les suivantes pass\u00e9es en Bretagne dans la famille de sa femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les notations diminuent d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019intensit\u00e9 apr\u00e8s le milieu 1915. J. Allard mentionne au nouvel an 1916 son espoir de victoire pour l\u2019ann\u00e9e qui vient, qui le voit passer du nord du front (pays minier, mais aussi promenades \u00e0 cheval au Touquet (178)) \u00e0 la r\u00e9gion en arri\u00e8re de Verdun o\u00f9 il d\u00e9crit des tombes improvis\u00e9es (190). Les t\u00e2ches judiciaires et pr\u00e9v\u00f4tales reprennent, avec l\u2019utilisation de soldats fran\u00e7ais emprisonn\u00e9s pour construire un abri (194).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour finir, s\u2019embusquer<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9puis\u00e9 et attrist\u00e9 par la guerre (\u00ab\u00a0il faut se cuirasser contre les \u00e9motions\u00a0\u00bb, 96), J. Allard h\u00e9site assez peu lorsque son sup\u00e9rieur lui propose un poste plus abrit\u00e9 en juin 1916, \u00e0 Brienne dans la zone des \u00e9tapes. Le t\u00e9moin relate son impression caract\u00e9ristique m\u00eal\u00e9e de honte\u00a0 et de soulagement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de quitter le danger (195). Affect\u00e9 \u00e0 la surveillance d\u2019un parc \u00e0 munitions, ses t\u00e2ches deviennent monotones m\u00eame s\u2019il continue de chercher des espions dont une \u00e9trange \u00ab\u00a0baronne autrichienne\u00a0\u00bb fortement soup\u00e7onn\u00e9e (201). Il \u00e9tablit des barrages sur les routes, et enqu\u00eate \u00e9galement sur des morts de militaires dans l\u2019arri\u00e8re-front\u00a0: meurtre ou suicide (203).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re partie du t\u00e9moignage comprenant les notes \u00ab\u00a0judiciaires\u00a0\u00bb reprennent et d\u00e9veloppent partiellement des \u00e9l\u00e9ments expos\u00e9s dans les carnets dont des enqu\u00eates (perquisitions, interrogatoires) men\u00e9es sur des individus \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb, sur des vols, et sur tous eux soup\u00e7onn\u00e9s de sympathie pour les Allemands. En l\u2019\u00e9tat il s\u2019agit de mat\u00e9riaux pour une histoire de l\u2019espionnage et de ses perceptions qui reste largement \u00e0 \u00e9crire. Le tableau de la p. 242 qui pr\u00e9sente les diff\u00e9rents types de proc\u00e8s-verbaux est ainsi un \u00e9l\u00e9ment utile, bien que limit\u00e9 \u00e0 une division, sur l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 ordinaire de l\u2019arri\u00e8re-front\u00a0: d\u00e9lit de chasse, outrage, ivresse, \u00ab\u00a0infractions aux lois sur la circulation\u00a0\u00bb, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Evidemment il faut regretter l&rsquo;absence de notation pour l&rsquo;ann\u00e9e 1917, au moment des mutineries, en particulier pour une division, la 18e, qui conna\u00eet l&rsquo;indiscipline des 32e, 66e et 77e RI \u00e0 Chevreux et Chaudardes (voir le <a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/espace_scientifique\/ouvrages\/Loez_mutins_anx.pdf\">tableau des mutineries<\/a>, au format pdf).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e8se soutenue en 2010 par Louis Panel et consacr\u00e9e \u00e0 la gendarmerie n\u2019est pas encore publi\u00e9e\u00a0; des \u00e9l\u00e9ments sur cette arme durant la p\u00e9riode se trouvent dans\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>L. Panel, <em>Gendarmerie et contre-espionnage (1914-1918)<\/em>, SHGN, Maisons-Alfort, 2004, 250 p.<\/li>\n<li>L. Panel, \u00ab La gendarmerie dans la bataille de Verdun (f\u00e9vrier-octobre 1916) \u00bb <em>Revue historique des arm\u00e9es<\/em>, 242, 2006. Mis en ligne le 26 novembre 2008\u00a0: <a href=\"http:\/\/rha.revues.org\/index4182.html\">http:\/\/rha.revues.org\/\/index4182.html<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Texte de compl\u00e9ment par Yann Prouillet:<\/strong> <strong>Gendarmes dans la Grande Guerre, Quand <a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/02\/01\/celestin-brothier-1873-1915\/\">Brothier <\/a>\u00e9claire Allard<\/strong><\/p>\n<p>Faisant \u00e9cho \u00e0 la recension ci-dessus d\u2019Andr\u00e9 Loez du journal de Jules Allard, officier de gendarmerie, pr\u00e9sent\u00e9 par Arlette Farge <a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, ce t\u00e9moignage peut \u00e9galement \u00eatre \u00e9clair\u00e9 par la connaissance de la litt\u00e9rature testimoniale de la Grande, objet des \u00e9tudes du CRID14-18 <a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. En effet, Arlette Farge part du pr\u00e9suppos\u00e9 qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>il y eut tant et tant de r\u00e9cits sur la guerre de 1914-18<\/em> <a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> \u00bb mais subordonne son analyse des t\u00e9moignages issus de gendarmes \u00e0 la conclusion de Louis Panel qui avance \u00ab\u00a0<em>que la Biblioth\u00e8que du Service historique poss\u00e8de bien peu de t\u00e9moignages ou de journaux de gendarmes\u00a0; il ne cite que quelques nom de colonels<\/em> <a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> \u00bb, ce qui est par ailleurs exact tant les journaux de guerre de gendarmes sont rares dans le corpus \u00e9dit\u00e9. Toutefois, l\u2019un des tr\u00e8s rares journaux de guerre de sous-officiers de gendarmerie publi\u00e9s <a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> concerne justement l\u2019un des gendarmes de Jules Allard.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/02\/01\/celestin-brothier-1873-1915\/\">C\u00e9lestin Brothier<\/a>, n\u00e9 le 12 avril 1873 \u00e0 Jarcy (Vienne), est brigadier <a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> de gendarmerie, commandant la brigade de Maul\u00e9vrier (Maine-et-Loire). Engag\u00e9 volontaire au 68<sup>e<\/sup> R I (Le Blanc et Issoudun dans l\u2019Indre), il quitte ce r\u00e9giment au grade de sergent en 1897, signe un engagement suppl\u00e9mentaire au 117<sup>e<\/sup> RI (Le Mans) et est admis en gendarmerie le 13 mars 1900. Le 10 novembre 1911, \u00e0 38 ans, C\u00e9lestin Brothier devient le brigadier de Maul\u00e9vrier. D\u00e8s la mobilisation, il est affect\u00e9 au sein d\u2019une formation pr\u00e9v\u00f4tale attach\u00e9e aux arm\u00e9es et int\u00e8gre comme gendarme \u00e0 pied l\u2019\u00e9quipe du capitaine Jules Allard \u00e0 Angers <a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u00e9lestin Brothier entame son journal de guerre le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914. Apr\u00e8s avoir mis en place les instructions de mobilisation de sa circonscription, il r\u00e9pond \u00e0 son propre ordre de mobilisation qui lui prescrit de rejoindre la caserne Saint-Maurice d\u2019Angers o\u00f9 il est re\u00e7u par le capitaine Jules Allard \u00ab\u00a0<em>commandant la force publique de la 18<sup>\u00e8me<\/sup> division d\u2019infanterie <\/em>(\u2026.) [qui]<em> fait l\u2019appel de son personnel. Il ne manque personne. Cet officier prend contact avec nous, fait quelques recommandations et un petit speech, dans lequel il nous assure de sa bienveillance<\/em> <a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> \u00bb. Le lendemain le d\u00e9tachement, qui \u00ab\u00a0<em>se compose de\u00a0: un capitaine, deux mar\u00e9chaux-chefs, 2 brigadiers et 18 gendarmes<\/em> <a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> \u00bb est embarqu\u00e9 avec l\u2019\u00e9tat-major de la 18<sup>e<\/sup> D I du g\u00e9n\u00e9ral Lef\u00e8vre. A partir de ce point, les exp\u00e9riences des deux gendarmes, l\u2019un \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9tachement, l\u2019autre \u00e0 la t\u00eate d\u2019une de ses cellules, sont communes, m\u00eame si celle de Brothier, dysent\u00e9rique, s\u2019ach\u00e8ve le 7 septembre 1914. Son t\u00e9moignage est \u00e9crit le 20 septembre 1914, \u00e0 son retour chez lui \u00e0 Maul\u00e9vrier, alors qu\u2019il attend \u00ab <em>un nouvel ordre pour partir \u00e0 la guerre<\/em> <a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> \u00bb. C\u00e9lestin Brothier meurt en 1915 sans \u00eatre jamais retourn\u00e9 au front. Le t\u00e9moignage de Jules Allard s\u2019ach\u00e8ve quant \u00e0 lui \u00e0 la fin d\u2019octobre 1916.<\/p>\n<p><em>Comparaison des t\u00e9moignages, analogie des exp\u00e9riences, analogie des restitutions\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Le parcours commun entre les deux t\u00e9moins correspond donc \u00e0 la p\u00e9riode allant du 5 ao\u00fbt au 7 septembre 1914. Le croisement des deux exp\u00e9riences d\u2019une trajectoire g\u00e9ographique et typologique similaire sur cette p\u00e9riode r\u00e9v\u00e8le leur caract\u00e8re compl\u00e9tif. De volume diff\u00e9rent (59 pages pour Brothier, 14 pages pour Allard), la profondeur descriptive de Brothier \u00e9claire ainsi la pratique d\u2019\u00e9criture d\u2019Allard\u00a0; il permet aussi d\u2019obvier \u00e0 la coupure des noms non r\u00e9tablis chez Allard. De l\u2019\u00e9tude compar\u00e9e de ce mois de guerre en Lorraine, la sensibilit\u00e9 du t\u00e9moin mais \u00e9galement sa fonction influent sur la perception d\u2019un m\u00eame \u00e9v\u00e8nement.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 pr\u00e9v\u00f4tale du capitaine Allard arrive en Lorraine (Chaligny, Meurthe-et-Moselle) le 6 ao\u00fbt 1914. Si Allard rapporte uniquement quelques informations t\u00e9nue d\u2019intendance (trajet, cantonnement et repas), Brothier analyse une sorte de mont\u00e9e en charge de la guerre, de ses bruits et du patriotisme, de l\u2019angoisse aussi, de ses habitants \u00e0 mesure que l\u2019on se rapproche de la fronti\u00e8re allemande. Les 7 et 8, alors que Brothier reste flou sur son arriv\u00e9e en secteur (une gare, un village), Allard est d\u00e9j\u00e0 dans sa fonction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A Saint-Nicolas-de-Port, <\/em>(\u2026)<em> arrestation d\u2019un insoumis<\/em> \u00bb. Les jours suivants (9 et 10 ao\u00fbt) sont rapidement purg\u00e9s et Ludes (en fait Ludres) est qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0<em>village sans importance<\/em> \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 Brothier voit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>dix ou douze mille hommes de troupe<\/em> \u00bb et o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>il est presque impossible de trouver un abri. Quant \u00e0 trouver des vivres, m\u00eame du pain, il est inutile d\u2019y penser<\/em> \u00bb. Il est par ailleurs \u00e9tonnant qu\u2019Allard ne mentionne pas la directive qu\u2019il donne \u00e0 Brothier : \u00ab\u00a0<em>Nous recevons l\u2019ordre de remettre au capitaine nos correspondances cachet\u00e9es qui ne devront mentionner ni l\u2019endroit o\u00f9 nous nous trouvons, ni aucun renseignement concernant la guerre. L\u2019infraction \u00e0 cet ordre entra\u00eenerait l\u2019auteur devant le conseil de guerre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Les 11 et 12, des probl\u00e8mes d\u2019intendance pr\u00e9occupent toujours nos deux t\u00e9moins\u00a0; le logement pour l\u2019officier et la nourriture pour le brigadier que ce dernier r\u00e9sume ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Avoir du pain, un abri et de la paille, c\u2019est vraiment la fortune<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Du 13 au 18, la narration devient globale chez Allard. Il rapporte sommairement les premi\u00e8res op\u00e9rations pr\u00e9v\u00f4tales\u00a0autour de Nomeny. Ainsi Allard \u00e9voque le ramassage de 31 sujets allemands \u00ab\u00a0<em>\u00e9vacu\u00e9s sur Nancy<\/em> \u00bb. C\u2019est Brothier qui s\u2019occupe de ce transf\u00e8rement de 15 individus, r\u00e9alis\u00e9 dans des circonstances p\u00e9rilleuses\u00a0devant l\u2019hostilit\u00e9 de la population\u00a0: \u00ab\u00a0<em>aussi je croyais bien ne pas pouvoir livrer vivants tous mes prisonniers. Il m\u2019a fallu donner le change en disant que c\u2019\u00e9tait des Alsaciens qui r\u00e9clamaient notre protection<\/em> \u00bb. Brothier \u00e9voque donc lui aussi d\u00e8s le 13 la pr\u00e9sence massive d\u2019espions dans ce secteur de Lorraine. Allard purge \u00e9galement en une phrase l\u2019arrestation d\u2019\u00ab\u00a0<em>une vieille berg\u00e8re et son petit-fils, convaincus d\u2019espionnage et d\u2019intelligence avec les Allemands<\/em> \u00bb. Brothier s\u2019\u00e9tale quant \u00e0 lui sur ce qui appara\u00eet comme sa premi\u00e8re affaire en la mati\u00e8re et \u00e9voque sur deux pages l\u2019\u00e9pisode de la femme Ottefer, \u00ab\u00a0<em>vieille pleurnicheuse, invoquant Dieu \u00e0 tort et \u00e0 travers<\/em> \u00bb et son petit-fils, dont l\u2019atavisme d\u00e9linquant se r\u00e9v\u00e8lerait au faci\u00e8s : \u00ab\u00a0<em>un gredin aux m\u0153urs d\u2019apache<\/em> \u00bb. Il \u00e9voque aussi l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Allard le lendemain, impossible en pays ennemi o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>les gendarmes eux-m\u00eames ne sont plus en s\u00fbret\u00e9\u00a0!<\/em> \u00bb. Allard quant \u00e0 lui n\u2019\u00e9voque qu\u2019un \u00ab\u00a0<em>d\u00e9part inopin\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le 20 ao\u00fbt, l\u2019unit\u00e9 part pour Sedan, destination connue \u00e0 l\u2019avance pour Allard et non pour Brothier. Allard y voit une \u00ab\u00a0<em>belle ville \u2013 belles avenues \u2013 jardin public et larges places<\/em> \u00bb l\u00e0 ou Brothier per\u00e7oit une \u00ab\u00a0<em>ville<\/em> (\u2026) <em>triste, et aussi de triste m\u00e9moire<\/em> \u00bb. A Sedan, le 23, s\u2019inscrit l\u2019\u00e9pisode sommairement d\u00e9crit par Allard comme \u00ab\u00a0<em>des fuyards circulant dans la ville r\u00e9pandent la panique<\/em> \u00bb, pr\u00e9cisant leur appartenance aux 9<sup>e<\/sup> et 11<sup>e<\/sup> corps ou au 135<sup>e<\/sup> R I L\u00e0 encore, Brothier est plus pr\u00e9cis sur cet \u00e9v\u00e8nement qui fait une nouvelle fois r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019antienne du comportement au feu des troupes m\u00e9ridionales : \u00ab <em>Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, des ordres arrivent qu\u2019il faut aller arr\u00eater des soldats, qui se sont sauv\u00e9s du champ de bataille, et qui jettent la panique dans la ville. En effet, nous rencontrons de ces militaires, des m\u00e9ridionaux disant que leur r\u00e9giment a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti, qu\u2019ils restent seuls, etc. Mais \u00e0 chaque instant, un nouveau groupe du m\u00eame r\u00e9giment tient les m\u00eames propos. Nous arr\u00eatons tous ces soldats, particuli\u00e8rement ceux des 17<sup>\u00e8me<\/sup> et 11<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9giments d\u2019infanterie. Renseignements pris, il r\u00e9sulte que les 17<sup>\u00e8me<\/sup> et 15<sup>\u00e8me<\/sup> corps d\u2019arm\u00e9e se sont tr\u00e8s mal conduits. <\/em>(\u2026).<em> Beaucoup de soldats de ces deux corps d\u2019arm\u00e9e se sont sauv\u00e9s en d\u00e9bandade. Les plus coupables vont \u00eatre traduits devant un conseil de guerre\u00a0; les autres seront reconduits au feu en premi\u00e8re ligne et surveill\u00e9s en arri\u00e8re par des troupes plus s\u00fbres et par des gendarmes<\/em> \u00bb. Etonnemment, la perception des troupes fautives diff\u00e8re compl\u00e8tement entre les deux t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Du 25 au 29 ao\u00fbt, de retour dans le secteur de Nancy, Allard n\u2019\u00e9voque plus que des d\u00e9tails d\u2019intendance alors que Brothier reste comme \u00e0 son habitude plus descriptif sur ces journ\u00e9es. Le 30, l\u2019ordre donn\u00e9 \u00e0 l\u2019unit\u00e9 pr\u00e9v\u00f4tale d\u2019Allard d\u2019\u00ab <em>enfouir 500 cadavres<\/em> \u00bb dans les bois d\u2019Ho\u00e9ville. Cette op\u00e9ration \u00e0 r\u00e9aliser sous le feu g\u00e9n\u00e8re chez les deux t\u00e9moins une relation compl\u00e8te tant le caract\u00e8re p\u00e9rilleux de la mission (Brothier parle de \u00ab\u00a0<em>journ\u00e9e m\u00e9morable<\/em> \u00bb) a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 ce besoin d\u2019\u00e9criture cathartique : l\u2019un en tant que donneur d\u2019ordres, l\u2019autre en tant qu\u2019ex\u00e9cutant. L\u00e0 encore, parfaitement compl\u00e9tives ces relations exemplifient la vision diff\u00e9rente d\u2019un m\u00eame \u00e9v\u00e8nement selon le statut de cadre du militaire. C\u2019est ensuite dans la pratique descriptive de l\u2019\u00e9criture\u00a0: Brothier, ex\u00e9cutant, consacre 10 pages et demie \u00e0 la relation de sa mission et multiple les d\u00e9tails sur sa r\u00e9alisation et sa perception. Allard, plus synth\u00e9tique et bien que participant \u00e0 sa r\u00e9alisation, n\u2019y consacre que 3 pages.<\/p>\n<p>Le 31 ao\u00fbt, un nouvel \u00e9pisode commun rapproche les t\u00e9moignages, globalis\u00e9s pour Allard sur la p\u00e9riode 31 ao\u00fbt &#8211; 2 septembre, plus d\u00e9lay\u00e9e jour par jour chez Brothier. Le 2 septembre (date pr\u00e9cis\u00e9e par Brothier) les premiers prisonniers allemands sont confi\u00e9s \u00e0 l\u2019unit\u00e9 pr\u00e9v\u00f4tale. Pour Allard, \u00ab<em> l\u2019un est instituteur, il para\u00eet pein\u00e9. L\u2019autre est indiff\u00e9rent<\/em> \u00bb alors que Brothier engage la conversation avec \u00ab\u00a0<em>un \u00e9l\u00e8ve officier qui parle assez bien notre langue<\/em> \u00bb, lui apprend la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre et constate l\u2019effet nerveux caus\u00e9 par 75 sur ces soldats allemands. Leur vision commune et leur description, pr\u00e8s d\u2019Arcis-sur-Aube, \u00ab\u00a0<em>des nombreux convois de familles chass\u00e9es par l\u2019invasion<\/em> \u00bb (Allard), \u00ab\u00a0<em>qui viennent de Belgique, des d\u00e9partements des Ardennes, de la Meuse, des villages voisins m\u00eame<\/em> \u00bb (Brothier) est le dernier \u00e9pisode marquant de la campagne commune du brigadier Brothier et de l\u2019officier Allard. Celui note en effet\u00a0le 6 septembre \u00ab <em>le brigadier B. est malade et doit \u00eatre \u00e9vacu\u00e9 d\u2019urgence<\/em> \u00bb. C\u00e9lestin Brothier quitte en effet le capitaine Allard le 7 septembre. A la d\u00e9convenue d\u2019une d\u00e9faillance physique l\u2019obligeant \u00e0 devoir abandonner son unit\u00e9, s\u2019ajoute la vision terrible d\u2019un train de bless\u00e9s en route vers l\u2019int\u00e9rieur. Brothier d\u00e9crit les effets d\u00e9chiquet\u00e9s, le sang, les mutilations et les soldats mourant sans soins possibles. \u00ab\u00a0<em>Chaque cas est p\u00e9nible \u00e0 voir et l\u2019ensemble est affreux. <\/em>(\u2026). <em>Ne pouvant me rendre utile aupr\u00e8s de ces malheureux, je m\u2019en vais me reposer dehors assez loin pour ne pas entendre leurs cris d\u00e9chirants <\/em>\u00bb. L\u00e0 il rencontre une derni\u00e8re fois le capitaine Allard qui, r\u00e9v\u00e9lant son humanit\u00e9 termine\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je retrouve le brigadier B. rest\u00e9 en gare depuis la veille et qui parait p\u00e9niblement impressionn\u00e9 par le spectacle de souffrance qu\u2019il a sous les yeux, peu fait pour r\u00e9tablir son moral<\/em> \u00bb. D\u00e8s lors, leurs chemins se s\u00e9parent pour ne plus se recroiser.<\/p>\n<p><em>Conclusion<\/em><\/p>\n<p>Il est bien entendu dommage que la d\u00e9tection de ce t\u00e9moignage efficacement compl\u00e9tif et \u00e9clairant de C\u00e9lestin Brothier sur l\u2019unit\u00e9 pr\u00e9v\u00f4tale et la personnalit\u00e9 m\u00eame de Jules Allard n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e par les pr\u00e9sentatrices du journal de l\u2019officier, d\u2019autant plus que, la raret\u00e9 des t\u00e9moignages de gendarmes ayant \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e, la recherche sur le corpus existant en aurait \u00e9t\u00e9 plus efficiente. C\u2019est certainement du fait de ce pr\u00e9suppos\u00e9 que les recherches idoines n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9es. La publication du journal de C\u00e9lestin Brothier, gendarme, d\u00e9montre en tous cas qu\u2019\u00e0 tout t\u00e9moignage, on peut en apposer un autre. Cette mise en perspective des t\u00e9moignages, sur la base de la d\u00e9tection des rapprochements possibles dans les corpus existants publi\u00e9s, fait partie de l\u2019expertise du CRID 14-18.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Allard, Jules (cpt), <em>Journal d\u2019un gendarme. 1914-1916<\/em>, Montrouge, Bayard, 2010, 263 pages.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Dictionnaire des t\u00e9moignages in <a href=\"..\/..\/..\/..\/..\/\">http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Allard, op. cit., p. 19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Allard, op. cit., pp. 15-16.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Aza\u00efs Raymond et Kocher-Marb\u0153uf Eric, <em>Le choc de 1914. Journal de guerre<\/em>. La Cr\u00e8che, Geste, 2008, 143 pages.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire sous-officier d\u2019active commandant une brigade de gendarmerie\u00a0; celle de Maul\u00e9vrier (Maine-et-Loire) dans ce cas.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Il est cit\u00e9 par Jules Allard dans les effectifs de son unit\u00e9 pr\u00e9v\u00f4tale (Allard, op. cit., p. 237).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Aza\u00efs et Kocher-Marb\u0153uf, op. cit., p. 44.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Effectif correspondant \u00e0 celui cit\u00e9 par le capitaine Allard qui fait aussi \u00e9tat de 23 personnels (Allard, op. cit., p. 237).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Aza\u00efs et Kocher-Marb\u0153uf, op. cit., p. 120.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\">Andr\u00e9 Loez, septembre 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Compl\u00e9ment de Yann Prouillet, janvier 2011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Jules Joseph Allard est n\u00e9 le 25 juillet 1872 dans le Loiret, dans une famille de cultivateurs. Mari\u00e9, il a deux enfants, n\u00e9s en 1906 et 1912. Militaire de carri\u00e8re, fantassin (on manque de pr\u00e9cisions sur ce point), il passe dans la gendarmerie en mars 1918, et se trouve bas\u00e9 \u00e0 Angers. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/09\/27\/allard-jules-1872-1918\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Allard, Jules (1872-1918)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[823,186,103,112,822,41,3,17,200],"tags":[418,793,805,463,721,310,337],"class_list":["post-258","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-135e-ri","category-18e-di","category-103","category-32e-ri","category-66e-ri","category-articles","category-carnet","category-militaire-non-combattant","category-prevote-gendarmerie","tag-conseil-de-guerre","tag-embusque","tag-espionnite","tag-execution","tag-gendarme","tag-morts","tag-pillage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=258"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/258\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3849,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/258\/revisions\/3849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}