{"id":2824,"date":"2016-05-22T15:53:10","date_gmt":"2016-05-22T14:53:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2824"},"modified":"2016-05-22T15:53:10","modified_gmt":"2016-05-22T14:53:10","slug":"seguy-marie-epouse-coureau-1893-1967","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/05\/22\/seguy-marie-epouse-coureau-1893-1967\/","title":{"rendered":"Seguy, Marie, \u00e9pouse Coureau (1893-1967)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9e le 6 juin 1893 \u00e0 Larrazet (Tarn-et-Garonne). Ses parents sont d\u2019origine paysanne : son p\u00e8re (mort en 1917) exer\u00e7ait le m\u00e9tier de maquignon. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, sa m\u00e8re continue \u00e0 s\u2019occuper des terres et des vignes. Marie n\u2019a pas suivi d\u2019\u00e9tudes dans le secondaire ; malgr\u00e9 cela son \u00e9criture est belle, ses phrases sont tr\u00e8s bien tourn\u00e9es et surtout elle a un style qui r\u00e9ussit \u00e0 faire vivre les \u00e9v\u00e9nements du quotidien, bonheurs et peines, horreurs de la guerre, dans une farandole qui ne donne qu\u2019une envie : lire la prochaine lettre pour connaitre la suite de l\u2019histoire.<br \/>\nLe  17 aout 1912, elle \u00e9pouse Anselme Coureau, lui aussi Larrazetois. Ils ont deux filles : Anne-Marie en 1914 et Denise en 1916. Anselme n\u2019est mobilis\u00e9 dans le service auxiliaire qu\u2019en mai 1917. Auparavant, il a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction du journal de guerre du village avec quatre notables : voir la notice Larrazet.<br \/>\nApr\u00e8s la mobilisation d\u2019Anselme, commence une correspondance quotidienne o\u00f9 elle \u00e9crit pour le distraire, pour lui faire partager son quotidien, pour le relier \u00e0 Larrazet qu\u2019il aime tant. Elle essaie de lui remonter le moral, ne lui dit pas toujours toute la v\u00e9rit\u00e9 sur sa sant\u00e9, pour ne pas l\u2019inqui\u00e9ter et lui raconte les \u00e9v\u00e9nements du village, mais aussi ce qu\u2019elle lit dans la presse ou ce qu\u2019elle apprend de la bouche du maire ou de personnes qu\u2019elle rencontre dans le train ou bien encore ce que racontent ou \u00e9crivent les autres soldats de Larrazet. Ainsi : \u00ab Je serai contente de t\u2019annoncer quelque chose. Cela te fera vivre un peu de ma vie. \u00bb Plus de 300 lettres nous plongent dans le quotidien de cette p\u00e9riode de guerre. Marie a toujours v\u00e9cu \u00e0 Larrazet mais elle a un regard, une analyse sur l\u2019Homme, sur tous ces \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9tonnent de par la richesse et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture.<br \/>\nElle a des avis sur tout : les r\u00e9quisitions, le pain noir si mauvais, les p\u00e9nuries de p\u00e9trole qui l\u2019emp\u00eachent \u00e0 une certaine \u00e9poque de lui \u00e9crire, le soir, autant qu\u2019elle le voudrait, les permissions des Larrazetois, les r\u00e9fugi\u00e9s du nord qui sont accueillis, les nouvelles des voisins partis \u00e0 la guerre qui sont  bless\u00e9s, port\u00e9s disparus, prisonniers, d\u00e9cor\u00e9s ou morts. Les vols dans les maisons (un jour un voisin qui cachait son argent dans un trou dans une grange a \u00e9t\u00e9 cambriol\u00e9 et on lui a laiss\u00e9 3 pi\u00e8ces d\u2019or ; pourquoi ? cela fera couler beaucoup d\u2019encre et de salive mais le myst\u00e8re ne sera jamais \u00e9clairci), l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole qui vient \u00e0 bout d\u2019une jeune Larrazetoise, Mathilde Dauch, victime de son d\u00e9vouement (voir la plaque au cimeti\u00e8re), l\u2019agonie d\u2019un jeune mari\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 l\u2019usine d\u2019armement de Castelsarrasin et dont le nom figure sur le monument aux morts (Joseph Nadal), la gr\u00e8ve  des ouvri\u00e8res \u00e0 la poudrerie de Toulouse.<br \/>\nIl faut dire qu\u2019elle est bien plac\u00e9e pour \u00eatre au courant de tout. En effet, elle habite en face de l\u2019\u00e9glise \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il y a plusieurs services religieux par jour. La mairie est \u00e0 quelques maisons de chez elle ainsi que la gendarmerie. Les villageois se retrouvent souvent dans cette rue, ils \u00e9changent leurs informations issues des lettres re\u00e7ues et consultent souvent le maire, Monsieur Carn\u00e9, notaire, r\u00e9dacteur du journal de guerre du village, porteur des circulaires officielles et lecteur des journaux locaux et nationaux.<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 ses lettres, on partage aussi le quotidien d\u2019une femme du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : la lessive et le repassage qui durent plusieurs jours, l\u2019\u00e9ducation des jeunes enfants qui vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle, le couvent payant, la confection de v\u00eatements avec du vieux car les tissus manquent, l\u2019achat d\u2019un corset, la prise en charge d\u2019un vieil oncle qui perd la t\u00eate et qui refuse l\u2019autorit\u00e9 des femmes, les travaux des champs qu\u2019il faut accomplir, l\u2019importance du courrier qu\u2019elle \u00e9crit, celui qu\u2019elle re\u00e7oit ou qui est retard\u00e9, les colis envoy\u00e9s pour am\u00e9liorer le quotidien du soldat parti, etc.<br \/>\nUne des plus belles lettres est celle du 11 novembre 1918 o\u00f9 elle lui raconte avec pr\u00e9cision comment Larrazet, petit village de 600 habitants, a v\u00e9cu la nouvelle de l\u2019armistice. Tout est racont\u00e9 avec tant de d\u00e9tails que si l\u2019on ferme les yeux la sc\u00e8ne prend vie : les cloches et le tambour qui sonnent pendant longtemps, le clocher pavois\u00e9 aux couleurs de la France o\u00f9 l\u2019on joue du clairon et o\u00f9 brille une lanterne, les fen\u00eatres des maisons pavois\u00e9es et illumin\u00e9es, les enfants qui font une retraite aux flambeaux pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s du garde champ\u00eatre qui joue du tambour, coiff\u00e9 pour la circonstance d\u2019un casque de pompier. Le texte int\u00e9gral de la lettre est donn\u00e9 ci-dessous.<br \/>\nFran\u00e7oise Defrance (qui conserve les lettres \u00e0 Larrazet)<\/p>\n<p>Larrazet, ce 11 novembre 1918, Mon tr\u00e8s cher amour ador\u00e9,<br \/>\nEnfin ce soir \u00e0 2 h, nous avons eu confirmation de cette nouvelle depuis longtemps attendue. Le moment a \u00e9t\u00e9 grave tu peux le penser, \u00e0 certains \u00e7a leur a renouvel\u00e9 leurs peines et nous, malgr\u00e9 notre grande joie, nous n\u2019avons pu nous retenir nos larmes, elles \u00e9taient de joie car c\u2019est un tr\u00e8s grand soulagement que de penser que vous \u00eates d\u00e9livr\u00e9s de cet enfer. M. Carn\u00e9 a donn\u00e9 imm\u00e9diatement l\u2019ordre de sonner les cloches et le tambour, on les a sonn\u00e9s pendant longtemps. Joseph Rouzi\u00e9, du haut du clocher, a jou\u00e9 du clairon, puis ensuite il a mis des drapeaux tout le tour, et ce soir il a mis tout \u00e0 fait en haut une lanterne. Beaucoup de fen\u00eatres ont arbor\u00e9 le drapeau et maintenant elles sont illumin\u00e9es. A cinq heures il y a eu retraite aux flambeaux dirig\u00e9s par Capmartin. Les enfants l\u2019ont faite, ils avaient de longs roseaux et au bout une lanterne. Annette en portait une, je t\u2019assure qu\u2019elle \u00e9tait contente. Capmartin jouait du tambour, pour la circonstance il s\u2019\u00e9tait mis un casque de pompier.<br \/>\nAu m\u00eame instant j\u2019entends le train qui arrive en gare, et lui aussi veut annoncer la fin du carnage, car il siffle beaucoup et longtemps. je cherche \u00e0 me repr\u00e9senter la joie qui a \u00e9t\u00e9 ressentie au front au moment o\u00f9 on a annonc\u00e9 \u00e0 tous nos h\u00e9ro\u00efques poilus la signature de l\u2019armistice, on ne peut pas se le repr\u00e9senter tant la joie a d\u00fb \u00eatre immense, il va leur sembler que ce n\u2019est point possible d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 d\u2019un joug pareil, pauvres hommes depuis le temps qu\u2019ils souffrent toutes sortes de maux, vous pourrez au moins cet hiver vous mettre mieux \u00e0 l\u2019abri, vous chauffer, vous n\u2019aurez plus ce pressentiment de dire peut \u00eatre tout \u00e0 l\u2019heure je ne serai plus de ce monde.<br \/>\nEt nos pauvres prisonniers depuis le temps qu\u2019ils sont par-l\u00e0 \u00e0 souffrir les pires maux, quelle r\u00e9jouissance pour eux, quelle gait\u00e9 de c\u0153ur qu\u2019ils ont d\u00fb ressentir \u00e0 la pens\u00e9e qu\u2019ils allaient enfin revoir la France et leurs ch\u00e8res familles qu\u2019ils n\u2019ont pas vues depuis 4 ans.<br \/>\nHier au soir j\u2019ai eu ta lettre du 8, je suis tr\u00e8s contente de tous les renseignements que tu me donnes au sujet de ta maladie, tu vois que tu ne m\u2019avais jamais dit que tu avais \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 pour la grippe ou bronchite grippale tout cela est \u00e0 peu pr\u00e8s. Je suis tr\u00e8s heureuse que cette infirmi\u00e8re ait bien pris soin de toi, tu la remercieras bien pour moi, je t\u2019assure que si elle \u00e9tait l\u00e0 je serais toute heureuse de pouvoir  le faire.<br \/>\nT\u00e2che de te fortifier avant de venir, crainte de rechuter en route, ce ne serait vraiment pas du tout agr\u00e9able.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s ce que tu me dis, la manifestation qui a eu lieu \u00e0 Louviers a d\u00fb \u00eatre tr\u00e8s belle, mais je suis \u00e0  me demander qu\u2019aura \u00e9t\u00e9 celle de ce soir, alors que la nouvelle est officielle.<br \/>\nTu as perdu ton pari tu vas \u00eatre oblig\u00e9 de le payer sans doute bient\u00f4t quand vous  serez rentr\u00e9s au centre. Comptes-tu y revenir pour longtemps ou bien au d\u00e9p\u00f4t ?<br \/>\nMa m\u00e8re aujourd\u2019hui va mieux.<br \/>\nAujourd\u2019hui nous avons sem\u00e9 le bl\u00e9 \u00e0 la Plagn\u00e8te, demain nous allons faire de l\u2019eau de vie, nous allons proc\u00e9der comme la derni\u00e8re fois.<br \/>\nNous sommes en excellente sant\u00e9 et je d\u00e9sire de tout mon c\u0153ur que ma lettre te trouve de m\u00eame.<br \/>\nOdette et Rosa de Moissac sont tr\u00e8s gravement malades, ils ont t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 \u00e0 Anna d\u2019y aller. Allemann l\u2019y a port\u00e9e en automobile, Odette ne l\u2019a pas connue.<br \/>\nMarie Simon arrive de la gare, elle dit qu\u2019on lui a dit que les Allemands qui sont \u00e0 Terride [des prisonniers de guerre employ\u00e9s dans l\u2019agriculture ; voir les notices Brusson]criaient au passage du train : \u00ab \u00c0 bas le Kaiser, vive la R\u00e9publique. \u00bb Tu comprends tout de m\u00eame qu\u2019il faut qu\u2019ils en aient assez.<br \/>\nDoux baisers de nous toutes.<br \/>\nTa mignonne ador\u00e9e pour la vie.<br \/>\nMarie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e le 6 juin 1893 \u00e0 Larrazet (Tarn-et-Garonne). Ses parents sont d\u2019origine paysanne : son p\u00e8re (mort en 1917) exer\u00e7ait le m\u00e9tier de maquignon. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, sa m\u00e8re continue \u00e0 s\u2019occuper des terres et des vignes. 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