{"id":284,"date":"2010-11-03T16:43:18","date_gmt":"2010-11-03T15:43:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=284"},"modified":"2021-09-12T19:24:39","modified_gmt":"2021-09-12T18:24:39","slug":"brec-ernest-1890","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/11\/03\/brec-ernest-1890\/","title":{"rendered":"Brec, Ernest (1890-1984)"},"content":{"rendered":"<p><strong> <\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> <\/strong><strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Ernest Brec est \u00e2g\u00e9 de 24 ans en 1914. Ordonn\u00e9 sous-diacre le 29 juin, il est de la classe 1910 et a effectu\u00e9 un service militaire de 26 mois (1911-1913) au 135<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Angers. Au d\u00e9but de la guerre, il rejoint le d\u00e9p\u00f4t du 77<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Cholet. Il entre avec son r\u00e9giment en Belgique, fin ao\u00fbt, conna\u00eet son bapt\u00eame du feu le 23 et assiste \u00e0 la retraite. Le 1<sup>er<\/sup> septembre, il est bless\u00e9, dans les Ardennes (bois de Juniville). Envoy\u00e9 \u00e0 Libourne dans la Gironde, il passe 3 mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Sabati\u00e9 (6 septembre-6 d\u00e9cembre). Il rentre chez lui, puis au d\u00e9p\u00f4t. Passant No\u00ebl avec sa famille, il re\u00e7oit la confirmation de la mort de son fr\u00e8re qui appartenait \u00e9galement au 77<sup>e<\/sup> RI. Il retourne \u00e0 l\u2019arm\u00e9e le 14 janvier 1915, dans le secteur d\u2019Ypres et devient brancardier le 20 janvier. Il reste 2 mois dans ce secteur. En mai, il retourne en Artois et participe en juin \u00e0 l\u2019attaque devant le plateau de Vimy. Le 25 septembre, il est dans le secteur d\u2019Arras (attaque d\u2019Agny). Puis il part pour la r\u00e9gion de Bruay, o\u00f9 le r\u00e9giment tient les tranch\u00e9es de Loos. Il reste 3 mois dans ce secteur assez calme. En janvier 1916, le r\u00e9giment prend la tranch\u00e9e au Bois-en-Hache et part d\u00e9but mars au Grand Repos, \u00e0 Berck et Merlimont. Puis, c\u2019est le d\u00e9part pour Verdun, pour un s\u00e9jour d\u2019une quinzaine de jours au total. Le r\u00e9giment monte en premi\u00e8re ligne le 28 avril, et se porte sur la c\u00f4te 304&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut convenir que la trouille serre plus d\u2019un ventre, mais on y va quand m\u00eame, aussi vite qu\u2019on peut&nbsp;\u00bb (p. 57). Le 10 mai, il est relev\u00e9 et part pour le secteur de la Butte de Souain, en Champagne Pouilleuse. Brec re\u00e7oit la Croix de guerre. Dans la Somme, d\u2019octobre \u00e0 d\u00e9cembre 1916, il effectue un stage au camp de Mailly, puis le r\u00e9giment prend les lignes de Bouchavesnes. En 1917, son r\u00e9giment part pour l\u2019Aisne. Il fait partie du 9<sup>e<\/sup> Corps d\u2019Arm\u00e9e. Il reste en attente en seconde ligne lors de l\u2019offensive d\u2019avril. Fin mai, le 77<sup>e<\/sup> RI participe \u00e0 la prise des bastions de Chevreux. Dans son chapitre sur les mutineries, Brec soutient que \u00ab&nbsp;Le 77<sup>e<\/sup> d\u2019Infanterie, lui, n\u2019avait jamais boug\u00e9. Chez nous, on a toujours ob\u00e9i&nbsp;\u00bb (p. 83), passant sous silence les cas d\u2019indiscipline. En juillet 1917, le r\u00e9giment est sur le plateau de Craonne. Brec est bless\u00e9 le 19 et \u00e9vacu\u00e9 pr\u00e8s de Rouen. En convalescence jusqu\u2019au mois d\u2019octobre, il rejoint le d\u00e9p\u00f4t, puis le r\u00e9giment qui part pour les Vosges. En avril 1918, il est devant le Bois de S\u00e9n\u00e9cat, repris par le 77<sup>e<\/sup> RI le 18. D\u00e9but juin, il participe, dans le nord de l\u2019Oise, \u00e0 la d\u00e9fense du secteur de Lataule, en avant de Gournay sur Aronde. Puis il est dans la Marne en juillet, o\u00f9 le r\u00e9giment m\u00e8ne une lutte ardente. Brec re\u00e7oit deux citations pendant cette 2<sup>e<\/sup> bataille de la Marne. Retour \u00e0 Verdun fin ao\u00fbt et participe \u00e0 l\u2019attaque du 8 octobre. Apr\u00e8s l\u2019armistice, le r\u00e9giment entre en Lorraine. Brec est finalement&nbsp; nomm\u00e9 caporal en avril 1919 et d\u00e9mobilis\u00e9 le 4 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Ernest Brec a pass\u00e9 43 mois au front (3 ao\u00fbt 1914&nbsp; au 4 ao\u00fbt 1919). Apr\u00e8s la guerre, il est pr\u00eatre, vicaire g\u00e9n\u00e9ral puis chanoine d&rsquo;honneur.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2. <\/strong><strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Les souvenirs d\u2019Ernest Brec ont \u00e9t\u00e9 mis en forme tardivement, alors que l\u2019auteur est dans sa 84<sup>e<\/sup> ann\u00e9e. Publi\u00e9s sous le titre&nbsp;: <em>Ma guerre 1914-1918 <\/em>(Maul\u00e9vrier, H\u00e9rault Editions, 1985, 137 p.), ils sont d\u00e9dicac\u00e9s \u00e0 sa \u00ab\u00a0famille tr\u00e8s ch\u00e8re\u00a0\u00bb (neveux, petits-neveux) \u00ab\u00a0pour qu&rsquo;elle garde le souvenir d&rsquo;une \u00e9poque qui fut dure et sanglante, mais f\u00e9conde en h\u00e9ro\u00efsme\u00a0\u00bb. Les souvenirs de Brec font partie de ces textes qui revendiquent une valeur quasiment \u00ab\u00a0\u00e9ducative\u00a0\u00bb. C\u2019est en quelque sorte un testament.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>3. <\/strong><strong>Analyse<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Si quelques faiblesses sont \u00e0 noter&nbsp;(quelques impr\u00e9cisions ou erreurs de chronologie, des affirmations douteuses et omissions), il n\u2019en reste pas moins que le t\u00e9moignage du brancardier Ernest Brec est un document int\u00e9ressant, \u00e0 plusieurs titres. C\u2019est d\u2019abord le t\u00e9moignage d\u2019un homme du rang (qui devra attendre l\u2019ann\u00e9e 1919 pour se voir nomm\u00e9 caporal). \u00ab&nbsp;L\u2019homme de troupe ne sait rien et j\u2019avais bien l\u2019impression que nos officiers ne savaient rien non plus&nbsp;\u00bb (p. 22), remarque-t-il au d\u00e9but de la guerre. Si Brec ne convoque qu\u2019assez sporadiquement ses \u00e9motions, il \u00e9crit quelques bons passages qui nous renseignent sur son moral. Le 23 ao\u00fbt 1914, il re\u00e7oit son bapt\u00eame du feu et note la fragilit\u00e9 d\u2019une troupe novice&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions allong\u00e9s en ligne de tirailleur dans les champs d\u2019avoine et de luzerne, entendant pour la premi\u00e8re fois siffler les balles. Pas d\u2019\u00e9motion dans nos rangs, parce que nous ne r\u00e9alisions pas le danger. Ce fut une autre chanson quand commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9clater les obus, au-dessus de nos t\u00eates, des 77 fusants, le canon de campagne des Allemands. Il y eut alors un peu de panique, vite r\u00e9prim\u00e9e par notre bon capitaine&nbsp;\u00bb (p. 19). Peu \u00e0 peu, les hommes doivent apprivoiser la peur et le danger imminent. Ainsi Brec r\u00e9sume-t-il les enseignements tir\u00e9s de son premier semestre de campagne&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019appris \u00e0 vivre dangereusement sans m\u2019\u00e9mouvoir et aussi \u00e0 faire du feu avec du bois mouill\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 36). Cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de ton est assez constante dans le r\u00e9cit. Brec ne s\u2019\u00e9panche pas sur ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me &nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai jamais pleur\u00e9 et je me suis si souvent contraint \u00e0 cacher mon \u00e9motion que je ne peux plus pleurer&nbsp;\u00bb (p. 86).<\/p>\n<p>Brancardier, Brec est sans cesse confront\u00e9 aux corps meurtris&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quarante-huit heures durant, nous avons transport\u00e9 des bless\u00e9s recueillis en premi\u00e8re ligne, et m\u00eame ramass\u00e9s la nuit, sur le terrain o\u00f9 ils gisaient, non loin des Boches. La canonnade s\u2019\u00e9tait tue, et j\u2019entendis dans la nuit soudain calme les bless\u00e9s appeler \u00ab&nbsp;Maman, maman&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Ce fut la seule fois dans toute la guerre, et c\u2019\u00e9tait poignant, ces appels&nbsp;\u00bb (p. 40-41). Son t\u00e9moignage pourra \u00eatre crois\u00e9 avec celui d\u2019autres brancardiers&nbsp;: par exemple avec celui du musicien-brancardier L\u00e9opold Retailleau, qui appartient au m\u00eame r\u00e9giment. Le t\u00e9moignage de Brec nous renseigne non seulement sur l\u2019exp\u00e9rience particuli\u00e8re du combat telle que v\u00e9cue par un brancardier, mais aussi sur les rapports, parfois tendus, entre les combattants et ces \u00ab&nbsp;non-combattants&nbsp;\u00bb (\u00e9voque par exemple \u00ab&nbsp;Le souvenir d\u2019une engueulade du commandant Mariani, qui traita les brancardiers de \u00ab\u00a0bandes de rossards&nbsp;!\u201d, alors que nous avions fait tout notre boulot \u00bb p. 36). Il note l\u2019esprit de corps et de la solidarit\u00e9 qui unissent les groupes de brancardiers, sans toutefois s\u2019y attarder&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes devenus une \u00e9quipe de vingt bons copains, avec deux bons majors, l\u2019un m\u00e9decin-docteur, l\u2019autre \u00e9l\u00e8ve en m\u00e9decine&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019auteur a le souci d\u2019\u00eatre compris par un public non averti&nbsp;: il ins\u00e8re donc des notes explicatives sur l\u2019univers des tranch\u00e9es, l\u2019aum\u00f4nerie militaire, etc. Le sous-diacre Brec s\u2019int\u00e9resse naturellement \u00e0 la pratique religieuse des hommes de son unit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les gars du 77<sup>e<\/sup>, bons chr\u00e9tiens pour la plupart, s\u2019\u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s au combat par des exercices r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, et aussi par la pri\u00e8re. Chaque soir, dans les jours avant l\u2019attaque, ils affluaient pour prier dans la petite \u00e9glise du village&nbsp;\u00bb&nbsp;(p. 40). Certaines des ses affirmations en la mati\u00e8re pourront sembler sujettes \u00e0 caution (un exemple qui pr\u00eatera \u00e0 sourire&nbsp;: une remarque d\u2019une grande candeur sur les besoins sexuels des hommes de son unit\u00e9, contenus par les vertus de la foi p. 53). Notons que pas une fois, Brec ne s\u2019engage dans des consid\u00e9rations sur le sens de la guerre ou l\u2019id\u00e9e de croisade&nbsp;: son t\u00e9moignage est celui d\u2019un soldat.<\/p>\n<p>Dans l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;Enfer&nbsp;\u00bb de Verdun, il remarque les effets du stress et d\u2019une exposition prolong\u00e9e au combat : \u00ab&nbsp;Pour ceux qui restaient dans la bataille, sous le feu roulant de l\u2019artillerie qui ne cessa gu\u00e8re durant cinq jours [\u2026], \u00e0 la fatigue nerveuse (j\u2019en ai vu un, un Angevin, Ch\u00e2teau, tomber fou), \u00e0 la fatigue physique, s\u2019ajouta la soif&nbsp;\u00bb (p. 58).<\/p>\n<p>Brec mentionne \u00e9galement les \u00ab&nbsp;tr\u00eaves tacites&nbsp;\u00bb (\u00e9t\u00e9 1916, secteur de la Butte de Souain)&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026comme par un accord tacite, la guerre n\u2019y fait pas rage. Sans doute les Boches, comme nous, placent l\u00e0 des troupes fatigu\u00e9es, qui ne manifestent pas grand d\u00e9sir d\u2019en d\u00e9coudre&nbsp;\u00bb. Brec affirme que les hommes peuvent manger en plein air et va jusqu\u2019\u00e0&nbsp; parler de \u00ab&nbsp;petite gueguerre&nbsp;\u00bb (p. 62-63). L\u2019auteur a quelques propos durs \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019ennemi, comme par exemple \u00e0 l\u2019occasion de la 2<sup>e<\/sup> bataille de la Marne o\u00f9, repassant sur le champ de bataille pour aller au repos, il se montre profond\u00e9ment scandalis\u00e9 par \u00ab&nbsp;le vandalisme des Boches&nbsp;\u00bb (p. 110) qui, dit-il, ont tout pill\u00e9 et saccag\u00e9. Brec parle de \u00ab&nbsp;carnage&nbsp;\u00bb m\u00e9thodique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nuire pour nuire, quelle bassesse odieuse&nbsp;! Un tel spectacle \u00e9tait bien fait pour exasp\u00e9rer notre col\u00e8re contre le Boche&nbsp;\u00bb. Toutefois, l\u2019ex\u00e9cration de l\u2019ennemi est absente de ce r\u00e9cit. Le \u00ab&nbsp;Boche&nbsp;\u00bb n\u2019est que le soldat d\u2019en face.<\/p>\n<p>Doroth\u00e9e Malfoy-No\u00ebl, novembre 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Ernest Brec est \u00e2g\u00e9 de 24 ans en 1914. Ordonn\u00e9 sous-diacre le 29 juin, il est de la classe 1910 et a effectu\u00e9 un service militaire de 26 mois (1911-1913) au 135e RI \u00e0 Angers. Au d\u00e9but de la guerre, il rejoint le d\u00e9p\u00f4t du 77e RI \u00e0 Cholet. 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